Réveille toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts !

Publié le par G&S

Épître aux Éphésiens 5,14

Si la résurrection constitue le cœur de la foi chrétienne, elle déstabilise les ordres qui prétendraient enclore la vie de l’homme. Elle est l’invitation faite à chaque être humain de renaître, ce que le Christ apprend à un maître en Israël tout étonné, Nicodème. Or, jusqu’au bout, ses disciples ont cru que ce leader leur offrirait enfin les bonnes places ! Aussi quel désenchantement, surtout lorsqu’il leur annonce que s’il ne part pas ils n’accéderont jamais à l’Esprit qui rend libre 1.

Ce grand malentendu, qui mène Pierre, le futur premier pape, au reniement et Judas, le gestionnaire, au suicide ne cesse d’être la tentation permanente des Églises. Au lieu de se définir comme rampes de lancement pour les aventures de la fraternité universelle, elles se réduisent parfois à des institutions qui enferment dans des morales, des sécurités, dans un entre-nous dégoulinant de vertueuses certitudes.

Le 9 mars 2013, Jorge Mario Bergoglio qui devait devenir quelques jours plus tard le Pape François, rédigeait une intervention lors d’une réunion préparatoire au conclave. Il écrivait ceci : « L’Église est appelée à sortir d’elle-même et à aller vers les périphéries, pas seulement géographiques, mais également celles de l’existence : celles du mystère du péché, de la souffrance, de l’injustice, celles de l’ignorance et de l’absence de foi, celles de la pensée, celles de toutes les formes de misère. Quand l’Église ne sort pas d’elle-même pour évangéliser, elle devient autoréférentielle et alors elle tombe malade (on peut penser à la femme toute courbée dont parle l’Évangile). Les maux qui, au fil du temps, frappent les institutions ecclésiastiques ont des racines dans l’autoréférentialité, dans une sorte de narcissisme théologique. Dans l’Apocalypse, Jésus dit qu’Il se tient sur le seuil et qu’il appelle. Évidemment, le texte se réfère au fait que Jésus est dehors, à la porte, et qu’il frappe pour entrer... Mais, parfois, je pense que Jésus frappe de l’intérieur, pour que nous le laissions sortir. L’Église autoréférentielle veut retenir Jésus-Christ à l’intérieur d’elle-même et elle ne le laisse pas sortir. (…) Pour simplifier, il y a deux images de l’Église : l’Église évangélisatrice qui sort d’elle-même, l’Église qui écoute religieusement et qui proclame fidèlement la Parole de Dieu : ou bien l’Église mondaine, qui vit en elle-même, par elle-même, pour elle même. Cela doit éclairer les possibles changements et réformes à réaliser pour le salut des âmes » 2.

Le Passeur de Pâques nous réveille de nos endormissements institutionnels. Il est celui qui dérange absolument car il fait éclater les chrysalides qui voudraient épargner aux papillons le risque de naître. Pâques nous invite au surgissement. Il n’a pas le fracas des triomphes des puissants, mais la vigueur entêtée de l’enfance. Et ce sont des femmes qui montrent le chemin des renaissances à ceux qui se sont réfugiés dans leur Cénacle, la voie de l’Esprit qui envoie « dans le monde entier proclamer l’Evangile à toutes les créatures » 3.

Bernard Ginisty

1 – « C’est votre avantage que je m’en aille ; en effet si ne pars pas, l’Esprit ne viendra pas à vous » Évangile de Jean 16,7.
2 – Jorge Mario Bergoglio : Évangéliser les périphéries. Traduction française par Charles de Pechpeyrou. Cette intervention, selon plusieurs observateurs, semble avoir été déterminante dans le choix des cardinaux de lui confier le ministère de Pierre. Merci à Christian Mellon sj. de m’avoir communiqué ce texte.
3 – Évangile de Marc 16, 15

Publié dans Réflexions en chemin

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