Questions à un prêtre à propos de la confession

Publié le par G&S

Pouvez-vous partager à partir de votre expérience ce qu'est le péché aujourd'hui pour les gens rencontrés. Quelle conscience du péché ont aujourd'hui les personnes qui viennent se confesser, de quoi s'accuse-t-on aujourd'hui ? Qu'est ce que le péché dans la conscience contemporaine ? Évolue-t-elle dans le temps ?

 

En gardant le secret sur ce qui se vit personnellement en confession, il me semble qu'en neuf ans de sacerdoce, je rencontre en gros deux cas : les confessions que j'appellerais de fête, avec la liste de péchés impersonnels (voire les affirmations « je n'ai pas de péché... vous savez à mon âge on ne fait plus de péché ») et les confessions des pratiquants réguliers, qui ont plus ou moins une vie spirituelle et dont les confessions sont plus concrètes et adressées à Dieu.

Dans le premier cas je sens que les gens vivent sur leurs souvenirs d'enfance, sur la conscience du péché qu'ils avaient pendant leur jeunesse. Parfois, ils demandent simplement : « aidez-moi à me confesser, je ne sais pas quoi dire ». D'autres fois, ils dénoncent des vices en général (la gourmandise quelquefois, la colère beaucoup, la luxure...). J'essaie dans ce cas de les aider à préciser, à dire je, et à dénoncer des actes et non des vices. Je leur propose systématiquement la question de la prière : priez-vous tous les jours ? Car c'est dans un rapport personnel au Christ que l'on peut faire l'expérience vivante et fructueuse de la miséricorde. C'est bien-sûr délicat ; il ne s'agit pas de culpabiliser les gens, ni de les bloquer... Mais j'essaie de les aider à progresser.

Pour les confessions plus régulières, on trouve tous les âges. Ces personnes ne font pas de liste, mais prennent des exemples concrets dans les trois grands domaines : relation à soi, à Dieu, aux autres. Souvent les pratiquants s'accusent spontanément de ne pas prier assez : la relation personnelle à Dieu est d'emblée perçue comme nécessaire et fragile. Ensuite il me semble que les péchés relationnels sont très souvent perçus et dénoncés, le mensonge par exemple, la critique, l'impatience ou l'égocentrisme. Ces péchés sont mis en relation avec des personnes (le conjoint, la famille, les amis). Les pénitents savent qu'ils ont blessé la relation aux autres et la relation à Dieu.

En revanche, il me semble que les péchés sexuels sont très atténués, surtout chez les jeunes. On sait ce que la psychologie a apporté à la dédramatisation de certaines fautes sexuelles (la masturbation, par exemple). La cohabitation n'est pas perçue comme un péché par les jeunes, et c'est bien difficile de faire comprendre l'enseignement moral et sacramentel de l'Église. À ce propos, les questions de bioéthiques sont très rarement abordées (contraception, ou même IVG) ; peut-être tout simplement parce que les gens considèrent pour la contraception que c'est l'affaire de leur conscience ; quant à l'IVG ceux et celles qui sont concernés ne se confessent pas. C'est moins le péché de chair qui est confessé, me semble-t-il, que son aspect relationnel, ce qui a blessé la relation avec son conjoint ou avec Dieu. On entend aussi ce que l'on appelle parfois les péchés sociaux : relations de travail, questions financières ou écologiques... mais c'est tout de même peu par rapport à l'ensemble des textes de la doctrine sociale qui invite à un examen de conscience sur ces sujets. Une nouveauté qui s'intensifie ces dernières années : le péché d'Internet ; on se confesse d'y passer trop de temps, d'y perdre son temps, ou d'aller voir des sites douteux.

Quoi qu'il en soit, on retrouve en confession ce qui préoccupe les gens d'aujourd'hui : l'amour, la famille, les relations, le travail. On retrouve aussi les points soulignés par l'enseignement de l'Église, même s'il est très combattu ou relativisé (bioéthique, doctrine sociale, vie spirituelle).

Il me semble que la conscience de beaucoup se déplace en matière de péché et de confession de la morale à la mystique : le péché c'est moins une faute morale, qu'un refus de répondre à l'appel de Dieu, autrement dit l'appel à la sainteté, l'appel de devenir enfant de Dieu.

B. M.
Prêtre

Publié dans DOSSIER LE PECHE

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