Van Rompuy-Ashton : un ticket choc ?

Publié le par G&S

Après des mois et des mois de rebondissements autour de la ratification du traité de Lisbonne par les derniers pays européens récalcitrants, l’Europe s’est enfin donné deux personnages chargés de la représenter et, par là, répondre à la question provocante de Kissinger, lorsqu’il était Secrétaire d’État du gouvernement des États-Unis : « L’Europe, quel numéro de téléphone ? ».

Herman Van Rompuy, chef du gouvernement belge, a été élu Président de l’Union. Il est crédité de sa capacité pour trouver des compromis permettant de maintenir un État belge malgré les tendances séparatistes. Quant à la Britannique Catherine Asthon, « haute représentante de l’Union », elle n’a pas d’expérience diplomatique et provient d’un des pays européens les plus réticents à construire une Europe politique au profit d’un alignement sur les États-Unis d’Amérique.

Le député européen Henri Lamassoure constatait l’opacité qui a entouré ces nominations et faisait part de sa déception dans un entretien au journal Le Figaro : « C'est une procédure inadaptée marquée par une absence de transparence indéfendable. Nous ne savions même pas qui était candidat et pourquoi ils ont été élus. Cela nous ramène aux mœurs du sérail de l'Empire ottoman, alors qu'il s'agissait d'élire les dirigeants de l'Europe du XXIe siècle. Ni la notoriété ni l'expérience n'ont été prises en compte. La notoriété de Herman Van Rompuy n'a pas dépassé la Belgique, l'expérience en diplomatie de Catherine Ashton est proche du néant, selon les Britanniques eux-mêmes » 1.

Dans l'élan qui les portait, les jeunes révolutionnaires français de 1792 affirmaient : « le bonheur est une idée neuve en Europe » 2. Le moins qu'on puisse dire c'est que l’élection des premiers grands représentants de l’Europe n'a pas été un moment de grand bonheur ou de ferveur. Ces nouveaux dirigeants n’ont pas, à ma connaissance, présenté un projet susceptible de créer un espoir et une dynamique pour une plus grande maîtrise de notre avenir commun.

Finalement, l'Europe a-t-elle une vision originale à proposer, non seulement pour elle, mais pour le monde ? Peut-elle constituer le pôle d'une mondialisation où les salariés, loin de se voir réduits à des "variables d'ajustements" de processus macro-économiques et financiers, deviendraient acteurs d'un monde où l'espoir remplacerait la peur ?

Dans un ouvrage écrit après le non français et néerlandais au référendum constitutionnel, le philosophe allemand Jürgen Habermas notait que l’Europe devait affronter une nouvelle étape sous peine d’éclatement et de régression. « Jusqu’ici, écrivait-il, la construction économique de l’Europe n’a pas été un jeu à somme nulle ; à moyen terme, nous en avons tous profité. C’est bien pourquoi les populations européennes ont d’ailleurs accepté, à de rares exceptions près, que des élites mènent par-dessus leur tête une politique d’unification. Or ce type de légitimation au rendement ne peut plus suffire lorsqu’il s’agit d’accepter des politiques qui entraînent une répartition inégale des coûts et des profits » 3.

Cela signifie qu’une solidarité citoyenne européenne active nécessite bien davantage que d’ingénieux arbitrages sur la répartition des postes et des subventions. L’Europe ne pourra plus avancer par des processus technocratiques qui considèreraient comme accessoire une conscience européenne commune.

Bernard Ginisty
Chronique hebdomadaire de diffusée sur RCF Saône & Loire le 28.11.09

1 - Journal Le Figaro, 20 novembre 2009.

2 - Saint-Just : Conclusion du Rapport présenté à la Convention au nom du Comité de Salut Public le 3 mars 1794.

3 - Jürgen Habermas : Sur l’Europe Éditions Bayard 2006, page 20.

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