Quelques-uns

Publié le par G&S

Il est clair que la société laïque en France, en Europe et ailleurs repose sur une visée démocratique. La vie ordinaire des états et des citoyens s’articule autour de valeurs montées de l’Antiquité ; en Occident elles se sont christianisées au cours des siècles. Il y a 150 ans environ, les « hussards noirs » de l’école Jules Ferry se sont mis à enseigner aux enfants des établissements scolaires une morale laïque à peine démarquée des préceptes évangéliques. Des générations ont été marquées par cette référence commune qui a structuré la mentalité de notre pays.

La trilogie : liberté, égalité, fraternité proposée par La Révolution française, prend racine dans la tradition judéo-chrétienne. Cette « Utopie » est devenue le ciment de la cohésion de notre peuple, elle dépasse nos différences et nous permet une certaine unité nationale.

Ainsi la chrétienté a déteint sur des populations qui ne connaissent plus Jésus de Nazareth : Christ de Dieu. Le christianisme a engendré un bien commun laïque. Les incroyants pétrissent leur propre pain à partir des semences des communautés de la foi chrétienne, au point que René Rémond a pu écrire dans son livre Du mur de Berlin aux tours de New York 1 : « Le Christianisme n’est pas une religion comme les autres, dans la mesure où sa diffusion porte en germe son effacement progressif »

Cette phrase forte résonne comme un scandale, mais à mon sens, elle est juste et vraie.

Plus le Christianismecomme système mourra dans le monde plus il sera sauvé de l’intérieur, plus il vivra dans la foi de l’intensité du Christ ; mais il faut ajouter : moins les Églises succomberont à la tentation identitaire, plus il faudra que quelques-uns

par l’offrande de tout leur être (baptême),

par la disponibilité de leur vie (prophétisme),

par leur prière publique et privée (liturgie),

par l’Eucharistie (nourriture de Résurrection)

Par la connaissance et l’assimilation des Écritures

par le pardon réciproque (fondement communautaire)

par l’abandon des idoles (adoration de l’Unique),

par le partage de leurs trésors matériels et spirituels (aumône), 

par la priorité à la justice, à la miséricorde et à la fidélité (morale sociale),

par leur enracinement géographique, culturel, spirituel

par la permanence de leur porte ouverte

par la qualité de leurs relations imprégnées de bonté

par leur ouverture à la culture et  sur la philosophie

acceptentd’être un « petit reste » de pauvres, signe d’une Parole sans cesse naissante et jaillissante.

Ces quelques-uns, passionnés du Christ, attendent tout de lui. Pécheurs, ils croient au pardon. Ils croient que malgré leurs insuffisances et leurs péchés ils sont aimés du Christ et font « corps » avec lui pour que dans l’aujourd’hui de la culture, ils soient des signes et des appels.

Ils lient ensemble leur existence. Ils ne recrutent pas, la grâce leur suffit. Tant bien que mal, ils veillent et Dieu leur donne fécondité. Ils prêchent l’Évangile par l’humilité de leur présence, ils ne sont pas des modèles mais des témoins.

Ni purs ni parfaits, ils vont leur chemin et avec les incroyants ils aménagent les voies humaines selon les valeurs communes.

Ils ne sont pas partisans mais croyants.

Ces quelques-uns s’efforcent de répondre à l’appel du Christ : « Viens et suis-moi »

Pincée de sel, leur passion les conduit à donner du goût à la vie humaine. Ils sont intérieurement unifiés pour faire envie par leur cohérence souple et aimable.

Pendant mon ministère, j’ai connu “Quelques-uns”. Ce fut ma chance.

Christian Montfalcon

1 – Bayard, Août 2002.

Publié dans Signes des temps

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Jérôme 17/05/2011 16:30



Bonjour,


Oui, c'est encore moi l'inusable Jérôme, et je vais vous répondre plus précisément à vos questions.


Oui, je considère que l'on a aujourd'hui une vision partielle et partiale de l'Inquisition comme des Croisades.


Oui, je considère que l'Inquisition ne fut pas cette entreprise de massacres collectifs, et je rappellerais que notre système judiciaire doit beaucoup à l'organisation de l'inquisition...Je vous
renvoie au monumental ouvrage de Henri-Charles Lea, intitulé Histoire de l'Inqusition au Moyen Age (éd. Robert Laffont). Je vous ferais remarquer que la France a gardé son
tempérament catholique et inquisitorial lorsque l'Etat fait des procès à des sectes qui n'ont jamais autant proliférée qu'à notre époque qui se gargarise d'un rationalisme qui exclut tout
mystère...Celui-ci réapparaissant à travers l'ésotérisme et le satanisme qui prospère au point d'être à l'origine de bien des profanations des lieux de cultes catholiques, et des cimetières. Mais
de cela on ne parle jamais dans les médias, c'est tellement banal!


Oui, je considère que les croisades avaient une justification géopolitique et spirituelle en ce sens qu'il y avait à l'époque une montée en puissance de l'islam que le pape de l'époque avait bien
vu se profiler, et par ailleurs, si vous regrettez que l'Europe n'ait pas été islamisée ou qu'il y ait eu lieu la fameuse Reconquista, moi je ne regrette rien de tout cela. Il est vrai qu'à
l'époque on se battait pour des valeurs spirituelles et pour avoir accès au saint Sépulcre (je ne dis pas pour autant que ces expéditions furent tout à fait désintéressées, mais je ne juge pas
l'histoire du haut de ma modernité prétentieuse non plus), alors que les musulmans en rendaient l'accès difficile voire impossible. Je ne parle même pas de l'antinomie qu'il y a entre islamisme
et christianisme, il faudrait faire de la théologie et de l'histoire. Pour cela je pourrais vous suggérer la lecture de Le Messie et son prophète (2Vol), de Edouard-Marie Gallez,
éd. de Paris, ou encore Islam et ses véritables origines (3Vol), de Joseph Bertuel, éd. Nouvelles éditions latines.


Mais il est vrai que ces auteurs n'ont rien de politiquement correct, non pas parce que'ils auraient la folie de proférer des insultes ou d'en appeler au meurtre, mais tout simplement parce
qu'ils resituent le judéochristianisme et de l'islamisme dans une perspective théologique, archéologique, historique et politique. Mais comme nous vivons dans un contexte idéologique libéral,
nous préférons sacrifier la recherche de la vérité pour la tranquillité d'âme que nous confondons avec la paix, et nos réveils risquent d'être fort douloureux.


Enfin, je suis las que l'on cherche à remettre en question les chrétiens et surtout les catholiques en évoquant à chaque fois l'Inquisition ou les Croisades, et même les Guerres dites de
religion, (comme si les protestants étaient sortis de ces guerres civiles les mains propres!)pour les inciter à se battre sans cesse la coulpe, dans une pénitence injustifiée et malsaine.


Je suis aussi las que l'on associe systématiquement la religion chrétienne aux violences qui ont ponctueé son histoire, comme si la violence était l'apanage des religions, (les idéologies athées
du 20ème siècles et leur promesse de progrès technique et matériel, et donc tout séculier, n'ont-elles pas été de vraies entreprises de massacres de masses?) et ainsi, comme si notre époque,
imbue d'elle-même et aveugle de sa propre violence pouvait se permettre de faire la leçon...Qui sont ces enfants qui osent faire la leçon à leurs pères?


En matière d'objectivité historique, je vous concède qu'auncun historien ne peut prétendre à la neutralité, mais la lecture des livres que j'ai mentionnés m'a fait découvrir des faits majeurs qui
ont été délibérément occultés ou déformés...


Il y a toute une historiographie antichrétienne qui cherche à enfouir le christianisme dans les catacombes de l'Histoire, que je ne veux pas confondre avec une quelconque apologétique, mais qui
doit savoir reconnaître les bienfaits de l'Eglise.


Enfin, je n'ai pas une conception irénique de l'histoire ni du christianisme, et je ne crois pas que la foi en Jésus-Christ nous invite à une non-violence de principe.


Il y a d'ailleurs dans cette non-violence de principe une lâcheté sournoise et drapée de bonnes intentions, qui accorde l'alibi de ne pas aller au front des questions graves de notre époque.
Voici un exemple de courage de la vérité, Mgr Rey du Diocèse de Toulon: http://www.dailymotion.com/video/x8xt1h_le-courage-de-la-verite-homelie-de_news


Toujours et plus que jamais fraternellement dans le Christ!



Albert OLIVIER 17/05/2011 11:55



Inusable Jérôme,


 


C’est bien d’appuyer ses démonstrations sur d’autres avis que le sien propre, et c’est honnête de signaler ses références. Mais peut-il vous venir à l’idée
que les historiens que vous citez peuvent eux-mêmes avoir leurs “préjugés” ? La véritable méthode historique (relisez Marc Bloch), sachant bien que l’”objectivité” est un leurre, s’attache
d’abord à se reporter aux sources, en les croisant, car celles-ci sont elles-mêmes sujettes à vérification, quand ce n’est pas à caution. 


 


La plus belle leçon d’histoire que j’ai reçue pendant mes études, et que je n’ai jamais oubliée, c’est l’étude du siège de Damas par les Croisés (24-28
juillet 1148), qui fut un fiasco terrible pour les “francs”. Notre professeur qui était un vrai maître et spécialiste des Croisades, nous avait donné 3 textes : l’un d’un chroniqueur franc, bien
entendu favorable aux Croisés, le second d’un témoin musulman qui supportait l'assaut ; et le troisième, qui n’était pas le moins intéressant, d’un byzantin (je rappelle que, bien que
Chrétiens, les Byzantins n’ont jamais eu à se louer du passage des Francs, dès ce moment et plus tard pire encore (Cf. La prise de Constantinople en 1204). Naturellement les 3 témoins ne donnent
pas la même version des faits. Qui croire absolument ? Le mieux était d’abord de repérer des “faits” (qui sont toujours des constructions de l’historien) à travers les points de convergence.
Puis, on passait à l’interprétation et c’est là que, quelle que soit l’honnêteté de l’historien, sa propre culture et ses options philosophiques, politiques, religieuses risquent de jouer un
rôle, et qu’il doit, comme les psychanalystes, être capable d’une sorte de  “contre-transfert” (même si le mot est ici un peu détourné de sa signification freudienne). Les ouvrages que vous
citez, je ne les connais pas tous, je l’avoue. Ne sont-ils pas peu ou prou expressément “contre-révolutionnaires” ? Il faut alors la même prudence d’emploi que lorsqu’on utilise les écrits de
“pro-révolutionnaires patentés”, tels Soboul ou Mazauric, reconnus comme de bons historiens mais idéologiquement marqués.


 


Voilà, je ne poursuivrai pas cette discussion qui n’est pas un dialogue, car vous ne répondez jamais directement aux questions soulevées ; et comme vous tenez
tellement à avoir le dernier mot, la charité chrétienne m’oblige à rompre là pour vous en laisser éventuellement le plaisir. Une dernière question pourtant :  même si on doit les comprendre
dans leur contexte historique —et c’est le B. A. Ba de la méthode historique— la féodalité pour l’une, et les bouleversements économiques, politiques, religieux de la fin du Moyen-Âge pour
l’autre, pouvez vous assurer que la “Croisade” et l’”Inquisition” avaient quelque chose à voir avec l’Évangile et le message d’amour apporté par Jésus-Christ de la part de son Père ? Pouvez-vous
affirmer que l’Église institutionnelle a choisi le bon camp avant la Révolution française (après, elle se défend, c’est sûr) ou dans le Chili de Pinochet  ? Bien que, je vous le concède et
c’est à son honneur, elle ait joué un rôle positif dans l’”humanitaire” (qui vous agace quand ce sont les gens du “monde” qui le pratiquent) : enseignement, hôpitaux, etc. Et encore, nouvelle
réserve, qui pourrait alimenter une nouvelle “querelle”, il faut voir de près ce que l’on apprenait aux enfants et comment …


 


A Dieu, frère Jérôme, portez-vous bien Albert OLIVIER



Jérôme 16/05/2011 22:29



Bonjour,


 


Oui, c'est encore moi, je voudrais encore ajouter deux ou trois points.


Tout d'abord je ne saurais trop recommandé la lecture de Le XIX ème siècle à travers les âges, de Philippe Muray, éd. Gallimard, coll. TEL car cet ouvrage apporte des éléments de
réflexion et d'histoire sur les origines de l'idéologie du progrès séculier...


Un élément flagrant aussi du caractère antichrétien de la révolution française: le fait que le Panthéon, lieu de culte pour des personnages célèbrent de l'histoire de France, était en
construction au début de la révolution pour devenir l'Eglise Sainte-Geneviève...Mais cet édifice a été détourné du culte de Dieu pour celui d'hommes...


Enfin, je ne dis pas tout cela pour dire qu'il faudrait revenir dans le passé, mais qu'il faut toujours rechercher la vérité, que je ne prétends pas détenir, mais que j'espère approcher en
démasquant des demi-vérité ou des mensonges historiques...Mais peut-être que l'Histoire telle que nous l'écrivons est un mensonge plus ou moins vrai parce que nous ne parvenons pas à en saisir le
fin mot...ou le sens plénier qui appartient à Dieu en ce que la divine Providence est fort surprenante et déconcertante, déroutante...encore que nos connaissances théologiques procurent des
éléments de lecture éclairants...


Bien cordialement et non moins fraternellement dans le Christ!



Jérôme 16/05/2011 17:38



Bonjour,


J'entends très bien vos objections qui appellent à faire certaines nuances. Mais je dois pour clarifier le sens de ma démarche intellectuelle. Tout le monde a de la période révolutionnaire une
image idéalisée et mythifiée, et sans doute que cette idéaisation a été nécessaire à la construction de l'esprit national. Cependant, je voudrais signaler que l'historiographie a beaucoup évolué
sur cette période. Je citerais les travaux de François Furet, et plus particulièrement son Dictionnaire critique de la révolution française, éd. Fayard. Mais plus largement, il
semble bien que l'histoire ait toujours été écrite à charge contre certains pour mieux mettre en valeur d'autres acteurs.


Je pourrais aussi citer le Livre noir de la révolution française (éd. du Cerf)


En ce qui concerne, l'hsitoire en général ou plutôt certaines periodes marquantes de notre histoire, je ferais mention de Historiquement correct, de Jean Sévillia (éd. Perrin,
coll. Tempus)


En ce qui concerne l'histoire de l'Eglise je ferais simplement mention d'un ouvrage très instructif, à savoir L'Eglise au risque de l'histoire, de Jean Dumont (éd. Critérion)


La lecture de ces ouvrages montrent à quel point l'histoire que l'on nous enseigne est partielle pour ne pas dire partiale...sans doute est-ce une règle du genre, mais encore faut-il le savoir.


Pour en revenir aux idéaux que sont la liberté, la fraternité, l'égalité, il est vrai que ces mots existent dans le vocabualire chrétien, mais il serait hasardeux de croire à tout le moins que
leur sens n'a pas subi une modification profonde en étant extrait de leur contexte doctrinal et en étant coupés de leur source, à savoir la Bible ou le judéochristianisme. Le fait que des prélats
aient participé à 'élaboration de ces nouvelles valeurs n'est malheureusement pas une garantie de fidélité à la source, celle-ci ayant été perdue de vue au nom d'un rationalisme qui dénigre la
foi et sa prétention à une intelligence.


Il n'est d'ailleurs que de voir comment sont utilisés les droits de l'homme et du citoyen pour imposer des revendications outes plus antichrétiennes les unes que les autres.


Alors, si je peux paraître péremptoire, c'est sans doute parce que je suis las d'entendre toujours ces discours où la doctrine de la foi et tout les rites sont appelés à se vaporiser pour je ne
sais quelle abstraction...La foi chrétienne s'incarne dans des gestes du quotidien mais aussi dans des rites dont la forme et la structure n'ont rien d'arbitraire.


En ce qui concerne les crimes qu'aurait commis l'Eglise dans l'histoire je ne peux que suggérer la lecture des livres sus-mentionnés...Ce que l'on y apprend m'a tellement surpris que cela
dépassait ce que je pouvais imaginer...Il va sans dire que certains de ces ouvrages ont soulevé des remous car ils allaient à l'encontre d'une certain orthodoxie historiographique sans être
négationniste mais en rappelant certaisn faits et en corrigeant même la vision de certaines périodes.


Mais malgré mon ton apparemment péremptoire, n'allez pas croire que je sois fermé à la discussion. D'ailleurs, en citant mes sources, je mets cartes sur table et j'invite mes interlocuteurs à se
faire une idée par eux-mêmes.


Fraternellement dans le Christ!



Albert Olivier 16/05/2011 08:17



Le christianisme doit effectivement démasquer les idoles. A condition de ne pas en réinventer, à condition
de ne pas devenir lui-même non plus une foi, mais une “idéologie”, c’est à dire «un ensemble d'idées constituant un système de pensée
conditionnant le comportement de ses adeptes». Ce qu’il a pu être le cas à certains moments de son histoire, comme sous la Restauration. C’est contre cela qu’un certain nombre de
chrétiens s’élèvent quand le risque en réapparaît. Quant à la tentation du veau d’or, elle n’en a pas toujours été indemne. Le pape ne doit certes pas se taire sur les questions de foi , pas plus que les évêques d’ailleurs. Il doit s’informer
hors du cercle curial quand il parle de questions concernant le monde,, y compris en matière de morale. On aimerait même qu’il parle un peu plus fort dans certains cas de morale collective, par
exemple à propos du “droit” des grands latifundiaires “catholiques” en Amérique du Sud, ou du maintien d’un esclavage de fait sur leurs terres. Il pourrait, par exemple, ne pas nommer
systématiquement des évêques soutenant ces grands propriétaires. Plus important et plus grave, ce que l’on demande au magistère c’est de s’exprimer dans une langue courante, perceptible par les
“hommes de bonne volonté” vivant dans ce “monde”, surtout si l’on veut s’en faire entendre et les “convertir”, en renonçant à un patois à usage interne devenu incompréhensible.
Les rites : bien sûr qu’ils sont inévitables. Quand ils n’existent pas, on les réinventent. Qu’est-ce qui
ressemble —formellement— le plus à une procession qu’un défilé syndical. : itinéraires symboliques, bannières, implorations, … Mais le christianisme étant une religion de l’incarnation, il
faudrait peut-être revoir la “signifiance” de certains rites. On a heureusement renoncé à la gesta gestatoria
et à la tiare. Peut-être que certains “signes” sont devenus aujourd’hui “insignifiants”. La mitre ressemble beaucoup à la coiffure des prêtres juifs de l’époque antique …Quand vous semblez approuver les amies de Mme Bouichou disant : « L’Eglise est un écrin qui cache la perle de l’Evangile» comme une insuffisance de démonstra-tions publiques, je ne suis pas sûr que vous
parliez de la même chose. Je crains que ce soit plutôt certaines manifestations malheureuses qui soient en cause. Jésus n’est pas un pote. Il est Seigneur, c’est même, sans être “éminence” ni révérendissime”, le seul “Mon=Seigneur”.
Mais il est aussi notre frère, puisque, nous assure saint Paul, nous sommes par le baptême
cohéritiers avec lui.C’est ce qui me permet
de vous saluer : fraternellement Albert OLIVIER



Albert Olivier 16/05/2011 08:07



·         Indispensable JÉROME, bon  jour.


La rubrique “commentaires”  de Garrigues et Sentiers vous doit beaucoup, car vous vous révélez un (ré)actif contributeur. Vous avez cette double chance
d’avoir des avis sur tout et d’être persuadé d’avoir absolument, définitivement et totalement raison. Ça ne facilite pas le dialogue, mais ne désespérons pas.


Sans prétendre pouvoir répondre à vos trois longs commentaires sur l’article de Christian Montfalcon, je
vais essayer d’intervenir —dans l’ordre des questions soulevées— dans une perspective qui ne m’est pas trop inconnue : l’histoire.


Il est exact que l’Église post-constantinienne triomphante a œuvré, au cours de siècles, pour “désacraliser
le pouvoir politique”. Mais ça a été, parfois pour sacraliser son propre pouvoir qui ne s’est pas seulement exercé dans le domaine spirituel. Il a pu constituer à l’occasion un abus de pouvoir
comme sa tentation théocratique pendant la longue lutte du Sacerdoce et de l’Empire, ou, plus modestement, quand elle a permis d’utiliser l’excommunication pour dettes (Cf la thèse de V.
Beaulande). S’il est vrai que les rois n’étaient que des “intendants” de Dieu, le pape n’était que “vicaire” du Christ et non la 4e personne de la Trinité.


La question de la Révolution française manifestement vous tracasse, car sauf erreur, ce n’est pas la
première fois que vous vous en prenez à elle. Je ne suis pas un inconditionnel de cette période de notre histoire (d’aucune période d’ailleurs). Qui ne regrette les excès de violences qu’elle a
pu susciter ? Mais elle n’est pas la “matrice de toutes les révolutions”, qui ont commencé bien avant elle, depuis des soulèvements “de classe”, comme la révolte de Spartacus (1er siècle avant
JC), jusqu’à la première révolution “nationale” anglaise entre 1641 et 1649 (avec l’exécution du roi Charles 1er, avant celle de Louis XVI). Et bien d’autres.


Sans faire un cours sur la Révolution française, on peut rappeler quelques points que vous évoquez. Que la
franc-maçonnerie ait joué un rôle dans cette Révolution —et bien que cette question soit controversée— c’est probable, ne serait-qu’à travers ses théoriciens et ses meneurs  dont beaucoup
étaient maçons. Mais réduire les “causes” de cette Révolution à cela est un peu court. C’est vouloir oublier l’état d’une société française complètement “bloquée” ( déjà le problème des classes
moyennes revendiquant contre les prvilégiés, une place correspondant à leur rôle dans l’économie et la société), situation aggravée par des conditions fisco-économiques lamentables (2 années
d’impôts déjà engagées avant d’être perçues (tiens, où en est notre part de PIB figé par la dette ?).


La comparaison avec la révolution culturelle chinoise est non-pertinente. Celle-ci revendiquait une totale
éradication des “valeurs” du passé, ce qui n’a pas été le cas de la Révolution française. La Constituante n’est pas d’abord fondamentalement anti-religieuse : des évêques y siègent  ; la
Constitution civile du clergé, difficilement conciliable avec le droit canon de l’époque, était une tentative d’accommodement et de correction de certains abus anciens comme le système bénéficial
ou la portion congrue ; plus tard, en même temps qu’une répression s’abat sur le “clergé réfractaire”, Robespierre condamne à mort les “athées” ; etc. Tout cela est compliqué, il faut tenir
compte des malentendus (avec le pape entre autres), des erreurs, d’initiatives abusives de responsables locaux, de l’horreur de la guerre civile doublée d’un encerclement royaliste européen, etc.
Je ne magnifie pas la Révolution, mais comme on dit parfois pour excuser les abus de l’Église à travers les siècles (telle l’impardonnable Inquisition) : l’Église, comme la Révolution, est animée
par des hommes ! (à suivre)
Albert Olivier



Francine Bouichou-Orsini 15/05/2011 12:05



Voici ma dernière réaction: Quelques mots seulement, pour ne pas  débattre indéfiniment ce qui relève de deux sensibilités chrétiennes
différentes : le primat de la tradition ou le primat de l’écoute aux besoins nouveaux de l’Esprit dans le temps de l'histoire. Oui, la foi s’exprime dans une
communauté vivante, ouverte et attentive aux « signes de l’Esprit », Incarnation et non répétition. 


Fraternellement, .


Francine Bouichou-Orsini


 



Jérôme 14/05/2011 21:19



Bonsoir Madame,


Puisque votre dernier message me semble adresser, je me dois de vous répondre. je suis presque d'accord avec vous, mais quand vous dites que le Christ n'a laissé aucune consigne et que l'on peut
très bien vivre sa foi dans une intériorité totale, je ne vous suis plus. En effet, la foi se vit en communauté, et cette foi a besoin de rites, qu'il s'agissent de gestes ou de paroles rituels
par lesquels les catholiques communient avec le Christ. Je précise que je parle en catholique car je sais que pour les protestants les rites ne sont que des formalités, alors que pour les
catholiques ce sont des substantialités, à savoir que dans l'hostie vient le Christ par transubstantiation, apr_s c'est à chaque communiant de se disposer intérieurement à recevoir pleinement
cette grâce divine.


Je partage l'avis de vos amies qui trouvent que l'Eglise ne se manifeste pas suffisamment et pas seulement par des rites ou des processions. D'ailleurs, il n'est que de voir la mentalité
dominante pour voir à quel point elle est antichrétienne.


Or, la foi a besoin de rites pour se structurer, elle a besoin de traditions qui assurent la continuité et la cohérence de l'Eglise catholique à travers les siècles! Sans cela l'individu isolé
perd progressivement le sens et l'intelligence de sa foi, et peut être tenté par l'hérésie. Ainsi on se fabrique un Jésus à sa convenance, confortable et sympa comme un pote...


Alors je vous demanderais de réflechir à ce que vivent les chrétiens violement persécutés dans le monde et essayez d'imaginer qu'on leur disent qu'il faut se terrer et s'enfouir, ils penseraient
sans doute qu'ils n'ont pas le choix et que tôt ou tard leurs bourreaux s'en chargeront pour eux...Alors que nous, chrétiens d'occident nous sommes comme paralysés par une sorte de honte à
afficher notre foi, et ne plus oser prononcer le mot de Dieu qui serait comme devenu un gros mot...


Mais les temps changeront  et je suis convaincu que nos prières et nos gestes seront fructueux par la Grâce du Christ!


Fraternellement dans le Christ!



Francine Bouichou-Orsini 14/05/2011 17:13



Attention aux contre-sens ! Effacement ne signifie pas clandestinité : cf la parabole de la graine qui doit se débarrasser de son écorce extérieure pour naître d’une vie nouvelle. Une
vie INTERIEURE , libre et non dépendante d’une époque. Jésus, lui,  n’a cessé d’étonner ses contemporains par la liberté de ses gestes.


-       « La substance de l’Evangile »  n’est pas
assimilable aux rites, et aux lois pratiqués par le chrétien, à un moment donné, dans un lieu particulier : cf  les erreurs passées par manque d’inculturation, dénoncées en
Chine et en Afrique, notamment.


-       Non, Jésus n’a laissé aucune consigne, orale ou écrite, mais promis de
nous envoyer l’Esprit Saint, à recevoir sans pompe et dans la désappropriation de notre égo.


-       L’annonce de l’Evangile ne consiste pas en un affichage extérieur
(évangélisation au travers de procession ou de campagne savamment orchestrée). Deux de mes amies, profondément converties, engagées ensuite (l’une dans  l’humanitaire, l’autre
dans un ordre contemplatif), déploraient que,  trop souvent , « L’Eglise est un écrin qui cache la perle de l’Evangile)…


-        Jésus renvoyait à des paraboles qui font réfléchir
et suscitent des questions. Je vous renvoie aux  écrits de deux théologiens jésuites sur « la pastorale de l’engendrement » (Ph. Bacq et Ch. Théobald). Il en est de même pour les
comportements quotidiens  authentiquement évangéliques de certains témoins, lesquels figurent : soit comme François d’Assise dans le catalogue des saints, soit
plus couramment,  existent encore dans l’intimité intérieure



Jérôme 14/05/2011 13:53



Bonjour,


Je voudrais apporter un complément à ma réaction précédente. En effet, s'il est vrai que le christianisme porte en lui la possibilité de son effacement, il ne faut pas se tromper sur la nature de
cette possiblitié qui n'est pas une finalité mais une tentation.


Je repense à cette expression de Marcel Gauchet pour qui le christianisme est la religion de la sortie de la religion. Il y a deux façons d'interpéter cette phrase: soit le christianisme est
promis à disparaître par le fait que les chrétiens abandonnent leur religion avec leurs rites, leurs articles de foi, leur doctrine théologique pour je ne sais quel autre discours, plus abstrait,
plus épuré, plus déraciné du concret et de la substance même de l'Evangile. Je dirais que le protestantisme comme l'islamisme procèdent de cette tentation iconoclaste qui cherche à réduire le
rite à sa plus simple expression en évacuant le mystère (ça, c'est pour le protestantisme dont l'individualisme et le libéralisme n'est plus à démontrer), ou à exclure toute représentation de
Dieu conçu comme un être tellement transcendant et supérieur qu'il ne daignerait jamais venir parmi nous pour partager notre condition dans ce qu'elle a de plus pauvre et de plus humble (ça,
c'est pour l'islamisme). A propos de la différence entre islam et islamisme, je le considère fallacieuse: l'islamisme c'est l'islam en expansion comme le suffixe -isme le sgnifie. On dit bien
judaïsme et christianisme, hindouisme, boudhisme, alors pourquoi pas islamisme?


Cependant, il est une autre façon d'entendre le fait que le christianisme soit la religion de la sortie de la religion: c'est le fait que le christianisme démasque et dénonce les idoles: qu'il
s'agisse d'un veau d'or ou d'une idéologie, il s'agit toutjours d'idolatrie, c'est-à-dire d'un fantasme de toute puissance narcissique où l'homme s'admire dans ses oeuvres et se prend pour Dieu.
Mais le christianisme n'est pas une religion de planqués terrés dans les catacombes, même si au cours de leur histoire les chrétiens ont été souvent relégués dans les caves et autres
sous-sol...Mais cela ne fut jamais de bon coeur, car le propre du chrétien c'est de continuer à annconcer la Bonne Nouvelle, et Dieu sait combien nos contemporains ont besoin d'être informé de
celle-ci pour être libérés du pessimisme ou du nihilims dans lequel les poussent toutes ces mauvaises nouvelles dont ils sont repus quotidiennement! Si les premiers apôtres avaient eu la même
mentalité que certains alors on peut penser que le chritianisme serait resté à l'état d'une secte refermée sur elle-même, ésotérique...alors que le propre du christianisme est d'être exotérique
au point de s'inculturer partout où des missionnaires sont aller risquer leur peau...Le Pape devrait-il se taire et ne transmettre ces homélies et ses bulles que par petits libelles sous les
manteaux?


A vrai dire, il me semble qu'il y a beaucoup de lâcheté parmi nos chers contemporains occidentaux qui vivent dans un christianisme de petits bourgeois nantis et qui ne prendraient pas le risque
de perdre leur confort matériel qu'ils parent d'un discours de démission...


Serait-ce qu'il faudrait se retrancher dans la clandestinité? Serait-il honteux d'être chrétien, et surtout catholique? Est-il plus honteux d'oser organiser une procession mariale sur les champs
Elysées ou une Gaypride?


Oui, notre pays s'est accoutumé à la pornographie, à la débauche, à l'obscénité au point d'y prendre goût et de méprisser ce qui élevé et noble...Alors non, le christianisme est une invitation à
un combat spirituel redoutable dont l'enjeu est rien moins que le salut de notre âme et du monde!



Francine Bouichou-Orsini 14/05/2011 08:38



Merci à Christian Montfalcon de rappeler cette évidence : l’Eglise-institution doit s’enfouir dans le monde, afin que la graine évangélique puisse mûrir, et
s’ouvrir aux yeux de tous.


Le plus souvent, ce que le monde refuse c’est la volonté interventionniste  d’une puissance  extérieure, identifiée « religion », et non la
manifestation, humble et silencieuse, de l’appel  discret caché sous la fécondité d’un geste fraternel authentique.


Francine Bouichou-Orsini



Jérôme 13/05/2011 22:04



Bonjour,


Il est vrai que les notions de fraternité, de liberté et d'égalité appartiennent au vocabulaire chrétien, mais il est faux de croire que ces valeurs sont restées chrétiennes en devenant celles
des révolutionnaires. La pensée révolutionnaire était d'inspiration maçonnique: l'instauration du culte de l'être suprême en est une illustration patente.


Le propre de la religion chrétienne catholique avait été de désacraliser le pouvoir politique, en établissant cette distinction entre le spirituel et le temporel. En effet, l'empereur romain
était divinisé, alors que les rois chrétiens n'étaient que des lieutenant de Dieu, c'est-à-dire des intendants.


Je dis distinction et non pas séparation, car il faudrait être bien naïf pour croire que la compréhension de l'histoire politique de l'europe serait en quoique ce soit intelligible si on faisait
abstraction de l'influence du christianisme.


Je voudrais aussi faire remarquer que la révolution française a été la matrice de tous les mouvements révolutionnaires qui ont ravagé le monde jusqu'à nos jours. On peut dire que la révolution
française a été à la France ce que la révolution culturelle chinoise a été pour la Chine: un déchaînement d'une violence inouie!


La laïcité française provient du catholicisme par un rejet de ce dernier de la part de laïcards patentés...et maintenant nous nous gargarisons de ces trois valeurs alors qu'elles ne s'enracinent
plus dans une métaphysique ou une théologie commune: vive l'ère de l'individualisme, et du mépris de sa Nation, de son Histoire...et de son héritage judéo-chrétien!!!


La question de la laïcité se repose aujourd'hui avec une acuité accrue du fait de la montée en visibilité et même en puissance de l'islam dont la présence semble interpeler les français de souche
dans leur identité et dans leur conception de la laïcité, celle-ci s'étant élaborée par opposition à l'Eglise catholique, comme par un effort démesuré d'émancipation!


Mais il est vrai que la notion de laïcité est d'origine chrétienne, car elle était déjà inscrite dans le droit canonique romain en ce qu'il s'agissait de distinguer celui qui porte l'habit (le
religieux) et celui qui ne le porte pas l'habit (le laïc). Or, aujourd'hui laïc semble voulir dire de plus en plus irréligieux ou athée.