Nicodème, premier prophète d'un peuple victorieux ?

Publié le par Garrigues et Sentiers


Le Martyrologe romain fait « mémoire des saints Joseph d’Arimathie et Nicodème », deux personnages inséparables qui interviennent dans les évangiles au moment de l’ensevelissement de Jésus. Leur nom est connu et bien des chrétiens ont l’impression diffuse qu’ils leur sont familiers.
Pourtant, iles méritent qu’on s’intéresse à eux d’un peu près : nous avons évoqué dans un article Joseph d’Arimathie : un homme qui pose question (allez donc voir quelle question !) et aujourd’hui, je vous propose d’évoquer Nicodème.
 
L’évangéliste Jean (qui est le seul à parler de Nicodème) raconte qu’à l’ensevelissement de Jésus, après sa crucifixion, Nicodème – celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus – vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d'aloès, d'environ cent livres (Jean 19,39).
 
SON NOM
 
Comment résister, dans ces conditions, à la tentation de se demander ce que son nom dit de ce qu’il est et de sa vocation ?
On peut penser que son nom grécisé Nikodêmos, c’est-à-dire peuple victorieux, patronyme paradoxal pour le peuple d’Israël dans le contexte étudié (encore que… comme on le verra à la fin de cet article !), vient de l’hébreu neqiy-dam, innocent du sang, car Nicodème est innocent du sang de Jésus, lui qui est venu lui rendre visite, en cachette de ses collègues pharisiens (Jean 3,1-21) et qui a essayé de le défendre devant eux (Jean 7,45-52).
 
Mais la meilleure rétroversion paraît sans conteste être neqaddemah, allons au-devant (faisons le premier pas. Cf. Psaume 95,2).
En effet, on vient d’évoquer le fait qu’il est venu voir Jésus (il fut le premier à agir ainsi de son propre chef) et qu’il l’a défendu (en disant aux pharisiens : notre Loi juge-t-elle un homme sans en premier(grec prôton, avant) l'entendre et savoir ce qu'il fait ? En cela il est aussi le gardien de la vraie Loi, le gardien des principes, des origines)… Et il est aussi le premier à venir oindre son corps le soir de sa mort.
 
SA VOCATION
 
Neqaddemah est construit sur qêdêm, la racine du début, qui désigne aussi l’Orient, le côtéoù le jour commence.
Au chapitre 3 de l’évangile de Jean, Nicodème va – de nuit – au-devant de Jésus pour lui dire qu’il le reconnaît comme envoyé de Dieu. Il est le premier – à part le démon ! – à faire cette démarche.
Et Jésus lui parle de renaître : à moins de naître de nouveau (Jean 3,3 ; grec anôthen, hébreu shéniyt, de racine shenaiym, deux) nul ne peut voir le Royaume de Dieu.
 
Nicodème, le premier, homme du premier pas, premier au tombeau, premier à demander comment atteindre le Royaume de Dieu, est appelé à recommencer… à être le premier à connaître cette nouvelle vie.
 
Dans ce passage, Jean prend la peine d’introduire une incise : celui qui était venu vers lui de nuit à l’origine (to prôton), où il est bien question d’une venue to prôton, le commencement, mais aussi le premier, en premier, d’abord, justifiant ainsi pleinement son patronyme : Nicodème
 
SON ŒUVRE AU SOIR DE LA PASSION DE JÉSUS (Jean 19,39)
 
Et vint aussi Nicodème et il apporta… : vayavo’ gam-neqaddemah vayavé’… (On remarque aisément l’allitération vayavo’-vayavé’, les deux mots ayant exactement les mêmes consonnes).
La valeur numérique des quatre mots est 174 : c’est un (re)commencement, un début,une renaissance (c’est le mot ré’shiyt, valeur 74) en Dieu (l’Unique : 1). C’était bien une renaissance que Jésus proposait à Nicodème en Jean 3, faisant allusion à la racine de son nom !
 
… Un mélange de myrrhe et d'aloès : êrêv mor-va’ahalot (‘êrêv signifie aussi soir… Nicodème est un homme de l’ombre, depuis cette nuit où il est venu voir Jésus !)
La valeur numérique des trois mots est 123, où on reconnaît évidemment le nombre de la Trinité, mais aussi de l’expression royaume d’Élohim, mamelêk hêm ’êlohiym, dont Jésus semble parler à Nicodème en Jean 3,3 : À moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. Ce Dieu-là a pour nom Élohim, dont on peut dire, en schématisant, qu’il est le Dieu créateur tout-puissant de Genèse 1.
 
Mais, quand on étudie la valeur de l’expression entière – 297 – on prend conscience que Jésus promettait en fait à Nicodème le royaume de YHVH (mamelêk hêm YHVH, valeur 97 ; YHVH est le Dieu d’amour de Genèse 2) qui a pris chair en Jésus, deuxième personne de la Trinité.
 
Aujourd’hui, Nicodème, qui – c’est important – vient oindre le corps de Jésus, proclame par son geste que le Royaume de YHVH, c’est Jésus, roi de l’Univers comme le célèbre l’Église catholique, le dernier dimanche de l’année liturgique, juste avant l’année nouvelle, qui commence par le temps de l’Avent, de la venue, mise en marche vers Noël !
 
Mais l’apothéose de ce passage est enfouie dans la précision curieuse et apparemment inutile de Jean : d'environ cent livres.
 
Le nombre cent est celui du recommencement, du commencement d’une vie nouvelle (99 étant le symbole de la Résurrection !).
La rétroversion doit faire appel à l’hébreu talmudique, car la livre, unité de poids, est inconnue de l’hébreu biblique. L’expression serait donc : k hemé’at litriyn , dont la valeur est 47+76= 123.
 
Cette précision anodine et Nicodème lui-même disent alors à l’humanité que l’incarnation (47 ; cf. l’article Qui et l’Agneau de Dieu incarné ) de Jésus est inscrite dès le commencement (76, valeur du premier mot de la Bible, ber’éshiyt, dans un commencement ) dans l’essence même de la Trinité divine (123).
Cela n’est pas sans rappeler les paroles de Jésus en Jean 8,58 : avant qu’Abraham soit, Je Suis… Nicodème est bien l’homme des commencements.
Nicodème n’est certainement pas le pauvre d’esprit qu’on imagine trop souvent… ou alors, plus que jamais, heureux les pauvres d’esprit ! Cf. Matthieu 5,3 où Jésus parle des pauvres en esprit, comme l’était Nicodème, car le Royaume des Cieux (de Dieu, que Nicodème manifeste par son geste) est à eux
 
Nicodème – lui qui a pris les devants pour rencontrer Jésus – est donc bien le premier à annoncer à l’humanité que Jésus, vivant avant même la création du monde, premier né de Marie, sera aussi le premier né d’entre les morts pour une vie nouvelle donnée à tous ceux qui croiront en lui.
 
Quel prophète, ce Nicodème, ce Peuple victorieux qui annonce à l’humanité sa victoire sur la mort, par la mort et la résurrection de Jésus !
 
René Guyon

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clemence cursol 03/08/2007 16:27

pour moi, Nicodème incarne l'esprit de résistance. c'est un des personnages dont je me sens le plus proche dans les Evangiles, parce qu'appartenant à une "structure" et pas n'importe laquelle, le sanhédrin, il a osé regarder "dehors", s'interroger sur ses certitudes et se donner la liberté, mais aussi les obligations qui en découlent, de PENSER AUTREMENT.