Transformer l’énergie du soleil en conscience

Publié le par G&S

En cette période « post-réveillonnaire », les conversations portent parfois sur l’alimentation, ses excès, la nécessité de retrouver une ligne compromise par les généreuses agapes de cette période de fin d’année que la publicité a décidé d’appeler « les fêtes ».

Chez nous, comme dans la plupart des civilisations, la fête a toujours partie liée avec une abondance alimentaire. Et combien de rituels sociaux empruntent à l’acte de manger ou de boire : depuis les « verres de l’amitié », en passant par les dîner-débats, sans oublier les cafés théologiques et philosophiques, ni les plus récents petits-déjeuners managériaux.

Peut-être conviendrait-il de réfléchir davantage à cet acte humain fondamental qui consiste à se nourrir au-delà du double souci de garder une silhouette élancée pour les plus fortunés et d’assurer au moins une soupe populaire pour les plus défavorisés. Il n’est pas indifférent que la plupart des religions inscrivent dans leurs rituels des rites alimentaires et des périodes de jeûnes. Pour éviter que le repas se réduise à une voracité dévorant le monde pour le transformer en soi, les rituels alimentaires introduisent des limites, des ruptures, et rappellent qu’il y a de l’Autre et que toute société s’édifie par le partage et non par une juxtaposition de gloutonneries. Et c’est d’ailleurs l’impasse fondamentale de nos sociétés de consommation marchande qui voudraient faire de l’addition des gloutonneries individuelles la formule magique du moteur de la croissance économique.

À la Une du journal Le Monde du 23 décembre 2009, on pouvait lire ce titre : « Manger moins de viande pour sauver la planète ? L’élevage est une des  principales causes du réchauffement climatique. Les professionnels ripostent aux journées sans viande qui se multiplient » 1. Jusqu’à présent, ce type d’article et de débats étaient portés par des revues, souvent confidentielles, de mouvements végétariens. Aujourd’hui, la question de l’alimentation redevient centrale pour nos sociétés, à la fois à cause des dysfonctionnements qui conduisent à l’apparition de nouvelles famines et des conséquences sanitaires désastreuses, dans les pays riches, d’une alimentation déséquilibrée.

L’ouvrage Médecines et Alimentation du futur, qui rend compte de la 18e édition des Entretiens de Millançay tenue en 2009, éclaire singMedecine-et-alimentation-du-futur.jpgulièrement ce débat. Fondés en 1992 par Philippe Debrosse, agriculteur, docteur en sciences de l’environnement, expert-consultant auprès de la Commission de Bruxelles, ces entretiens réunissent scientifiques, médecins, agriculteurs, militants, écrivains et traitent de la dimension civilisationnelle de l’écologie. Dans la préface de l’ouvrage, Edgar Morin indique l’importance d’un tel débat : « Philippe Desbrosses et les autres prophètes nous demandent de changer de Vie, de changer de Voie. Ces changements multidimensionnels sont non seulement économiques et sociaux, mais aussi mentaux, existentiels et éthiques. C’est nos vies même que ronge et dégrade notre mode de vie, qui comporte notre mode d’alimentation et notre mode de consommation » 2.

À l’heure du productivisme et de la compétition agro alimentaire, Thierry Gaudin, ingénieur général des Mines et président de l’Association Prospective 2010 indique la voie du renouveau : « Le XXIe siècle n’a pas besoin de compétition économique, mais de coopération et de reconnaissance. Car, le métier de l’espèce humaine, c’est de transformer l’énergie du soleil en conscience. » 3

Bernard Ginisty
Chronique diffusée sur RCF Saône & Loire les 9 et 10.01.10

 

1 - Le Monde, 23 décembre 2009, page 1

2 - Sous la direction de Philippe DESBROSSES et Nathalie CALME : Médecines et Alimentation du futur. Éditions Le Courrier du Livre 2009, pages 9-10

3 - Idem, page 216

Publié dans Signes des temps

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