Fioretti

Dimanche 25 décembre 2005
L'Espérance ne peut commencer que quand il n'y a plus rien à espérer. L'Espérance ne peut venir que d'ailleurs, l'Espérance ne peut être qu'inespérée. L'Espérance est le contraire d'une logique, c'est une folie. Elle ne peut venir qu'à l'improviste, inattendue, au moment où on ne l'attendait plus. Elle est toujours le matin de Pâques, à la sortie de la nuit, à la sortie du tombeau. Espérance entre les mains de quelques femmes, Espérance entre les mains partageant le pain.
Ne demandez pas à l'Espérance de calculer quel avenir, de le chiffrer ou de le définir. L'Espérance n'en sait rien et elle ne veut pas le savoir. La seule chose dont l'Espérance est certaine, c'est qu'il y a un avenir, la seule chose que peut annoncer l'Espérance, c'est que la fatalité est vaincue puisque la mort est morte, puisque c'est de la nuit que naît le jour. L'Espérance ne peut qu'être fragile et incertaine sinon elle cesse d'être l'Espérance pour n'être qu'un slogan ou un argument électoral.
L'Espérance ne peut être qu'un nouveau-né couché dans la pauvreté et la paille d'une étable.
L'Espérance ne peut être qu'humble, elle ne conquiert jamais, elle ne domine jamais. Elle n'est jamais une idée vague ou abstraite. Elle est toujours un geste fraternel et concret. L'Espérance nous devance toujours, c'est toujours elle qui est en avance sur nous. Elle ne peut être enfermée. Elle est toujours plus loin, toujours au-delà, puisque l'Espérance c'est toujours l'impossible soudain possible.
Ce n'est pas vous qui allez la faire, c'est elle qui va vous faire avec vos propres mains. Il est temps de s'y faire.
Par Garrigues et Sentiers
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Samedi 8 avril 2006
 
Si Dieu se révélait à nous totalement dans sa bonté absolue, si nous pouvions le connaître en pleine lumière, alors on ne pourrait que l’aimer. C’est la raison pour laquelle Il a voulu nous créer en se voilant à nous. Nous ne voyons pas Dieu. Nous ne pouvons Le connaître que de manière indistincte. C’est cette part importante d’obscurité qui nécessite la foi. Toute la grandeur de l’homme c’est de pouvoir aimer Dieu dans la foi sans Le toucher, sans Le voir, sans Le connaître directement. Alors sa liberté est totale.
Cette réflexion théologique classique sur la liberté humaine m’a conduit à m’interroger, dans le cadre du mystère trinitaire, sur la liberté des personnes divines. Il est impensable que le Verbe, par exemple, puisse être en désaccord avec le Père. Or le Verbe est nécessairement libre, et il est totalement dans la lumière du Père. Quand j’arriverai au ciel, une des premières questions que je poserai à Dieu sera : « Comment faites-vous, les trois personnes divines, pour ne jamais vous disputer ? »
Le mystère de la Trinité montre donc qu’il peut y avoir une liberté – que j’appellerai hyper-liberté –, qui est une vraie liberté mais qui nous met dans l’impossibilité de se disputer, d’avoir des vues divergentes. Or je ne peux me retenir d’interroger : si une telle « hyper-liberté » existe en Dieu, Celui-ci ne l’a pas donnée à l’homme et ne l’a pas créé en pleine lumière… ce qui nous aurait épargné tout ce lot millénaire de souffrances absurdes. Pourquoi seulement cette demi-lumière ?
 
Abbé PIERRE
 
Extrait de Mon Dieu… pourquoi ? entretiens de l’abbé PIERRE avec Frédéric LENOIR, Paris, Plon, Éd. de Noyelles / France-Loisirs, 2005, 111 p., p. 87-89.
 
N.B. : Ces « petites méditations sur la foi chrétienne et le sens de la vie » ont un intérêt infiniment plus grand que les 2 pages – isolées par les médias sur les 105 de l’ouvrage – portant sur la sexualité de l’abbé Pierre, alors que sont passés sous silence ses propos sur Marie, l’Eucharistie ou la Trinité, sujets autrement fondamentaux pour l’abbé lui-même et pour la foi catholique.
Par Garrigues et Sentiers
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Mercredi 10 mai 2006
Toi, l'Unique, l'Éternel,
Qui chantes pour nous en silence,
Toi dont nous nous transmettons l'enseignement,
Que ta force et ta sagesse guident mes pas.
Fais que je suive tes leçons en marchant,
Que j'honore la finalité de toutes choses.
Aide-moi à toucher avec respect,
A ne parler que de derrière mes yeux.
Permets-moi d'observer sans juger.
Je voudrais ne causer de tort à personne
Et ne laisser derrière moi que musique et beauté.
Quand je retournerai vers l'Éternel,
Puisse le cercle être bouclé
Et la spirale plus évasée.
Prière extraite du roman de Marlo Morgan "Messages en Provenance de l'Eternité" 
Par Garrigues et Sentiers
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Samedi 20 mai 2006
Texte d’Origène, exégète et théologien d’Alexandrie (Égypte), mort en 254,
sur l'étude de la Parole de Dieu

Applique-toi bien à la lecture des divines Écritures.
Nous avons besoin de beaucoup d’application lorsque nous lisons les livres divins, de peur de prononcer quelque parole ou d’avoir quelque pensée trop téméraire à leur sujet.

En t’appliquant à les lire avec l’intention de croire et de plaire à Dieu, frappe dans ta lecture à la porte de ce qui est fermé ; et il t’ouvrira, le portier dont Jésus a dit : « À celui-là le portier ouvre. ».
En t’appliquant à cette divine lecture, cherche avec droiture et avec une confiance inébranlable en Dieu le sens des divins écrits, caché au grand nombre.

Ne te contente pas de frapper et de chercher, car il est absolument nécessaire de prier pour comprendre les choses divines. C’est pour nous y exhorter que le Sauveur a dit non seulement : « frappez et l’on vous ouvrira » et « cherchez et vous trouverez », mais aussi « demandez et l’on vous donnera ».
Par Garrigues et Sentiers
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Lundi 5 juin 2006
" Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis, tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. " (Jean 20, 22-23)   
 
Avec la Pentecôte s’ouvre le temps de l’Église rassemblée, peureuse mais promise à la paix.
Les disciples avaient « verrouillé » les portes. Calfeutrés et entre eux, ils demeuraient inquiets comme des orphelins sans père. Malgré l’horrible fermeture, le Christ vient au milieu d’eux, se laisse reconnaître. Leur foi leur permet de voir les mains et le côté du Christ comme des signes de sa mort et de sa résurrection. Jésus leur compagnon est vraiment Christ, c'est-à-dire l’Envoyé. Il a fait la Grande Pâque, il a ouvert le « passage », l’au-delà est déjà ici. Jésus le Christ Ressuscité est, maintenant dans la complexité du temps, à la fois chemin d’éternité et pain quotidien de communion.
Après les « retrouvailles » pleines d’allégresse et de stupeur, Christ prend la parole et confirme que les disciples seront comme lui des « envoyés » à part entière et pas seulement des petits fonctionnaires subalternes des ambassades célestes. Ils auront la même mission que lui avec les mêmes pouvoirs et les mêmes prérogatives… À preuve, ils pourront dire avec autorité la rémission des péchés… chacun sait que Dieu seul pardonne
 
Marc 2,10 ; Luc 7, 48-49.
 
mais là, le Seigneur prend le risque de se lier au jugement de ceux qu’il envoie et à leur décision. À temps nouveaux, confiance absolue !
 
Malgré leur précarité, leur frousse, leur insuffisance, leurs turpitudes, les disciples pourront signifier la rémission des péchés. Le « souffle » que reçoivent les disciples ne les rend pas parfaits mais il les constitue membres de la Nouvelle Alliance. Ils deviennent si intimes du Christ que leurs paroles résonnent comme les siennes. Ils ne le remplacent pas - ils n’ont pas l’orgueil de le croire - dans l’imperfection ils poursuivent sa mission. Ils reçoivent une autorité qui vient de Dieu.
Voilà des pauvres pécheurs, pires peut-être que les autres, en tous les cas comme tout le monde, qui pourront dire les paroles de la foi et de la réconciliation paisible. Ce ne sont ni leur dignité ni leur sainteté qui les y autorisent, c’est leur parole pauvre et fidèle qui renvoie à la miséricorde divine qui seule agit. Ils ne se sont pas octroyé ce pouvoir exorbitant, ils accueillent tant bien que mal le don de l’Esprit.
Il est d’ailleurs logique que le Souffle de Dieu qui a mis Jésus au monde, pour qu’il ouvre un chemin permanent de réconciliation vers son Père, continue d’animer une poignée de disciples de son Fils. Il les autorise à déblayer chaque jour la voie royale pour que tous les humains qui le désirent puissent accéder à la joie de la rencontre avec la Source de toute Bonté.
Le jour de Pentecôte, quels sont ceux et celles qui reçurent cette mission de réconciliation transmise par le Christ lui-même ? Il est clair que c’est l’Église entière, celle de tous les baptisés.
Mais sans renoncer à la charge collective gracieusement offerte, elle jugea meilleur que parmi ses membres quelques-uns seulement en deviennent les agents… Ils disent le pardon que Dieu donne et célèbrent dans la foi cette gratuité pleine d’amour.
© Christian Montfalcon 2006
Par Garrigues et Sentiers
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Vendredi 23 juin 2006
 
« Le sabbat a été fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat.
Voilà pourquoi le Fils de l’homme est maître, même du sabbat.
 »
(Évangile de Marc, chapitre 2, versets 27-28 – Traduction liturgique Catholique).
 
Pendant longtemps j’ai cherché le sens de l’expression de Jésus « voilà pourquoi », qui apparaît ici comme une évidence. Oui il est manifeste que le Fils de l’homme est maître, même du sabbat.
Le sabbat est signe du « repos » de Dieu. Il contemple la création et s’en réjouit. La loi de Moïse demandait au peuple juif d’entrer dans le repos créateur. Elle incitait à suspendre les activités lourdes et fatigantes pour « considérer » BIEN-FAIT et BÉNÉ-DICTION du Seigneur qui prenaient corps sur terre et pour les accueillir dans la reconnaissance et la joie.
En prenant le temps, l’homme peut se déposséder du trop plein inutile étouffant et offrir ce qu’il a de plus précieux. Après avoir décanté, filtré, épuré, il ne reste que l’essentiel, matière d’eucharistie et de communion.
 
Je crois que Jésus, le Fils de l’homme, est à la fois le « repos » de Dieu et des humains. Il accomplit, dans le sens où d’une manière incomparable il réalise le point le plus élevé de la création et ouvre l’humanité à un sommet qu’elle n’aurait pu atteindre par elle-même : en lui elle culmine dans l’éternité. En cette phase sublime demeure l’amour dont les « choses » terrestres étaient chargées
 
Jésus est maître du sabbat parce qu’il est lui-même le sabbat ; par son incarnation il sanctifie le temps et l’univers. Il est le Jour de Dieu. De plus, en lui les relations humaines deviennent la communion qui vivifie l’humanité. Les prescriptions sont débordées et la paix fondée. Le sabbat de la Nouvelle Alliance, qui n’est plus loi mais amour et justice, préfigure dans l’immédiat d’aujourd’hui ce qui adviendra dans la résurrection bienheureuse. Le sabbat n’est plus un seul jour de vingt quatre heures mais une permanence. Son respect institue dès maintenant, dans les contradictions quotidiennes, ce qui sera toujours.
 
« Voilà pourquoi » explicite la présence bienfaisante et bénie du Christ qui élargit à l’infini nos pratiques humaines nécessairement limitées. En lui notre « repos », en lui notre « re-création.

©
Christian Montfalcon, 2006
Par Garrigues et Sentiers
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Lundi 16 octobre 2006
L’insolite se devine au réveil
À la sortie du séjour des rêves
 
Chaque matin anodin
Éclabousse l’ennui
 
Je m’étonne du jour nouveau
De l’ordinaire des heures ternes
 
Il n’est pas vrai que rien ne rougeoie
Dans ce qui est habituel et proche
 
L’inexplicable quotidien se révèle
Dans l’événement familier
 
Je trouve au simple labeur journalier
De quoi embellir ce qui paraît banal.
 
Jacques Gauthier.
Poète et écrivain québécois
(texte publié dans la revue Panorama)
 
Par Garrigues et Sentiers
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