DOSSIER CHEMINS DE CONVERSION

Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /2008 09:22

Les idées que je vais essayer de formuler ne sont que l'expression de ce que je crois à ce moment de mon existence. Elles ne sont pas l'affirmation d'une conversion. Elles marquent l'état actuel de mes pensées sur le monde et sur l'Homme.

Ces pensées se sont imposées progressivement, après mes expériences diverses, mes lectures et observations de natures scientifique ou philosophique.

Ma fréquentation de la biologie m'a fait découvrir la machine que nous sommes, entrevoir, devrais-je dire plutôt, son énorme complexité et m'émerveiller en particulier devant cet univers en miniature qu'est notre cerveau, que nous connaissons à peine, qui régit tout, et dont les religions parlent si peu. Hippocrate, avant Jésus Christ, en a dressé les fonctions multiples, et dit qu'il a le plus grand empire sur l'Homme  car en lui réside non seulement pensée, intelligence et savoir mais aussi perceptions du monde, joies et chagrins, douleurs et plaisirs, jugements moraux, créations imaginaires, croyances, peurs...

On connaît mieux aujourd'hui les phénomènes physico-chimiques qui s'y déroulent, mais on répugne à admettre que c'est lui qui crée notre monde intérieur et conditionne tous nos sentiments et tous nos comportements, réduisant ainsi notre liberté.

J'ai été amené à croire que c'est cette fabuleuse construction que l'évolution biologique a lentement mise en place et qui a abouti à la genèse de l'Homme tel qu'il est devenu.

Ainsi cet animal que nous sommes a-t-il accédé à la pensée. Il a pris conscience de l'existence de son moi par rapport au monde, comme le fait le jeune enfant, et de ses relations au monde avec ses peurs et les questionnements multiples qui les accompagnent. Chaque fois qu'une de ses questions par rapport au monde n'avaient pas de réponse, l'Homme a créé un dieu. Cet animisme qui existe encore à travers de nombreuses populations actuelles est tout à fait logique et respectable. Ces populations restent en communion avec la nature et les religions monothéistes ont commis des crimes en les combattant et les anéantissant ou en les convertissant.

Je pense que l'homme est un animal qui a inventé les dieux et, en étant un peu provocateur, le monothéiste a créé un dieu à son image ! Ce Dieu est représenté d'ailleurs comme un homme chez les Chrétiens.

Ce que je ne peux plus accepter dans ces religions monothéistes, c'est qu'elles ont placé l'Homme au centre du monde. Pourquoi y serait-il ? La conséquence, c'est que nous voulons mettre la nature à notre service  alors que nous devrions obéir à ses lois. Je ne résiste pas à l'envie de citer Théodore Monod : ...l'anthropocentrisme triomphaliste et orgueilleux des grands monothéismes ne nous a jamais appris à respecter, à interroger, à comprendre, à aimer la nature mais bien plutôt à la dominer, à l'exploiter, au besoin la mettre au pillage...

On vérifie aujourd'hui la pertinence de ces paroles quand on constate les saccages que l'humanité s'obstine à perpétrer sans que vraiment nous, chrétiens compris, ne nous révoltions.

En somme deux univers coexistent : le grand univers concret et tangible dans lequel vit notre corps, qui a existé avant nous, et pourrait encore exister sans nous, et celui que crée notre esprit (très prosaïquement pour moi, notre cerveau), monde né de notre matière vivante elle-même mais virtuel en réalité. Je ne conçois pas un autre monde, cet au-delà que les religions imaginent.

Un autre aspect de mes pensées concerne l'idée de vérité.

Je n'arrive pas à admettre qu'il y ait une vérité révélée, établie une fois pour toute, immuable, qu'on ne peut remettre en cause et qu'on impose à un enfant dès son jeune âge, au moment où se construit son cerveau et où son esprit critique n'est pas formé. N'est-ce pas en réalité, sous couvert d'une éducation morale,  une véritable violence que nous exerçons ? La récitation du Coran est pour moi, par exemple, une pratique liberticide.

La vérité, voilà un concept purement humain. Y a-t-il une vérité objective ? Ce que nous disons vrai n'est-il pas fondé seulement sur ce qu'il est dit ? Et avons nous d'autre moyen que de la dire pour la faire exister ? Je ne peux me résoudre à penser qu'il y a une vérité suprême et qu'elle soit d'ordre divin.

Je crois à cette terrible réalité : notre possession d'un langage, cette faculté qui nous a fait Homme au cours de l'évolution, nous permet de communiquer et de parler de tout ce qui fait le monde bien sûr, mais tout autant nos paroles créent le monde dont nous parlons. A mon avis, les paroles des hommes ont créé le Dieu dans lequel ils croient et continuent à le créer.

Et comme nous avons la définitive impossibilité de vraiment connaître le réel, notre cerveau étant limité malgré ses immenses possibilités, alors nous nous installons dans la confortable passivité des croyances comme dit Albert Jacquard.

Nous nous attachons à un au-delà que nous croyons connaître alors que nous l'ignorons totalement et ne voulons pas avouer que nous l'ignorons.

Ce que j'exprime n'est pas un pessimisme et un désespoir. Si en réalité je pense que rien ne présente de valeur qu'aux yeux d'un individu ou d'un groupe et que toute valeur est en ce sens relative, il n'en reste pas moins que je fais miennes certaines d'entre elles. Avant tout le respect total de la vie, quelle qu'elle soit, sous toutes ses formes. Ensuite le respect de ce qui appartient à tout le monde, la tolérance pour les valeurs que proclament et vivent les autres, à condition qu'elles ne portent pas atteinte à la vie, l'intégrité, la liberté et la dignité.

Je suis dans l'émerveillement complet devant la nature qui m'a apporté des joies immenses et que je continue à découvrir et à étudier avec enthousiasme. Mais je ne crois pas que cette nature soit de création divine et de ce fait je ne suis pas sûr qu'elle ait un sens et qu'elle évolue obligatoirement dans une direction fixée par un être supérieur. Même si elle présente des phénomènes d'une telle perfection logique qu'on pourrait les croire déterminés.

Je pense même que c'est d'autant plus prodigieux (et mystérieux) que c'est justement une évolution dont la marche est totalement gratuite. Dans cette nature que j'admire, je place aussi bien sûr l'Homme dont l'aventure me fascine. A ce sujet les civilisations disparues, celles qui vivent encore dans les recoins perdus du monde et dont les reportages modernes nous permettent de découvrir les particularismes et les valeurs, me renforcent dans la conviction qu'il y a une seule humanité. Celle-ci a une histoire fabuleuse dont j'estime qu'il faut sauver la mémoire. J'ai la certitude, avec de nombreuses personnes, que cette aventure humaine se terminera un jour et j'ai quelquefois la crainte que nous risquions d'en hâter l'échéance. D'abord si nous continuons à nous laisser dépasser par nos techniques et à piller ce monde qui a mis des millions d'années à se construire, avec pour résultat remarquable l'établissement d'équilibres subtils mais fragiles. Ensuite si notre principal objectif demeure la croissance incontrôlée. Ensuite si l'éclatement de l'humanité en multiples communautés aux intérêts divergents se poursuit (en paraphrasant Malraux, je dirais que le 21e siècle sera laïque ou ne sera pas).

La religion peut-elle changer quelque chose ? Je ne le crois pas. Soyons honnêtes, les beaux principes d'amour du prochain, les belles idées des textes sacrés des religions monothéistes n'ont pas reçu d'applications tangibles. Nous continuons à parler de ces valeurs en pensant que ces seules paroles suffisent à les faire exister.

Nous continuons, plus ou moins hypocritement, à vivre en contradiction avec ces valeurs. Je  n'inclus pas bien sûr dans ce nous les individus qui s'engagent totalement dans les actions humanitaires et qui mettent leur vie au service de leurs valeurs, c'est à dire mettent en pratique leurs convictions.

J'admets qu'il est facile de dénoncer et de critiquer. L'humanité est-elle encore capable de renverser la vapeur et d'arrêter la fuite en avant ? On ne peut se contenter de dire si Dieu veut ou Dieu seul le sait ou seul Dieu y peut quelque chose. Mais les forces qui régissent la marche du monde, en particulier bien sûr celles de l'argent, cet autre dieu, ont une telle puissance que la tâche paraît insurmontable. De même un énorme fossé se creuse entre les créations techniques de l'Homme, de plus en plus élaborées et par ailleurs remarquables (quand je pense aux progrès de la médecine par exemple), les fantastiques avancées de sa connaissance du monde et la faible évolution de son cerveau depuis 200.000 ans.. L'évolution de l'Homme en tant qu'être vivant ne peut plus suivre l'évolution de ses techniques.

J'en termine en espérant qu'on me pardonnera ces considérations un peu trop philosophiques. Mais comment répondre aux questions qui m'étaient posées autrement qu'en envisageant l'essence des choses de la nature, la recherche de la vérité, qui sont l'objet même de la philosophie dans son sens absolu.

Cordialement.

Jean L.D.
25 mai 2008

Par Garrigues - Publié dans : DOSSIER CHEMINS DE CONVERSION
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Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /2008 09:39

« Au XVIIe siècle,
le mot "conversion" ne désigne pas d'abord
un changement de religion ou l'entrée dans l'Église d'un incroyant,
mais le bouleversement intérieur qui fait d'un chrétien "sociologique"
un croyant sincère et pratiquant zélé.

Le moyen primordial en était la confession honnête et complète de tous ses péchés.
Cette relation mérite d'être soulignée à notre époque
où ce sacrement n'attire plus beaucoup les fidèles. »

Albert OLIVIER, 8 mai 2008.

Les siècles suivants furent témoins de la même pratique, et ce fut précisément par là que je passai, en plein milieu du XXème. Simplement, j'évitai d'utiliser le moyen primordial que rappelle Albert Olivier, et pour cause, puisque ma conversion s'est déroulée sur plusieurs années ; j'esquivai donc plusieurs confession(s) honnête(s) et complète(s) de tous [mes] péchés et commençai ma nouvelle vie de croyant ... sincère... et pratiquant... zélé (on reconnaît bien là les emballements d'un néophyte !).

Venons-en aux faits.

Tout d'abord, mon état antérieur. Mes parents étaient croyants, de manières différentes : si mon père était non pratiquant, ma mère compensait cela par une pratique de piété tous azimuts et des convictions affichées. Tous deux étaient des éducateurs zélés et très moralisants.

Pour moi le parcours fut le suivant : baptême en bas âge, catéchisme, communions (la « première » et la « solennelle »), à l'occasion « service de l'autel » (appellation officielle des enfants de chœur), école religieuse (9 années), scoutisme, etc.

À propos de scoutisme, une anecdote intéressante pour la suite de mon existence : un de mes « chefs » asséna un jour d'une manière péremptoire à mon sujet : « Bon wagon, mauvaise locomotive ! » Que n'ai-je pris cette sentence au pied de la lettre, cela m'aurait valu bien du repos dans ma vie, au lieu des nombreuses locomotives que j'ai été amené à conduire !

Ma vie était donc - sur le plan de la vie religieuse - un petit fleuve tranquille, et vous n'auriez sans doute pas eu l'occasion de me lire ni de me fréquenter ; mais voilà que des secousses scolaires aux environs de la classe de Seconde vinrent la troubler ; on décréta qu'il fallait que je m'éloigne de ma famille (qui n'était cependant pas en cause) pour retrouver des circonstances favorables à mon travail, donc à mon avenir.

Après certaines séquences cahotiques, j'arrivai dans un lycée « classique et moderne », à 30 km de chez moi, donc en internat. Un aumônier était présent (l'Abbé Roubaudi), et tout naturellement je fis sa connaissance et participai au groupe. Au bout de quelque temps, je devins à sa demande animateur du groupe.

ET CE FUT, PAR LA RENCONTRE DE CETTE PERSONNE, LA PREMIÈRE PHASE DE MA CONVERSION (la locomotive se mettait en marche)

Je venais donc de prendre en mains ma vie de foi. C'est du moins comme cela que je « relis » ces années-là.

Tout autre fut la deuxième étape, les rencontres que j'y fis ayant été  radicalement différentes. Je quittai l'environnement « bourgeois » de ce lycée, m'éloignai encore davantage de ma famille (200 km), et entrai à l'Ecole Normale d'Instituteurs. Bouleversement sur plusieurs plans ; social d'abord : la plupart de mes camarades venaient des milieux populaires, sortis de troisèmes de Cours Complémentaires ; sur le plan religieux, beaucoup d'ignorance et donc de méfiance voire d'animosité. Les premières semaines furent un choc pour moi, les conversations souvent empreintes de dérision. Cela aurait pu devenir très débilitant... Je commençai à entrevoir au moins unélément positif : le « bachotage » auquel nous étions tous soumis d'une façon coercitive me conduisait tout droit à la réussite au Bac (ce fut le cas). Mais cela ne suffisait pas à maintenir le moral au beau fixe, malgré les messes dominicales en ville.

ET CE FUT, PAR LA RENCONTRE D'UN GROUPE, LA SUITE DE MA CONVERSION.

- Un normalien plus ancien m’aborda un jour, et me parla d’un groupe de camarades chrétiens qui se réunissaient périodiquement. J’y participai aussitôt, avec enthousiasme.

- Une anecdote, qui prouvait combien ma conversion était encore bien précaire : ce camarade, Jean A., me demanda peu après de lui prêter mon vélo. Dans le milieu dont j’étais issu, on ne prêtait ni son stylo, ni son vélo, ni sa femme (quand on en était pourvu). Donc je refusai, et je pense que ce camarade en fut très déçu.

- Garçons et filles, avec l’aide précieuse de l’Abbé Gaston Voog, qui était en même temps aumônier de lycée, nous nous retrouvions chez lui pour des moments de chaude amitié, d’auditions musicales, et d’échanges sur nos vies. Cela revivifiait nos existences un peu grises, humainement étriquées. Il nous organisait des week-ends intéressants, des « récollections », dans la chère maison des « Genêts », auxquelles il invitait des intervenants de la région ; c’est ainsi que je fis la connaissance du chaleureux Père Tayeau, un des créateurs de la Communauté Saint-Luc de Marseille.

Peu à peu, nous célébrions les messes ensemble. Notre liturgie inventive nous rafraîchissait, par rapport aux routines des années passées. Nous avons fait connaissance de groupes qui poursuivaient dans la même direction : la Paroisse Universitaire d'Aix, professeurs du Secondaire et du Supérieur, qui nous prirent un peu sous leur protection (affective et financière !) ; avec eux nous avons fait des sorties, jusqu'à aller à l'autre bout de la France participer aux « Journées Universitaires » (Rennes, Grenoble...). Nous avons fait connaissance de groupes marseillais qui cheminaient comme nous. Mais ceci n'est pas le sujet de ce texte.

... CONVERSION PROVOQUÉE EN MÊME TEMPS PAR LA RENCONTRE D'OBJECTIONS ET D'OBSTACLES

Ma conversion, facilitée et rendue solide par la fréquentation du groupe des normaliens chrétiens, me semble après coup avoir comporté un autre volet, une autre cause, aussi importante à mes yeux, un peu paradoxale mais parallèle : les contacts parfois rugueux avec les camarades d'École Normale « non croyants » au lieu de m'effrayer et de me faire rentrer dans ma coquille, voire jusqu'à me faire quitter l'Eglise, me provoquaient dans ma foi vers plus d'exigence, d'authenticité.

La nourriture du groupe catho y était évidemment pour beaucoup, ainsi que la présence dans l'école- même des copains de ce groupe ; un peu d'amitié sur place ne nuisait pas, au contraire, pour vivre les moments difficiles.

Et nous commencions ensemble ce qui fut, toute notre vie de chrétiens laïques, notre « double fidélité », à l'Église et à l'École Publique.

« L'athéisme est nécessaire au christianisme,
il me garde en éveil en permanence,
et m'oblige à ne jamais renoncer
à la passion de comprendre. »

Ainsi parlait Gabriel Ringlet (*), en 2002, aux instituteurs chrétiens des Équipes Enseignantes, mouvement dans lequel je m'insérai tout naturellement avec les amis du groupe catho de l'École Normale.

Car c'est bien par là que je suis passé, et ma conversion a été construite par ces trois éléments, que je résume un seul mot :

LES RENCONTRES.

 

J-P. R.
21 mai 2008

(*) Gabriel Ringlet est Professeur de Communication, Recteur à l'Université catholique de Louvain-La-Neuve, auteur de plusieurs ouvrages.

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Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /2008 13:22

J'ai été baptisée, plus par tradition que par conviction de la part de mes parents. Après ma première communion je n'allais presque plus à la messe sauf pour les fêtes, comme la plupart des jeunes du village ; j'habitais alors à Fos-sur-Mer.

Après le B.E.P.C. je suis partie à Marseille au collège,  j'étais pensionnaire dans un foyer tenu par des religieuses et loin de me rapprocher de l'église cela m'en a plutôt éloignée.

Après avoir passé la première partie du Bac, j'ai changé d'établissement et de quartier pour faire Math-Élem. J'ai collé au Bac la première année et j'ai redoublé la Terminale.

Au cours de cette deuxième année il y avait dans la classe trois ou quatre filles chrétiennes et aujourd'hui je dirais militantes. C'étaient des filles sympathiques et ouvertes, et bientôt je me suis intégrée à leur groupe. Nous discutions beaucoup philo et religion. Je crois que c'est pour Noël que l'une d'elle m'a offert une bible, je n'en avais jamais eu entre les mains.

Je m'y suis plongée avec beaucoup d'intérêt, j'ai lu les quatre évangiles et je crois pouvoir dire que j'ai alors rencontré Jésus le Christ surtout dans l'évangile de Jean.

L'année d'après, à la Faculté de sciences à Marseille j'ai découvert la Maison des Étudiants Catholiques (la M.E.C.) animée à l'époque par le Père Denis et le Père Tayeau. Je me suis intégrée à une équipe de J.E.C.

À la fin de cette année de fac j'ai fait une demande pour rentrer dans l'Enseignement du premier degré. Dès le mois d'octobre j'ai été appelée pour une suppléance. Je quittai l'équipe de J.E.C. et je suis allée demander au père Denis si dans l'Enseignement il existait un mouvement comme la J.E.C.; il m'a parlé des Équipes Enseignantes. Dans les jours qui ont suivi j'ai pris contact avec l'aumônier qui à l'époque était un dominicain et je me suis tout de suite intégrée à une équipe de sept ou huit filles et garçons tous débutants dans l'enseignement et pour certains dans la foi. Il y avait aussi des équipes de gens plus âgés célibataires ou en foyers qui m'ont beaucoup apporté. Nous avions une réunion d'une journée par mois  au cours de laquelle nous échangions sur notre foi, notre vie et notre métier.

C'est au sein de ce mouvement que j'ai connu Jean-Pierre mon mari et depuis nous avons cherché et cheminé ensemble.

En faisant ce retour en arrière il me semble pouvoir dire que ma conversion a démarré quand j'avais dix-huit ans, qu'elle s'est poursuivie toute ma vie et toujours grâce à des personnes et à des groupes.

Mais il y a eu aussi des événements. Lorsque notre fils a perdu la vue ce fut évidemment un choc,  j'étais en révolte en particulier contre Dieu ; je ne pouvais plus dire que Dieu est bon, car s'il est bon pourquoi un petit enfant aimé et désiré peut être ainsi mutilé ! Mais petit à petit, grâce au soutien des amis, de notre équipe de réflexion, à la solidité de notre couple, j'ai pu à nouveau dire que Dieu est bon et j'ai pris conscience de son amour à travers l'amour de tous ceux qui m'ont entourée.

Jeannette R
20 juin 2008

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Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /2008 13:27

Plus encore que par les paroles prononcées,
les participants à l'assemblée dominicale
ont été frappés et émus par l'accent de sincérité
et l'élan retrouvé de l'amie qui les disait.

« Seigneur, c'est avec humilité et gratitude que je t'adresse cette prière. Car après bien des années d'incertitude, de rechutes, de doute, j'ai enfin compris que tu me guidais.

J'ai reçu la grâce de te trouver, d'avoir la foi et le besoin de prier.

C'était juste avant Pâques, alors que sa Sainteté Jean-Paul II était mourant (je l'ai toujours admiré même lorsque j'étais agnostique).

Devant son courage, le message qu'il nous adressait, quelque chose a changé en moi. J'ai décidé d'aller à la messe pour Pâques et, en entrant dans la paroisse, j'ai trouvé ce que je cherchais depuis tant d'années. J'ai prié, j'étais en paix avec moi-même.

Seigneur, aide ceux qui ne croient pas, ceux qui te cherchent. Sauve-les, convertis-les.

Puisque ton Fils "est venu chercher ce qui était perdu ", que les pécheurs trouvent enfin le chemin qui mène vers toi.

Augmente notre Foi, qu'elle grandisse de jour en jour.

Apprends-nous à aimer, à donner, à partager : de l'argent si l'on peut, des vêtements, du temps.

Sachons écouter, comprendre, parler avec ceux qui sont seuls, abandonnés ou dans le besoin.

Éloigne-nous de l'égoïsme.

Même si cela est très difficile, apprends-nous à pardonner ceux qui nous ont blessés, trahis, offensés.

Avec ton aide, aimons quand nous avons envie de haïr

Nous-mêmes avons bien des péchés à nous faire pardonner. Alors sachons dire à notre ennemi : «Je te pardonne».

Apprivoisons notre peur de l'Étranger, ne soyons pas méfiants, même s'il est différent de nous

Soyons tolérants, respectueux, attentifs à nos frères, quels qu'ils soient.

Et que la Paix règne sur la terre, que les peuples en guerre trouvent enfin un terrain d'entente. Que les catastrophes, les conflits régressent jusqu'à disparaître complètement.

Seigneur, prends pitié de nous, aide-nous et exauce nos prières. »


Nicole
(74 ans, convertie depuis 4 ans)

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Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /2008 13:40

La formule lapidaire de Régis Debray selon laquelle "Dieu n'existe pas", je la prononçais autrefois moi aussi, avec certitude; c'était avant 1974 ou 1975. J'avais même, à partir de l'idée traditionnelle d'une certaine théologie sur "le Dieu des philosophes et des savants", tenté une démonstration de "l'impossibilité" de l'existence de ce Dieu : ses attributs seraient, par exemple, d'être à la fois "Toute Justice" et "Toute Bonté". Or la Bonté absolue implique le Pardon ; mais la Justice distributive, elle, implique que chacun reçoive selon ses mérites ou ses démérites. D'un côté, tout doit être pardonné. Mais, de l'autre, il y a du punissable, de l'impardonnable. Cela se contredit. L'idée de Dieu serait donc en elle-même contradictoire; d'où l'impossibilité de l'existence d'une telle réalité contradictoire.

A partir des années 1974-1975, sans devenir croyant, j'ai commencé à m'intéresser à ce qui est mal explicable par le rationalisme athée ; par exemple les phénomènes de prémonition. Disons qu'à partir de là, j'ai eu une ouverture au spirituel. Mais là encore sans devenir du tout "chrétien". Comme beaucoup de gens actuellement en France (par exemple André Comte-Sponville), j'ai fini par avoir, à l'époque, une attirance pour une forme de bouddhisme, c'est à dire une philosophie religieuse athée.

A la même époque cependant, Balzac, avec son roman Louis Lambert, m'a amené à lire avec la plus grande attention un auteur protestant visionnaire, Emmanuel Swedenborg. On sait qu'il a aussi influencé Baudelaire (le sonnet "Correspondances") et William Blake. Par Swedenborg et son livre Le Ciel et ses merveilles, et l'Enfer, j'avais donc accès à un enseignement incontestablement chrétien. Avec une prise de distance un peu plus grande, mais également avec beaucoup d'intérêt, je lisais aussi plusieurs livres de Rudolf Steiner, un pédagogue, un précurseur et un théoricien de l'agriculture biologique, un francophile, mort en 1925, et qui avait eu le temps de se faire détester par les nazis. Là aussi, il s'agissait d'un enseignement chrétien, même s'il différait de ce qui est accepté ordinairement par la majorité des chrétiens. En ce qui me concerne, le livre de Rudolf Steiner intitulé "Quatre Imaginations cosmiques d'Archanges" m'avait beaucoup apporté. Bien sûr, tout cela se bousculait un peu à l'intérieur : le bouddhisme athée cadrait mal avec deux auteurs chrétiens et ces deux auteurs eux-mêmes se contredisaient, par exemple sur la question des "vies antérieures", considérées comme un progrès dans l'initiation par R. Steiner, mais comme une illusion pernicieuse par Swedenborg.

En 1981, je demeurais à Montmartre et, préoccupé à l'époque par ce que l'on nomme "la Géographie sacrée", j'avais l'idée de réaliser un livre en coopération avec un photographe : écrire, pour ma part, un certain nombre de textes sur des photographies de Monuments de Paris. Cette coopération avait abouti notamment à une très belle photographie d'une pierre sculptée qui figure sous les pieds du Christ du Pilier central du Porche central de Notre-Dame de Paris : la Sagesse, sous la forme d'une femme assise sur un Trône, et tenant devant elle une Echelle avec neuf barreaux. Dans sa main droite, elle tient deux livres, l'un ouvert, symbolisant le sens manifeste, et l'autre fermé, derrière le précédent, et symbolisant sans doute un autre sens, à découvrir par ceux qui cherchent le Vrai. Dans sa main gauche, un sceptre, dont la pointe va toucher les nuages et donc le Ciel, où touche la tête de la Femme en Majesté assise sur son Trône. Les doigts de la main gauche de la Femme sont dirigés vers la terre, pour y faire venir sans doute l'énergie du Ciel où le sceptre touche. Cette figuration renvoie à un passage célèbre du chapitre 2 du Livre premier de "La Consolation philosophique", du philosophe Boèce (né environ en 480, mis à mort en l'an 525 après J.C. par le Roi Théodoric, dont il avait pourtant été l'ami et le ministre).

Une nuit, en rêve, je descends de Montmartre vers la Seine, du côté de l'Hôtel de ville. Arrivé près de la rive du fleuve, je ressens un énorme sentiment de surprise, car la Cathédrale de Paris n'est plus là ! Je traverse la Seine, je m'approche, et, là où était la Cathédrale, il y a une très grande sculpture représentant Marie, qui tient l'Enfant Jésus dans ses bras et est assise sur un âne. Dans le rêve, la direction suivie par l'âne me semblait avoir de l'importance. J'ai compris plus tard qu'il s'agissait d'une représentation de la Fuite en Égypte. J'ai, dans le rêve, un très grand sentiment de réalité à propos de la personne de Marie et à propos de la personne de l'Enfant. Et, toujours dans le rêve, une voix me dit : "II ne faut pas tant aimer les Bâtiments".

J'ai été "saisi" par cette phrase; comme si quelqu'un qui me connaissait bien s'était adressé à moi pour me réorienter. Je me suis senti "connu" de l'intérieur : mon projet de faire photographier "des Bâtiments", d'écrire sur ces Monuments, de publier un livre, tout cela était compris, et critiqué. Ce ne sont pas "les Bâtiments" qu'il faut aimer. A la place de la Cathédrale tant célébrée par Victor Hugo, on me montrait une Femme vivante, tenant son Enfant dans ses bras, et, pour protéger cet Enfant, fuyant vers l'Egypte sur un âne.

Ce rêve, qui, sur le moment, n'a pas fait de moi un chrétien, m'avait tout de même donné un très fort sentiment de réalité à propos des personnes de Marie et de Jésus Enfant. J'ai tenu compte de ce qui m'avait été dit dans le rêve ("Il ne faut pas tant aimer les Bâtiments") en abandonnant peu après le projet de livre de célébration des Monuments que nous voulions réaliser en coopération, le photographe et moi. Par ailleurs, j'ai dit que, dans le rêve où, à ma propre surprise, une grande sculpture remplace la Cathédrale, la "direction" dans l'espace indiquée par l'âne sculpté me semblait avoir de l'importance. Si l'on "remplace" mentalement Notre-Dame de Paris par une grande sculpture, cette sculpture sera orientée elle aussi Est-Ouest. On pourrait dire qu'en accord implicite avec cette orientation, j'ai décidé de quitter Paris "vers l'ouest", et de demander ma mutation, sinon vers la Bretagne, du moins pour Angers, ce que j'ai obtenu.

Le prochain fragment d'itinéraire nous situe quelques années plus tard, à la fin du mois de juin de l'année 1984. Je demeurais donc à Angers mais j'étais encore, comme on va voir, "extérieur" au christianisme. En effet, un jour que je faisais, avec la maman de mon fils, une sorte de travail d'éclaircissement sur le vocabulaire de la spiritualité, j'en étais venu à considérer les uns après les autres, dans un dictionnaire, les mots du vocabulaire chrétien. Je me sentais comme un ethnologue devant les croyances d'une tribu lointaine ; je comprenais la logique interne de tout cela, mais je n'y adhérais absolument pas moi-même et je me souviens avoir dit : "Mais comment peut-on demander aux gens de croire cela ?".

Cependant, ce caractère "non croyable", pour moi, de cet ensemble d'idées, ne provoquait pas l'ironie, ou la dérision. Non ; peut-être à cause de tout ce que j'ai raconté précédemment, j'avais dû être "travaillé" en profondeur et comme à mon insu par la représentation chrétienne du monde et j'étais plutôt "navré", "affecté" de ne pas pouvoir comprendre. Navré au point de me mettre à pleurer; oui, pleurer, et de dire : "C'est une compréhension qui m'est refusée".

A peine avais-je dit cela que je perçus un mouvement descendant qui traversait la pièce de haut en bas avec une certaine rapidité et depuis une zone du plafond que je pourrais indiquer avec précision et même cercler de craie ou autrement (comme avait fait chez lui à Montmartre, rue Ravignan, le poète Max Jacob, à la suite de circonstances un peu du même ordre). Je signalai ce qui venait de se produire, en quelque sorte derrière son dos, à la maman de mon fils, qui, elle-même, n'avait rien perçu de cela. Du fait de cet événement étonnant, je n'étais plus dans les larmes. Mon attention vient alors sur le dictionnaire ouvert où figurait un mot du vocabulaire chrétien à propos duquel j'avais manifesté juste auparavant mon incompréhension navrée. Et je ressens qu'il n'y a plus de "barrière" en moi; je dis, étonné : "Mais je comprends !". Et je commence à expliquer. En quelques instants, le mystérieux "mouvement descendant" m'avait fait passer de "l'extérieur" à "l'intérieur" du christianisme. J'avais exprimé comme une prière involontaire : "Cette compréhension m'est refusée. Si possible, qu'elle ne me soit plus refusée". Ou quelque chose de cet ordre. Et la compréhension demandée comme à mon insu ne m'a pas été refusée. J'avais fait l'expérience de ce que j'essaie de nommer en employant les mots : "Grâce descendante et donnant la compréhension".

Très peu de temps après cela, je me suis mis à lire une partie de la Bible que je ne connaissais pas, Les Actes des Apôtres, parce qu'il me semblait que c'était là qu'était racontée une autre expérience de "Grâce descendante", celle qui est nommée "la Pentecôte", Alors que jadis, vers mes dix-huit ans, je lisais la Bible en voltairien ironique,

en "mécréant", en recherchant ce qui me semblait être des contradictions ou des incompatibilités, là, dans le récit de l'Évangéliste Luc (j'avais appris que c'était lui qui avait rédigé les Actes des Apôtres), tout me semblait avoir un très fort "coefficient de réalité". Les descriptions de la tempête, du naufrage du bateau (Actes des Apôtres, XXVII, 9 à 44) me faisaient me dire à moi-même : mais il y était ; on le voit bien, il décrit ce qu'il a vu, ce qu'il a vécu. C'est réel.

Il faut que je revienne un peu en arrière. Vers le mois de mars ou d'avril 1984, j'ai trouvé un jour dans mon casier de professeur au Lycée Chevrollier, un mot, assez mal écrit, mal déchiré, non signé et qui disait : "Lisez Dialogues avec l'Ange. Les quatre Messagers. Gitta Mallasz. Éditions Aubier". J'ai conservé encore aujourd'hui ce mot, mais je ne sais toujours pas qui l'avait ainsi déposé pour moi dans mon casier (il y a plus de deux cents professeurs dans ce grand Lycée angevin). C'était sans doute quelqu'un qui avait observé que je m'intéressais vivement aux questions d'ordre spirituel, et qui, comme a dit un jour un ami, "me voulait du bien". Toujours est-il que je suis allé rapidement à la Librairie où j'achetais ordinairement mes livres. La vendeuse, qui connaissait aussi un peu mon attirance pour ce genre de sujets, m'a dit : "Oui, c'est un livre qui va vous intéresser". J'ai voulu l'acheter mais il n'y avait plus d'exemplaire en magasin. J'ai donc passé commande.

Je suis revenu quelques semaines plus tard ; toujours rien. J'ai renouvelé ma commande. Et ainsi de suite, plusieurs fois, à l'étonnement de la vendeuse. Finalement, après la fin du mois de juin et mon expérience de Grâce descendante, le livre arrive. J'étais donc, entre temps, devenu chrétien. Et le livre de Témoignage recueilli par Gitta Mallasz m'a atteint avec toute sa force et son intensité. Il est très vraisemblable que cela n'aurait pas été le cas si je l'avais lu alors que j'étais encore "à l'extérieur" du christianisme et "ne comprenant pas".

Le livre m'a tellement plu que j'ai voulu poser quelques questions à l'auteur ; j'ai donc écrit à Gitta Mallasz, aux bons soins de l'Éditeur. Ce dernier a transmis et quelque temps plus tard, j'ai reçu une lettre très chaleureuse de Gitta Mallasz (aujourd'hui décédée). Elle me recommandait de ne communiquer son adresse (dans un petit village de Lozère) absolument à personne. Elle répondait à certaines de mes questions, avait même dessiné pour moi un schéma explicatif comme il y en a plusieurs dans son livre ; et elle ajoutait que je trouverai réponse au reste de mes questions dans un ouvrage qui allait paraître à l'automne et qui s'intitulait : "Les Dialogues tels que je les ai vécus".

A l'automne, j'ai dû être l'une des premières personnes à lire cet ouvrage dont je guettais la parution. Je l'ai lu, et, là, assez forte déception. D s'agissait d'une sorte d'introduction pédagogique à la lecture des Dialogues. Or, suite à mon expérience vécue de "compréhension" donnée, j'avais vraiment ressenti avec une très grande intensité la force de ce livre et je n'avais pas besoin d'une introduction pédagogique alors que, me semblait-il, j'avais reçu comme en plein cœur ce qui était dit dans cet ouvrage, traduit aujourd'hui en de nombreuses langues. Cependant, une anecdote figurant dans ce petit livre avait retenu mon attention : un jour, les Dialogues avec l'Ange étant encore à l'état de manuscrit, un jeune franciscain avait feuilleté ce manuscrit (qui était sur une table ou une commode dans l'entrée ou dans le salon) chez une amie de Gitta Mallasz. Et lui aussi avait été saisi par l'intensité de ce qui était dit il parla un peu avec Gitta Mallasz et lui demanda peu après la faveur de pouvoir lire avec elle, à voix haute, un entretien par semaine. Gitta Mallasz accepte et ces lectures commencent. Au bout de plusieurs semaines, quelque chose l'intrigue : l'extrême ponctualité du franciscain en ce qui concerne le début de ces lectures. Elle l'interroge à ce sujet. Ce dernier ouvre de grands yeux et lui dit : "Comment ? Vous n'avez pas su ?". il faisait allusion au fait qu'un grand nombre des 88 "Entretiens avec l'Ange" qui composent cet ouvrage ont lieu le vendredi après-midi. Et il dit que le Christ est mort un vendredi après-midi, vers quinze heures, et qu'à cette heure-là, chaque vendredi, une Onde de Bénédiction se répand dans toute la Création. Gitta Mallasz était déjà chrétienne au moment de ces "Entretiens", mais ni elle ni ses trois amis juifs (Hannah, Lili, et le mari d'Hannah) n'avaient accordé de sens à ce fait que la majorité des Dialogues débutaient en effet le vendredi dans l'après-midi. Aucun des quatre "Messagers" et moi non plus, alors que je croyais avoir reçu le message dans toute sa force.

Cependant, ayant lu cette anecdote, une impression un peu étrange s'installa en moi. Je finis par demander à ma compagne si elle se souvenait du jour précis où nous avions travaillé à deux sur le vocabulaire de la spiritualité, et où j'avais pleuré parce que j'avais l'impression que la compréhension du christianisme m'était refusée. Quelques jours plus tard, après avoir retrouvé les notes qu'elle avait prises lors de ce travail, elle me donna la date : c'était le vendredi 29 juin. Nous avions commencé ce travail d'éclaircissement à deux vers 14 h 30. Et donc c'était aux environs de quinze heures que la compréhension du christianisme m'avait été donnée. De ce jour, bien sûr, je suis devenu, pourrait-on dire, indéracinablement chrétien.

J'avais gardé le contact avec Paul Ricœur, dont j'avais suivi les cours à la Sorbonne dès 1959 et sous la Direction duquel j'avais soutenu mon Diplôme d'Études Supérieures de philosophie en 1962 avec le sujet :"La Critique de la raison pure et la dialectique". Par lettre, je lui ai raconté un jour un peu en détail ce qui m'est arrivé ce vendredi 29 juin à 15 heures, ainsi que les circonstances qui avaient précédé. Voici ce qu'il m'a répondu :

« Je suis ravi de reprendre contact avec vous après toutes les tribulations intellectuelles et spirituelles dont vous me parlez. Quel chemin parcouru en effet depuis votre diplôme d'études supérieures !... Mes vœux vous accompagnent sur le chemin que vous avez pris depuis 1984. Les années antérieures ne sont pas perdues. Elles sont intégrées après coup au tournant de votre vie. Très cordialement à vous, Paul Ricœur » (Lettre du 1er août 1990).

Et en effet, je ressens encore aujourd'hui la grande pertinence de l'expression employée par Paul Ricœur : "au tournant de votre vie". Et je souhaite à tout être humain de connaître un jour une expérience de Grâce du même ordre.

Jacques Atlan

Jacques Atlan (né en 1939) est Agrégé de philosophie, Docteur de l'Université François Rabelais à Tours. Il est l'auteur de Critique des fondements du marxisme (Atelier de Reproduction des Thèses, 1999) et de Essais sur les principes de la psychanalyse (Éditions L'Harmattan, 2006. Prix spécial de Poésie décerné en avril 2007 par la Société Littéraire et Artistique de La Baule pour "Le dernier Roi de l'Atlantide", dont le début est sur le site http://www.philosophie-j-atlan.net. Une partie des travaux de Jacques Atlan sont consultable sur le site :
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Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /2008 13:43

Appelé « Karim » et habitant d'un quartier à majorité musulmane, mon identité de chrétien au minimum surprend celui ou celle qui la découvre, glace parfois et peut même, je l'ai vu, plonger mon interlocuteur/trice dans un état de quasi-détresse ! Et que dire de mon célibat pour le Royaume ! C'est que la conversion à une autre religion équivaut pour certains à une apostasie.

Cependant j'ai constaté que les personnes qui poursuivaient la conversation se faisaient beaucoup plus accueillantes à cette découverte désarçonnante – ou brusquement à court de commentaire – lorsque je leur expliquais que c'était une initiative de Dieu qui m'avait conduit là où je me trouvais. En effet, contester ce fait reviendrait à réfuter le témoignage d'un itinéraire intime dans lequel le Dieu auquel croit mon interlocuteur peut être impliqué. C'est un risque qu'un croyant musulman sincère ne prendra pas, car il a en mémoire le verset :

« Si ton Seigneur l’avait voulu,
tous ceux qui sont sur la terre auraient cru.
Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants,
alors qu'il n'appartient à personne de croire
sans la permission de Dieu ? 
»
(Sourate 10, Yûnus, Jonas, versets 99-100).

C'est donc pour répondre à un appel personnel que l'on se convertit, exactement comme l'on se retourne en direction de qui nous apostrophe. D'ailleurs l'étymologie de ces deux verbes, latine pour le premier, convertere ; grecque pour le second, strefw [stréfô], renvoie dans les deux cas au geste de « se retourner ».

Ainsi le grand Retourné des Actes des Apôtres, Paul le foudroyé, s'attache avant tout à démontrer à ses accusateurs qu'il n'a en rien trahi le judaïsme en adhérant à la Voie, mais qu'il n'a fait que répondre à un appel du Dieu d'Israël, un appel pareil à celui auquel avaient répondu ses Pères1. Ce jour-là, sur la route de Damas, l'Éternel l'avait appelé par son propre nom depuis le nouveau Buisson du Ressuscité : « Sha'oul, Sha'oul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Actes des Apôtres 9,4 ; 22,6 ; 26,14).

Le même Ressuscité appelle Marie de Magdala par son nom propre : « Mariam ! » Et celle-ci se « retourne » (strefw) vers son Bien-Aimé. Elle aurait pu lui répondre, avec les mots de la Bien-Aimée du Cantique : Ego dilecto meo, et ad me conversio ejus : « Je suis à mon Bien- Aimé, et vers moi se tourne son désir » (Cantique des Cantiques 7,11, où la Vulgate traduit par conversio l'hébreu téchouqah, « désir »).

Mais c'est Dieu qui, le premier, s'est converti à l'homme : Convertat Dominus vultum suum ad te : « Que le Seigneur tourne vers toi son visage » (Nombres 6,26). Dans le même mouvement, Jésus se retourne vers l'hémorroïsse (Matthieu 9,22), comme il se retournera (strefw dans les deux cas) vers Pierre, lavant le cœur amer de son ami dans l'eau douce du puits sans fond de son regard (Luc 22,61)

Ces revirements du corps disent une volte-face de tout l'être : si cette conversio, ce retournement sont si profonds, c'est qu'ils sont réaction à une vocatio, un appel, qui éblouit la personne par le visage d'un Dieu lui-même tout entier retourné vers son enfant.

Karim DE BROUCKER,
Fraternité Saint-Paul


1 - Lire à ce sujet Odile Flichy, La Figure de Paul dans les Actes des Apôtres, Collection Lectio Divina, Cerf, Paris 2007.

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Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /2008 13:51

Le témoignage de vie des convertis suscite une question que je juge centrale : pourquoi, sauf exception, les chrétiens - insérés depuis longtemps dans l'Église - ne présentent pas cette vitalité qui exprimerait la marque de l'esprit dans leur vie quotidienne, d'une façon propre à chacune de leur personnalités, qu'il s'agisse de  simples pratiquants ou de membres du clergé ?

Une même réponse m'a été apportée par plusieurs convertis. Il s'agit, notamment, de quatre amies proches, converties au cours de leur jeunesse ou de l'âge adulte : trois issues de milieux athées (marxiste ou franc-maçon), une de milieu musulman. Chacune de ces quatre personnes, suite à sa conversion, a radicalement  changé son mode d'existence, tout en continuant à vivre pour une bonne part dans son milieu d'origine. Trois se consacrent très largement à différentes activités au sein même de la société française ambiante : actions humanitaires, culturelles, sociales - surtout auprès d'exclus et marginaux - catéchèse dynamique auprès des jeunes... La quatrième, peintre abstrait belge, est entrée dans un ordre contemplatif. Toutes quatre m'ont dit : « le rite a éteint ou affaibli la flamme » : l'une même s'est risquée à un commentaire supplémentaire : « l'Église est un écrin qui cache la perle de l'Évangile ». Ces déclarations ont été faites sans aigreur, avec un accent de souffrance.

Aujourd'hui, en dehors des convertis, chez quels chrétiens peut-on rencontrer élan et dynamisme ? Chez des charismatiques, souvent accompagnés de dérives, ou chez les  saints, dont l'Abbé Pierre, Sœur Emmanuelle, Mère Thérésa... Je pense que c'est bien chez les saints, connus ou pas, que réside l'Esprit. Eux et eux seuls constituent le corps mystique du Christ.

L'Église aurait-elle oublié ce que Jésus nous avait annoncé : « aujourd'hui le temps qui nous est donné à vivre est celui de l'Esprit ». Cet Esprit qui animait le Passeur de Galilée, lorsqu'il déclarait à Pilate « je ne suis né et je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage jusqu'au bout à la vérité » (Jean 18,37). Or, après des siècles d'exercice, l'Église, comme d'autres institutions, s'avère victime et prisonnière du fonctionnement institutionnel, lequel tend à passer du statut de moyen à celui de fin. Progressivement figée dans une tradition, « en tournant le dos au message de ses fondateurs, l'institution ecclésiale a donc, à son tour, subverti le christianisme. Elle l'a ramené au rang d'une religion (avec ses rites et ses dogmes) et d'une morale (du devoir et de la soumission...) Le christianisme dès lors est illisible pour ceux qui ne connaissent pas ses textes fondateurs ». Ces lignes sont écrites par Frédéric Lenoir1, directeur du Monde des religions, dans un livre récemment édité. Et le même auteur rappelle que ce divorce avec le message évangélique, suscité par l'Église institutionnelle, a été souvent dénoncé, tel Dostoïevski dans la légende du Grand Inquisiteur, divorce reconnu par différents penseurs, pas forcément chrétiens (Gauchet, Tocqueville, Weber, Nietzsche) ; mais sans effet... Cet état de fait vient récemment d'être dénoncé par un membre éminent de l'institution, le cardinal Martini2, dans un livre présenté comme son « testament spirituel ». Il appelle de tous ses vœux une réforme de l'Église devenue progressivement prisonnière de tabous élaboré au fil du temps. Autant, on serait prêt à admettre les faiblesses de l'institution (ici même l'Église d'Avignon a laissé de tristes traces de sa corruption), autant on ne peut tolérer sa rigidité doctrinale, sa frilosité à l'égard de la nouveauté. S'estimant propriétaire de la vérité, elle intervient, à temps et contre temps, pour freiner l'évolution de l'homme vers sa réalisation d‘être autonome. Je rappelle ici quelques faits, trop connus et trop admis :

- son rejet institutionnel des valeurs républicaines au moment décisif de la révolution française (liberté, égalité, fraternité) toutes annoncées et défendues par le Christ, dans une époque alors pourtant peu favorable à ce message. Aujourd'hui encore à nouveau, cette même attitude, maladroitement manifestée lors  de la canonisation d'Espagnols combattant ces valeurs à un moment historique.

- son rejet des avancées de la science avec Galilée (pour le mouvement des astres), Teilhard de Chardin (pour l'évolution de l'espèce humaine), etc.

- son rejet de l'universalité de la personne, maintenue prisonnière d'une culture occidentale, à des moments décisif là encore, lorsque de nouveaux chrétiens non occidentaux ont voulu exprimer leur foi d'une façon symbolique originale (la querelle des rites en Chine, en Amérique du Sud...), le refus en Afrique de célébrer l'Eucharistie avec céréale et breuvage issus de leur culture propre.

- son rejet de l'autonomie et de la liberté de conscience de la personne ; avec des intrusions non pertinentes, voire ridicules, dans la vie privée du couple, à propos du contrôle des naissances, etc.

Oui, aujourd'hui, nous souffrons davantage de cette illisibilité du christianisme, parce que les hommes sont devenus conscients de l'autonomie qui est la leur, en tant qu'êtres majeurs et  décideurs.

Cela explique le malaise ressenti par les nouveaux convertis, au sortir de leur catéchuménat, micro milieu privilégié, lorsqu'ils entrent dans la liturgie paroissiale ordinaire. Cela explique l'absence de jeunes dans nos assemblées dominicales. On a laissé se creuser un immense fossé au fil des temps, qui maintenant sépare l'Église du commun des mortels, ou tenté de le combler par des aménagements liturgiques inadaptés :

- On garde dans le déroulement de chaque messe de très nombreux textes de l'Ancien Testament qui, pour devenir acceptables voire audibles, imposeraient chaque fois de longs et lourds commentaires, alors que des textes plus récents seraient tellement plus accessibles et porteurs de sens profond.

- On tente de suppléer à l'abandon ordinaire des pratiques par l'organisation maladroite de manifestations spectaculaires qui regroupent les pratiquants restants dans des processions affichées dans la cité et complètement incompréhensibles aux yeux des passants étonnés.

- On insiste, dans les paroisses, pour engager les chrétiens dans des tâches d'évangélisation et des temps prolongés d'adoration, alors qu'ils n'y sont ni préparés ni disposés. L'évangélisation se confond avec mission colonisatrice ; l'adoration prolongée dérive alors vers des récitations de chapelets « Je vous salue Marie ».

- Ici, dans le Vaucluse, pour parer à l'absence de prêtres, on appelle des jeunes prêtres venus d'Afrique, de Pologne, inaptes à comprendre le malaise ambiant et à re-animer les paroisses ; alors que des anciens prêtres, écartés du Ministère pour cause de célibat, sont reconnus et acceptés par des jeunes, lorsqu'ils continuent d'exercer des activités caritatives et spirituelles.

Non, il ne s'agit pas de fonctionnement, de procédure, mais d'un mal plus profond et plus insidieux. L'institution, inévitablement devenue distante, par rapport à un monde de plus en plus complexe et évolutif, ne dispose plus de l'intelligence des situations nouvelles. Pour en être capable, encore faut-il les bien connaître de l'intérieur. Cette compétence ne s'improvise pas, elle s'acquiert dans le travail quotidien au sein de ce réel, de plus en plus difficile et mouvant. Cette incompétence d'un pouvoir central, le monde profane a bien su la reconnaître, au sein des responsables politiques (ex. : plus d'autonomie accordées aux universités, aux régions).

Il est l'heure de le dire : le Christ n'est pas venu apporter une nouvelle religion. Combien de fois, il n'a pas craint de scandaliser les religieux de son temps. Cette attitude subversive n'exprimait nullement ce qui lui a été reproché alors par les puissants en place : une intention de provocation face à l'ordre établi. Non le Christ n'était pas venu pour « faire la révolution» ; mais plus radicalement pour vivre authentiquement une vie créatrice. Il  est temps de le reconnaître et de le faire reconnaître. « Il faut que l'Église soit moins religieuse et plus évangélique » (J. Moingt). Mais là encore, les lenteurs institutionnelles jouent comme des freins. Je n'ai entendu cette déclaration que seulement dans la bouche d'un historien agnostique, Marcel Gaucher affirmant que le christianisme est « une sortie de la religion»

Le disciple n'est pas plus grand que son Maître. Christ nous a montré l'objectif, jamais Il n'a imposé de recette ou de règle spécifique. Sans imposer des modalités et pratiques, Jésus proposait à l'homme des paraboles, des images pour l'inciter à réfléchir et à trouver lui-même les réponses adaptées à une vie évangélique insérée dans le monde. Discrètement, sans condamner, il a ouvert le chemin, nous accordant gratuitement sa confiance pour nous accompagner sur ce chemin jusqu'au terme, si nous acceptons la lumière de l'Esprit. Avec l'assistance de l'Esprit, les disciples du Christ, immergés dans le monde, doivent s'attacher à y travailler laborieusement pour y déceler des pierres d'attente afin d'établir, solidement sur elles, les fondations du Royaume à venir. Cf. les images évangéliques de la maison à bâtir, du levain dans la pâte...

À certaines époques, des chrétiens poussés par l'Esprit ont voulu fuir le monde et l'institution ecclésiale corrompue pour aller vivre comme des ermites dans des monastères. Je pense à Saint François, Saint Bernard. À l'inverse, aujourd'hui, le souffle de l'Esprit serait nécessaire pour susciter des ouvriers dans un champ où la moisson est certes abondante, mais le travail de plus en plus complexe, difficile et risqué. Rappelons que dans la vie civile, aujourd'hui, on en vient à évoquer la nécessité d'une gouvernance mondiale, seule capable de traiter et maîtriser différents problèmes cruciaux, dans des domaines variés : agricole (la faim dans le monde), énergétique (le danger nucléaire), écologique (la protection de la planète), biologiques (son association avec les nanotechniques), astrophysique, etc.

À côté de nombreux ordres traditionnels (en voie de désertification), l'Église du Christ a besoin de nouvelles forces vives, plus adaptées à cette tâches, mais bien équipées et matériellement soutenues. Il faudrait revenir à ce qui était pratiqué jusqu'au 12e siècle en élargissant les critères d'ordination. Ce serait des personnes reconnues et consacrées, capables de s'engager au sein de la société, pour y vivre dans les mêmes conditions que leurs frères laïcs (profession, mariage comme chez les pasteurs protestants). Leur objectif serait d'utiliser de façon évangélique les moyens susceptibles d'œuvrer efficacement dans ce vaste champ à labourer. Certes, il est très riche mais dangereusement miné, et la tâche, devenue commune, difficile à maîtriser.

Rien n'est impossible, si l'homme aborde cette mission, comme Augustin et d'autres saints l'ont fait, dans l'Esprit d'enfance qui garantit la liberté des enfants de Dieu. Ce Dieu qui n'a pas craint de faire confiance à l'homme en lui livrant son Fils. Si l'Église abolit les murs qui l'emprisonnent et la séparent du monde, elle retrouvera sa liberté et sa transparence rendra visible son message évangélique. Plusieurs voix se font entendre dans ce sens, sans toutefois être entendues jusqu'à présent. « Je ne me préoccupe pas tellement de la visibilité du chrétien parce que je pense que si le chrétien vit le sermon sur la Montagne, il est visible » (Martini3) « Il faut voir dans le christianisme la grandeur de l'homme inséparable de la grandeur de Dieu... La gloire de Dieu est dans la grandeur de l‘homme » (Zundel4). François Varillon5 insiste sur cette confiance que Dieu accorde à sa créature. On pourrait ici reprendre ici, la formulation d'un credo, telle qu'elle était utilisée par un groupe de jeunes lyonnais et dont l'auteur demeure anonyme :

« Je crois en Dieu qui croit en l'homme,
Je crois en Dieu qui s'est fait homme ;
Oui, je crois en Dieu qui appelle à la liberté,
Oui, je crois en Dieu qui montre un chemin et invite à le suivre.
Sa parole est amour,
Il est amour.
 »

Francine Bouichou Orsini

1 - Lenoir F., Le Christ philosophe, Plon, 2007
2 - Martini cité par H. Tincq dans Le Monde du 22 mai 2008, La leçon de « réforme » du Cardinal Martini à son Église
3 - Martini, Entretien exclusif avec le cardinal Martini, Croire Aujourd'hui, mai 2006
4 - Zundel M.  Un autre regard sur l'homme, Sarment, Ed. du Jubilé, 2° tirage, 2006
5 - Varillon F., Joie de croire, joie de vivre, préface de R. Rémond, 8° tirage, 2007

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