Jeudi 13 avril 2006
Garrigues & Sentiers on the Net
Dossier n° 1

Cafés théologiques
et autres lieux de parole

L’Édito de la Rédaction

Pour accéder directement aux articles cités, cliquez sur les textes en italiques soulignés.

« À une époque où le temps tourne vite, où la terre est de plus en plus petite, où les humains sont citoyens du monde entier, où les connaissances sont disponibles à tous et pour tous, où les moyens de communication sont rapides et généralisés, chacun de nous et nous tous avons besoin pour bien vivre de relations courtes, simples et en vérité. Nous avons besoin de lieux où peut se partager l'essentiel de notre existence.
Nous avons besoin pour bien vivre que la personnalité de chaque personne et de chaque groupe apporte sa part de vérité. À leur manière, les Cafés théologiques participent à cette grande aventure et par là-même, ils donnent visibilité à l’Évangile : Bonne Nouvelle pour aujourd’hui. »

Ces deux paragraphes servent de conclusion à la contribution de Nathalie GADEA, Lorsque des chrétiens dialoguent, que l’on pourra lire par ailleurs. Nous avons choisi de les reprendre ici parce qu’ils résument on ne peut mieux ce qu’a été notre intention en constituant ce dossier sur Cafés théologiques et autres lieux de parole. Un dossier dont on comprendra sans peine qu’il soit le premier que publie Garrigues & Sentiers. Notre projet n’est-il pas de scruter les « signes » que les temps nous offrent, comme nous y a invité le Seigneur lui-même (Matthieu 16,3), et tenter de discerner ce que l’Esprit dit aux chrétiens et leurs Églises (Apocalypse 2 et 3) à travers eux ?
Premier dossier ? Soit. Mais il s’inscrit à la suite et dans la manière de la centaine de dossiers que la revue Garrigues, qui a dû cesser sa parution en décembre dernier, a publiés au cours des vingt-trois ans de son existence. Voir sur ce point Les dossiers de la revue Garrigues, où l’on découvrira que nombre de ces dossiers sont encore actuels et disponibles à la vente. Comme dans les dossiers de Garrigues, nous nous sommes efforcés en effet
·        de donner quelques exemples, pris dans notre région, de Cafés, théologiques ou autres,
·        d’offrir aux internautes une réflexion sur les enjeux que représentent pour la société et pour les Églises l’existence de ces Cafés.
 
Quelques exemples, donc, réunis sous le titre Les cafés théo présentés par leurs animateurs et qui montrent la variété des expériences actuellement en cours :  
·  Le « Café théologique » de Toulon, qui est animé par une équipe œcuménique ; 
·  Le « Café théologique » d’Aix-en-Provence
, animé par des Jésuites de La Baume-lès-Aix, 
·  « Courant d’Air Café », à Marseille
, qui est plus original encore, puisque ce café se veut un lieu de vie et d’échanges, avec des soirées à thème : philo, théologie, histoire, poésie...
· « Saint-Luc P’tit déj », à Marseille
, qui offre la double particularité de se tenir dans les locaux d’une Communauté catholique et d’être ouvert à tout sujet, théologique ou non...
...
à quoi l’on a ajouté, en débordant largement le cadre de notre région, une présentation des Blogs et cafés théologiques qui sont ouverts sur la toile. 
 
Quant aux enjeux des prises de parole dans ces Cafés, nous avons essayé de les éclairer par quatre contributions :

·  Pourquoi ce besoin de parler ? par Maurice NETTER, psychanalyste, qui offre une approche anthropologique du sujet ;

·  La parole en philosophie : les Anciens avaient tout dit, une mise au point d’envergure d’Angelo GIANFRANCESCO, dont on trouvera l’introduction sur le blog et le texte intégral téléchargeable sur le site de Garrigues & Sentiers ;
·  La Parole dans le Premier Testament, par René GUYON, un hébraïsant qui présente les mots utilisés par la Bible juive à propos de la Parole ;
· Lorsque des chrétiens dialoguent, par Nathalie GADEA, théologienne, qui étudie les enjeux théologiques des Cafés théo.   
 
Tel est ce dossier, qui constitue pourtant – miracle d’Internet – un dossier ouvert. Libre à chacun de le nourrir, en contactant le blogmestre pour nous faire connaître d’autres Cafés, d’autres expériences, ou en nous aider à mieux discerner ce que l’existence de tous ces Lieux de Parole signifie pour notre société et pour nos Églises.
 
Bienvenue, donc, dans ce dossier et, par avance, merci pour vos réactions !
 
G&S
 
Par Garrigues et Sentiers - Publié dans : DOSSIER PAROLE
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Jeudi 13 avril 2006
« Les chagrins des enfants ne devraient être que des chagrins d’enfants ; quand leur peine passe leurs compétences, ils se taisent, moins par indifférence que par manque de vocabulaire. Seul un curieux cauchemar, qui revint toutes les nuits qui suivirent l’enterrement de mes amis, et souvent par la suite, me rappelait les circonstances de leur mort. »
Françoise Chandernagor fait parler ainsi son héroïne, dans son livre La Sans pareille, (Poche n° 6791) : cette dernière avait 11 ans quand ses amis, 11 et 13 ans, ont été victimes d’un accident de voiture.
Le besoin de parler est né avec la capacité organique et psychique de prononcer des phrases articulées et ainsi de former des représentations à partir des perceptions, de transmettre des émotions par le sens des mots et pas seulement par des cris et des expressions corporelles. Dès que homo sapiens est apparu il a ainsi élargi son entourage, formé des groupes de paroles : palabres évoluant en parlements, confréries, équipes (enseignantes parmi d’autres), séminaires divers… c’est à dire “depuis toujours”.

De toujours à aujourd’hui, qu’est-il arrivé ?

Je voudrais apporter un élément de réponse, celui que je connais de l’intérieur depuis quarante ans : “la cure de parole” comme l’a baptisée une des premières patientes de Freud. Celui-ci a laissé converger en lui le courant romantique allemand, pour qui l’homme était conduit par des forces qui le dépassaient tout en étant souvent inconscientes, et l’esprit scientifique de ses collègues neurologues qui commençaient à étudier le cerveau en rapprochant les dissections de cerveaux des symptômes présentés par les personnes qui venaient de mourir, particulièrement ceux que l’on appelait “déments”, victimes de “dégénérescences cérébrales”.
Élève de Charcot à Paris il étudia les hystériques et se rendit compte que l’on mettait sous l’étiquette de démence dégénérative un certain nombre de symptômes qui semblaient relever de ces forces inconscientes que mettaient en poèmes et en musique les grands artistes de son époque : Heine, Goethe, etc. D’abord en faisant parler les malades sous hypnose il découvrit qu’ils “souffraient de réminiscences”, ils parlaient de ce qu’ils ignoraient, de leur histoire, inconnue d’eux-mêmes. Il abandonna rapidement l’hypnose qui donnait certes des résultats immédiats mais peu stables. Il essaya donc de faire parler les patients dans une situation de détente en leur demandant de contrôler le moins possible ce qu’ils disaient. Ainsi, ils bénéficiaient du “retour du refoulé” comme dans l’hypnose mais pouvaient se l’approprier par l’écoute directe et consciente de leur propre parole. Comme il ne s’était pas encore départi de l’attitude directive du médecin qui interroge et de l’hypnotiseur qui suggère, les symptômes corporels les plus manifestes (parfois théâtraux) disparaissaient, mais le malade demeurait inhibé et souffrant ; jusqu’au jour où une patiente lui dit : « Mais laissez moi donc parler ! » La psychanalyse était née.
Certes, mais alors plusieurs de ses patientes ressentirent une passion amoureuse pour lui. Au premier abord, ayant une éthique professionnelle très forte, il se dit qu’il s’agissait d’une résistance à parler par l’envahissement d’une émotion très vive ; il ne rejeta pas ces personnes, comme d’autres le firent, prenant peur de ce qu’ils pensaient avoir déclenché. Freud saisit tout de suite que ce n’était pas ses charmes personnels qui provoquaient ces mouvements mais les chemins que prenaient les réminiscences jusque là refoulées et les émotions jusque là réprimées, qui se déplaçaient depuis des objets autrefois investis et se fixaient sur le thérapeute. Le passé s’interposait entre le sujet et ses relations présentes et en déformait la perception : il découvrit le processus de transfert. D’abord conceptualisé comme une résistance à parler, il sera petit à petit envisagé comme le vecteur de l’inconscient vers le conscient : son analyse permet de retrouver dans le présent de la relation analytique les aliénations à des personnages intériorisés, idéalisés, à l’emprise desquels jusque là le patient se soumettait et à l’égard desquels il se révoltait par des comportements discordants (caractériels), des phobies ou des désordres somatiques de toute sorte, et éventuellement par des décisions néfastes pour sa vie et son entourage.
Il s’agit bien de personnages et de relations entre personnages idéalisés en bien comme en mal et intériorisés avec lesquels le sujet construit ses fantasmes : le passé dont il nous parle est un passé recomposé. En particulier les traumatismes de la prime enfance sont à la fois vrais en tant que souffrance et souvent faux quant à leur historicité matérielle : les parler ne suffit pas à leur enlever leur nocivité (d’autant que tous les traumatismes ne sont pas nocifs mais aussi peuvent provoquer d’utiles réaménagements). L’exemple bien connu est celui-là même de Freud découvrant dans les années 1893-95 les abus sexuels dans l’enfance comme cause de ces traumatismes et des symptômes qui les représentent. C’était dans l’air du temps comme cela revient à l’heure actuelle. Il s’est vite aperçu que les récits de ces “séductions par les adultes” ne traduisaient que la sexualité infantile et les fantasmes qu’elle engendrait. Ces fantasmes agissaient comme de vrais traumatismes, le moi de l’enfant distinguant mal le réel et l’imaginaire étant facilement débordé par leur intensité. Il avait découvert, ce qui fit et semble de nouveau faire scandale, que les enfants vivent de réelles poussées sexuelles permettant la constitution de fantasmes que nous appelons originaires.
Mais la réalité existe : il y a vraiment des enfants abusés, des femmes violées, des enfants endeuillés.
« Quand leur chagrin dépasse leur compétence, les enfants se taisent non par indifférence mais par manque de vocabulaire » écrit Françoise Chadernagor. Adam a commencé par nommer les êtres vivants qui défilaient devant lui, bien sûr, mais la question est plus complexe.

La parole : entre fantasme et réalité

La recherche en psychanalyse s’est développée en particulier autour de ce problème : la relation entre le fantasme et la réalité et le rôle de la parole entre ces deux pôles.
La fixation sur le pôle de la réalité amène des catastrophes, amplifie les fantasmes et les collectivise : le docteur Lepastier, psychanalyste praticien attaché à l’hôpital de la Salpétrière écrit dans Le Monde : « (…) aux Etats-Unis, des patients adultes ont évoqué, le plus souvent sous hypnose, des scènes de séduction de leur enfance. Des tribunaux ont considéré que la "mémoire retrouvée" (recovered memory) valait preuve, et des abuseurs supposés, les pères le plus souvent, ont été condamnés. La fréquence du syndrome de la "mémoire retrouvée" a conduit à postuler que nombre d'enfants avaient été abusés, puis à rechercher les faits corroborant cette assertion. Parallèlement, chez les patients adultes, par un phénomène de contagion propagé par les médias, les récits se sont enrichis pour aboutir à des abus rituels sataniques (satanic ritual abuses) au cours desquels des enfants auraient été abusés et torturés jusqu'à la mort, les restes étant enterrés dans des charniers.
Avec l'affaire Dutroux, l'idée de l'abus rituel satanique s'est implantée en Europe en se laïcisant : des hommes puissants et influents, unis au sein de "réseaux" aux ramifications infinies, partagent des plaisirs criminels. En France, à plusieurs reprises, ont été signalés, avec une grande imprécision, des charniers d'enfants qui n'ont jamais été retrouvés. Initialement, l'instruction d'Outreau avait d'ailleurs pour ambition de mettre enfin au jour, à partir de la misère sociale, des relations complexes remontant à des puissants pervers. En janvier 2002, des pelleteuses ont même été utilisées ; leur action est restée vaine.
La fixation sur le pôle du fantasme amène à nier la réalité de certains faits et à éliminer l’influence de l’environnement sur la formation de la vie psychique des enfants.
Dans les deux cas, la parole, surtout si elle est péremptoire, véhicule de puissantes émotions qui rassemblent des gens, voire des foules, et manifeste des tendances destructrices partout prêtes à surgir : la pulsion de mort est aussi une découverte de la psychanalyse comme composante du psychisme humain.
Parler n’est pas un remède automatique aux conséquences des traumatismes : certes décharger un trop plein de tension juste après un traumatisme collectif, à quoi s’emploient “les cellules psychologiques” dépêchées sur le terrain, est un premier pas très utile, mais chaque traumatisé doit entreprendre seul ou avec une aide appropriée un travail de deuil: mise à distance progressive des attachements affectifs, reconnaissance de l‘impuissance devant une violence qui a réduit la personne à une passivité totale sur le moment, désenchantement du monde et de soi-même d’être si fragile ou d’avoir, en tant que survivant, évité le sort commun sans y être pour quelque chose. Ceci pour les traumatismes “sociaux”.
Quant aux “chagrins des enfants” ils peuvent remonter jusqu’à la dernière période de la grossesse, et pendant des mois après l’accouchement l’infans ne peut parler ses douleurs. Il les exprime par des cris mais aussi par certains malaises, voire maladies, que les parents ne sont pas toujours en mesure de traduire dans leur propre langage ; des malentendus précoces s’installent parfois. Ils peuvent durer une vie entière. Non seulement le vocabulaire manque mais aussi la capacité de parler liée à celle d’organiser des souvenirs. Du point de vue physiologique, tous les noyaux du cerveau ne deviennent pas fonctionnels en même temps : au début seules sont enregistrées les émotions très vives ayant “secoué le bébé” et leurs associations avec des perceptions sensorielles qui les réactiveront. Du point de vue psychologique, ce même bébé oscille entre un besoin d’indépendance dans ses recherches et ses manipulations, et un besoin de vivre comme s’il ne faisait qu’un avec la mère et son entourage. Il absorbe ainsi les angoisses de sa mère, les conflits familiaux et leur bruit, sans distinguer clairement ce qui est de lui et ce qui est des autres : ces traumatismes ne sont pas seulement les siens.
Voici un exemple, au cours d’une psychanalyse, d’un accès à la parole de ce préverbal qui en a tant besoin. Le discours conscient, manifeste, et même l’analyse de ses doubles ou triples sens, n’y suffisent pas, il faut qu’il se passe quelque chose, souvent un petit rien !
 
Les tremblements du petit Nicolas

Un patient, que j'appellerai Nicolas, en psychanalyse depuis 4 ans, vivait un sentiment d'insécurité profonde dont un des symptômes principaux peut se décrire ainsi : quelque chose de nerveux le tracassait dans son dos, une angoisse sans nom, en particulier quand il quittait sa maison et quand il y revenait. Les angoisses œdipiennes semblaient avoir été bien éclairées ; certains clivages idéalisant dans les deux sens (en bon et en mauvais) avaient pu se dire dans le transfert. Il évoluait, prenait des responsabilités, mais il demeurait en lui cette sensation indéfinissable, indicible, comme une angoisse devant l’attente d’une arrivée ou d’un départ. Aucune interprétation de l'analyste et aucune émergence de fantasme chez le patient ne pouvaient le calmer.
Un beau jour, je change de maison. Je prends un appartement dans un quartier un peu plus au centre de la ville que j’habitais à l’époque. À la deuxième séance suivant cet emménagement, Nicolas se trouve dans un état très curieux : il a l'impression que le divan remue ou plutôt vibre.
Il dit : “je tremble, il y a quelque chose qui se passe ”. Moi, j’ai une réaction, disons, théorisante, apparemment pas très maligne ; je dis : “vous tremblez devant moi ”. Silence dubitatif, puis : “Cela ne colle pas avec ce que je ressens en ce moment à votre égard ”.
Sa réponse pourrait être une dénégation mais j’ai le sentiment que c’est moi qui écarte quelque chose tout en voulant quand même faire mon travail !
Avec la pratique des groupes, j'avais observé que certains noyaux ou impressions d'ordre très archaïques se cachent dans le cadre. J’appelle cadre ou site psychanalytique, la pièce où je reçois les analysants, les meubles et tout ce qui s’y trouve, mais aussi la personne de l’analyste et les règles de fonctionnement : horaires, honoraires, évitement de toute relation personnelle entre le patient et l’analyste, enfin celle de dire ce qui passe par la tête et ce qui est ressenti.
Quelques jours plus tard, la perception de la vibration s’était peu à peu estompée, mais la sensation de malaise dans l’attente demeurait. Nicolas, comme il en avait l’habitude, va voir la bonne qui avait été dans sa famille au moment de ses premières années. Au cours d’une conversation banale, elle lui dit que lorsqu’il était très jeune, dans sa première année, sa mère rentrait à des heures très variables, dans un état d'esprit et de nerfs imprévisible, mais toujours excitée. Elle l'embrassait, le serrait jusqu'à l'étouffer mais rapidement elle prenait une colère et le rejetait violemment. D'autres fois, elle arrivait un peu éméchée par une station au café du coin et secouait son fils. Cet enfant, qui ne savait jamais dans quel état sa mère allait arriver, tremblait vraiment devant elle ; il a même eu des convulsions.
Il s’est avéré qu’un métro passant en sous-sol de mon immeuble, des vibrations très faibles pouvaient atteindre les étages ; ce n’était pas une illusion, mais une perception réelle rendue possible par l’hypersensibilité de Nicolas lors des premières séances sur le nouveau divan ! Ce tremblement en séance dans un moment transférentiel déclenché par le changement de lieu et d'environnement avait activé l’empreinte précocement inscrite au sein de la relation à la mère : cette empreinte, essentiellement violente et émotionnelle, avait sous-tendu la façon dont Nicolas avait vécu, au cours de sa croissance, les disputes de la mère avec le père qui criait beaucoup tout en étant très affectueux envers lui. Les parents avaient fini par divorcer et Nicolas devait changer de lieu pour être tantôt avec son père, tantôt avec sa mère.
Nicolas oscillait entre la sécurité affective que lui donnait son père et le besoin de protéger sa mère avec laquelle il était resté “mélangé” depuis sa naissance tant la violence de leur relation primaire avait imprégné ses fibres nerveuses, les premières venues à maturité.
Il a vécu son complexe d’Œdipe dans une très grande angoisse qui n’a pu être apaisée que par la manifestation puis la verbalisation, dans sa psychanalyse, du lien entre ces deux époques marquées par des expériences émotionnelles paradoxales tant sur le plan relationnel que corporel : l’une très précoce inscrite dans la mémoire sous forme d’empreintes qui ne sont pas des souvenirs mais des traces, l’autre (ici le moment du divorce) restée “gravée” dans la mémoire comme une séquence de scènes de disputes, autour d’une table près d’un balcon donnant sur la voie d’un chemin de fer dont les trains faisaient trembler le sol de l’appartement…
 
Le besoin de parler, aujourd’hui, ne peut se réduire à la confidence, la confession, la contestation, la confrontation, la négociation : le discours manifeste. La parole est constamment imprégnée par des émotions actuelles, certes, mais tirant leur force de sources profondes inactuelles tant individuelles que d’origine collective.
Ce besoin de parler aujourd’hui, envisagé sous l’angle individuel, vient de cette découverte de l’inconscient, d’abord par les psychanalystes, et maintenant par les neurobiologistes. Cette découverte est pleine de richesse et d’espoir mais c’est aux historiens et aux sociologues de dire ce qui, aujourd’hui, fait que la parole libre est de plus en plus menacée dans les sociétés humaines et leurs institutions.
 
Maurice Netter
docteur en psychologie, psychanalyste (Société psychanalytique de Paris)
Par Garrigues et Sentiers - Publié dans : DOSSIER PAROLE
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 13 avril 2006
 
INTRODUCTION
 
Les situations banales sont parfois riches de sens. En voici deux.
Pour la mère (par convention, ne parlons pas du père), l’enfant qu’elle tient dans ses bras balbutie, s’agite, grimace. Le plus souvent, ses gesticulations et mimiques ne sont que rictus et mouvements involontaires. L’enfant a le cri, la mère la parole. Bientôt, sur cette grimace, elle mettra le mot « sourire » et sur ce cri, le mot « faim ». La parole est d’abord un corps à corps. La mise en sens va suivre la mise en chair. En désignant un geste ou un bruit du corps par des paroles, la mère fait accéder le petit d’homme au monde des représentations. Et, un jour, lorsque les mots « faim » ou « sourire » seront les siens, l’homme se distancie et de la faim ou de la satisfaction qu’il ressent et de la mère, qui le nourrit. Ils sont autres, l’autre. Ainsi, la parole de la mère a séparé l’adulte qu’il est de sa contiguïté et de sa continuité avec son monde.
Pour que quelqu’un existe il faut lui parler, le désigner par le nom et dans le corps. On connaît.
Une chambre d’hôpital. D’abord seul, puis une cohabitation. C’était un jeune homme, traumatisé de la route. Il avait perdu l’usage de ses jambes et de sa parole. Je lui parlais. À peine, parfois un léger mouvement de sa tête bandée et, par moment, les larmes du corps qui a trop mal. Je redoublais de paroles : pas d’échos. Ma parole ne faisait pas rencontre. Elle me renvoyait à l’angoisse du non-savoir et, avec le temps, ce mutisme faisait régresser ma propre parole. Certes, autre chose se donnait à entendre, au-delà de la compassion facile et de la gêne rassurante. On connaît aussi, plus ou moins. Benveniste, ici encore, avait vu juste : « Nous parlons à d’autres qui parlent, telle est la réalité humaine ». En d’autres termes, pour que quelqu’un existe, il ne suffit pas qu’on lui parle ; il faut qu’il parle à son tour. Sinon rien ne fait corps, ni histoire. Bien sûr, le corps peut parler, devenir parole. On a tous lu (ou on doit lire) la vie de Helen Keller, aveugle, sourde et muette dès les premiers mois de sa vie et qui, selon l’appréciation de mon fils « a pu être, et être unique, sans parler ».
La communication n’est pas dans la seule formalisation par la parole. Il y a une communication d’outre mots. C’est une évidence largement analysée depuis que, dans le sillage de l’anthropologie et des phénoménologues, les linguistes et les philosophes (Saussure, Jakobson, Chomsky et d’autres), ont ouvert la voie aux théories systémiques. L’accent est mis, dans la relation humaine, sur l’échange analogique, ce qu’il y a de non verbal, plus que sur le message digital, verbalisé. Bien qu’il faille un message, un support formel et informatif, communiquer c’est faire naître la personne non dans les choses mais dans le sens. Ce qui n’est absolument pas une nouveauté.
Essayons de dégager brièvement, dans ce qu’on appelle l’Antiquité, quelques aspects du statut de la parole, c'est-à-dire telle qu’elle a été pensée et pratiquée. Le point de vue (mais il y en a d’autres) est simple et donc réducteur : la parole est cause et signe de ce qu’elle invente, d’une part. Cause (ce qui répond à la question pourquoi et non comment) parce que, sauf dans la métaphore, « le langage des fleurs » par exemple, il n’y a de parole qu’humaine, comme s’évertuent à le dire les philosophes, Descartes en tête, et les paléologues. C’est donc cette parole humaine qui invente et rien d’autre, seul un disant parle et il n’est pas d’autre disant que l’homme disait Aristote. Mais la parole, parce qu’elle fait langage, ne fait pas que se désigner elle-même. Elle est échange sémantique et non seulement le clair-obscur de la pensée consciente ou inconsciente, d’un sujet. Elle recèle toujours la présence d’un « tu » ou d’un « il » qu’elle manifeste, à distance, par son opération même. L’enfant autiste qui ne parle pas, comprend ce qui lui est dit, mais ne comprend pas que l’autre peut comprendre, il ne traite pas, parce qu’il ne le peut, l’autre comme signe. Dès lors, on peut s’interroger sur ce qui est attesté par les productions de la parole humaine, par ce qu’elle dit et invente. Invention n’étant pas ici chimère mais découverte, reconnaissance, voire origine, pour résumer le latin de Cicéron sur le sujet. D’autre part, le statut de la parole est historique, c'est-à-dire connexe des formes sociales de sa circulation. Or, ces formes sont toujours et en quelques façons, hiérarchisées par le juridique, l’économique, le rituel, le mental, les conventions. Dans une classe, le statut de la parole du professeur est d’emblée défini par la profession du locuteur, sa situation dans l’espace de la classe et dans le mental de ses auditeurs ; la parole de celui qui est dans l’agora, le centre, n’est pas celle de l’esclave ; lorsque le Christ ressuscité apparaît à ses disciples, il est « au milieu » d’eux, ce qui voulait déjà tout dire. 
Longtemps, les notions de « droit de parole » et de « liberté de parole » ont articulé, dans la typographie même, la dialectique du jeu social, des solidarités et des ruptures symboliques et, bien sûr, le rapport de la loi et du désir. Préciser brièvement le dire de cette parole revient donc à s’interroger sur la manière dont nous avons construit nos représentations, notre monde et finalement une part de la réalité, (une part seulement, car l’équation algébrique et la formule chimique disent aussi la réalité) et, en retour, comment ce que nous avons produit nous construit.
Pour cela, j’évoquerai trois aspects de la parole antique : la parole poétique, philosophique et thérapeutique, celle-ci adossée à celles-là.
 
SOMMAIRE DE L'ARTICLE
 
I - LA PAROLE POÉTIQUE
Introduction
- Une parole orale et théâtrale
- Une parole poétique
- La parole d’une catégorie sociale
- Une parole efficace : la mise en ordre du monde ; l’ambiguïté de la parole poétique ; la vérité dans la parole poétique
 
II - LA PAROLE PHILOSOPHIQUE
Introduction
A - La parole, instrument des rapports sociaux
- La persuasion
- La cohérence
- La parole qui fait naître
B - La parole et le Réel
- La question du réel
- Physique grecque et physique chinoise : la matière ; la mécanique.
 
III - LA PAROLE THÉRAPEUTIQUE
Un préalable : l’invention de la conscience
A - L’ignorance
B - La faute
C - La souffrance
 
CONCLUSION

 
POUR TÉLÉCHARGER L’ARTICLE COMPLET
( 43 PAGES )

D’ANGELO GIANFRANCESCO
CLIQUEZ CI-DESSOUS

Par Garrigues et Sentiers - Publié dans : DOSSIER PAROLE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 13 avril 2006
Une des caractéristiques de la Bible est de montrer des êtres de dialogue, les hommes entre eux, bien sûr, mais aussi Dieu, qui est un dieu qui parle, contrairement aux dieux païens qui ont une bouche et ne parlent pas (Psaume 115,5).
Dans le Premier Testament, trois mots hébreux décrivent en général le fait de parler et s’appliquent à des degrés divers à Dieu : 'omer, davar et ne’oum.
Les mots qui disent la parole
’omer, mais aussi ’émêr, ’merah, ’êmerah : parole, ordre…
On trouve la première occurrence (apparition) d’un mot contenant ’omer dès le 3e verset du 1er chapitre du 1er livre de la Bible, la Genèse, dans la phrase : vayi’omer ’élohiym yehiy ’or, vayehiy-’or, il dit Élohim que soit la lumière et fut-la-lumière.
Ce vayi’omer est le premier d’une série de dix, les dix paroles de la Création prononcées par Élohim, nom de Dieu dans la Création en six jours du premier chapitre de la Genèse.
Ces dix vayi’omer - il dit - sont des paroles purement créatrices : Dieu dit… et ce fut…
Il y a même, sous la forme l’émor - pour dire - une onzième occurrence de ’omer, quand Élohim parle pour la première fois à l’être humain, mâle et femelle, qu’il vient de créer : Élohim les bénit en disant : soyez féconds… Cette première parole de Dieu à l’homme et à la femme, sous la forme spéciale l’omer, vient, au-delà des 10 paroles créatrices de Dieu, leur donner à la fois le pouvoir et l’ordre d’être féconds - littéralement, de fructifier - ce qu’il avait dit aux animaux marins et aériens qu’il avait créés (et, curieusement, pas aux animaux terrestres) mais aussi de dominer et soumettre la création tout entière : elle les constitue co-créateurs avec Dieu…
Il y a dans l’ensemble de la Bible hébraïque - où on parle beaucoup ! - plus de 2000 formes verbales qui commencent par vayomer ; on ne peut donc pas dire que ce mot est réservé à Dieu, même si c’est Lui qui l’a créé et utilisé le premier !
Davar : parole, ordre, commandement, promesse, sentence, conseil, nouvelle…
La première occurrence d’un mot contenant davar est : vayidaver ’élohiym ’el-noach lé’mor, il parla Élohim à Noé pour dire (noter l’emploi de l’expression l’emor, comme en Gn 1).
On est au chapitre 8, verset 15, de la Genèse, quand Dieu, qui s’était repenti d’avoir créé le monde et avait décidé de tout reprendre à zéro, demande à Noé de sortir de l’arche à la fin du Déluge.
Davar est un mot de la même famille que midbar, le désert (en hébreu, la lettre beït peut se prononcer b ou v) : un lieu où, en effet, Dieu parle à bien des personnages de la Bible, dont Moïse et Élie, qui, comme par hasard, se retrouvent aux côtés de Jésus (un autre connaisseur du désert) dans l’épisode de la Transfiguration (Marc 9,2-10 et parallèles).
Pour cela il envoie même au désert l’épouse adultère qu’est le peuple d’Israël : je la conduirai au désert et je parlerai (hamidbar vedibartiy) à son cœur (Osée 2,16).
Et c’est bien au cœur du désert que Dieu donne à Moïse et à son peuple les 10 devarim, ‘asêret hadevariym  que la Septante appelle les deka logous et les français d’aujourd’hui le Décalogue : le Décalogue n’est donc pas Les dix Commandements mais Les dix Paroles… (Exode 34,28 ; cf. Deutéronome 10,4 : les dix paroles que parla YHVH, ‘aséret hadevarim ’asher diber YHVH )
Dans l’ensemble de la Bible hébraïque, la Parole de Dieu est plus de 400 fois davar YHVH ; (mais seulement 8 fois davar Élohim et 3 fois davar Adonaï ). Plus de 2400 mots de la Bible contenant davar, on ne peut toujours pas dire que ce mot est réservé à Dieu, même si, encore une fois, c’est Lui qui l’a créé et utilisé le premier !
Ce qui ne l’empêche pas de tenir ce qu’il dit : ne périt aucune parole de toutes les paroles de bonheur que YHVH avait dites (davar mikol hadavar hatov ’asher-diber YHVH) à la maison d'Israël ; tout se réalisa (Josué 21,45) !
Ne’oum : parole
La première occurrence d’un mot contenant ne’oum se trouve dans la bénédiction d’Abraham au moment du sacrifice d’Isaac : vay’omer biy nisheba‘etiy ne’oum-YHVH, [Dieu] dit : par moi je jure, parole du Seigneur… (Genèse 22,16)
Contrairement à ’omer et davar, ne’oum s’applique spécifiquement à la Parole de Dieu : 350 occurrences - sur 357 - concernent Dieu !
L’expression ne’oum-YHVH est la fameuse expression oracle de YHVH que la Septante traduit par eïpen kyrios (o théos) ou légheï kyrios (o théos), c’est-à-dire Le Seigneur Dieu dit
Les mots qui disent la venue de Dieu dans le silence
On évoquera ici deux mots très employés dans la Bible hébraïque.
Qol : voix, cri
C’est le mot utilisé en 1 Rois 19,12, pour la rencontre de Dieu avec le prophète Élie dans le désert de l’Horeb : [le Seigneur n’était pas dans l’ouragan, le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre], le Seigneur n’était pas dans le feu ; et après le feu, le bruit d’une brise légère, selon la Bible de Jérusalem. L’expression hébraïque est qol demamah daqah, dont le sens est littéralement la voix d’un silence ténu. Nulle brise n’est dans demamah, qui vient du verbe damam qui signifie se taire… (Cf. le bel ouvrage de Michel Masson, Élie, ou l’appel du silence).
Ce n’est que dans le silence que Dieu peut passer dans la vie de l’homme et lui parler avec une (petite) chance d’être (enfin) entendu !
Et la première fois qu’il passe, c’est auprès de l’homme et de la femme qui viennent de manger le fruit de l’arbre interdit et se sont cachés, en Genèse 3,8 : ils entendirent la voix (la B.J. dit le bruit…) de YHVH Élohim qui marchait dans le jardin à la brise du jour. Ici la brise est rouach (prononcer rouar), l’esprit, le souffle, le vent
« Où es-tu ? » dit Dieu… Car Dieu appelle l’homme, depuis toujours !
Qarah : appeler, crier
Qarah est le verbe employé pour donner un nom : Élohim appela la lumière jourCelle-ci on l’appellera femme (’ishah) car de l’homme (’iysh) elle fut tirée, celle-ci. (Genèse 1,5 et 2,20)
Mais c’est aussi le verbe de l’appel, du cri - comme en français - et, après le jardin d’Éden, Dieu a appelé bien des hommes : Abraham (Genèse 22,11), Moïse (Exode 3,4 ;19,20 ; 24,16 ; Lévitique 1,1), Aaron et Miryam (Nombres 12,5), Samuel (1 Samuel 3,4) et souvent deux fois : L’ange de YHVH l’appela du ciel et dit : Abraham ! Abraham ! Élohim l'appela du milieu du buisson et dit : Moïse, Moïse ! YHVH appela comme les autres fois : Samuel, Samuel !
C’est souvent aussi que ce Dieu qui parle écoute patiemment les hommes qui l’appellent : Isaac bâtit là un autel et cria le nom de YHVH (Genèse 26,25) ; Aaron cria le nom de YHVH (Exode 24,5) ; Samson cria vers YHVH (Juges 15,18), etc.
 
o O o
 
Les milliers de références des mots qui disent la parole montrent à l’évidence que la Bible n’est pas un livre d’introspection et de réflexion solitaires, mais bien le livre du dialogue, depuis la création de l’Univers par la Parole de Dieu jusqu’à l’appel, ô combien pressant, de l’homme vers le Verbe de Dieu incarné de l’Apocalypse : Viens, Seigneur Jésus ! (Ap 22,20)
Car la Parole de Dieu s’est faite chair (basar, mot qui en hébreu signifie aussi bonne nouvelle, bonne parole !) en Jésus, le Messie : nouveauté incompréhensible, incomparable, folie de Dieu qui nous ouvre les portes de l’infini, de la lumière sans fin !
La lumière sans fin, ’aïn soph ’or, est le degré supérieur, ultime, au-dessus des dix manifestations, sephirot, de Dieu, que la kabbale juive représente sous la forme de l’Arbre de Vie.
Mais cela est une autre histoire, éternelle, dont on aura l’occasion de reparler !
 
René GUYON
Par Garrigues et Sentiers - Publié dans : DOSSIER PAROLE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 13 avril 2006

Des cafés théologiques voient le jour dans toute la France et semblent connaître un grand succès. Ce phénomène nouveau met au grand jour ce désir de nombreux chrétiens de vivre le dialogue tant au sein de leur propre Église que de rentrer en dialogue avec des hommes et femmes qui ne partagent pas leur foi.
Ce n'est pas pour rien que le Pape Paul VI, en 1964, a fait du dialogue un thème clef de sa première encyclique, Ecclesiam suam. Le choix ne s'explique pas seulement par des raisons conjoncturelles. En 1964 le Concile Vatican II était en cours. Et l'une des visées était bien, entre la société moderne et l'Église catholique, la recherche des voies d'une reconnaissance mutuelle. L'urgence du dialogue était certaine.
Cependant, il est impossible d'éluder l'impératif du dialogue si l'Église se reconnaît elle-même comme appelée, par sa nature même, à prendre le relais du dialogue que Dieu a noué avec l'humanité. L'acte de Révélation de la part de Dieu est en lui-même un acte de dialogue et non pas, comme on l'imagine parfois, cette sorte de monologue divin par lequel Dieu ferait connaître son dessein à une humanité à la fois ignorante et passive.
 
Dialoguer ne va pas de soi et s’apprend au fil de rencontres. Michel de Certeau exprimait ainsi le double écueil : « ne pas nous identifier à ce que [les autres] peuvent attendre de nous, et ne pas les identifier aux satisfactions et aux assurances que nous espérions tirer d'eux... ». Il ajoutait que cette attitude relève de « la pauvreté qui est le fond de toute communication ». Car il faut être intérieurement pauvre pour porter en même temps le « désir qui nous lie les uns aux autres et la différence qui nous en sépare » (L'étranger ou l'union dans la différence, DDB, 1969, p. 168). Il peut arriver que pour éteindre un débat un peu trop houleux, la recherche du consensus soit présente ; or réduire artificiellement la différence est une manière d'abolir l'altérité car alors il n’y a plus de dialogue : ou bien nous tentons d'absorber l'autre, ou bien nous cessons d'être nous-même en nous calquant sur lui. Le dialogue est bien souvent une ligne de crête. Il ne souffre ni la rigidité du doctrinaire, ni la démagogie aux couleurs de la générosité.
UN RAPPORT NOUVEAU ÉGLISE – MONDE
Des chrétiens choisissent donc délibérément de se confronter aux interrogations multiples du monde contemporain : pourquoi vivre, pourquoi respecter la vie, quels points de repère pour tenir dans l’existence, etc., dans une relation vivante, cordiale et dans une confrontation parfois passionnée.  
Cette expérience nouvelle, par ces relations tissées entre l’Église et le monde, participe au dialogue entre le Dieu vivant de Jésus-Christ et les hommes de notre temps et de notre société. Ils viennent « non comme des justes parmi les pécheurs, comme des gens qui ont acquis des diplômes parmi des gens incultes, mais parlent d"un Père commun, connu des uns, ignoré des autres ; comme des pardonnés non comme des innocents ; comme des gens qui ont la chance d’être appelés à croire, de recevoir la foi, mais de la recevoir comme un bien qui n’est pas d’eux, mais déposé en eux pour le monde » (Madeleine Delbrêl, Nous autres, gens des rues, Livre de vie, 1971, p.286-287). 
Les cafés théologiques, entre autres, signent une transformation fondamentale des rapports de l’Église avec le monde. Cette dernière, à travers la parole de croyants, quitte sa position de surplomb, qui condamnerait les traits d’un monde duquel elle ne se reconnaîtrait pas. À travers cette démarche, aucune nostalgie pour l’époque où le principe d’autorité semblait s’imposer de manière indiscutable. Il ne s’agit pas d’imposer mais de proposer en s’exposant.
 
« L’Église ne se présente pas comme dépositaire exclusive d’une vérité qui la placerait en dehors de la condition commune, elle affirme au contraire que l’appel de l’Évangile s’adresse à elle d’abord » (LCP 25). L’Église qui s’exprime là « cherche ses mots pour dire le plus justement possible son expérience d’une rencontre et d’une présence » (II,98).
 
Les cafés théologiques présentent un visage d’Église non pas face au monde, qui résisterait en proclamant la Vérité, mais dans ce monde et dans ce temps qui sont les siens, comme le sont tous les autres mondes et tous les autres temps depuis 2.000 ans. Elle ne cherche ni à se préserver pour survivre, ni à attaquer pour imposer une quelconque stratégie.
Les chrétiens engagés activement dans l’animation de ces cafés théologiques partagent les angoisses et les perplexités de tout être humain et cela contribue à les rendre crédibles.
 
N’est ce pas un des rôles que nos contemporains, divers et pluriels, demandent à l’Église ? Non qu’elle se soumette à l’opinion majoritaire mais qu’elle offre une proposition singulière dans une polyphonie de sens. Non qu’elle renonce à parler, mais qu’elle apprenne à dialoguer en acceptant d’apprendre de ceux qu’elle invite.
 
L’Église peut alors devenir force de proposition car la proposition implique des êtres de paroles, qui, en lien avec d’autres, désirent être écoutés parce qu’eux mêmes apprennent à écouter.
DE L’HÉRITAGE À LA PROPOSITION
Aller au-devant de l’autre pour échanger sur des sujets divers prend donc en compte le pluralisme, qui est une donnée essentielle de notre modernité. Aucune parole n’a de chance d’être entendue si elle se croit seule ou si elle se donne pour le tout.
La pensée chrétienne se trouve soumise à une rude concurrence de la part des autres traditions spirituelles qui, elles aussi, proposent des repères et une spiritualité. Lors de soirées « café théologique », les chrétiens vivent une situation nouvelle, celle d’être seulement les détenteurs d’une proposition parmi d’autres ; ils se trouvent au défi de proposer « un orient digne de foi » pour des hommes dont les points de repère sont autres et mouvants.
 
Force est de constater que l’héritage n’est pas en lui-même une garantie de crédibilité et de transmission ; l’appropriation personnelle est plus que jamais nécessaire. Tel est le sens de l’opposition valorisée par Monseigneur Dagens entre un christianisme d’héritage et un christianisme d’engendrement ou de proposition.
 
Tout climat relationnel d’accueil et de respect profond opère des transformations, lesquelles peuvent permettre, aux uns comme aux autres, un travail d’appropriation de la foi chrétienne de façon personnelle et signifiante, de façon vivante et durable.
 
À travers ces rencontres dans ces lieux non confessionnels, un visage d’Église se donne à voir.
 
L’Église n’est pas en vis-à-vis d’une humanité qui serait comme une entité autre qu’elle-même, c’est avant tout une « petite part de l’humanité ». Or si l’humain est créé homme et femme à l’image de Dieu, c’est bien dans la dynamique de l’échange que l’homme et la femme deviennent ce qu’ils sont appelés à être. Le dialogue est donc le maître-mot de toute démarche d’humanisation et de mise en visibilité de ce que Dieu a voulu pour être son icône. Toute relation sous le signe du dialogue, en famille, en société, en Église contribue à rendre présente cette création à l’image de Dieu et donc de le « donner à voir ».
 
L’Église se situe dans un monde blessé et elle en fait partie intégrante. Elle se doit d’échapper à toute tentation d’idéaliser ce monde ou, au contraire, de ne voir en lui qu’un lieu de corruption, enfermé dans ses faiblesses et ses insuffisances. Ce monde, c’est elle-même, elle ne peut se situer comme celle qui aurait à donner des leçons et des conseils ou des réponses à des questions qu’elle ne se poserait pas elle-même. Le travail de la foi apprend au chrétien à se situer dans le monde, à le reconnaître comme blessé et à participer avec lui à ce processus de transformation. Toute parole qui circule participe à ce travail d’enfantement.
 
L’Église est au service de l’avenir de l’humanité ; elle se doit d’ouvrir en elle des nouvelles formes d’espérance qui prennent corps dans des gestes concrets de rencontres, d’échanges et de débat. Sa vie est dans ce monde, avec ce monde ; il ne s’agit pas de s’adresser au monde mais de s’interroger et de cheminer avec lui.
 
L’Église est cette petite part d’humanité qui est en relation avec l’Évangile. Pleinement partie prenante de cette humanité appelée et blessée, elle est au cœur de ce monde le champ de l’expérience de l’Esprit qui la relie à l’œuvre du Christ à laquelle elle participe. Elle est cet art de vivre dans lequel s’introduit la nouveauté de l’Évangile. C’est donc au croyant d’aujourd’hui d’inventer des espaces nouveaux, des formes nouvelles où la Bonne Nouvelle pourra s’annoncer en se vivant.
 
Les cafés théologiques rentrent en résonance avec ces convictions énoncées et cherchent avec humilité à leur donner visage.
Animés par des chrétiens en dialogue avec d’autres, croyants ou non, ils désirent être témoins d’une Église en marche, consciente de ses limites mais se voulant fidèle à la mission reçue de son Seigneur : l’annonce, l’accueil et l’attente du Royaume. Comme nous dit Jean Sullivan, « l’Église est la Communion de tous ceux, ni meilleurs ni pires, dont le regard est réglé sur une autre distance, qui ont l’air de désigner ‘un territoire’ humain où la nuit est un peu moins dense et qui donnent envie de croire que c’est de ce côté que l’aube viendra. »
LES CAFÉS THÉOLOGIQUES : DES ATELIERS D’APPRENTISSAGE ?
Sans prétendre parler au nom de tous ceux qui animent des cafés théologiques, il me semble qu’un double désir les motive : celui d’être audible et crédible dans le monde réel où nous vivons, mais aussi celui de rester fidèles « au message reçu ». Cette forme nouvelle n’est peut être pas non plus étrangère à une certaine contestation des formes institutionnelles issues du passé à travers cette affirmation très nette de vivre une plus grande proximité avec nos contemporains, en partant de notre réalité humaine.
 
Il me semble que dans cette démarche le point de départ n’est pas Dieu affirmé haut et fort mais le questionnement humain de tout individu, et que les chrétiens présents y cherchent des indices de Dieu, des « traces » pourrait on dire. Maurice Zundel affirme : « le premier article du credo Chrétien, c’est pratiquement ‘je crois en l’homme’ (…). Si je crois vraiment en l’homme, ‘je crois en Dieu’ va de soi puisque la grandeur humaine est toujours finalement une transparence de Dieu ». Il s’agit bien de croire en l’homme et, qu’on le sache ou non, de viser avec lui, en lui même, ce qui le transcende au-delà de lui même.
 
Aujourd’hui, ces formes nouvelles permettent d’échapper à l’accusation faite aux communautés chrétiennes d’évasion religieuse où l’opinion d’un grand nombre les enferme aujourd’hui. Dans cette façon d’être et d’agir, les chrétiens des cafés théologiques affirment qu’ils croient en l’homme puisqu’ils en font partie et ainsi affirment en acte leur foi en Dieu.
 
Ces cafés théologiques sont, je le crois, des ateliers d’apprentissage pour proposer la foi aujourd’hui. La foi chrétienne est essentiellement de l’ordre d’une présence et d’une pratique. Elle participe ainsi au renversement dont témoigne l’humanité de Jésus de Nazareth. De même qu’en Lui il faut voir l’homme vivre, pour être invité à terme à y reconnaître Dieu, de même la proposition chrétienne n’est pas d’abord un ensemble de propos sur « Dieu » mais une invitation à lire sa Présence à travers une certaine façon de vivre la rencontre.
 
À une époque où le temps tourne vite, où la Terre est de plus en plus petite, où les humains sont citoyens du monde entier, où les connaissances sont disponibles à tous et pour tous, où les moyens de communication sont rapides et généralisés, chacun de nous et nous tous avons besoin pour bien vivre de relations courtes, simples et en vérité. Nous avons besoin de lieux où peut se partager l'essentiel de notre existence.
Nous avons besoin pour bien vivre que la personnalité de chaque personne et de chaque groupe apporte sa part de vérité. À leur manière, les cafés théologiques participent à cette grande aventure et par là-même, ils donnent visibilité à l’Évangile : Bonne Nouvelle pour aujourd’hui.
 
Nathalie GADEA
Par Garrigues et Sentiers - Publié dans : DOSSIER PAROLE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 13 avril 2006

Cette contribution au dossier sur la Parole n’a pas la prétention de présenter une étude exhaustive de tous les blogs et cafés théologiques de France et de Navarre ! Elle souhaite simplement donner quelques indications sur les cafés théologiques de notre région et un aperçu du paysage des blogs répertoriés dans la rubrique Religions et Croyances de notre hébergeur Over-Blog.
LES CAFÉS THÉO DE LA RÉGION PACA
Des responsables de quatre cafés de la région (2 de Marseille et ceux de Toulon et d'Aix) présentent leurs activités dans ce dossier ; pour les lire cliquez ICI .
Il existe un café théo à SANARY, organisé par l’association Art et Rencontres, le 4e mercredi du mois au Brazil-café de la plage à Portissol.
(
Informations sur : http://membres.lycos.fr/maristesvar/)

LES SITES RELIGIONS ET CROYANCES D’OVER-BLOG
Approche générale
Il y a sur Over-blog plus de 1800 blogs répertoriés sous l’appellation Religion et croyances, nombre important mais qui, rapporté aux quelque 243.000 blogs de cet hébergeur, reste modeste !
Ils sont présentés dans l’annuaire du site sans aucun tri et faire une étude exhaustive nécessiterait de les ouvrir tous pour en analyser le contenu. On se contentera donc d’un aperçu sur les grands thèmes de ces blogs.
Il semble de prime abord que cette rubrique comporte moins de blogs personnels que d’autres, et qu’elle est plutôt alimentée par des groupes de taille et de structuration variées, officiels ou non.
Une proportion importante des blogs se situe dans la mouvance islamique, avec une grande variété d’approches, de la plus libérale à la plus stricte. C’est dans cette sensibilité qu’on trouve le plus de blogs personnels.
L’un d’entre eux, récent mais qui se construit vite, concerne plus particulièrement notre sensibilité, même s’il s’en tient pour le moment au seul Premier Testament : http://erreursbible.over-blog.com, dont le nom parle de lui-même.
Quelques blogs sont rattachés plus ou moins officiellement à des mouvements reconnus comme sectes (Paroles de Raël, Retour à Krishna, par exemple)
Blogs chrétiens
La plupart des nombreux blogs d’inspiration évangélique sont souvent dynamiques et bien conçus. Ils sont à peu près tous des sites d’évangélisation basés sur des témoignages de la rencontre avec Dieu (plus précisément avec Jésus, Christ).
On trouve peu de sites protestants ou orthodoxes. http://orthodoxie-libre.over-blog.com/ est sans doute le seul blog orthodoxe sur Over-blog.
 
Les blogs catholiques couvrent toute la palette des sensibilités...

... de la piété catholique romaine très traditionnelle…
http://coeurdelumiere.canalblog.com/ si on aime la mariolâtrie et les images pieuses
http://www.lescoeursunis.net/ festival de paroles à des voyantes (si on peut dire !)
http://bonlarron2006.over-blog.com/  site de neuvaines à tous les saints, même les plus confidentiels
http://ratzinger.over-blog.com, qui s’intitule Les sentinelles de Sa Sainteté (groupe de jeunes violemment anti-musulman)
 
… à la réflexion sur une Église démocratique et progressiste…
http://chretiensautrement.over-blog.com/ discussion en cours sur les prêtres mariés
http://jonasninive.over-blog.com/ blog des groupes Jonas
 
… en passant par les blogs de quelques diocèses, congrégations ou groupes officiels…
http://ecoledepriere.over-blog.com/ école de prière mariale créée par les dominicains de Marseille (pour enfants de 6 à 12 ans)
http://cailloublanc.over-blog.com/  sympathique blog d’une aumônerie étudiante marseillaise
http://credo.over-blog.com/ qui met en ligne les textes de Benoît XVI
http://bru.daniel.over-blog.com/article-416577.html grand texte d’un prêtre sur l’initiation chrétienne
http://textala.over-blog.com/ textes tala… de l’Aveyron
Les catholiques sont des talas en langage estudiantin, car ils vont-à-la messe

… et quelques sites sympathiques,
http://le-chretien.over-blog.com/ jeune menuisier de 16 ans, qui mérite qu'on lui fasse une petite visite
http://christiano.over-blog.com/ pour un Vatican 3, les jeunes [qui] en ont marre de dormir à la messe... mais se sont rendormis aussitôt éveillés...
http://comparatif-religions.over-blog.com/ vulgarisation sur les religions par un non professionnel
 
… farfelus…
http://jouarreateliers.over-blog.com/ partage de photos de crèches !
 
ou attrape-gogos…
http://chance.over-blog.com/ chaîne avec saint Antoine de Padoue…
http://letextedujour.over-blog.com/ site de témoins de Jéhovah qui se cachent sous un titre très catho…
 
… sans parler des nombreux blogs désertiques, avec aucun article, morts-nés…
 
o O o
 
Pour terminer, il serait sans doute bon de méditer les propos tenus sur le site http://pharisienlibere.free.fr/QuelleEglise.html#2 sur la formation des pasteurs :
Formation non pas à la desserte des protestants pratiquants, qui sont si peu nombreux comparés à la population globale de la France, mais au dialogue fraternel avec tous nos contemporains.
Le ministère normal des pasteurs serait la participation compétente :
- aux nombreuses radios publiques ou privées, aux émissions publiques et aux divers forums de télévision,
- à des cafés théologiques dans de véritables cafés et autres lieux publics, salles de mairies ouvertes au grand public et non pas seulement convoqués par les médias internes au protestantisme,
- au maintien de sites Web stimulants,
- à la présence sur les marchés et dans les foires ;
Et surtout que la réflexion théologique soit systématiquement développée de façon à permettre de retrouver le contact avec la mentalité contemporaine, évitant désormais la dichotomie entre "croyants" et "incroyants", entre "protestants pratiquants" et "sociologiques".
Bien entendu, un tel débat ne devrait pas être organisé dans le cadre des paroisses où il ne recueillerait l'avis que de ceux du groupe A [croyants et pratiquants] ; les moyens modernes de communication permettent, si on le veut, une ouverture à l'ensemble de la population protestante, qui se tient dans sa grande majorité à l'écart de la vie des paroisses et qui a, évidemment, son mot à dire sur ces questions si importantes.
 
Bonne navigation à tous, au vent de l’Esprit !
 
René GUYON
Par Garrigues et Sentiers - Publié dans : DOSSIER PAROLE
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 13 avril 2006

 
CHAQUE MOIS, UNCAFÉ THÉOLOGIQUE AU BISTROT DES DEUX GARES
 
Dans la polyphonie de sens qui domine notre société actuelle, trois chrétiens – un pasteur de l’Église Réformée, un prêtre ouvrier et une laïque – ont osé faire un choix singulier, celui de proposer la foi dans un restaurant, le Bistrot des Deux Gares. C’est ainsi qu’est né le Café théologique toulonnais le 14 mars 2000.
 
Dès le début un choix a été fait : celui de travailler en « équipe élargie » et de formuler les objectifs de ce projet. 
·        Dans un monde marqué par le pluralisme, la désinstitutionalisation, le subjectivisme et la baisse des pratiques collectives et obligées, les croyants que nous sommes avaient le désir de dire librement comment leur adhésion au Dieu de Jésus-Christ et leur pratique de l’Évangile façonnaient leur existence de façon durable.
·        Ce désir de partager notre expérience, non de façon magistrale mais dans des mots balbutiants, orienta le choix du lieu de ces rencontres. Il serait convivial, non confessionnel, au cœur de la ville, afin de signifier notre volonté de partager avec tous ceux qui n’oseraient peut-être jamais se présenter à la porte d’un presbytère, d’une église ou d’un temple.
·        Les consignes données de façon précise au début des rencontres (l’écoute totale dans le respect de toute parole) signifieraient quant à elles le but des rencontres : temps de débat pour toute personne intéressée par les thèmes proposés, temps de gratuité et de fécondité de la parole livrée et échangée.
 
En septembre 2005, nous nous sommes constitués en Association (Loi de 1901) et avons élaboré à cette occasion une charte, document écrit précisant l’esprit et présentant de manière claire et précise ce que nous souhaitons proposer et vivre dans ce lieu. De plus, ce document de référence permettra sans doute à l’équipe, tout en évoluant, de pouvoir régulièrement évaluer sa fidélité aux intuitions de départ.
 
Le premier thème abordé s’intitulait : « Croire aujourd’hui, à quoi ça sert ? » À ce jour, le rythme est celui d’une rencontre par mois, d’octobre à mai, la moyenne étant de 50 personnes par rencontre. Le public est très différent selon qu’il s’agit d’un sujet religieux (Prier qui, pourquoi, comment ? L’archéologie et la Bible font-elles bon ménage ? Pèlerinage et quête de sens) sans connotation religieuse (Naître ou ne pas naître ? Fin de vie, faim de vie ? Et la souffrance, qu’en dire ? Autorité et liberté, amies ou ennemies ?).
Les sujets religieux et existentiels alternent régulièrement.
 
Le Café théologique, mode d’emploi : des échanges de 19 h 30 à 21 h, suivis d’un repas
 
Pour commencer, une brève prise de parole : 15 minutes. L’objectif est de susciter la réflexion et déclencher des réactions. L’intervenant est soit un des trois théologiens de l’équipe, soit un invité « spécialiste » de tel ou tel sujet (soins palliatifs, psychologue, enseignant, théologien, artiste…)
 
De façon systématique, nous souhaitons ensuite un temps de 10 à 15 minutes de libre parole autour de chaque table, afin de permettre une réaction en petits groupes et de faire émerger des questions ou réactions. C’est au cours de ce moment que se commandent les boissons chaudes ou froides : notre participation à l’accueil.
 
L’heure de débat qui suit est l’occasion pour les uns et les autres de prendre tour à tour la parole pour donner avis et points de vue, poser des questions qui seront soumises tout autant au groupe qu’aux trois « spécialistes » et à l’invité. Ceux qui le souhaitent peuvent alors poursuivre le débat en partageant le repas au restaurant.
LES SUJETS
Depuis 5 ans les sujets et les intervenants ont été très variés, mais il semble que de manière générale nous puissions les classer ainsi :
·        Les sujets sans connotation religieuse :
Et la souffrance qu’en dire ?  Vivre, pourquoi pour quoi ? Et si la colère était bonne conseillère ? Autorité et liberté, amie ou ennemie ? Suis-je responsable de l’autre comme de moi même ? Femme, compagne et mère. Fin de vie, faim de vie ? Demain, je jette mon agenda. La violence éducative est-elle éducative ?
·        Les sujets religieux à proprement parler :
Le pluralisme religieux, une chance pour la foi aujourd’hui ? L’évangile est-il démodé ? Ce Dieu-là, non merci. Prier qui, pourquoi, comment ? Dernières nouvelles du diable. Un juif peut il dire le Notre Père ? Croyants, incroyants quelles frontières ? Jésus a-t-il fréquenté Qumran ?
 
Quel que soit le type de sujet, existentiel ou religieux, le dialogue véritable s’instaure dans le groupe, lorsque les personnes présentes s’impliquent dans une parole personnelle et la prise de parole initiale de l’intervenant est primordiale.
En effet, certains sujets font plus appel à des « connaissances » et le débat se situe alors au niveau des idées, les participants font alors appel à la « compétence » de l’intervenant mais le façon dont l’intervenant s’implique ou non personnellement dans la présentation du sujet va orienter la qualité du débat.
Si le sujet concerne la prière et que l’intervenant (quelle que soit son appartenance religieuse) parle en son nom propre et non « de la prière juive, ou de la prière chrétienne », les participants spontanément prendront la parole dans un « je ».
 
Chaque rencontre est une aventure que nous osons mettre sous le signe de l’Esprit car nous ne savons jamais à l’avance le nombre de personnes, la façon dont l’intervenant prendra la parole et comment le dialogue s’instaurera. Il arrive que le conflit pointe. Le désirer pour lui-même n'a aucun sens. L'éviter à tout prix n'en a pas davantage. Les Actes des Apôtres ne nous cachent pas le conflit qui a divisé la première génération chrétienne, et les Apôtres eux mêmes au sujet des observances mosaïques pour les chrétiens venus du paganisme.
Le conflit ne peut s'évacuer par une fausse paix qui reviendrait à occulter la question en débat, mais dans la diversité des opinions exprimées, après 5 années de rencontres mensuelles, je peux affirmer que ce qui permet le dialogue c’est la quête de vérité des uns et des autres. Non pas le désir de convaincre autrui du bien fondé de sa Vérité mais le désir de partager avec autrui ce qui le guide dans son cheminement personnel et communautaire.

Nathalie GADEA
 
Le Café Théo de Toulon
Le deuxième mercredi de chaque mois (en année scolaire) de19 h 30 à 21 h
au Bistrot des deux gares (en face de la gare routière).
Puis possibilité de partager le repas au restaurant L’Entre nous.
Renseignements : 04 94 89 04 64 Centre Diocésain de Communications
 
Prochain rendez-vous :
mercredi 10 mai 2006, où Anne Marie Dreyfus nous entretiendra sur la question : Un juif peut-il dire le « Notre Père »  ?
 
 
LA CHARTE DU CAFÉ THÉOLOGIQUE DE TOULON
 
Le café théologique de Toulon est né de la rencontre de trois chrétiens, chacun situé et enraciné dans son église respective : un pasteur de l'Église Réformée, un prêtre ouvrier catholique et une laïque catholique formée en théologie.
Désireux de vivre entre eux le dialogue, porteurs de leur propre questionnement lié à leur différence même, conscients de la charge symbolique qu'ils représentent, ils veulent rencontrer leurs contemporains et travaillent à énoncer pour aujourd'hui la foi chrétienne dans un langage simple, accessible à tous, afin de rendre compte de la foi chrétienne, tout en se laissant interpeller et interroger par la démarche propre et singulière d' hommes et de femmes.
 
Dès le début ils ressentent la nécessité de travailler au sein d'une équipe rassemblant des chrétiens engagés dans la société et dans l'Église, afin de réfléchir à plusieurs sur le projet, sa mise en œuvre et son évaluation.
 
L'équipe ainsi constituée est œcuménique ; elle invite au dialogue tout homme en recherche, dans le respect profond et total de tous les cheminements : humain, spirituel et religieux.
 
Pour mettre en œuvre cet esprit d'ouverture à tous, le lieu des rencontres est un restaurant au cœur de la ville. Non confessionnel, il facilite le contact et les rencontres avec ceux qui ne franchiraient pas le seuil d'une église ou d'un temple. Chacun se sent libre d'entrer, sortir, participer à telle ou telle rencontre : aucune recherche de fidélisation d'une clientèle. La structure est souple, légère, non institutionnelle. Chacun chemine à son rythme. Le climat est convivial, toute personne désireuse de s'exprimer peut le faire : pas de pensée unique mais une recherche commune de paroles qui font vivre.
 
Une brève prise de parole (par un intervenant de l'équipe ou celle d'un invité) pose un éclairage théologique et quelques convictions personnelles qui permettent aux participants de réagir en petits groupes d'abord puis en grand groupe. A partir de là, un animateur est chargé de faire circuler la parole au rythme des questions qui émanent du groupe. Lors des échanges, l'équipe animatrice reprend régulièrement la parole pour proposer des repères, si cela s'avère nécessaire. La possibilité de poursuivre autour d'un repas facilite une prise de parole plus spontanée, difficile en grand groupe.
 
Écouter, accueillir, se dire, permettre de dire sont les maîtres mots des rencontres.
 
Des convictions fortes animent l'équipe.
 
·        La différence reconnue et acceptée est une richesse, elle renforce le cheminement de chacun.
L'être ensemble, l'ouverture à l'autre dans le respect, est source de fécondité. Notre monde a soif de lieux où vivre ces dimensions qui ouvrent à l'espérance.
·        Le chrétien est tout autant responsable d'annoncer Celui qui le fait vivre, qu'appelé à recevoir du questionnement humain, non croyant et inter religieux. Il est invité à prendre au sérieux la part de vérité dont tout interlocuteur, en quête de sens pour sa vie, est porteur.
·        La parole lorsqu'elle est partagée et écoutée dans le respect devient chemin de vie , de construction personnelle, de croissance responsable.
·        Les dimensions humaine, psychologique, spirituelle et croyante constituent la personne et ne peuvent être dissociées. L'articulation entre le spirituel et le psychologique est un travail exigeant mais nécessaire.
·        L'Évangile n'appartient pas aux seuls croyants, il peut être aussi source de libération et de guérison pour tout homme, quelle que soit sa démarche. Il offre des points de repère pour vivre. Donnons à l'Évangile sans frontière la chance de vivre des temps nouveaux .
·        Le grand acteur du café théologique est le Saint Esprit qui souffle où il veut.
 
Toulon, le 22 septembre 2005
  

 

 
LE CAFÉ THÉOLOGIQUE
 
Depuis 1998, un "café théologique" se réunit, une fois par mois, dans une brasserie de la ville d'Aix. Il est actuellement animé par deux jésuites du Centre de La Baume-lès-Aix, et deux laïcs : une ancienne responsable de la catéchèse diocésaine et un historien. Le nombre des participants, généralement autour de 30 personnes, varie de 20 à plus de 50, selon les thèmes annoncés et... la météo ! Ils sont de tous âges, de toutes origines sociales, majoritairement catholiques (quelques-uns un peu en marge de Rome), mais aussi protestants, athées, juifs, musulmans, et on a même eu un bouddhiste.
La "règle" est simple : après un très court exposé du sujet, les animateurs ramassent les petites fiches qu'ils ont distribuées, sur lesquelles ceux qui le désirent peuvent poser leurs questions ; on fait immédiatement connaître celles-ci au public. Ensuite, chacun peut réagir et s'exprimer à son tour, mais tous doivent écouter celui ou celle qui intervient sans l'interrompre, à la fois par courtoisie et par efficacité, si l'on veut obtenir un échange vrai et ne pas empêcher les plus timides de prendre la parole. En cas de besoin, à la demande, l'un des animateurs peut intervenir pour préciser un point de théologie, d'histoire ou autre.
Ce qui ressort des témoignages de participants, c'est qu'en matière religieuse – plus encore que l'attente d'un "enseignement" didactique, par des conférences par exemple – il existe un réel désir de parler de sa foi, d'exprimer tantôt ses convictions, tantôt ses doutes. Les deux ne sont d'ailleurs pas absolument contradictoires, car ce qui semble dominer, c'est le désir de clarifier ses idées et sentiments. On observe, en même temps, une exigence profonde de partage sur ce qui touche des croyants, souvent "en recherche", au plus profond de leur être. Or les lieux de paroles "conviviaux" ne sont pas nombreux, exceptés quelques petits groupes paroissiaux ou privés (cercles bibliques, rencontres-débats sur des sujets religieux ou de société, etc.). Lorsque l'occasion en est offerte, on a confirmation de cette soif d'exprimer sa recherche, ainsi en est-il des "partages d'Évangile" qui ont lieu au cours de la messe dans certaines paroisses ; ils permettent à chacun de "s'approprier" le texte comme on dit aujourd'hui, et non de rester des spectateurs externes. Mais la "prise de parole" n'est pas facile dans les églises. Leur cadre, plus ou moins austère et impersonnel, ne s'y prête guère, et les fidèles ont coutume d'y écouter passivement le prêtre desservant. Au contraire, un café est un lieu d'échanges "naturel", si l'on peut dire, et les clercs présents dans un café théologique sont là expressément pour faciliter le dialogue.
Au café théologique d'Aix, le choix des thèmes se fait en partie en fonction des demandes des participants à la fin de la séance précédente. Mais il faut prendre aussi en compte l'obligation de ne pas s'en tenir à un monde religieux trop strictement chrétien, ni se laisser coincer par des sujets trop "obligés" parce qu'ils nous affectent au plus près. Ainsi, ressurgissent régulièrement le scandale du Mal (et, parfois relié à lui, la possibilité ou non du pardon), ou encore le "mystère de la mort" et de son "après". De même, "la liberté du croyant face à la volonté de Dieu", question essentielle, dont la réponse détermine le type de notre foi : figée dans une tradition, plus ou moins comprise, ou ouverte, ou "aventurière"... Les animateurs essaient, le plus souvent, de donner au titre de la rencontre un aspect "problématique" afin d'ouvrir d'emblée le débat le plus largement possible. Parce que "discutable" au sens propre du terme, les formules : "Dieu est-il moderne" ? "Peut-on être moderne et croyant ?" incitent plus à la discussion que "Religion et modernité". De même : "L'aventure mystique ... pour tous ?" nous implique dans un état que nous pourrions croire totalement étranger à notre vie.
La liste des sujets abordés depuis sept ans est significative des questionnements de certains de nos contemporains. On ne s'étonnera pas si l'un des plus fréquemment demandés et abordés, c'est Dieu : il est implicite et sous-jacent à pratiquement toutes les questions abordées. Il a été traité pour lui-même 3 fois et, en rapport avec lui, la foi (3 fois également). Sur une quarantaine de réunions, 7 ont porté sur l'ensemble des religions, leur apport au "vivre ensemble" ou, au contraire, leur éventuelle nocivité dans la vie des hommes. L'opposition classique entre une foi libératrice et une "religion" potentiellement oppressive ressort une fois ou l'autre. On observe souvent une grande méfiance à l'égard de ceux qui – prétendant parler au nom de Dieu, annexé à leur propre volonté – veulent imposer leur "Vérité" par la force. Une réflexion sur la laïcité, qui pose au niveau de la société en partie le même genre d'interrogations, est revenu 3 fois, sous des intitulés différents.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, en fonction des insistances de la presse dans le domaine religieux, les questions de morale sont rarement réclamées directement et restent donc traitées au hasard des circonstances. Peu de participants s'affirment passionnés par les dogmes, lors même qu'ils admettent qu'il est sans doute nécessaire de réguler les "croyances" pour qu'elles n'aboutissent pas au "n'importe quoi" ; de même qu'un minimum de structures restent indispensables pour réunir les croyants. En revanche, la préoccupation d'une authentique vie spirituelle est revenue 5 fois, soit avec un souci pragmatique : "Prier qui ? Pourquoi ? Comment ? ", soit dans une perspective plus large, ainsi la proposition : "L'aventure mystique ... pour tous ? "
Pour beaucoup de participants, d'après leurs témoignages, la religion, même vécue en Église ou dans une communauté de croyants, représente un engagement de soi, un élan de con-fiance (fides = foi) qui ne se contente pas de pratiques de piété ou de demandes de "grâces" parfois entachées de magisme, mais correspond à un désir personnel de relations singulières avec Dieu. Pour progresser dans cette démarche, un "café théologique" n'est certes pas le moyen privilégié, mais il peut permettre des prises de conscience de blocages dans sa vie religieuse, de réaliser qu'on n'est pas seul à se poser telles questions, ni à rencontrer telles difficultés. La mise en commun des unes et des autres, dans la réelle amitié qui s'est construite au fil des réunions autour d'un "noyau dur" fidèle, peut favoriser une remise debout, la reprise d'une marche vers Dieu.
 
Marcel BERNOS
 
Le “Café théo ” d’Aix se réunit de 19 h 30 à 21 h 30, un mardi par mois. En principe le deuxième, mais les contraintes des vacances et congés scolaires obligent, selon les cas, à avancer ou reculer dans le mois la date de la rencontre.
Le plus sûr, pour la connaître est de consulter le programme de la Baume-lès-Aix, ou son site : http://www.labaumeaix.com.
L’entrée est libre ; cependant, comme la brasserie-restaurant “La Madeleine”, (4 place des Prêcheurs, 13100 Aix-en-Provence) accueille la réunion gratuitement, en réciprocité de “service”, chaque participant choisit sur une liste, au début de la séance, la consommation qu’il désire, et la règle à la caisse de la brasserie en partant.
Enfin, ceux qui le veulent, parmi les participants, dînent ensuite sur place, poursuivant les échanges qui se sont établis.
   

Courant d’Air CAFÉ
présenté par son fondateur

 
Depuis des années, et des soirées, je cherche la brèche où les cris de la vie s'écrivent sur les quais de la rencontre.
Là, sur un fond sans fond, nos questions fondamentales toujours en mal d'exister ont laissé germer, que dis-je, ont laissé s'échapper ce désir fou d'un café, d'un troquet, où l'éphémère et le dérisoire disputent les lieux à l'essentiel et l'éternel.
Une paroisse, et même une communauté ouverte ne pouvait suffire à mon désir.
Face à un monde cloisonné et programmé où l'on meurt trop tôt avant de vivre, soyons ivres de vie et de fraternité.
J'ai donc ouvert un lieu où tout se dit, où tout se prie et tout se vit au prix de la rencontre.
Un café chrétien ? Paradoxe étonnant où des liens inattendus de la rue à la vertu, de la foi à l'émoi, cassent les prisons de nos mentalités et fêtent déjà le fruit subversif d'un évangile oublié entre le croyant et l'incroyant, et le tout sur un même banc. Voilà. Voilà le projet, le premier jet à peine versé autour d'un café ! les chrétiens, même mes amis les plus intimes, ne l'ont pas cru... ou si peu... et je suis donc parti tel Abraham, loin de ma communauté, de mon Église pour aller vers un pays où coulent le lait et le miel...
 
Ce café ? Non pas le café catho, protesto, charismato bétonné dans ses dogmes et ses vérités, mais le café où fume la question du Christ à soumettre et à commettre encore et toujours, à temps et à contre-temps dans un souci d'épanouissement de l'homme, pour l'élévation de l'âme et pour l'incendie de la foi qui fait feu de tous bois, dans ce monde blasé et résigné.
Boire un coup ? Au bar. Danser ? En boîte. S'instruire ? A l'école. Prier ? A l'église.
Eh bien, non ! J'ose croire qu'on peut ouvrir un café communautaire, où boire, chanter, parler, cogiter, créer et prier feront bon ménage hors de la pensée unique et inique.
 
Le café s'ouvre sur le questionnement et sur l'étonnement de l'homme. La philosophie et la théologie s'agiteront sur les trottoirs de l'histoire et sous le regard des sciences d'hier et de demain. Et au gré de ce café chaud et fumant, nous pourrons mijoter, mes amis, nous pourrons mijoter des projets de solidarité, prier et méditer, ramasser les forces égarées en nous, et contempler en vous, le Dieu intérieur.
La guitare et le piano joueront leur duo sous les feux de la poésie et à l'ombre d'une bougie pleurant de tendresse...
J'imagine ce Jésus, cet homme dont je me sens l'ami et le disciple. Je l'imagine dans un café de Jérusalem, dans une taverne en face du temple. Les évangiles nous le montrent rarement dans le temple ou la synagogue. Il était plutôt en face. Jésus le laïc, Jésus le comme tout le monde fréquente les cafés de tout le monde. On ne le sait que trop, Jésus mangeait et buvait à la table des hommes. Et c'est à table et autour d'un verre qu'on refaisait le monde et que la Parole divine et créatrice soufflait.
 
Je vous invite donc, mes amis, à retrouver le sens de la table et du verre partagé pour retrouver le sens de l'amitié et de la fraternité. Je crois de plus en plus que dans nos villes, l'évangile si fragile ne peut se dire et se boire qu'à table, dans un climat de sympathie et d'appétit. Appétit de justice, d'amour et de poésie.
Déjà des liens se tissent ici et des réseaux de foi et d'amitié sont crées ici ou là de par le monde, dont ce café fait partie. Les chrétiens du Parvis osent cette aventure et ce lien visible et invisible... Serait-ce possible dans une paroisse ? non.
Ici, croyants et incroyants se croisent au café... un lieu où tout est possible, tout s'invente... l'Esprit souffle ! ....
 
À la sagesse des hommes, Dieu a répondu par la folie. À la puissance des hommes, Dieu a répondu par la fragilité de la crèche. Au fric des hommes, Dieu a répondu par la pauvreté et par le “ Lève-toi et marche ”. Le café du Courant d'Air souffle des idées de création et d'invention. Non pas un air courant mais un courant d'air. Trinquons à l'ouverture du café de la foi et de la joie qui n'en finit pas !
 
Pierre Castaner
 
 
LE COURANT D'AIR CAFÉ
45, rue Coutellerie - 13002 MARSEILLE
Un petit café, au pied du plus vieux quartier de Marseille, le Panier, dans une rue parallèle au vieux port. Tables et chaises en bois. Grand tableau noir à l'entrée où la craie affiche les activités et les pensées du soir. Une très longue échelle dite échelle de Jacob. Une cloche fixée au mur. Un établi de menuisier qui sert de comptoir. Une cafetière napolitaine. Un piano. Une guitare. Et au fond, le petit oratoire, havre de paix, de silence et de prière.
Les activités culturelles qui nourrissent l'esprit sont prétextes aussi pour la rencontre et la convivialité. Là naissent des projets et des créations.
C'est un café associatif et donc, les personnes s'inscrivent sur les registres et reçoivent une carte d'adhérent. Les permanents sont des jeunes qui accueillent, servent les boissons, écoutent, expliquent, font le lien entre les personnes. Ils sont de service chacun un soir. Leur disponibilité et le sens du service sont des valeurs évangéliques que nous voulons vivre. Pas de grands discours mais une manière d'être et de faire. Dans ce monde matérialiste, individualiste et compétitif, le Courant d'Air café se veut un lieu de partage, de fraternité et de résistance spirituelle.
 
Ouvert tous les jours du mardi au samedi de 18h30 à minuit. Rencontres à 19 heures.
Café Prière et Partage : premier vendredi du mois
Café Écriture :             premier mercredi du mois
Café Psycho :              deuxième mercredi du mois
Café Histoire :              dernier mercredi du mois
Café Poésie :               premier jeudi du mois
Café Théo :                 deuxième jeudi du mois
Café CD :                    troisième vendredi du mois
Café Philo :                  dernier vendredi du mois
Café Blues :                 premier samedi du mois
 
Adresse électronique : http://courantair.free.fr
   


LES SAINT-LUC P’TIT DÉJ’

 
Les « P’tit déj » de Saint-Luc : un café improvisé, non dans un lieu public, mais dans les locaux de l’Espace Saint-Luc, 231, rue Saint-Pierre à Marseille. Point de sujet arrêté à l’avance, ni de thème préétabli pour ces rencontres qui ne s’affichent ni « théologiques », ni « philosophiques » mais se veulent simplement ouvertes aux « signes des temps ».
Un dimanche par mois, de dix heures à midi, pour nourrir les idées et sujets de discussion que chacun porte en soi (et apporte avec soi), « petit noir », thé et lait, croissants et brioches sont fournis par la maison – laquelle accepte cependant toute (libre) participation aux frais ! Cela commence par un tour de table où chacun dit ce dont il aimerait débattre, puis par un vote pour décider du sujet qui convient le mieux au groupe ; après quoi, vers 10 h 30, la discussion est ouverte. Quand on le désire, on s’inscrit auprès du meneur de jeu pour demander la parole, ce qui permet, sans être interrompu, d’exposer ses idées et d’alimenter un débat dans lequel l’écoute de chacun est la première règle.
Point de « prise de tête », d’abstraites spéculations intellectuelles, dans tout cela ; point d’oiseuses « discussions du Café du Commerce », non plus, mais des hommes et des femmes – une quinzaine en moyenne, dont beaucoup d’habitués – qui partagent, librement, sérieusement, en toute franchise et en pleine égalité, sur des sujets qui « font la une » de l’actualité ou qui les touchent plus personnellement. Des hommes et des femmes qui sont venus là comme chrétiens et comme citoyens car au fil des mois – et sans que cela soit voulu ou recherché – la parité s’est établie entre sujets d’actualité et sujets plus religieux.
Qu’on en juge par les thèmes qui ont été récemment abordés. À l’automne 2005, quand les conflits sociaux (SNCM, RTM) étaient la préoccupation de tous les Marseillais, le débat a porté sur les valeurs qui sont en jeu dans une grève. En novembre, lorsque la France entière (mais non Marseille) connaissait l’embrasement des banlieues, il s’est attaché à scruter « Les signes d’Espérance », un sujet qui intéresse également chrétiens et citoyens. Et cet hiver, le groupe a retenu des thèmes plus intimes et parfois plus « cathos », si l’on veut. En janvier il s’est interrogé sur cette notion de « souffrance rédemptrice » que beaucoup ont héritée de leur éducation religieuse ; en mars, il s’est demandé comment résister à la « culture de l’angoisse » que les médias distillent jour après jour dans nos esprits.
Mais la liste est longue des sujets auxquels il faut renoncer chaque mois pour ne retenir qu’un thème à débattre. Car dans ces « P’tit déj » qui tiennent de l’« auberge espagnole », la découverte de ce que chacun porte en soi et souhaiterait partager autour de soi n’est pas la moindre richesse.

Jean GUYON
 
Les Saint-Luc P’tit déj à l’Espace Saint-Luc
231, rue Saint-Pierre 13005 MARSEILLE
De 10 h à midi, un dimanche par mois – le deuxième en principe – mais la date peut varier, en particulier en fonction des vacances !
Mieux vaut donc consulter le blog de la Communauté Saint-Luc :
Par Garrigues et Sentiers - Publié dans : DOSSIER PAROLE
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Vos commentaires

Rechercher

Blog : Humour sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus