Jésus : porteur de paix ou d'épée ?

Publié le par G&S

Ce titre un peu sibyllin veut évoquer un jeu de mots qui passe totalement inaperçu dans la traduction de toutes nos bibles sauf, évidemment, celle d’André Chouraqui, d’illustre mémoire, mais aussi Les Saintes Écritures, traduction du Monde Nouveau, des Témoins de Jéhovah.

Avant de dévoiler le secret du verset auquel je fais allusion, et dont je ne doute pas qu’il n’est déjà plus qu’un secret de Polichinelle pour nombre d’entre vous, je voudrais vous inviter à découvrir deux verbes hébreux puis à faire, évidemment, un détour par le Premier Testament.

Deux verbes voisins mais différents

Ces verbes sont shalach (avec ch prononcé comme en allemand dans Bach)

Shalach

et shalah.

Shalah

Leur apparence est de toute évidence la même, mais leurs sens sont différents, puisque :

shalach signifie envoyer ; de ce verbe vient le mot shélach, qui signifie arme (sans doute de jet, à l’origine) et épée.

shalah signifie être en paix ; de ce verbe vient le mot shalom, paix (et aussi bonjour en hébreu moderne).
 

Le père bénit le fils
Lisons quelques lignes des bénédictions que Jacob donne à ses fils au moment de mourir, et particulièrement celle de son fils Juda (Genèse 49,9-12), que je prendrai dans la traduction de la Bible de Jérusalem (sauf les mots écrits en caractères gras, à côté desquels elle passe sans les voir, comme toutes les autres sauf, encore une fois, Chouraqui et le Monde Nouveau !) :

« Juda est un jeune lion ; de la proie, mon fils, tu es remonté ; il s'est accroupi, s'est couché comme un lion, comme une lionne : qui le ferait lever ? Le sceptre ne s'éloignera pas de Juda, ni le bâton de chef d'entre ses pieds, jusqu'à ce que vienne Shiloh et que les peuples lui obéissent. Il lie à la vigne son ânon, au cep le petit de son ânesse, il lave son vêtement dans le vin, son habit dans le sang des raisins, ses yeux sont troubles de vin, ses dents sont blanches de lait. »

Voici le mot Shiloh en lettres hébraïques :

Shiloh (long)

Il pourrait tout aussi bien s’écrire sans yod, ce qui le ferait ressembler terriblement aux mots shalach et shalah déjà évoqués :

Shiloh (court)

Qui est ce Shiloh ?

Si nous nous rappelons (ou apprenons) que Jésus est, selon les évangélistes Matthieu (1,2) et Luc (3,33), un descendant de ce même Juda (cf. l’article Si Judas avait été Juda, où il est aussi question du Shiloh), nous pouvons voir dans cette bénédiction, sans en forcer le sens, une annonce de la venue du Messie et donc, pour les chrétiens, de Jésus.

Mais alors se pose une question : que signifie ce nom ? Et, plus précisément, dérive-t-il de shalah ou de shalach ?

Si sa racine est shalah, on peut penser qu’il s’agit d’un porteur de la paix de Dieu, d’un Pacificateur, (c’est ainsi que le nomme la bible juive dans la traduction du Rabbinat). Si sa racine est shalach, on peut penser qu’il s’agit d’un Envoyé de Dieu.

Je crois que les chrétiens sont prêts à admettre ces deux appellations comme décrivant bien, l’une et l’autre, la mission (et les actes) de Jésus.

Mais nous devons aller plus loin pour saisir le fond de la question que je pose en titre de cet article.
 

Juda avait un fils
En vérité, il en avait même trois, qui avaient pour noms Er (l’Éveillé), Onân et Shélah. Juda prit une femme pour son premier-né Er ; elle se nommait Tamar. Mais le premier-né de Juda, Er, déplut à Dieu, qui le fit mourir. Alors Juda dit à Onân : « va vers la femme de ton frère, remplis avec elle ton devoir de beau-frère et assure une postérité à ton frère ». Cependant Onân savait que la postérité ne serait pas sienne et, chaque fois qu’il s’unissait à la femme de son frère, il laissait perdre à terre pour ne pas donner de postérité à son frère. Ce qu’il faisait déplut à Dieu, qui le fit mourir aussi. (Genèse 38,6-10 ; trad. B.J.).

Onân a inventé un péché qui a été assimilé à la masturbation par un médecin anglais, John Martin, en 1712, alors qu’il s’agit vraisemblablement du coïtus interruptus, pratique que le vocabulaire populaire a transformé en saut périlleux

Conséquence de ces inconséquences : la postérité de Juda n’est pas assurée.

C’est alors que Juda déclare à sa belle-fille, Tamar : « Retourne comme veuve chez ton père, en attendant que grandisse mon fils Shélah » ! (Genèse 38,11)

On connaît la suite : Tamar se déguise en prostituée pour approcher Juda, qui couche avec elle puis, après diverses péripéties, déclare : « Elle est plus juste que moi. C’est qu’en effet je ne lui avait pas donné mon fils Shélah ». Tamar lui donne un fils, nommé Parets, qui apparaît sous le nom grec de Pharès dans la généalogie de Jésus, en Matthieu 1,3 : Juda engendra Pharès et Zara, de Tamar. Ce n’est pas pour rien que Tamar est la première des quatre femmes (hors Marie) citées dans cette généalogie composée d’hommes !

Mais avez-vous remarqué le nom du fils que Juda a refusé de donner à Tamar ? Shélah ! C’est lui qui aurait dû être le chaînon de la lignée abrahamique qui devait amener au Messie mais qui se serait éteinte sans la ruse de Tamar !

Imaginez un instant que Juda n’ait pas agi comme il l’a fait : le chaînon de la lignée se serait (à condition qu’il ne fît pas comme ses frères) appelé Shélah (et non Parets)

Mais il était écrit que Juda serait, bon gré mal gré, le chaînon qui manquait dans la promesse abrahamique ! En effet, dans sa version avec le yod le nom Shiloh a pour valeur 48, ce qui nous ramène au verset 9 dans lequel il est dit, textuellement : il savait Onân que non pour lui serait la descendance, où l’expression serait la descendance est en hébreu yihyêh hazara’’, mots de valeurs respectives 30 et 48, qui sont les nombres de Juda et de Shyiloh, ce qui nous dit par la guematria, au moment même où Onân y renonce, que cette descendance appartiendra à Juda et au futur Shiloh… Mais c’est une coïncidence, bien sûr !

Dieu a donc de la suite dans les idées (!) et nous savons (puisqu’on vient de le lire ci-dessus !) que Jacob promettra à Juda une postérité où on trouvera un Shiloh, LE Shiloh onze chapitres plus loin dans la Genèse

Jésus, paix ou épée ?

Cette question trouve sa source en Matthieu 10,34. Presque toutes nos bibles y écrivent que Jésus y proclame : « Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive ».

Ne vous est-il jamais arrivé de vous demander pourquoi Jésus opposait la paix au glaive plutôt qu’à la guerre ou à la discorde, ce qui serait infiniment plus logique… en grec et en français ?

C’est bien lui le verset qui contient le jeu de mots annoncé, celui où nos bibles nous parlent de paix et de glaive… alors que nous avons vu au tout début de cet article que paix se dit shalom (et être en paix : shalah) et épée se dit shélach (du verbe shalach) ce qui rend l’existence du jeu de mots « incontournable » !

Jésus proclame : « Je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée » !

Il y précise même de façon très nette à tous ceux qui attendent un Messie-Shiloh pacifique, Pacificateur même, de la racine shalah, qu’il s’inscrit, lui, dans la lignée du Messie-Shiloh de la racine shalach, non seulement Envoyé mais Épée !

Mais nous, devons-nous en être surpris ? Non, si nous croyons que Dieu respecte la liberté des hommes. Celle de Juda, en particulier, à qui il répète par la bénédiction du Patriarche Jacob qu’il sera l’ancêtre du Messie.

En effet si l’on en croit Genèse 49,10 Juda est confirmé dans sa vocation d’ancêtre du Messie, lui qui a préservé son fils Shélah, moyennant quoi sa postérité, malgré ses cinq fils (1Chroniques 2,6) s’est perdue dans les sables.

Regardez donc comment s'écrit Shélah...

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Sans ce refus de Jacob le Shiloh-Messie aurait sans doute (ou peut-être) été Shélah, de la racine shalah et donc le Pacificateur ! Mais peut-être était-il trop tôt pour qu’il vînt déjà… et Juda, dans sa liberté, en a décidé autrement.

Il est alors normal que Jésus déclare être l’« autre » Shiloh-Messie, celui de la racine shalach et donc Envoyé, mais aussi Épée !

Ce qui ne l’empêchera pas, mais en Jean, il est vrai, de dire à ses disciples :

« Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne » !

(Jean 14,27)

Merci, Jean !

René Guyon
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Vous pouvez (re)lire aussi L’aventure du yod  et Simon de Cyrène, le fort de Dieu , articles où il est question du Shiloh.

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