Prenez la parole

Publié le par G&S

Un nouvel appel de Guy AURENCHE

 

À Noël dernier nous prenions l’initiative de vous adresser une lettre qui vous invitait à exprimer non seulement vos questions, vos doutes mais aussi votre Espérance au regard de la crise vécue dans l’Église catholique. Nous souhaitions par cette démarche inviter le plus grand nombre à prendre la parole, ce qu’ont fait  plus de 3000 personnes parmi  vous. Par ailleurs, de nombreuses autres initiatives relatées dans le texte ci-joint ont été prises.

Devant le nombre et la densité de vos contributions nous avons mis un peu de temps à en réaliser la synthèse.  Nous vous l’avons envoyée après Pâques accompagnée d’une seconde lettre qui vous invitait à nouveau à vous exprimer. Parmi les suites possibles, la réalisation d’un livre blanc contenant vos témoignages et réflexions a été envisagée. Au regard des emplois du temps des membres du groupe, il n’est pas, pour l’heure, possible de réaliser ce projet conséquent.

Après ce temps d’échange très riche, nous vous proposons maintenant d’entrer en dialogue avec les responsables des Églises locales. Nous désirons en effet que les aspirations exprimées, les inquiétudes mais aussi les recherches dont vous vous êtes fait l’écho puissent être entendues tant dans les diocèses qu’au niveau de la Conférence des Évêques de France. Ainsi s’amorcera un dialogue que nous espérons fécond pour la vitalité de l’Église et de son témoignage évangélique.

Nous vous invitons donc à prendre contact individuellement ou en groupe, en fonction des situations et des possibilités, soit avec votre curé, soit avec le responsable de votre secteur pastoral, soit avec votre évêque pour lui rendre compte de nos réflexions et amorcer un dialogue. Nous vous proposons d’appuyer cet échange sur une lettre que vous trouverez ci-jointe. Celle-ci résulte de vos contributions et contient également des questions qui nous sont apparues centrales dans la situation de crise vécue par l’Église. Il serait souhaitable que ces rencontres aient lieu d’ici Noël prochain.

Nous vous proposons de rendre compte du contenu de ces échanges d’ici le 15 janvier 2011.Sur cette base, nous déterminerons alors comment poursuivre et approfondir la démarche entamée ensemble. Bien entendu, nous vous tiendrons informés en faisant la synthèse de vos réponses et de celles des amis que vous contacterez et solliciterez à nouveau, pour qu’eux aussi entrent en dialogue avec les responsables de leur choix et fassent part de leurs échanges. Notre opération « Boule de neige » continue.

Pour notre part, nous nous engageons à demander une audience au Conseil permanent de la Conférence des Évêques de France dans le courant du 1er trimestre 2011. Nous souhaitons partager le contenu de la lettre jointe à cet envoi et les questions qu’elle contient. Nous vous  rendrons compte de cette rencontre que nous espérons fructueuse.

Dans l’attente de vos nouvelles, nourris de la qualité de vos apports, et confiants dans la capacité de dialogue de l’Église dont nous sommes membres, nous vous adressons nos salutations fraternelles.

Guy AURENCHE

1, rue Paul Strauss

75020 Paris

guy@aurenche.com

06.08.62.72.53

 

Aux responsables des communautés et des diocèses de l’Église catholique en France

À Noël dernier 32 personnes prenaient l’initiative d’adresser une lettre à leurs amis les invitant à les rejoindre pour exprimer non seulement  leurs questions, leurs doutes mais aussi  leur Espérance, en vue de les partager au plus grand nombre.

Le trouble ressenti dans l’opinion publique à propos des événements 2008-2009 en a été le facteur déclenchant. Plus de 3000 personnes ont répondu en faisant part de leurs perceptions et de leurs questions.

Nous sommes heureux d’en reprendre quelques unes et d’en parler avec vous.

Nous avons la conviction que l’Évangile est toujours à l’œuvre dans ce monde difficile à vivre pour bon nombre de nos contemporains. L’Église catholique, portée par tous les baptisés, a un rôle essentiel pour faire vivre ce message d’Espérance. En témoignent les multiples initiatives qui se prennent en ce sens depuis un an :

- Création de la conférence des baptisés

- Les récents états généraux du christianisme organisés par La Vie…

- L’étude initiée par Confrontations Association d’Intellectuels Chrétiens, « mutations culturelles et devenir de l’Église catholique en France »

- Colloque « Le temps est venu » les 11 et 12 novembre 2010 à Lyon organisé par les Réseaux du Parvis avec la participation de Jean Rigal et Gabriel Ringlet

- 2011 les états généraux de la famille organisée par la Conférence des Evêques de France

- 2011 à Lyon, rencontre organisée par Témoignage chrétien : un Evangile pour l’humanité

- 2012 fête des 50 ans du concile Vatican 2 lancée par la Conférence des Evêques de France

- Diaconia 2013, événement promu par la C. E. F. et 40 mouvements,

pour ne citer que quelques projets nationaux sachant que dans les régions il ne manque pas d’initiatives ni de vitalité.

Parmi les questions qui nous tiennent le plus à cœur pour l’avenir de l’humanité,  nous avons noté combien les inégalités et les injustices qui s’accroissent au sein de notre planète comme au  sein de nos sociétés et groupes de proximité,  tant en matière économique, écologique que spirituelle, tendent à laisser un nombre toujours croissant d’hommes, de femmes, de jeunes et d’enfants sur le bord du chemin dans la souffrance et dans la pauvreté.

Nous pensons que la confiscation du pouvoir et des savoirs par une élite qui fonctionne uniquement  du haut vers le bas et jamais l’inverse est devenue insupportable.

L’urgence nous invite  à l’audace, nous pensons en effet  que l’accès à la parole de ces hommes et de ces femmes est décisif.

Il y a là un enjeu vital à  redonner la parole à ceux qui subissent les inégalités d’accès aux biens et aux savoirs, à celles et ceux qui souffrent de la pression de l’injustice et de la finance.

 

« Mais de quoi parliez vous tout en marchant ? » (Luc 24,13-35)

Quelle est la capacité d’écoute de l’Église dans ses divers lieux de vie et d’animation ? Quels moyens nous donnons-nous ? Quelle place  l’Église fait-elle dans ses prises de parole aux questions posées par la société ? Comment sont choisies les priorités d’intervention de nos communautés locales et de l’ensemble de  l’Église dans le débat public ? Comment faire pour que les exclus de la société ne le soient pas aussi dans l’Église ?

Nous voulons que l’Évangile soit au cœur de notre action ; nous pensons que la Parole lue, écoutée, entendue, loin de se réduire à une idéologie ou à un programme est à la fois source, lumière et souffle de vie. Jésus ne propose pas de solutions toutes faites mais une démarche qui met en évidence l’humanité de l’Homme et la tendresse de Dieu :

Il remet l’homme debout, au centre – Il met l’Homme avant la Loi – Il lutte contre l’exclusion – Il choisit la confiance plutôt que la sécurité – Il se laisse toucher – Il exige la justice – Il encourage le pardon et la miséricorde – Son regard grandit toujours la personne.

 

« Je suis venu pour qu’ils aient la vie en abondance » (Jean 10,10)

Entrer dans cette dynamique d’écoute de la Parole de Dieu suppose de créer un mouvement communautaire de lecture des textes bibliques et évangéliques. Oser cette ouverture c’est  aussi s’ouvrir à une multitude d’interprétations, c’est s’ouvrir à l’autre différent.  

Comment dans toutes ses composantes l’Église est-elle au service de cette démarche ?

Comment dans ses réponses révèle-t-elle la force de l’Évangile ?

Nous constatons combien la parole des responsables de l’Église apparaît souvent décalée de la vie des communautés qui se sentent insuffisamment associées.

Nous avons noté des déficits  en matière de gouvernance (autoritarisme – centralisation – cléricalisme), de communication (langage inaudible – perte de crédibilité), d’image (éclatement des images selon les générations et les contextes culturels).

Que pensez-vous de ces remarques ? Si ces problèmes vous paraissent fondés comment y remédier ?

L’impression que l’Église se préoccupe d’abord d’elle-même sans accepter de se laisser déplacer par la rencontre de l’autre est dominante. Beaucoup expriment le besoin d’une vie ecclésiale qui tienne davantage  compte de ce que vivent les communautés locales.

D’après vous comment répondre à ces attentes ?

Il est par ailleurs souhaité par plusieurs des répondants que les responsables  de l’Eglise de France interviennent pour que soit envisagée la possibilité pour des hommes mariés d’accéder au ministère presbytéral. Il est de plus souhaité que s’ouvre un débat officiel sur la représentation des femmes dans les processus de décision comme dans la vie liturgique au sein des communautés et de l’ensemble de l’Église.

 

« Le Sabbat est fait pour l’Homme et non pas l’Homme pour le Sabbat » (Marc 2,23-28)

Les vrais obstacles ne sont pas seulement de type institutionnel mais aussi dans le fait de croire que le changement doit d’abord venir de l’institution.

Nous pensons urgent de prendre au sérieux les questions posées par la réception du concile Vatican II. Plusieurs manières de comprendre le Concile semblent coexister aujourd’hui  dans l’Eglise. Même si l’on a de bonnes raisons de préférer une Eglise de plein vent au catholicisme intransigeant, devrait-on se résigner pour autant au conflit ou à l’alternance entre deux modèles ?

D’aucuns proposent de généraliser une démarche synodale qui relise le Concile Vatican II et débatte des questions nouvelles. Cela suppose de mettre davantage en œuvre la collégialité à tous les niveaux notamment  au sein de la Conférence des Évêques de France, d’oser un dialogue audacieux avec le Saint Siège en particulier sur la manière dont le  pouvoir est exercé au Vatican et sur la subsidiarité dans le fonctionnement de l’institution.

Comment faire en sorte que la vie des diverses instances de l’Église tienne compte de la coresponsabilité des baptisés ? Que faites-vous en ce sens ?

Une Église qui se fasse conversation avec le monde,  avec les hommes et les femmes de ce temps, c’est ce à quoi  nous aspirons ! C’est à cette expérience là que nous croyons ! C’est bien cette Église là que nous voulons construire ensemble !

Le 2 novembre 2010

Les signataires 

Guy Aurenche – Nicolas de Bremond d’Ars – Jean Delumeau – Marie Derain – Dominique Fontaine – Hélène et Patrick Gerault – André Gouzes – Marie-Thérèse et Jean-Claude Koenig – Olivier Legendre – Elena Lasida – Henri Madelin – Annick Mallet – Inès Minin – Françoise Parmentier – Jean-Claude Petit – Jean-Marie Ploux – Monique et Claude Popin – Jean Rigal – Gabriel Ringlet – Martine Roger Machart – Jean-Pierre Rosa – Micheline et Aimé Savard – Bernard Stephan – André Talbot -  Gérard Testard -  André Vauchez – Denis Viénot – Hyacinthe Vulliez

Publié dans Signes des temps

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daniel 01/12/2010 20:30



de passage .....



Francine Bouichou-Orsini 14/11/2010 09:09



Enfin, ce nouvel appel de G. Aurenche !


Oui, dans de nombreux diocèses, la crise mortifère que traverse l’Église est masquée par un maquillage de réformettes : apport des techniques de communication
de la « nouvelle évangélisation », innovations liturgiques, spiritualité d’adoration type piétiste, modification des structures de l'Institution, tout cela utile mais non
suffisant…


Or, pour affronter et maîtriser l’évolution accélérée de notre monde (et les confusions qu’elle suscite), seul un retour aux sources peut nous fournir l’énergie et
le discernement nécessaires. Jésus Christ nous a laissé, pour tout testament, une seule promesse : SON ESPRIT SOURCE DE VIE ET DE RENOUVELLEMENT, dont Vatican II avait rappelé la présence
ici-bas, au travers de ses signes, à rechercher... Car nous n'avons pas de réponses spécifiques données à l'avance, (comme dans d'autres religions, telle la loi ou le Coran). Un non chrétien
comme Marcel Gaucher l’avait bien remarqué. Notre marche s’engage et doit se poursuivre dans la foi. La foi, comme l’accueil de l’Esprit, repose sur un choix risqué. Et notre choix répond au pari
inouï (combien risqué aussi) que Dieu a fait sur nous et sur notre liberté.


Nous sommes accompagnés, au cours de cette marche, par Jésus, Dieu fait homme et nos frères humains. Des penseurs actuels (J. Moingt, C. Christobald…), des
spirituels (F. Varillon, M. Zundel…) éclairent ce chemin de foi. Nous pouvons, comme nous y invite Christobald (cf. Études, janvier 2010), ASSOCIER NOTRE FOI CHRISTIQUE EN L’HOMME À UNE FOI
ANTHROPOLOGIQUE EN L’HOMME ; cette dernière, considérée commune à tous les hommes de bonne volonté. Ce faisant, ce serait reconnaître clairement à l’homme TOUTE LA DIGNITÉ DE SA VOCATION
PROPRE, comme co-créateur, enfin délivrée des frilosités  du passé (cf. R. Debray à propos de l’attitude historique de l’Église vis-à-vis des droits de l’homme).


C’est un chantier auquel les jeunes répondront plus volontiers qu’ils n’ont fait, suite à l’appel de Benoît XVI leur proposant le modèle du Curé d’Ars, héroïque
certes, mais lié à une autre époque. Ce chantier est à reprendre et poursuivre à tous les niveaux, dans toutes les communautés comme le souligne G. Aurenche, ce partage fraternel constituant la
meilleure protection comme les suffisances individualistes. Que dans ce travail de rénovation, urgente et profonde, une équipe comme celle de Garrigues et Sentiers prenne sa part,
pleinement.


Francine Bouichou-Orsini



g.sauvadet 13/11/2010 12:32



Un peu d'air dans notre Eglise asphyxiée...!!!


Mais quand on n'est pas de première jeunesse, dans une paroisse rurale dans laquelle on ne se pose pas de questions de ce genre et où les lefèbristes réintégrés sont très actifs, eux, et
"noyautent" toute la vie ecclésiale pour restaurer l'avant concile, que faire?