Une femme à l'autel

Publié le par Garrigues et Sentiers

Une femme à l'autel

La scène se déroule en Suisse, dans le canton de Zurich. Une femme, Monika Schmid, 67 ans, responsable pastorale de la paroisse depuis plus de trente ans, fait ses adieux à sa communauté lors d’une messe. Au cours de la prière eucharistique, laquelle est adressée à « Dieu paternel et maternel », entourée de prêtres et de diacres, elle prononce une partie de la prière – mais pas la consécration.

Horresco referens, oui, vous avez bien lu, une femme ! C’est-à-dire un être humain porteur d’organes sexuels féminins. Des théologiens sont interrogés : une telle messe est-elle valide ? La consécration peut-elle avoir lieu et la présence de Dieu advenir en cette circonstance ou sont-elles conditionnées à la présence exclusive d’organes masculins autour de l’autel ?

Si l’on en croit une tribune récente publiée dans le journal La Croix à l’occasion du pèlerinage à Rome des servants et servantes de messe, ce devrait être le cas. En effet, le prêtre Luc de Bellescize y explique que Jésus s’étant fait homme – Homo factus est –, il ne doit y avoir à l’autel que des garçons. L’émotion à l’idée d’y voir une fille est telle que le brave curé en perd le latin qu’il n’a peut-être jamais eu… et se laisse piéger par le faux ami « homo » qui ne signifie par « homme mâle », mais « humain ». En latin, le mâle est « vir », qui a donné « viril ».

Les cris d’orfraie poussés par différentes officines défendant le « véritable catholicisme » doivent-ils être pris au sérieux ? Hélas, oui, car il ne s’agit pas seulement d’un carré d’irréductibles conservateurs représentant une tendance traditionaliste. Face à l’effondrement chaque jour plus visible des structures de l’Église catholique – les sociologues Danièle Hervieu-Léger et Jean-Louis Schlegel titrent leur dernier opus Vers l’implosion – et, faute de réforme, deux attitudes sont possibles : s’écarter du désastre ou tenter de protéger le corps menacé par une attitude réactionnaire. Malheureusement, le raidissement et la réaction sont les pires des remèdes. On sait que devant des secousses sismiques, les bâtiments qui restent debout sont ceux qui peuvent jouer, bouger, ployer. Le catholicisme réactionnaire, figé, se désincarne et choisit une voie mortifère. Le refus de principe opposé aux femmes est plus qu’une erreur, c’est une faute.

Christine Pedotti

Source : https://www.temoignagechretien.fr/une-femme-a-lautel/

Publié dans Réflexions en chemin

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Dans notre monde, très décrié, parce que mondialisé pourquoi craindre le fait que tel ou tel préfère prier debout, à genoux, en français ou en latin?<br /> En fait au moment où l'on parle de plus en plus de consommation locale pourquoi vouloir à tout prix qu'un postulant cardinal aille se faire investir à Rome? <br /> Je ne vois qu'une seule réponse c'est que, comme les Années Saintes" ça rapporte à Rome, la preuve 300 personnes ont fait le voyage en Aout pour cela ; il eut été plus économique qu'elles le fassent à Marseille.<br /> Mardi soir Arte nous a présenté une enquête très (trop?) fournie sur les prêtres qui ont quitté le sacerdoce et qui parfois continuent à célébrer, où est le problème? <br /> Là où je vais à la messe il y a un prêtre qui parfois est remplacé par d'autres prêtres mais personne ne se demande s'ils sont en totale conformité avec ce à quoi ils se sont engagés et après tout "que celui qui n'a jamais pêché, lui jette la 1ère pierre" .<br /> L'Eglise UNE est une drôle d'invention et plutôt que de jeter l’anathème sur les façons de faire non orthodoxes de certaines communautés dans le Credo elle est aussi qualifiée d'Apostolique et dans Apostolique on trouve comme racine apôtre et non pas Curie romaine.<br /> Ça m’étonnerait beaucoup que les apôtres aient vraiment parlé d'une seule et même voix .<br /> le Schisme tant redouté en fait a déjà été consommé avec Mgr Lefebvre pourquoi ne pas le considéré comme acquis? Parce que Benoit XVI a accepté le retour au bercail des affidés de Mgr Lefebvre au moment où ils étaient menacés d'excommunication, mai leur démarche n'était pas celle du Fils Prodigue, loin s'en faut.<br /> Denis
Répondre
H
Luc de Bellescize devrait savoir que "homo" désigne l'être humain (masculin ou féminin), sinon le Credo aurait écrit "vir factus est". Dans leur grande sagesse les rédacteurs du Credo ont bien écrit "homo factus est". Il en est de même dans la version originale en Grec "anthropos", pas "andros". La messe est dite ...
Répondre
L
Christine Pedotti fait très justement un sort à des élucubrations dont on reste stupéfait qu'il faille encore les réfuter. Jusqu'à devoir relever des contresens du type de ceux qu'on trouve dans une version latine tout juste du niveau d'un débutant en l'étude de la langue de la Guerre des Gaules.<br /> Mais, saperlipopette (pour ne pas écrire "grand Dieu"), sur quelle raison, sur quel argument un tant soit peu pensé, une femme pourrait-elle prononcer, lors d’une messe, une partie de la prière eucharistique mais pas - surtout pas - la consécration ?<br /> Nous a-t-il échappé un codicille au "Vous ferrez cela en mémoire de moi", qui aurait spécifié que les femmes ne sauraient toucher et rompre le pain, ni bénir la coupe de vin. Que les paroles de Jésus, l'énonciation du "Ceci est ...", ne sauraient sortir de leurs lèvres impures ? <br /> Que les prescriptions juives de l'an 33 aient été ce qu'elles édictaient dans la société et la culture où elles étaient pratiquées, notamment pour la tenue des repas rituels - et le judaïsme libéral (réformé) a dû, au reste, les relire et les réinterpréter dans une lumière du croire d'aujourd'hui -, quel intérêt autre qu'historique, quelle valeur probante peut-on leur attacher en ce qui a trait à l'Incarnation que la répétition de la Cène célèbre et qui fait le coeur de la théologie messianique ?
Répondre