Appel aux catholiques de France et à nos concitoyens

Publié le par Garrigues et Sentiers

À l’heure où nous écrivons, notre pays n’est pas encore sorti de la crise dite « des gilets jaunes » : crise révélatrice d’un malaise très profond et très ancien, qui engendre une grave défiance envers les responsables politiques. 

Il serait à coup sûr très dommageable que cette situation délétère se prolonge. Mais chacun sent, plus ou moins confusément, que la sortie de crise sera difficile car les enjeux sont tout autres que conjoncturels : il en va de notre capacité collective d’espérer et de bâtir l’avenir. Comme nous l’écrivions il y a deux ans, « il faudrait être sourds ou aveugles pour ne pas nous rendre compte de la lassitude, des frustrations, parfois des peurs et même de la colère, intensifiées par les attentats et les agressions, qui habitent une part importante des habitants de notre pays, et qui expriment ainsi des attentes et de profonds désirs de changements. Il faudrait être indifférents et insensibles pour ne pas être touchés par les situations de précarité et d’exclusion que vivent beaucoup sur le territoire national » (1).

Nous constatons que notre démocratie manque de lieux d’échange et de réflexion qui pourraient permettre l’émergence à une large échelle de suggestions positives élaborées ensemble. L’affaiblissement de nombreux partis politiques et un recul significatif de l’engagement syndical contribuent à ce déficit. Où nos concitoyens trouveront-ils des lieux appropriés pour ce travail si urgent ? 

L’Église catholique dispose d’un maillage de milliers de paroisses, réparties sur l’ensemble de notre territoire et riches de la présence de multiples mouvements, aumôneries et associations de fidèles. Lieu de prière, en particulier liturgique, la paroisse est aussi par nature et par vocation la « maison de famille fraternelle et accueillante » (2)pour tous et la « famille de Dieu, fraternité qui n’a qu’une âme » (3). À ce moment de notre histoire, nous pouvons le montrer et apporter notre contribution pour aider notre société tout entière à surmonter la crise qu’elle traverse. Sans se substituer aux politiques, l’Église offre un espace pour faire grandir la fraternité.

Notre proposition 

Nous sommes à quelques jours de Noël, mais dès maintenant, il est possible d’entreprendre une réflexion qui pourra se poursuivre tout le temps nécessaire, en lien avec tout ce qui se déroulera sur le territoire. C’est maintenant que nos concitoyens ont besoin de débattre entre eux et de disposer de lieux pour le faire. C’est pourquoi nous vous proposons, dans les semaines à venir, de susciter partout où ce sera possible des groupes d’échanges et de propositions en invitant très largement d’autres personnes, partageant ou non notre foi, qui peuvent être intéressées d’y participer et d’y apporter leurs idées. 

Pour ce travail, à titre de pistes de réflexion, nous vous suggérons les cinq questions suivantes : 

1/ Quelles sont, selon vous, en essayant de les hiérarchiser, les causes principales du malaise actuel et des formes violentes qu’il a prises ? 

2/ Qu’est-ce qui pourrait permettre aux citoyens dans notre démocratie de se sentir davantage partie prenante des décisions politiques ? 

3/ Quels sont les lieux ou les corps intermédiaires qui favoriseraient cette participation ? 

4/ Quel « bien commun » recherché ensemble pourrait fédérer nos concitoyens et les tourner vers l’avenir ? 

5/ Quelles raisons d’espérer souhaitez-vous transmettre à vos enfants et petits-enfants ? 

 

Nous vous suggérons de transmettre vos réponses à vos élus. Votre évêque lui aussi sera heureux d’en être informé. 

Le 11 décembre 2018 

 

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France 

Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, président de la CEF 

Mgr Pierre-Marie CARRÉ, Archevêque de Montpellier, vice-président de la CEF

Mgr Pascal DELANNOY, Évêque de Saint-Denis, vice-président de la CEF 

Mgr Michel AUPETIT, Archevêque de Paris 

Mgr Jean-Pierre BATUT, Évêque de Blois 

Mgr François FONLUPT, Évêque de Rodez 

Mgr Stanislas LALANNE, Évêque de Pontoise 

Mgr Philippe MOUSSET, Évêque de Périgueux 

Mgr Benoît RIVIÈRE, Évêque d’Autun 

Mgr Pascal WINTZER, Archevêque de Poitiers 

 

[1] Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, Dans un monde qui change retrouver le sens du politique, coédition Bayard-Cerf-Mame 2016, p. 12. 

[2] S. Jean-Paul II, Exhortation apostolique Christi fideles laici, 1988, n° 26.


[3] Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Église Lumen Gentium, n° 28. 

Publié dans Signes des temps

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Didier LEVY 17/12/2018 17:57

L’IMPÔT DÉMOCRATIQUE SE DOIT D'ETRE TOUJOURS PROPORTIONNEL ET PROGRESSIF. CAR L’ÉGALITÉ DES CONDITIONS EST LA PREMIERE CONDITION DE LA DÉMOCRATIE.

A la question 1/, qui conditionne les réponses aux questions suivantes, je redis ma certitude que l'injustice devant l'impôt et les inégalités sont devenues insupportables. Et constituent un déni de démocratie. En re-citant, non par prétention d'avoir raison en tout mais pour la force de ma conviction, cet extrait d'un article paru sur mon blogue "penserlasubversion" :

"La vraie question est bien de savoir si les ressources créées doivent s'employer dans les "Monopoly" des business en tous genres, ou d'abord s'investir dans la protection que la nation doit à ses citoyens et sans laquelle sa légitimité dépérit. Et son utilité devient de plus en plus en floue.
"Le débat sur la taxation des carburants souligne, si besoin était, l'incohérence des politiques fiscales poursuivies : le scandale n'est pas dans une taxation écologique, mais dans l'injustice effarante qui taxe au même niveau le PDG du CAC 40 – lequel, au demeurant, circule au minimum 5 jours sur 7 dans une voiture de fonction (ce qui vaut au moins autant pour le cadre dirigeant doté d’un ‘’véhicule statutaire’’ et d’une carte de carburant, sans parler des élus ou des très hauts fonctionnaires véhiculés par la République) -, et la caissière d'hyper marché à temps partiel-contraint, de surcroît en charge d'une famille monoparentale et vivant au fond d'un trou perdu.
"Iniquité et absurdité qui se retrouvent dans toute la fiscalité indirecte, à commencer bien sûr par la TVA (que ses taux varient selon la nature des biens taxés n'empêche pas que pour un achat donné, un taux identique frappe le riche et le pauvre - le riche se fournit lui aussi en biens de première nécessité, et la modicité du taux appliqué sur ceux-ci n'a aucune justification le concernant).
"Aussi bien, les Français ne sont pas allergiques à l'impôt: Ils l'ont toujours été à des impôts injustes, et d’autant plus violemment que ceux-ci étaient insupportablement injustes.
"A cet égard, il faut redire inlassablement que l'impôt républicain est toujours proportionnel - assis sur les facultés contributives de chacun. Et que l'impôt démocratique se doit, lui, d'être progressif - ce que n'est pas la CSG, anomalie qu'on occulte dans le débat public.
"Car de cette progressivité dépend la réduction des inégalités, un impératif qui découle de ce que l'égalité des conditions est la base de la démocratie en tant que la garantie d'une égalité effective des droits.
"Si l'impôt exprime le contrat social, et si en l'acceptant le corps social s'affirme en tant que nation, une piste de réflexion s'impose à l'esprit : n'est-il pas possible, avec les outils informatiques en tous genres du XXI ème siècle, d'inclure dans les moyens de paiement électroniques une ‘clé’ déterminant le taux d'imposition indirecte qui s'applique, pour tout achat ou opération taxable, à chaque citoyen en fonction de ses revenus ?".

Les questions 2/ ET 3/ n'auront, par ailleurs, pas de réponse sans un changement de constitution qui mette fin à l'archaïsme d'une monarchie plébiscitaire. C'est dans le cadre de cette révision institutionnelle, dont le premier pas serait de revenir à un régime parlementaire - parce que pour les citoyens la condition pour être "partie prenante des décisions politiques", et pour s'insérer dans une démocratie participative, est d'abord que le pouvoir exécutif soit responsable et donc sanctionnable dans l'intervalle entre deux élections. Lesquelles, au reste, doivent ramener la durée de tous les mandats sans exception à une durée maximale de quatre ans.

Quant aux pistes pour répondre aux questions 4/ et 5/, sans doute faut-il entrevoir la conception d'un nouveau contrat social qui restitue à l'Etat républicain la plénitude de sa fonction de protection du corps social, qui fixe la priorité et "l'ardente obligation" de réparer toutes les fractures et tous les délitements subis par la nation, et de concevoir le cadre et les modes de fonctionnement de cette démocratie participative évoquée ci-dessus en faisant sortir cette nouvelle représentation politique du flou qui l'entoure présentement.

La concernant, on peut douter que le référendum d'initiative populaire soit une solution sans danger (nous ne sommes d'ailleurs par la Suisse ... où sa pratique, de surcroît, est loin d'être convaincante au vu des résultats des votations). Qu'on imagine l'usage qu'il offrirait aux extrémismes anti-républicains (RN, "Manif pour tous", identitaires en tous genres, qui y trouveraient une caisse de résonance pour toutes les thématiques sur lesquelles la promotion du pire et du plus réactionnaire est susceptible de prospérer).
Cette démocratie-là est certes populaire, mais au sens tribunicien du terme : une section du peuple instrumente des passions dirigées contre d'autres sections du peuple, alors que la démocratie - au sens d'une "République moderne" - se fonde sur le débat d'idées et de projets qui accompagne la délibération de la nation. Une opposition de démarche qui appelle à "revisiter" le concept de nation.

Ce qui ne signifie pas que le "RIC" mis en avant parmi les gilets jaunes, soit pour autant une procédure à s'interdire. Au niveau des grandes villes et des régions, il peut représenter un contre pouvoir des plus utiles face à des élus autocrates. Et sur un plan plus général, il offre des ressources démocratiques pour autant que les digues nécessaires soient prévues : un seuil de pétitionnaires suffisamment élevé (un tiers des électeurs inscrits) pour ne pas en laisser l'initiative aux seuls extrémismes, et ce garde-fou indispensable qui consiste à n'en valider les résultats que si la majorité des inscrits s'est exprimée ou, au niveau des collectivités territoriales, si le nombre des suffrages exprimés est supérieur à celui atteint à la dernière en date des élections correspondantes. Sans préjudice bien sûr de toutes les autres sauvegardes envisageables - dont, cela va de soi - un contrôle préalable de l'objet du référendum par le Conseil constitutionnel (le Conseil d'Etat pour les propositions référendaires locales).

Quant à l'écriture de ce "nouveau contrat social", nous avons un modèle : si l'instance habilitée à en proposer le texte à la nation est par définition une question ouverte (élection, tirage au sort, cooptations; combinaisons de formules de désignation ...), le dessein nous en est donné par le programme du Conseil national de la Résistance. Et d'autant plus qu'on se dit nécessairement qu'un contrat social répondant aux déchirures et aux échecs de la République, respectivement creusés et additionnés depuis quatre décennies, commencerait par restaurer les valeurs, les principes et les ambitions du pacte sur lequel la France de la Libération s'est reconstruite et a édifié, sur les "Trente Glorieuses", le modèle de société sans doute le plus avancé parmi les démocraties qui l'entouraient.

Resterait - travail immense - à l'enrichir de toutes les réponses qu'exigent notre confrontation avec la nouvelle pauvreté, avec l'extension des précarités en tous genres, avec le creusement des inégalités, c'est à dire avec toutes les raisons de désespérance sociale. Sur fond de défi écologique - un défi dont on ne sait pas vraiment s'il n'est pas déjà perdu, comme l'ont été jusqu'ici toutes les batailles contre la toute puissance du marché et l'hégémonie de la doxa ordolibérale - y inclus la confiscation que cette puissance a opéré, à l'instar de féodalités du X ème au XIII ème siècle vis à vis du pouvoir royal, sur les prérogatives de gardien du Bien Commun des Etats démocratiques, et la réduction du monde du travail à la seule place que le capitalisme peut lui assigner - celle de variable d'ajustement au service des profits ...

Entrevoir l'édification d'un nouveau contrat social qui réponde à l’appétit de justice et de dignité qui vient de s'exprimer, suppose d'abord de surmonter un pessimisme aussi fort que - hélas - raisonné.