Voici l’homme ; c’est lui !

Publié le par G&S

Ecce-homo-sculpture.jpgQui ne connaît pas la scène où le procurateur romain Pilate – Pontius Pilatus – présente Jésus « portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre » à ses accusateurs en leur disant « Voici l’homme ! » ?

On la trouve dans l’évangile de Jean (19,5), à la fin du procès politique : l’interrogatoire de Jésus par Pilate n’a porté que sur sa royauté supposée et contestée.

Il est clair que pour les évangélistes, et particulièrement pour Jean, Pilate n’est qu’un instrument docile aux mains des « juifs » ; ils font tout ce qu’ils peuvent pour démontrer que Pilate essaie de sauver Jésus de la mort, allant même jusqu’à faire ostensiblement de la provocation vis-à-vis des juifs. Ils n’hésitent pas à introduire dans leur récit des événements pour le moins surprenants… mais célèbres :

- le songe de la femme de Pilate (Matthieu 27,19), incise bizarre dont on peut se demander – au moins ! – comment l’évangéliste en a eu connaissance ;

- le lavement des mains (Matthieu 27,24), qui pourrait faire penser à Psaume 26,6 : Je n'ai pas été m'asseoir avec le fourbe, chez l'hypocrite je ne veux pas entrer ; j'ai détesté le parti des méchants, avec l'impie je ne veux pas m'asseoir. Je me lave les mains dans l'innocence et tourne autour de ton autel, Seigneur.

À ce sujet, je voudrais noter que la Nouvelle TOB (novembre 2010) prend le parti de traduire quasi systématiquement le mot “juifs” par “les autorités juives” au cours du procès selon Jean. On peut le comprendre, dans la mesure où Jean ne parle que des grands prêtres et des gardes ; mais il ne faut pas oublier que Matthieu dit que « les grand prêtres et les gardes persuadèrent les foules de réclamer Barrabas » (27,20), et « Pilate prit de l’eau et se lava les mains en présence de la foule » (27,24), suivi par Marc : « La foule étant montée se mit à demander la grâce accoutumée (15,8 ; cf. l’article Barrabas contre Barrabas)… Pilate volant contenter la foule (15,15) » et Luc : « Pilate dit alors aux grands prêtres et aux foules (23,4)… Ayant convoqué les grands prêtres, les chefs et le peuple (23,13) ».

Pour les évangélistes, mais surtout pour Jean, Pilate dialogue longuement avec Jésus (on peut, là encore, se demander comment cette conversation est arrivée aux oreilles des évangélistes).

C’est dans ce contexte que se situe le fameux épisode du…

 

« Ecce homo ! »

Cela signifie évidemment « voici l’homme ! »… mais dans l’évangile Pilate le dit en grec : « Idou o anthropos »…

Avec ces mots – très certainement sans le savoir, ou “ aidé ” par l’évangéliste Jean… – il redit textuellement les mots adressés par Dieu à Samuel, qu’il a chargé de désigner le 1er roi des juifs, quand approche Saül : hineh hayish asher amarti eleykha zeh ya"etsor be"ami, c’est-à-dire : « voici l’homme dont je t’ai dit : c’est l’homme qui commandera mon peuple » (1Samuel 9,17). Samuel l’oindra en 1Samuel 10,1 et Saül deviendra ainsi le 1er roi d’Israël.

Avant de l’écrire sur la croix de Jésus (cf. l’article Du INRI de nos églises au Titulus de YHWH-Dieu), Pilate dit au peuple que Jésus est son Roi ; et même le 1er roi de l’ère nouvelle qui va s’ouvrir avec sa mort et sa résurrection !

On notera, sans insister, que dans la Vulgate (texte latin de la Bible, qui « est aujourd’hui encore la version de référence dans l’Église latine », selon la Conférence des Évêques de France) Jérôme fluctue dans sa traduction de Idou o anthropos : la première fois il écrit Ecce vir, en 1Samuel 9,17, la seconde fois Ecce homo, en Jean 19,5. Or, en grec, l’homme mâle équivalent du vir latin est aner et non anthropos.

 

« Hic est rex Iudeorum »

… est, dans le latin de la Vulgate, le texte du Titulus selon l’évangile de Luc (23,38) : Celui-ci est (le) roi des juifs.

Le texte grec est : O basileus tôn Ioudayôn outos, qui se translittère en hébreu : zéh hou’ mélech hayehoudyim.

Or l’expression zéh hou’ est unique dans tout le 1er Testament et se trouve 1Samuel 16,12, quand Samuel doit désigner le roi d’Israël successeur de Saül (bis repetita placent !) : Jessé l'envoya chercher : il (David) était roux, avec un beau regard et une belle tournure. Et le Seigneur dit : « Va, donne-lui l'onction : c'est lui ! », outos en grec de la Septante (qui rajoute, on ne sait pourquoi, agathos : c’est le bon !).

Pour Luc, cet écriteau déclare donc à celui qui veut bien comprendre que Jésus est le roi des juifs désigné par Dieu, comme David

o O o

Jésus est par deux fois proclamé roi d’Israël par allusion aux deux premiers rois, Saül (Shaoul) et David, en Jean et en Luc ; que rêver de mieux quand on anime une rubrique intitulée D’une Alliance à l’autre ?

Rien ! Sinon que le texte latin de l’Église Catholique Romaine prenne en compte ces allusions puissantes que Jérôme n’a pas vues, ou pas voulu voir… Mais la Nova Vulgata promulguée par Jean-Paul II en 1979 n’y a rien changé.

Dommage !

René Guyon
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fanfan 06/04/2012 15:43


Bonjour René Guyon,


Renaître avec les écritures;, il me semble que c'est une bonne devise pour vous 


René Guyon.Et vous nous entraînez dans cette (re)naissance...Je précise ma pensée.


Vous avez écrit pour le Ecce Homo...


 Jérôme fluctue dans sa traduction de Idou o anthropos : la première fois il écrit Ecce vir, en 1Samuel 9,17, la seconde fois Ecce homo, en Jean 19,5. Or, en grec, l’homme mâle équivalent du vir latin estaner et non anthropos.


.l'image est très forte de cet homme "mâle"(Fils de Dieu!) qui se trouve dans une terrible posture...
est-ce à dire que la moitié mâle de notre humanité ne peut "se révéler" qu'après ce douloureux passage d'un "Roi" sans couronne si ce
n'est d'épines? accompagné des outrages remplaçant les hommages qui lui sont dûs normalement !!Jésus, l'homme mâle par excellence, nous explique là, que loin de régner sur le Monde en puissance,
ce principe mâle doit passer par une extrême et terrible vulnérabilité pour ETRE tout simplement.


Et que ce sont les femmes qui vont l'accompagner dans ce passage...qu'elles soient mères ou amies ou amantes ou admiratrices ou etc...lui offrant
cette(re)naissance par Amour.Là nous touchons à l'Amour maternel de Dieu pour Le Fils.


fanfan