Que sait-on de Jésus ? (chapitre 3)

Publié le par G&S

Avant Jésus : Jean le Baptiseur

Né vers 4 av. dans une famille sacerdotale, Jean s’en va dans le désert et commence sa prédication sans doute en 28. Il a conscience de vivre à un tournant de l’histoire, dans une proximité imminente de la fin du monde, il vit une attente eschatologique intense. Pour lui, il n’y a plus un instant à perdre. Il reprend le comportement et le message des Prophètes, pour amener sans retard Israël à se retourner vers son Dieu. Pour cela il s’installe dans le désert, au bord du Jourdain, sur la rive Est, face à Jéricho, là où le peuple avec Josué est entré en Terre Promise. Et il appellera avec vigueur à une transformation intérieure, dont le baptême reçu sera le signe.

Il s’habille comme les Bédouins du désert, signe de la gravité de la situation. Il vit dans la certitude que la « Colère prochaine » menace tout Israël, parce qu’Israël est sur le chemin de la perdition (« Engeance de vipères »). Le motif du feu revient par trois fois dans la tradition qui nous a été conservée, comme métaphore du jugement.. On ne peut plus s’appuyer sur la référence à Abraham ou sur l’élection d’Israël, pas davantage sur la Torah ou sur le Temple, qui ne joue pour lui aucun rôle. Il faut se convertir radicalement et pour cela le Baptême d’eau est comme un sacrement eschatologique.

Qui est « le plus fort », « celui qui doit venir », que Jean attend ? Les avis restent partagés. Certains traits s’appliqueraient bien à une autre figure de salut, mais il semble que Jean, lui, attendait la venue de Dieu lui-même.

De Jean le Baptiste à Jésus : points communs et différences

1 – Jésus partage avec Jean une attente eschatologique intense

2 – Il adhère et fait sienne la perspective de Jean en se faisant baptiser par lui : tout Israël est tombé dans la perdition, loin de Dieu, et sous la menace d’un Jugement imminent

3 – Tous deux s’inscrivent dans la tradition des Prophètes et se tiennent à l’écart des groupes existants. Ils veulent créer du neuf et rassemblent auprès d’eux des disciples.

Aux yeux de Jésus, Jean est un Envoyé de Dieu, sa mission vient de Dieu, il est non seulement un Prophète, mais «le plus grand des enfants des femmes ». Jésus a sans doute été disciple de Jean pendant un certain temps. Il ne cessera de l’admirer jusqu’à la fin de sa vie (Marc 11,29-32). Pourtant, il se différenciera nettement de lui :

1) par son comportement : il quitte le désert, il « mange et il boit », il est « l’ami des publicains et des pécheurs », il se met à parcourir les villes et villages de Galilée

2) par sa prédication du Règne de Dieu : « Jean est plus qu’un Prophète, mais le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui » (Q 7,28 et 16,16) 1.

Pour Jésus, l’intervention de Jean a été un tournant décisif dans l’histoire de Dieu avec son peuple. Mais Jean se tient au seuil du Royaume de Dieu. Il n’a pas été un précurseur de Jésus, leurs perspectives sont différentes : l’annonce du Royaume commencera seulement avec Jésus.

3) De ce fait, Jésus place d’autres accents : la Bonne Nouvelle du salut passe au premier plan, avant la menace de la perdition. Le Royaume n’est pas seulement une réalité future, mais déjà présente, dans l’action et le message de Jésus : son activité de guérison, ses paraboles, son attention aux marginaux.

Comment Jésus a-t-il accédé à cette autonomie, à cette mission nouvelle par rapport à celui qui avait été son maître ? Quel événement l’a conduit à la certitude que l’intervention décisive de Dieu était déjà commencée, que le temps du salut était déjà là ? Nous n’en savons rien. Peut-être une expérience visionnaire, dont Luc 10,18 garde un écho : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair ! ».

 

Jacques Lefur
d’après Udo Schnelle, Theologie des Neuen Testaments, p. 58-66
 

1 – Le sigle Q renvoie à la source Q, document ancien dont ont eu connaissance Matthieu et Luc. Les références avec Q renvoient à l’Évangile de Luc : Q 12,8 = Lc 12,8.

Publié dans DOSSIER JESUS

Commenter cet article