Revenons à Tibéhirine

Publié le par G&S

Des hommes et des dieux, ce très beau film, dont nous avons déjà parlé, mérite notre attention à un double titre.

des-hommes-et-des-dieux-Groupe.jpgD’abord par ses qualités exceptionnelles, qui lui ont valu à Cannes de recevoir trois Prix : le Grand Prix du Jury, le Prix du Jury Œcuménique et le Prix de l’Éducation Nationale. L’auteur a su éviter tous les pièges de son sujet : la fin de la vie des moines de Tibéhirine est simplement évoquée par leur marche dans la neige, on les voit progressivement se perdre dans la brume. L’auteur a choisi de centrer son film sur la vie des moines, évoquée avec rigueur et simplicité. Il a tenu à ce que tous ses acteurs fassent un séjour à Tamié, pour s’imprégner de la vie monastique, et de fait tous les acteurs jouant les moines (dont Lambert Wilson et Michaël Lonsdale) sont excellents. Il a évité tous les aspects spectaculaires et présente les moines comme des êtres humains très proches de nous, avec leurs peurs, leurs histoires, la fraternité entre eux bien exprimée dans les scènes finales, lorsqu’un hélicoptère vrombit au-dessus du monastère, et lorsqu’ils partagent, au son de la musique de Tchaïkovski, un dernier repas fraternel, analogue à la Cène dans la vie du Christ.

Mais, deuxième raison, pourquoi ce film austère rencontre-t-il un tel succès, ce qui a constitué une surprise ? En France, il a fallu augmenter le nombre de salles de projection et on pense qu’il atteindra 2.500.000 spectateurs. Pourquoi donc ? Je propose trois explications :

1) dans un monde touché par une crise existentielle où l’on exalte la réussite individuelle, beaucoup s’interrogent sur le sens de leur vie, et sont bouleversés de rencontrer des hommes, comme eux affrontés à la peur et à l’incertitude, qui retrouvent des valeurs comme le dépassement de soi, la paix intérieure, la solidarité, la capacité à envisager sereinement la mort. Au plan humain déjà, c’est bouleversant.

2) À notre époque dominée par les images, le cinéma peut devenir un langage spirituel, qui ouvre à l’invisible. La salle obscure, où l’on vit intensément sans être dérangé durant deux heures, peut devenir une cathédrale pour notre temps.

3) car en dernier ressort, ces moines sont des chrétiens : l’Évangile vécu simplement, dignement, dans la prière, la beauté des cantiques, la vie en solidarité, peut rester, plus que jamais, une Bonne Nouvelle.

Jacques Lefur

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Jacqueline Chardac 16/10/2010 11:31



Trouver un sens à sa vie, l'engagement et le respect de l'engagement, et le moyen.


Quel beau message donné par la mémoire célébrée des moines de Tibéhirine.