Débattre du « grand débat » ? Vous avez dit : "oui"

Publié le par Garrigues et Sentiers

Amis Internautes,

 

Notre suggestion de débattre du "grand débat" ouvert par la lettre du Président de la République vous a séduits : en quelques heures, quatre d’entre vous y ont répondu positivement, ce qui constitue pour nous un taux de « retours » exceptionnel !

Vous trouverez trois de ces réponses en commentaire de notre article Le « grand débat » : pourquoi pas aussi sur notre blog ? Nous publions ci-dessous la quatrième, parce que sa longueur en aurait rendu la lecture malcommode en pied de page.

Nous appliquerons la même règle pour les autres réponses que nous recevrons : donc, à vos plumes, si vous le souhaitez !

 

G & S

 

 

Lorsque tous les Français sont appelés à débattre de ce qui fait leur vie, on ne peut pas rester à regarder passer les trains. 


Mais « en même temps » J.-B. Désert a raison de poser la question de la confiance. Le risque est que reste lettre morte ce qui remontera d’essentiel. Le Président a bien confirmé qu’il continuerait sa politique, or s’il y a du mécontentement c’est que cette politique est mise en cause. Un risque plus grand serait de constater une déformation de ce qui ressortira : en s’appuyant sur les contradictions qui apparaîtront il sera aisé pour ceux qui tiennent les clés (la presse qui est partie prenante des pouvoirs établis, quoiqu’elle en dise, les gouvernants et les « élites ») de décrédibiliser les résultats et renforcer leur pouvoir assis alors sur « l’incompétence des masses ». Les citoyens qui ne sont pas formés ne peuvent pas être sommés d’avoir une vue globale, les demandes auront leurs incohérences, les solutions proposées dépendront de choix politiques et donc de la position des intervenants dans ce champ.


J.-B. Désert est bien optimiste quand il dit que la lettre du Président écrit des choses de simple bon sens qu’on ne peut qu’approuver. Ne s’agit-il pas de « novlangue » ? Ces « choses de bon sens » sont le contraire de ce qu’il a fait ! « Cette impatience, je la partage », écrit le Président. Ce partage semble être une escroquerie. Cette lettre est d’ailleurs intéressante par ce qu’elle ne dit pas, faisant semblant de croire qu’il y a le Président et les Français, rien entre eux sauf les maires comme organisateurs. J.-B. Désert dit son inquiétude devant la démocratie directe des referendums, il a raison. L’appel au peuple du pouvoir actuel est aussi une opération de mise à l’écart de ces intermédiaires qui ont été ostracisés depuis des années. On critique beaucoup les syndicats, faibles, ne jouant pas leur rôle, mais on a tout fait pour les mettre dans cette situation, en faire des coquilles vides devenues parfois alors des rentes de situation pour des dirigeants. Quant aux associations, elles sont étranglées financièrement et exclues des lieux de débat depuis des années. On fait semblant de se souvenir d’elles quand viennent des élections.


Est-il sain que ce soit le président qui donne le « la » comme il le fait, qui octroie une charte de bonne conduite, qui donne les « bonnes questions » ? L’ouverture qu’il a faite en disant qu’on peut rajouter ce qu’on veut ne trompe personne, il a donné les questions qu’il veut bien considérer.


Alors je dirai que débattre, oui, mais peut-être pas nécessairement dans le cadre imposé. Le pouvoir fera ce qu’il voudra, quoiqu’on en dise. Par contre que toute la population s’affronte aux réalités, discute à son niveau, fasse donc de la vraie politique, cela est sain, utile, essentiel même. Et pour que ces discussions ne restent pas stériles, les corps intermédiaires doivent s’engager. Bien sûr se trouvent en tête les maires, mais prétendre qu’ils sont près des gens est un peu exagéré. On fait l’amalgame entre le maire d’un village et celui d’une ville. Monsieur Gaudin ou Madame Joissains se déplacent dans leur voiture de fonction, reçoivent qui ils veulent et usent de bien des écrans qui les protègent de leurs électeurs ! Leur crédibilité est bien sujette à caution. À eux de faciliter l’organisation, ne comptons par sur eux pour débattre (encore une fois la chose est différente dans les villages). Les syndicats ou les associations, eux, n’ont pas de pouvoir mais ont formé des personnes compétentes et à l’écoute des citoyens. Leur place nous paraît incontournable. La lettre cite une fois les associations, jamais les syndicats. Alors à nous de les remettre dans le jeu démocratique.


Faut-il désespérer ? Aucunement. Mais ne pas espérer n’importe quoi. De tous ces débats ne naîtra pas une autre politique, au mieux une pommade. Les services publics sont démantelés, la fiscalité est injuste, les pauvres sont de plus en plus pauvres...Par contre le pays peut vivre d’un nouveau souffle, quoiqu’en veuillent nos gouvernants, car si les débats se développent, les Français redeviendront de vrais citoyens et cette richesse est un bien précieux... pouvant peut-être, à long terme, changer bien des choses. Et notre rôle sur terre n’est-il pas de construire un « nouveau monde » qui donne sa place à chacun ?


Marc Durand

Publié dans Réflexions en chemin

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