« Viens et vois ! »

Publié le par G&S

Cet article fait suite à l'article Entre les deux coule une rivière

Aucune échappatoire possible, la suite du Christ exige la mise en œuvre et bien souvent la guérison d'un de nos sens : la vue.

À deux disciples de Jean Baptiste, Jésus dit « Venez et vous verrez » (Jean1,40) ; Jésus leur offre de venir voir afin que soient comblés leur quête, leur désir, leur attente.

Se déplacer, ouvrir grand ses yeux pour être chaque jour des vivants, voilà bien l'invitation permanente de Jésus.

Philippe, en Galilée, répondra à cet appel et pourra dire à son tour au sceptique Nathanaël : « Viens et vois ». C'est la parole même du témoignage qui ne s'impose pas mais propose et se propose. Aucune obligation à rentrer dans la certitude de l'autre, mais invitation à poser un acte de liberté pour faire le pas de la découverte personnelle, les yeux grand ouverts.

Avant d'aller plus loin, il est bon et rassurant de noter que Nathanaël pourra voir parce que préalablement il a été vu assis sous son arbre à méditer les Écritures. « Quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu » ! Nous nous découvrons précédés par le regard aimant de notre Dieu. Ouvrir ses yeux et ouvrir son cœur résulte d'une seule et unique réponse à un amour premier et permanent. Certes, rentrer dans cette démarche n'est pas de tout repos car une fois les premiers pas et regard posés, plus question de s'endormir sous son figuier ;car chaque jour retentira ce même appel : « Viens et vois ! ».

Lorsque dans la synagogue Jésus demande à l'homme à la main paralysée : « viens te mettre devant tout le monde » (Marc 3,3) c'est bien cette même invitation à voir qui retentit.

Jésus fait face à la controverse autour du permis/défendu de guérir le jour du sabbat. Nous voyons des  pharisiens ni pires ni meilleurs que nous-mêmes qui restent dans leur bon droit du débat d'idées. Il s'agit de ne pas transgresser la loi religieuse du sabbat et donc de ne pas opérer de guérison ce jour-là. Jésus les invite à poser leur regard sur l'homme malade, non pas un  homme malade mais bien cet homme rendu visible en cet instant  à leurs yeux. Regarder l'autre yeux dans les yeux c'est contempler en miroir notre propre humanité, c'est faire tomber les barrières de la langue, de la culture et surtout des frontières, ô combien plus hermétiques, de nos a priori.

« Avec leurs yeux, ils ne voient rien ; avec leurs oreilles ils n'entendent rien » nous dit le prophète Jérémie (5,2). Combien de fois suis-je passée sans la voir cette femme rom qui mendie à côté de la caisse du parking souterrain de ma ville avant de découvrir son prénom ?

Prendre le chemin « du retour à la vue » c'est alors enfourcher la monture de la responsabilité. « La responsabilité est quelque chose qui s’impose à moi à la vue du visage d’autrui », écrit le philosophe juif Lévinas. Selon ses propres termes, il suffit de voir un visage pour se sentir ligoté, otage d’autrui ; l'autre s’impose à moi dans son dénuement, m’obligeant à assumer mes responsabilités et à prêter secours. « La rencontre de l’Autre m’engage, et cela je ne peux le fuir », dit-il encore ; et cette responsabilité n’est pas interchangeable. Ce que je fais, personne d’autre ne peut le faire à ma place. « Le nœud de la singularité, c’est la responsabilité ».

Toute la Bible nous rappelle combien la question de Dieu est inséparable de celle d’autrui. « La transcendance est vivante dans le rapport à l’autre homme, c’est-à-dire dans la proximité du prochain », dit Lévinas. Nous ne pouvons croiser le chemin de Dieu sans croiser le chemin de l’homme à travers deux regards qui se rencontrent. « L’Infini, déclare l’auteur de Autrement qu’être, me vient à l’idée dans la signifiance du visage. Le visage signifie l’Infini »

Au-delà de l'appel à voir adressé à Nathanaël, Jésus s'adresse à tous ceux qui seront les témoins de sa vie et de sa Pâque. « En vérité, en vérité, je vous le dis : vous verrez, vous verrez le ciel ouvert ». Désormais le rideau du Temple est déchiré, ciel et terre sont définitivement unis.

« Qui regarde vers Lui resplendira » dit le psalmiste. « Seigneur quand est-ce que nous t'avons vu? » (Matthieu 25,37) diront les disciples. « Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l'avez fait à un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait »(Matthieu 25,40).

En Christ, le Dieu inaccessible de la religion a définitivement disparu, Dieu se donne à voir désormais dans le plus petit qui est mon frère. Voilà notre foi : Dieu et l'homme à jamais ré-unis.

Bienheureux es-tu, homme qui croise le regard de ton frère, tu resplendis de la Lumière de ton Dieu.

Ephata, Ouvre-toi !

Nathalie Gadéa

Publié dans Réflexions en chemin

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