Qui a envie d’être aimé ?

Publié le par G&S

d’Anne Giafferi

Qui-a-envie-d-etre-aime.jpgCe film est un événement dans l’histoire du cinéma français. Dans notre société si fortement sécularisée, d’où le nom de Dieu s’est absenté, où les références à l’Église catholique sont spontanément considérées comme ringardes, voici un film qui raconte une redécouverte progressive de Dieu et de la foi chrétienne par un homme de 40 ans, pleinement intégré dans la bonne société parisienne.

Il y a eu, c’est vrai, des films français à thématique religieuse durant ces trente dernières années, et qui ont rencontré une grande audience. Mentionnons en particulier Thérèse d’Alain Cavalier (1986), Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat (1987), et récemment Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois. Mais ces films présentaient des personnalités et des événements exceptionnels, hors du commun, loin de la vie quotidienne de nos contemporains.

Ici, il s’agit au contraire d’un homme bien à l’aise dans sa vie, sans état d’âme, heureux dans sa famille et sa profession. Le film s’inspire d’ailleurs d’une histoire vraie, que Thierry Bizot, producteur à la Télévision, a lui-même raconté dans le livre Catholique anonyme (Seuil, 2008), et c’est sa femme qui porte cette histoire à l’écran, moyennant quelques transpositions.

Ce film sans prétention veut s’adresser au grand public. Il est très bien interprété par Éric Caravaca dans le rôle principal, mais aussi par les autres interprètes parmi lesquels on reconnaît Jean-Luc Bideau et Benjamin Biolay. Il reste avec modestie très proche de l’histoire vécue, sans chercher à l’enjoliver. Il ne cache pas le côté peu attirant de cette catéchèse pour adultes, dans une atmosphère poussiéreuse et pour un auditoire clairsemé, avec un prêtre peu convaincant. Et pourtant une curiosité surgit, un réveil s’opère, et finalement une révélation touche le cœur. Le film montre très bien comment une redécouverte de Dieu provoque un nouveau regard et un nouveau comportement à l’égard des autres : tout d’abord un essai de réconciliation avec un frère au caractère difficile, puis une nouvelle attitude à l’égard de son fils adolescent, une écoute et une attention à chacun... Une magnifique statue en bois du Christ outragé, dans une petite chapelle au bord de la mer, éveille aussi ce lien entre beauté et indicible, qui met sur le chemin d’une révélation.

Ce film ne prétend pas être un chef d’œuvre. On est loin de l’intensité d’un Maurice Pialat. On peut lui trouver des défauts et des limites, par exemple de ne dire presque rien sur le contenu de cette catéchèse, sauf quelques mots sur l’Amour de Dieu. Et l’itinéraire présenté reste dans les limites de « l’émotion en religion », analysée par Danièle Hervieu-Léger. Mais sa modestie même, son accent de vérité, sa délicatesse et quelques notes d’humour font dépasser ces réserves.

Jacques Lefur

Commenter cet article