Tout le monde connaît Thomas, celui qui voulait voir et toucher Jésus pour croire à sa résurrection (Jean 20,25), et dont le nom est passé dans le langage
proverbial.
Mais tout le monde ne s’est pas demandé pourquoi l’évangéliste Jean prend la peine de préciser que
Thomas était dit Didyme, qui signifie jumeau (Jean 20,24) !
Thomas, visiblement, ne croit pas à la résurrection, et il a sur ce point la même conviction que les sadducéens, dont il faisait
certainement partie.
Jean parle de lui
deux fois avant cet épisode :
- alors Thomas, appelé Didyme, dit aux condisciples : allons, nous aussi, pour mourir avec lui ! avant la résurrection de Lazare (Jean 11,16)
- Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons pas où
tu vas, comment saurions-nous le chemin ? après la résurrection de Lazare (Jean
14,5).
Jean constate que – malgré la résurrection de Lazare – il
n’a pas évolué dans ses convictions et pense toujours qu’on ne sait pas ce qu’il y a après la mort.
Il est comme les cinq frères de la parabole qui, même si quelqu'un ressuscite d'entre les morts, ne seront pas convaincus qu’ils risquent d’aller dans l’Hadès après leur mort, s’ils ne
se repentent pas de leur conduite (Lc 16,19-31 ; ces frères sont présentés dans une parabole concernant un certain Lazare, ce qui n’est peut-être pas un hasard).
On pense que le disciple que Jésus aimait (qu’on assimile généralement à l’évangéliste Jean) était lui aussi sadducéen –
comme Thomas – car il est connu du Grand Prêtre (Jn 18,15-16) ; mais lui, en voyant le tombeau vide, croit immédiatement à la Résurrection de Jésus (Jn 20,8 : il vit et il
crut ).
C’est sans doute pour cela que Jean insiste sur le fait que Thomas est jumeau,
didyme, en hébreu te’om, car dans la Bible les jumeaux sont très souvent antagonistes, comme Jacob et Ésaü, images du combat des Juifs et des Gentils (Ésaü est Édom,
symbole des tous les ennemis des juifs dont, en particulier, l’Occident ).
Thomas, le mauvais jumeau, contrairement au disciple que Jésus aimait, – le bon jumeau –
symbolise l’incrédulité des juifs face à la foi des premiers chrétiens en la Résurrection.
Mais, en fait, il se pose la vraie question : la mort a-t-elle été vaincue par
Jésus ?
Un chrétien d’aujourd’hui pourrait-il jeter la pierre à Thomas parce qu’il se posait cette question ? Que celui qui n’a jamais douté….
C’est pour essayer d’y répondre qu’il veut mettre son doigt dans ses plaies et y sentir la vie là où était la mort.
Cet épisode a pour parallèle la rencontre entre Jésus et Marie de Magdala, dans le même chapitre de Jean (20,11-18) : Marie
nomme Jésus « Seigneur » – avant même de l’avoir reconnu et alors qu’elle le prend pour le jardinier – puis Rabbouni ; Jésus lui dit : ne me touche
pas (Jean 20,18) avant même qu’elle en ait manifesté le désir. Marie a cru sans voir les plaies de Jésus ; elle peut donc se dire heureuse (cf. Jn 20,29 où Jésus dit à
Thomas : heureux ce qui n’ont pas vu et qui ont cru).
Cependant, Jean écrit (Jn 20,27-28) : puis [Jésus] dit à Thomas : « porte ton doigt ici ; avance ta main et
mets-la dans mon côté, et ne sois plus incrédule mais croyant. » Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Mais Jean ne dit pas si Thomas a fait les
gestes décrits par Jésus ou a répondu à Jésus avant même d’esquisser un geste. En effet, Jésus lui répond : parce que tu me vois tu crois (et non pas : parce que tu
me touches).
On s’aperçoit alors que, dans l’indifférence générale – voire le mépris – des commentateurs,
Thomas, ce mauvais jumeau dont rien ne dit qu’il a effectivement touché les plaies, va plus loin que Marie de Magdala : en disant Mon Seigneur il reconnaît la
réalité de la résurrection de Jésus, et en disant Mon Dieu, il reconnaît sa divinité !
En terminant, il faut remarquer que Jean proclame (1e épître de Jean 1,1-2, attribuée à l’évangéliste) : ce que
nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie – car la Vie s'est manifestée, nous
l'avons vue – nous en rendons témoignage… Si le disciple que Jésus aimait est Jean – lui qui disait avoir cru dès qu’il a vu – il semble bien que lui ait vraiment touché Jésus
ressuscité ! C’était pourtant le bon jumeau, celui que Jésus aimait…
Ne jugeons pas et nous ne serons pas jugés (Luc 6,37) !
René Guyon
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