Vivre avec deux cultures : une chance et un enrichissement personnel !

Publié le par G&S

Nous formons mon mari et moi, ce que l’on appelle un « couple mixte ». Je suis française, il est russe, je suis catholique, il est orthodoxe, je viens du sud, il vient du nord et pour aller plus loin, j’ai été élevée par des parents unis, avec mes sœurs, lui est fils unique, de parents divorcés, il a été élevé par sa mère et sa grand-mère.

Pourtant, l’Amour nous a rapprochés. L’amour qu’il y a entre nous bien sûr mais aussi l’amour de la Russie pour moi et de la France pour lui. Car nous aimons chacun profondément le pays de l’autre avec sa langue, sa gastronomie, sa culture, ses paysages.

C’est ce double amour que nous voulons transmettre à nos trois enfants. C’est une chance pour eux de parler deux langues couramment. C’est enrichissant de connaître deux cultures : ils vont à l’école française et nous passons nos vacances en France mais nous avons vécu dix ans à Moscou et ils ont eu une nounou russe, ont été « nourris » de spectacles dès leur plus jeune âge et continuent à voir régulièrement leur « babouchka », la mère de mon mari qui vit près de chez nous et les accompagne dans leur approfondissement de la langue et de la culture russes.

Il en va de même pour la religion. Nos enfants ont été baptisés dans l’Église Catholique car je suis plus pratiquante que mon mari mais nous avons toujours été ouverts à la religion orthodoxe et ne refusons pas que ma belle-mère les éveille à la foi qui est la sienne. Les enfants se feront une opinion eux-mêmes quand ils seront adultes et en âge de « choisir » la religion qui les inspire le plus, peut-être même une différente des deux nôtres...

Je pense que chacun accepte et respecte la culture de l’autre et prend ce qu’il y a de meilleur dans l’une ou l’autre.

 

Vivre entre deux cultures : tolérance, choix et concessions !

Pourtant, dans une famille comme la nôtre, il y a de nombreux moments où l’on se sent non pas « avec » mais « entre » deux cultures. Chacun se sent alors incompris, rejeté, éloigné de ce qu’il connaît, déraciné et désorienté... Il faut accepter de mettre de côté sa fierté, s’ouvrir à l’autre, apprendre la différence et la tolérance.

Cela a été le cas dans notre couple car les hommes russes n’ont pas tout à fait les mêmes habitudes que les hommes français ; mais j’ai fait l’effort de poser beaucoup de questions pour apprendre à connaître les traditions, les coutumes et j’ai appris à les accepter. De son côté, mon mari qui vit avec une française et a travaillé avec des français a dû faire la même démarche pour comprendre et accepter notre façon de penser et de nous comporter.

L’ouverture d’esprit est une qualité primordiale pour chaque membre d’un couple mixte. Car, que penser d’un homme qui, suivant la tradition, se doit de finir une bouteille ouverte lorsqu’il retrouve ses copains et s’étonne à son tour de voir le bar de mes parents rempli de bouteilles tout juste entamées ? Et il accompagne cette boisson qu’on appelle la vodka avec du lard à l’état pur ou des poissons complètement desséchés, sorte de « chips » du pauvre, m’explique-t-il ! Que penser d’un homme qui aime la chaleur très forte du bania, sorte de sauna, dans lequel il vivifie sa circulation sanguine en se fouettant avec des branches de bouleau puis saute dans une piscine d’eau glacée ou se roule dans la neige ? Et qui est aussi capable de se baigner en toute saison ! Le bania fait partie de la vie des russes parce qu’il est un lieu d’échange et de rencontres (non mixtes) où chacun se montre tel qu’il est, sans artifices, et les hommes d’affaires peuvent parfois y conclure des contrats importants.

C’est ce même homme, mon époux, qui peut me faire partager son expérience d’un monde sans cesse en évolution parce qu’il a connu le communisme, la Russie du temps où il n’y avait pas de choix dans les magasins et où certains collègues de travail de sa mère disparaissaient du jour au lendemain sans que l’on comprenne trop pourquoi ; lui qui a vu son pays se libérer de cette dictature et qui, n’étant plus « guidé », a dû se fabriquer des repères à lui.

Et lui, que pense-t-il de la France où rien ne change vraiment au fil des ans, où nous faisons grève « pour rien », parce que c’est un droit ? Que pense-t-il des gens pour qui la parole donnée n’a pas vraiment de valeur et de ce monde où il y a des « boutiques » plutôt que des « magasins » et où l’on « déguste » plus qu’on ne « boit » ? À nous deux de réduire le fossé qui nous sépare, de faire tomber les barrières, de construire des ponts pour faire un bout de route ensemble main dans la main et sous le regard (sans doute amusé) du Seigneur qui nous a réunis !

La différence de cultures s’est à nouveau fait sentir à propos de l’éducation des enfants et à ce sujet, pas seulement entre mon mari et moi mais entre moi et ma belle-mère et même entre moi et tout un pays puisque nous étions en Russie !

Il faut faire preuve de bon sens, expliquer, justifier et finalement, faire des concessions et des choix pour le bien-être des enfants et pour garder la paix dans notre famille.

Je dirai donc en conclusion qu’avec le temps je ne me sens plus « entre » deux cultures mais que j’apprécie de vivre « avec » deux cultures. Chacun dans le couple a apprivoisé et « intégré » la culture de l’autre. Il a sûrement fallu beaucoup d’amour et la grâce de Dieu pour en arriver là. Le plus difficile à l’heure actuelle est d’offrir à nos enfants les deux cultures à peu près à égalité mais je pense (et j’espère) qu’ils se sentent autant russes que français !

Florence Zaïtsev

Publié dans DOSSIER 2 CULTURES

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Francine Bouichou-Orsini 21/05/2011 17:36



Merci à Florence pour ce témoignage. Cela illustre  qu’il y a effectivement dépassement de sa culte propre, dès l’instant où l’on accepte de 
se détacher, dans  l’inconfort,  de ses références habituelles, pour s’ouvrir à un horizon nouveau et dérangeant.


Effectivement, dans le couple évoqué, cela a été possible en raison de valeurs communes  (leur amour, les racines chrétiennes) qui les réunissaient, au-delà d’étiquettes
identitaires respectives. Evidemment, plus les cultures sont éloignées, plus ce dépassement sera difficile ; difficile, mais non impossible, sauf à valoriser les situations extrêmes et
radicales.


Je peux ici évoquer plusieurs circonstances  de dialogues entre musulmans et chrétiens, sur des problèmes de société : organisés par
 « Marseille–Espérance » ou   « DIRE », en présence de Soheib Bencheik  à Marseille ou  de
Mohammed Moussaoui à Avignon (ce dernier actuellement Président des musulmans de France). Nous avions alors reconnus ensemble des ouvertures réciproques, dans le cadre des limites constatées,
mais sans confusions ni reniements.


La difficulté de dépassement des cultures ne signifie pas impossibilité radicale ; surtout pour un chrétien qui valorise , dans sa vie de foi, la relation d’altérité, source de
dépassement.


Francine Bouichou-Orsini



Jérôme 19/05/2011 21:08



Bonjour,


Voilà un témoignage fort instructif, mais je crains qu'il ne permette pas d'affronter la question du "dépassement" de deux cultures comme la culture chrétienne et la culture musulmane. Le
témoignage met en scène deux traditions chrétiennes qui sont fort proches, alors qu'un enfant qui naîtrait d'une union mixte d'un père et d'une mère de confession différente, tel que l'un serait
musulman et l'autre chrétienne, ou inversement pose un problème plus cornélien! L'éducation religieuse synchrétique sera très difficile voire impossible car il y a des antinomies radicales entre
islamisme et christianisme...n'est-ce pas?


Fraternellement dans le Christ!