Jean Lavoué : éloge de l’intériorité

Publié le par G&S

À propos du livre de Jean Lavoué La voie libre de l’intériorité
éditions Salvator, 220 pages, 19 euros.

Voilà un livre qui bouscule bien des convictions sur la foi, sur Dieu et sur le christianisme. Il ne s’adresse pas qu’aux « croyants ». Il intéressera aussi ceux qui font « confession » d’athéisme, d’agnosticisme, ou, tout simplement, d’indifférence par rapport aux religions. Et qu’une approche nouvelle – et décapante – du christianisme peut concerner.

Lavoué - La voie libre de l'intérioritéSon auteur, Jean Lavoué (57 ans), est Breton. Il a écrit sur des auteurs bretons : Lamennais, Perros, Sulivan, Grall 1, dont il apprécie le parcours « dans les marges ». Jean Lavoué dirige une association d’action sociale dans le Morbihan. Sa pensée se nourrit du message des Évangiles et aussi de tous ceux qui ont exploré les voies d’un christianisme dépoussiéré – de rupture, « d’exode » – loin de l’état de chrétienté, comme l’ont fait, en leur temps, Jean Sulivan, Dietrich Bonhoeffer ou les plus grands mystiques à l’image de Maître Eckhart. Sa pensée se nourrit aussi des apports de la psychanalyse ainsi que des spiritualités d’Orient, notamment de Chine, en particulier dans leurs expressions corporelles.

Que nous dit au fond Jean Lavoué ? Qu’il faut en finir avec la métaphysique du dualisme et du rationalisme (hérités de la pensée grecque et du droit romain) qui font de Dieu un être extérieur à notre être le plus profond. C’est en nous, estime l’auteur, que Dieu se révèle, à travers ce que Jean Lavoué appelle « le souffle ». Il invite donc chacun à cultiver son intériorité, autrement dit cette flamme spirituelle qui l’habite. Car cette intériorité est, selon lui, la voie royale d’accès au désir, au mieux être, à l’amour, à la vie révélée dans son intensité. En soi et avec les autres. Une voie de l’intériorité que « le Christ était venu manifester et que l’Occident n’a cessé de refouler, tandis que l’Orient s’est toujours déployé de plain-pied avec elle ».

Pas question, pour autant, de faire du syncrétisme. « Dans le grand orchestre des sagesses, des spiritualités, il revient à chacun de trouver son instrument », écrit Jean Lavoué. Pour sa part, il puise inlassablement dans le creuset évangélique (à la manière de Bernard Feillet, Maurice Bellet et beaucoup d’autres…) même s’il ne néglige pas, loin s’en faut, les sagesses d’Orient, comme l’avait fait en son temps Jean Sulivan dans l’ashram indien du Breton Henri Le Saux.

Jean Lavoué nous parle donc d’un Dieu qui « se laisse sourdre du dedans » ou d’un « Christ toujours à naître », d’un Dieu « qui n’est pas à chercher au-dehors » car « il est au-dedans, dans ce vaste puits des silences qui nous alimentent en eau pure ». D’où son appel à laisser croître en soi le germe d’un tel silence.

« Chrétien ayant renoncé, une bonne fois pour toutes, à rester là à regarder le ciel », Jean Lavoué mise sur la pertinence des « petits groupes nomades, éphémères et fidèles », prêts à « avancer dans les brèches », pour faire émerger une nouvelle intelligence du christianisme, loin de « la classe sacerdotale » dont « Jésus annonçait la dispersion avec la destruction du Temple ». Au point de parler, à la suite de Etty Hillesum, d’un « Dieu, non pas venu pour nous sauver, mais à sauver au plus intime de soi ». Car « Dieu, c’est l’homme qui le fait advenir », dit Jean Lavoué. Une voie royale, selon lui (c’est bien le sens du « Royaume » annoncé), à emprunter  à la suite des enseignements d’un Christ qui renvoyait chacun vers lui-même, « dans la joie d’être transformé, apaisé, réconcilié ».

Pierre Tanguy

(*) Sur Lamennais, Jean Lavoué a publié La prophétie de Féli, l’évangile social de Lamennais (Golias, 2011). J’y ai consacré une note de lecture en novembre 2011.
Sur Jean Sulivan, il a publié Jean Sulivan, je vous écris (Desclée de Brouwer, 2000) et Jean Sulivan, la voie nue de l’intériorité (Golias, 2011).
Sur Georges Perros, Perros, Bretagne fraternelle (L’Ancolie, 2004).
Sur Xavier Grall, il s’apprête à publier Christ Blues, stèles pour Xavier Grall (Golias, 2012).

Commenter cet article