Marie, fille de Sion et mère des chrétiens

Publié le par Garrigues et Sentiers

Pour la bonne compréhension d'une partie de cet article,
il est bon d'avoir lu auparavant l'article
Déchiffrons les lettres hébraïques


Dans l'Évangile de Jean, Marie - la mère de Jésus - n'est jamais appelée par son nom. Elle est toujours désignée par l'expression la mère de Jésus, aux noces de Cana (Jean 2,1-12) ou sa mère, à Cana encore, et au pied de la croix de sa Passion (Jean 19,25-26).

On a beaucoup disserté sur ce fait et on y a souvent vu la volonté de l'évangéliste de montrer Marie comme la mère attentive de tous les chrétiens : « À la manière de Marie attentive aux besoins des gens, avec Marie debout au pied de la croix, il s'agit de vivre une présence discrète et attentive, de compatir à la souffrance des personnes malades » (Homélie de Mgr Herbreteau pour les malades, à Peyragude, le 12 août 2006).

Certes, mais sur cet épisode de Marie au pied de la Croix (Jean 19,25-27) on pourrait nourrir quelques réflexions autres.

Pour les étayer, il est utile de lire avec cette scène, bien connue, l'épisode qui la précède immédiatement :
Lorsque les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses vêtements et firent quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique. Or la tunique était sans couture, tissée d'une pièce à partir du haut ; ils se dirent donc entre eux : « Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l'aura », afin que l'Écriture fût accomplie : « Ils se sont partagé mes habits, et mon vêtement ils l'ont tiré au sort. » Voilà donc ce que firent les soldats. Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus donc voyant la mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l'accueillit chez lui.

La tunique (Jean 19,23-24)

Tous les évangélistes racontent que les soldats se partagent les vêtements de Jésus en les tirant au sort, pour accomplir la prophétie de Psaume 22,19 : ils se sont partagé mes habits et sur mon vêtement ils ont fait tomber le sort.

Mais Jn est le seul à préciser que lessoldats se partagent les habits de Jésus en quatre parts, une pour chaque soldat, et qu'il y a aussi une tunique sans couture, tissée d'une pièce à partir du haut.

La Bible de Jérusalem mentionne en note : allusion possible au sacerdoce du Christ en croix ; la robe du grand prêtre devait être sans couture. D'autres voient dans cette tunique sans couture une image de l'unité de l'Église, ce qui, malheureusement, n'est plus, depuis longtemps, une image fidèle de ladite Église...

Cette tunique, en hébreu ketonet, n'est pas sans rappeler la magnifique tunique de Joseph, le fils de Jacob dans lequel on retrouve bien des points communs avec Jésus ; tunique qui lui valut bien des souffrances et des aventures (mais cela est une autre histoire...). On retiendra simplement que sa valeur numérique est 67..

Il y a donc quatre parts... plus la tunique, qui sera associée à l'une des parts.

Marie au pied de la croix (Jean 19,25)

Jean enchaîne immédiatement en citant la présence de plusieurs personnes au pied de la croix de Jésus : sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.

Les autres évangélistes disent que les proches de Jésus sont à distance de la croix (Jésus n'est donc pas censé leur parler) et les personnes citées par Jean correspondent très imparfaitement à celles mentionnées par eux comme se tenant à distance. Or, si les synoptiques avaient su que Marie était au pied de la croix (ce que la loi romaine interdisait aux proches des condamnés) comment auraient-ils pu passer cela sous silence ?

On est donc tenté de penser que Jean a introduit la présence de la mère de Jésus au pied de la croix dans un but uniquement symbolique et catéchétique (comme, sans doute, l'épisode des noces de Cana, que lui seul mentionne).

Et il est facile de remarquer que cet épisode fait exactement pendant à celui du partage des vêtements de Jésus, les deux étant liés par une étrange cheville littéraire : voilà donc ce que firent les soldats. Or, près de la croix de Jésus se tenaient...

Le mot grec men (traduit par voilà) qui ouvre cette phrase et son pendant, le mot (traduit par or) qui ouvre la phrase suivante, signifient d'une part... d'autre part... : d'une part, ce que firent les soldats... d'autre part, près de la croix se tenaient sa mère et la sœur de sa mère...

Le parallèle est évident pour qui sait le voir, et - finalement - il se pourrait que les deux épisodes soient essentiellement, voire uniquement, à portée symbolique et théologique !!

C'est sans doute pourquoi l'épisode de Marie et du disciple a été exploité par des foules de théologiens - surtout marials et mariolâtres - jusqu'au bout du bout de ce qu'il pouvait donner. Certains de ces auteurs, ceux qui voient dans la tunique sans couture une image de l'Église, exploitent l'image de la mère de Jésus devenue, suivant l'Église Catholique Romaine, mère de l'Église, symbolisée par le disciple qu'il aimait (et dont Jean ne donne jamais le nom).

Suivant la proclamation du Concile Vatican II (Lumen Gentium, 21 novembre 1964), le Catéchisme de l'Église Catholique précise (au n° 964), : « La bienheureuse Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l'union avec son Fils jusqu'à la Croix où, non sans un dessein divin, elle était debout, souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d'un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l'immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la Croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots : ‘ Femme, voici ton fils' (Jean 19,26-27) ».

Au groupe des quatre parts de vêtements fait donc symétrie le groupe des quatre femmes, chaque groupe étant suivi d'un élément présenté comme un ajout, mais un ajout majeur : d'une part la tunique, d'autre part le disciple ; et on note qu'à chaque fois le cinquième élément n'est mentionné qu'après, comme à la fois séparé et indissociable du groupe : Ils firent quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique (19,23) ; Jésus donc, voyant la mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait (19,26).

Il est intéressant de noter que le texte dit que Jésus voit la mère et non sa mère ; il y a là un point important pour confirmer sa valeur (uniquement ?) symbolique.

Et on peut espérer - sans illusions ! - que la mise en évidence de cette symétrie pourrait clore l'éternelle discussion des exégètes sur le nombre des femmes présentes au pied de la croix : (trois ou quatre ? là est la question, qui paraît sans intérêt... mais qui a un lien direct avec la discussion sur l'existence ou non de frères de Jésus) : les femmes sont quatre, comme sont quatre les parts de vêtements : sa mère, la sœur de sa mère, Marie femme de Clopas et Marie de Magdala !!

Il y a donc quatre femmes... plus son disciple, qui sera associé à la mère de Jésus.

Alors on se rappelle que le mot ketonet, tunique, avait pour valeur 67, la même valeur que l'expression son disciple, en hébreu talmido... la même valeur que Maryam (ou Miryam), le nom de Marie... et la même valeur que hamaqom, le Lieu, ce Lieu redoutable, rien moins que la Maison de dieu et la Porte du ciel (Genèse 28,17) où Jacob eut le songe d'une échelle qui joignait le ciel et la terre et dans laquelle on s'accorde à voir la Croix de Jésus, centre du texte objet de cet article !

Cela parachève la puissance de la symétrie qu'on décelait à la lecture première et confirme qu'il faut chercher à comprendre la signification symbolique et théologique de cette symétrie entre les deux épisodes.

Les paroles de Jésus à sa mère et au disciple (Jean 19,26-27)

On ne peut - pour l'instant - que remarquer simplement qu'à la fin de chaque épisode l'élément supplémentaire est adjoint à l'une des quatre parts :

- la tunique à l'une des parts de vêtements
- le disciple aimé à la mère de Jésus

ce qui pourrait suggérer que la tunique de Jésus et le disciple aimé doivent être - en gardant leur intégrité et leur spécificité - reliés pour toujours à ce qui faisait partie intégrante de la vie terrestre de Jésus.

Mais les paroles de Jésus en diront peut-être plus sur le message de Jean :

- Jésus commence par s'adresser à la mère : femme, voici ton fils, dont la rétroversion en hébreu est à l'évidence 'ishah hinnéh benerh, dont la valeur en guematria est 27+24+39, soit 90.
- ensuite, il s'adresse au disciple : voici ta mère ; en hébreu hinnéh 'immêrha, dont la valeur en guematria est 24+37, soit 61.

Et il est important de remarquer que :

- la phrase à la mère, dont la valeur en guematria est 90, lui dit que le disciple est le représentant des Fils d'Israël, beney isr'ael (de même valeur : 26+64), et qu'elle est donc elle-même image d'Israël
- la phrase au disciple, dont la valeur est 61, lui dit que Marie est la Sherinah, la présence de Dieu au sein de son peuple, dans la Tente du Rendez-Vous ou dans le Temple de Jérusalem
puisque mère du disciple, selon jésus.

Marie est présence de Dieu pour le disciple, elle qui déjà au moment de la visitation à sa parente Élisabeth, racontée par Luc, était une image de l'arche d'Alliance portant Dieu en son sein (Luc 1,39-45).

L'interprétation de cet épisode, par la structure du texte et l'apport de la guematria, serait donc la suivante :

- le disciple aimé, fils d'Israël et disciple chargé par Jésus de transmettre son enseignement, doit rester lié au peuple d'Israël qui porte en son sein la présence de Dieu incarné, représentée ici par Marie, la mère (verset 26), dans une relation d'amour filial indissoluble.
-
le peuple d'Israël, représenté ici par Marie, la mère (verset 26), génitrice du donateur de l'Alliance nouvelle, est appelé à reconnaître dans le disciple de Jésus un fils, avec lequel il doit vivre une relation d'amour parental indissoluble.

Le disciple et - avec lui, puis après lui - l'Église de Jésus-Christ, les chrétiens, sont invités à maintenir vivante leur filiation avec le peuple d'Israël et ses Écritures, Parole de Dieu à son peuple élu, dont les chrétiens d'aujourd'hui sont les descendants spirituels. Malheureusement, l'Église de Jésus-Christ a bien trop vite et bien trop fort coupé ses racines avec le Premier Testament et la langue des Écritures. Espérons que le Seigneur lui donnera de réussir dans son effort actuel pour les retrouver... mais la tâche sera longue.

Il faut noter, pour être complet, que cette interprétation prend bien en compte le fait que l'évangile précise qu'à partir de ce moment (expression qui laisse entendre que ce n'est pas fini...) le disciple prit Marie chez lui, et que Marie a été confiée à la garde du disciple, et non le contraire.

Pourtant, bien des textes de mariologie semblent affirmer le contraire, comme celui-ci, qui s'adresse à Marie : Immaculée, transparence et plénitude de grâce : en te confiant l'Apôtre Jean, et avec lui les fils de l'Église, et même tous les hommes, le Christ, loin d'atténuer son rôle exclusif de Sauveur du monde, le confirmait.

Ce texte (prière de consécration à Marie pour le Jubilé de l'an 2000), pourtant officiel, ne paraît pas conforme à la lettre de l'évangile de Jean.

Elle montre que cet épisode, conjointement et symétriquement :

- invite les chrétiens à accueillir pleinement dans leurs Écritures l'enseignement de Dieu au peuple d'Israël : le Premier Testament
-
invite le peuple d'Israël à reconnaître que les Écritures des chrétiens - le Nouveau Testament - sont dans la filiation de l'enseignement que Dieu lui a révélé dans le Premier.

Elle va même encore plus loin, si on remarque que le mot disciple, talmyid, a également pour valeur 61, nombre de la présence de Dieu (la Sherinah) : le disciple est lui aussi - et les disciples d'aujourd'hui sont eux aussi - présence de Dieu dans le monde, comme le peuple d'Israël. Ce que le Concile Vatican II exprimait avec bonheur par la notion de peuple de Dieu, corps du Christ.

Enfin, l'expression grecque eîs ta idia, chez lui, est l'équivalent de l'hébreu 'el beyito, dont la valeur est 13+40, soit 53, nombre de la Torah, l'enseignement de Dieu, à tort appelé Loi. C'est l'expression utilisée en Jean 1,11 : il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli.

Marie, fille d'Israël, entre dans la Torah aux côtés d'Ève, la mère de tous les vivants (Genèse 3,20), des trois grandes Matriarches (Sarah, Rébecca, Rachel) et des trois grandes figures de femmes (Thamar, Rahab, Ruth) qui ont fait triompher la vie pour que vienne un jour le Messie, et que cite Matthieu dans sa généalogie de Jésus (Matthieu 1,1-17).

Cela confirme définitivement que, dès cette heure-là - et, symboliquement, pour toujours ! - le disciple accueille Marie, huitième grande figure de femme de la Bible.

Pour les kabbalistes chrétiens, 8 est le nombre de la grâce... Marie est définitivement comblée !

et qu'elle demeure chez lui : Jésus a confié pour l'éternité le premier message de Dieu - le Premier Testament d'Israël, annonciateur et porteur dans tous ses textes de la venue du Messie - aux porteurs du nouveau message - le Nouveau Testament des Chrétiens, nouvelle alliance de Dieu avec son peuple par l'intermédiaire du Messie annoncé, Jésus le Christ, seul et unique médiateur entre Dieu et les hommes.

Il reste à espérer que les Chrétiens d'aujourd'hui vont enfin réaliser ce don inestimable de Dieu et qu'ils pourront lire, comprendre et aimer toujours plus et mieux le Premier Testament...

À la grâce de Dieu !

René Guyon

Publié dans DOSSIER MARIE

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Passant 30/07/2008 14:30

« N'enduisons pas nos frêres (sic) catholiques de pseudo-science ! »
Voilà qui n’est pas du Canada Dry spirituel, mais de l’humour typiquement “Pharisien” !

Michel Louis Lévy 29/07/2008 22:37

Décidément Benoit Montfort ne se lasse pas d'obstruer les chemins de la connaissance.
Sur Marie, il faut lire Sandrick Le Maguer "Portrait d'Israël en jeune fille" (Gallimard, L'Infini, 2008)
http://www.hemmelel.fr/blog/2008/05/29/linvention-de-la-vierge-marie/

Pharisien Libéré 28/07/2008 12:43

Guématria !

[René Guyon]
" - Jésus commence par s'adresser à la mère : femme, voici ton fils, dont la rétroversion en hébreu est à l'évidence 'ishah hinnéh benerh, dont la valeur en guematria est 27+24+39, soit 90.
- ensuite, il s'adresse au disciple : voici ta mère ; en hébreu hinnéh 'immêrha, dont la valeur en guematria est 24+37, soit 61.

Et il est important de remarquer que :

- la phrase à la mère, dont la valeur en guematria est 90, lui dit que le disciple est le représentant des Fils d'Israël, beney isr'ael (de même valeur : 26+64), et qu'elle est donc elle-même image d'Israël
- la phrase au disciple, dont la valeur est 61, lui dit que Marie est la Sherinah, la présence de Dieu au sein de son peuple, dans la Tente du Rendez-Vous ou dans le Temple de Jérusalem puisque mère du disciple, selon jésus. "

[Pharisien Libéré]
L'utilisation de la guématria pour trouver du sens ne remonte pas plus loin que le 13ème siècle et fut inventée par Raymond Llul (ou Lull).

Au temps de la rédaction des évangiles, et même un peu avant, quand fut fixé le texte massoretique, il était utilisé par le copiste pour vérifier qu'il n'avait pas fait d'erreur si la somme des lettres du manuscrit original était la même que celle du manuscrit en cours de copie.

C'est dans une période qui précède et couvre la renaissance que des chrétiens se mirent à utiliser la guematrie comme vous le faîtes, c'est à dire pour fonder une herméneutique. On peut donc penser que la démarche est anachronique même si certains tentent de faire remonter les techniques de la kabbale au premier siècle pour lui donner de la respectabilité (la tradition fait de même pour le Zohar)

C'est postérieurement à Pic de la Mirandole que des communautés juives reprirent la technique à leur compte et cela se répandit.

Il en résulte que le détour par l'hébreu est une fois de plus inutile qui plus est pour un texte écrit en grec ! la guématrie mirandolesque , comme chacun sait, cela ne fonctionne pas avec le grec quoique l'utilisation de lettres pour noter les nombres soit universelle autour de la méditerranée jusqu'au 14ème siècle

Tous les détails sur cette mutation pseudo-guématrique dans l'ouvrage de Guy Casaril "Aboulafia et la Kabbale".

Là encore, on peut s'interroger sur la nécessité de mettre de l'hébreu là où ce n'est pas nécessaire. Cela donne une couleur scientifique, un goût scientifique, mais cela n'est ni scientifique ni "spirituel"

En revanche, pour monter le pont d'une alliance à l'autre, on peut se pencher sur des auteurs sérieux :
*Paraboles rabbiniques Auteur : Dominique de la MAISONNEUVE Supplément au Cahiers Évangile
*Pierre Lenhardt et Matthieu Collin, La Torah orale des Pharisiens. Textes de la Tradition d'Israël, Supplément au Cahiers Évangile n°73, 116 pages, SBEV/Éd. du Cerf 1990

N'enduisons pas nos frêres catholiques de pseudo-science !