Après les “amish”, les écologistes doivent-ils subir le sobriquet de “cathares” ?

Publié le par Garrigues et Sentiers

Même si beaucoup de nos lecteurs en ont peut-être déjà connaissance, nous nous faisons l'écho d'une tribune co-signée par de très nombreuses personnalités, qui a été récemment publiée sur le site de La Viehttps://www.lavie.fr/actualite/societe/apres-les-amish-les-ecologistes-doivent-ils-subir-le-sobriquet-de-cathares-73144.php?fbclid=IwAR3iPYKnlKRqpAQFdyiVeIQc3DzsL0vG7B0ZaioyBQg_klf8C_wu3B33sV4

G & S 

Cette année, à l’écoute (radiodiffusée) des conférences de carême de Notre-Dame de Paris, quelle n’a pas été notre surprise, en pleine année Laudato si’ proclamée par le pape François, d’entendre le prédicateur, le père Guillaume de Menthière enfourcher un ton pourfendeur à l’encontre de… « l’écologisme ».

« La propagande du discours écologique », véhiculée « par des adolescentes nordiques », fut durement dénoncée, ainsi que la « propagande verte » qui, telle « une peste », dégénère… « en une idéologie terrifiante, profondément antihumaniste », jusqu’à être comparée « à l’exécrable hérésie des cathares » et qui ne serait autre que le « fer de lance » de la « culture de la mort », etc.

Parole caricaturale

Comment peut-on entendre aujourd’hui, de la part d’éminents représentants de l’Église catholique une parole aussi caricaturale et réductrice sur un sujet aussi grave que l’écologie ? Non seulement le père de Menthière parodie la question écologique, mais, ce qui est plus dommageable encore, sa posture péremptoire affiche une hostilité contraire à l’esprit de dialogue qui revient pourtant 74 fois dans Laudato si’ (Laudato si’ est la lettre encyclique publiée en 2015 par le pape François sur la « sauvegarde de notre maison commune, reconnue comme un texte majeur sur l’écologie adressé à toutes les personnes de bonne volonté. »).

Entendre cette prédication et ce que le magistère de la même Église enseigne par la voix du pape François et de ses prédécesseurs plonge l’esprit dans une forme de douloureuse dissonance cognitive qui désoriente.

Ce que disent Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI et François

Depuis Paul VI qui alertait en 1970 sur les conséquences des « retombées de la civilisation industrielle » pouvant « conduire à une véritable catastrophe écologique », Jean Paul II, inventeur de l’expression « conversion écologique », qui déclara François d’Assise patron des écologistes (1979), et Benoît XVI qui dénonça « les modèles de croissance… incapables de garantir le respect de l’environnement » (2007), jamais la problématique écologique au sein de l’Église catholique n’a alimenté ce type de communication.

La publication de l’encyclique Laudato si’ (2015) a conforté et amplifié cet enseignement magistériel. S’adressant à tous, le texte du pape François a impulsé un nouvel élan dans la prise de conscience de la crise socio-écologique planétaire au sein de la chrétienté et bien au-delà, parce que « le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous » (LS 13).

Église verte

Aujourd’hui la population est de plus en plus consciente de ce défi. Les jeunes, nombreux, manifestent leur inquiétude sur le devenir de la planète. Les marches pour le climat reprennent avec des cortèges de croyants. Le pape François a remercié et encouragé Greta Thunberg, a rencontré Naomi Klein, Nicolas Hulot, Pablo Servigne et Cyril Dion.

En France, la Conférence des évêques de France, sous l’impulsion de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, a initié, depuis novembre 2019, un processus de transition écologique et des centaines de communautés paroissiales entrent dans une démarche œcuménique « Église verte ». La majorité des diocèses se dotent de référents à l’écologie.

À Paris, alors que l’archevêque Michel Aupetit a sollicité et écouté, en janvier 2021, 12 propositions pour une dynamique Laudato si’  sur son diocèse et ouvre une chaire Laudato si’ aux Bernardins, comment peut-il en même temps accueillir une telle prédication ? Le mouvement écologique est souvent la cible d’attaques virulentes. Les représentants d’Église doivent-ils y prendre part ?

« Le souci de notre maison commune »

Après « les Amish », doit-on subir le sobriquet de « cathares » ? L’heure n’est plus à l’invective. Le temps presse. Par-delà les maladresses de communication et autres singularités critiquables de ceux qui se réclament de « l’écologie » (il en va de tout mouvement), l’urgence d’une conversion de vie dans l’esprit d’une « écologie intégrale » n’est plus à démontrer.

Celle-ci n’est autre que la prise en compte globale de tous les aspects du vivant et du vivre-ensemble sociétal afin de réorienter la civilisation humaine vers « le souci de notre maison commune ». Il s’agit bien de « sauvegarder » l’habitabilité humaine de « sœur notre mère la terre » (François d’Assise) et à cette fin, de s’engager « dans une courageuse révolution culturelle » (LS 114). C’est ainsi que l’écologie peut être un révélateur des valeurs évangéliques.

De fait, la conversion à laquelle l’humanité du XXIe siècle est inéluctablement appelée sera écologique ou ne sera pas. Puissent tous les chrétiens, à commencer par ceux qui sont en responsabilité hiérarchique et pastorale, donner l’exemple de l’écoute et du dialogue en étant réceptifs aux paroles du pape François pour les 50 ans du jour de la Terre : « J’apprécie sincèrement ces initiatives, et il sera encore nécessaire que nos enfants descendent dans la rue pour nous enseigner ce qui est évident, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’avenir pour nous si nous détruisons l’environnement qui nous soutient. »

 

Signataires : François Euvé, prêtre jésuite, rédacteur en chef de la revue Études ; Monique Baujard, doctorante en théologie ; Guy Aurenche, avocat honoraire, ancien président de l’ACAT et du CCFD-Terre solidaire ; Anne Soupa, présidente des baptisé·e·s du Grand Paris ; Bernard Perret, ingénieur et socio-économiste, auteur ; Laura Morosini, présidente de Chrétiens unis pour la terre ; Benoît Ostertag, président de la Vie nouvelle, personnalistes et citoyens ; Patrice Obert, président des Poissons roses ; Jacques Musset, écrivain, auteur de livres sur l’aventure spirituelle et chrétienne ; Guy Rougerie, prêtre du Prado ; Pierre Larrouturou, député européen ; Priscille de Poncins, secrétaire du bureau de Chrétiens unis pour la terre ; Jean-Luc Souveton, prêtre, co-initiateur des Assises chrétiennes de l’écologie ; Jean-Claude Noyé, journaliste, auteur et co-initiateur des Assises chrétiennes de l’écologie ; Jacques Debouverie, diacre à l’église Saint-Merry, coordinateur des Ateliers de la verrerie ; Michel Maxime Egger, écothéologien, Aubonne (Suisse) ; Christine Kristof, écojournaliste, cofondatrice d’AnimaTerra et de Chrétiens unis pour la terre ; Bertrand Bucalossi-Rolin, podcast d’écothéologie Ecologos ; William Clapier, auteur, théologien, Chrétiens unis pour la terre et Citoyens pour le climat-Nîmes ; Michel Danais, ingénieur écologue honoraire, docteur en écologie, Rennes ; Gilbert Landais, animateur du groupe Chrétiens unis pour la terre de Rennes ; Timothée de Rauglaudre, journaliste, auteur ; Patrice Sauvage, aumônier spirituel de la Maison de Tobie ; William Shankland, Maison de Tobie ; Emmanuelle Tran, médecin, Nîmes ; Christophe Orliac, membre du CCFD-Terre solidaire, Nîmes ; Denis Ode, diacre, Bagnols-sur-Cèze ; Anne Ode, Bagnols-sur-Cèze ; Christian Court, président de l’association Saint-Genis pour tous, Grezieu-la-Varenne ; Gilles Fol, animateur liturgique, Craponne ; Bernard Tardy, paroissien retraité engagé dans l’aide auprès des réfugiés, Saint-Genis-les-Ollières ; Jean-Luc Gebelin, curé de l’ensemble paroissial Cèze-Ardèche, Barjac ; Emmanuel Peigné, professeur de guitare, Nîmes ; Élisabeth Flichy, membre de Chrétiens unis pour la terre et de Paroisse verte Ménilmontant ; Hugues Flichy, membre d’Alternatiba, Evreux ; Laurence Euverte, membre de la Vie nouvelle ; Denis Delmas, professionnel en études et conseils en énergie, engagé en église et en association promouvant les déplacements doux, Nîmes ; Sylvie Berthiot, fonctionnaire d’État, engagée en politique locale, en église et en association promouvant les déplacements doux, Nîmes ; Jean-Noël Gigon, CCBF, Craponne ; Marie-Thérèse Gigon, Secours catholique, Craponne ; Anne René-Bazin, CCBF, Paris ; Louis Duret, curé de la paroisse des Hauts de Chambéry ; Philippe Vachette, économiste, développeur d’entreprises, référent à l’écologie, diocèse de Savoie ; Jean-Philippe Brachet, Maison de Tobie, Paris ; Monique Durand-Wood, Maison de Tobie, Paris ; Jean-François Tardy, retraité, Limonest ; Vianney Danet, CCBF, président d’une association d’insertion par l’activité économique, Châlon-en-Champagne ; Jean-Pierre Rougeot, Pax Christi et Service écologique diocésain, Besançon ; Mireille Collet, CCB-Lyon, Francheville ; André Harreau, ancien cadre commercial, Pax Christi, groupe écologie de Saint-Pothin, Lyon ; Edmond Courbaud, CCFD-Terre solidaire, Nîmes ; Loïc Lainé, diacre du diocèse de Nantes, Écologie paroles de chrétiens, Pax Christi ; Arnaud du Crest, ingénieur agronome, auteur de Décarboner l’économie, Nantes ; Philippe Blaise, Paroles de chrétiens sur l’écologie, diocèse de Nantes ; Jean-Noël Hallet, Paroles de chrétiens sur l’écologie, diocèse de Nantes ; Marie-Martine Hallet, Paroles de chrétiens sur l’écologie, diocèse de Nantes ; Jean-Louis Petermann, Loire-Atlantique ; Élisabeth et Bernard Philippe, CCFD et Vie nouvelle de Rennes ; Jean-Yves Leborgne, curé, accompagnateur spirituel du groupe Chrétiens unis pour la terre, Rennes ; Lucienne Gouguenheim, membre de NSAE et des Réseaux du parvis ; Olivier Tempereau, Paroles de chrétiens sur l’Écologie, diocèse de Nantes ; Yves Dréan, membre de Chrétiens et libres en Morbihan (Celem) ; Anne-Marie Hermet, militante associative ; Paul Hermet, militant associatif ; Dominique Lerch, groupe Évangile et Société ; Jean-François Tronchon, aumônier de prison ; Michel Hamon, Chrétiens sans frontières, Orne, militant EELV ; Colette Gluck, Alternatiba, Bouillons terres d’avenir, Réseaux du parvis ; Michel Gigand, militant syndical et militant chrétien ; Marie-Thérèse Colin, militant syndical et militant chrétien ; Annie Grazon, retraitée, membre NSAE ; Jean-Marie Kohler, anthropologue ; Danielle et Jean-François Rolin, membres de l’association culturelle de Boquen ; Jean-Louis Didelot, prêtre-ouvrier, engagé auprès des migrants et demandeurs d’asile ; Hélène Versavel, Sœurs de saint François d’Assise ; Danielle Gagneur, CCB-Lyon ; Marie Fouilland, psychothérapeute, Nîmes ; Yves Saoût, prêtre retraité, bibliste ; Jean-Pierre Delhomme, hydrogéologue retraité ; Jean-Baptiste Rougny, prêtre, diocèse de Gap et d’Embrun ; Didier Vanhoutte, président fondateur du Cedec ; Paulo Barbosa da Silva, directeur de la maison Saint-Michel, Issenheim ; Francis Martin, référent écologie de Nancy ; Jean-Claude Brunetti, prêtre du diocèse de Chambéry ; Joëlle Vatain, professeure retraitée, Montjay, Hautes-Alpes ; Michel Vatain, professeur retraité, Montjay, Hautes-Alpes ; Yves le Thérisien, formateur, Brest ; Pierre Pech, professeur d’université, professeur émérite, université Paris-1 Panthéon-Sorbonne ; François et Martine Schwaab, universitaires engagés dans l’écologie, Barjac ; Jean-Louis Loirat, ancien cadre du ministère de la Santé, président d’association humanitaire, Évry-Courcouronnes (Essonne) ; Hélène Loirat, trésorière CCBF, déléguée diocésaine à la pastorale des familles, Évry-Courcouronnes, Marie-Christine Bernier-Mazier, CCFD-Terre solidaire 35 ; Michelle Beyet, CCFD-Terre solidaire 35 ; Jean-Baptiste de Foucault, Démocratie & Spiritualité ; Christine Pedotti,  directrice de la rédaction de Témoignage chrétien ; Anthony Favier, ancien co-président de David & Jonathan ; Céline Chaix, membre de Chrétiens dans le Monde Rural 05, Action Catholique des Enfants et CCFD-Terre solidaire ;  Marie-Laure Barlier, mouvement Jonas Vosges ; Armel Vernery, formateur à l'écologie, membre d'associations d'étude et de protection de la nature en Bretagne ; Bernadette Catrice, chrétienne citoyenne ; Christian Toullec, diacre, référent écologie intégrale du diocèse de Quimper et Léon ;  Danielle Nizieux, Vanves, CCFB.

Publié dans Réflexions en chemin

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L
« SŒUR NOTRE MERE LA TERRE »
Qu’il faille publier, en l’an 2021, cette tribune, dont chaque argument pèse à lui seul du poids de la preuve, est tout simplement inconcevable. Comment se représenter qu’il soit encore nécessaire de plaider pour faire entendre « ... ce qui est évident, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’avenir pour nous si nous détruisons l’environnement qui nous soutient ».
En revanche, la brutale résurgence, la même année, du pire vocabulaire des croisades, des persécutions et des chasses aux sorcières, et des représentations mentales où il se source, indissociablement contenus en la dénonciation de « l’exécrable hérésie des cathares » dans une conférence de carême, ne relève assurément pas de l’inconcevable. Mais du plus terrifiant et du plus sinistre des enfermements de la pensée – ceux dont chaque effacement a tracé l’itinéraire, si lent et si laborieux, par lequel l’esprit humain a sans doute réalisé son seul progrès indiscutable.
A cette aune, le Syllabus qui pensait avoir répertorié toutes les erreurs du modernisme, n’avait pas vu venir « (le) discours écologique ». Laissant ses légataires s’exposer à l’insensé et au grotesque le jour où ils qualifieraient de « culture de la mort » la tardive résolution humaine de sauvegarder « sœur notre mère la terre ».
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G
Je ne comprends pas pourquoi on cite les revirements de Mgr Aupetit alors qu'il supprime des communautés profondément chrétiennes comme celle de Saint-Merry qui avait fait ses preuves durant près de 50 ans et avait été reconnue par la majorité des prêtres qui y ont séjourné.
Quand on est capable d'un tel acte il ne faut s'étonner de rien !
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