Pour « rendre à César » faut-il se taire ?

Publié le par G&S

Sarkozy-et-Vingt-Trois.jpgLes nombreuses réactions gouvernementales qu’ont suscitées les prises de position de l’Église sur la question des Roms interrogent sur la place qui lui est accordée dans l’espace public.

Après les mises en garde de l’ONU et de la Commission européenne sur le sort fait aux Roms, le pape s’est, lui aussi, invité dimanche dans le débat, après le P. Arthur Hervet, assomptionniste de Lille, et Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles. Hier, ces prises de position de l’Église ont entraîné des répliques du gouvernement.

Le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire n’a pas manqué de rappeler qu’« il y a dans notre pays une règle très importante qui est la séparation de l’Église et de l’État (…). L’Église prend des positions qui sont dictées par la morale, par ses propres règles, nous, nous sommes les représentants de l’État, nous sommes là pour faire respecter la règle de droit sur le territoire. »

Brice Hortefeux s’est, dans le même temps, dit prêt à recevoir le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des Évêques de France, pour évoquer la question des Roms. Une invitation acceptée par l’intéressé.

 

« Nous prenons la parole pour appeler la société à se ressaisir »

Finalement, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a tenté de faire taire cette dissonance gouvernementale par une déclaration apaisante : « Chaque propos de chaque communauté est bienvenu dans le débat. » Alors que Nicolas Sarkozy appelait de ses vœux « l’avènement d’une laïcité positive », en 2007 au Latran, les réactions gouvernementales du lundi 23 août montrent que la participation de l’Église au débat public reste une question sensible.

L’Église peut-elle intervenir pour aider chacun à mesurer les enjeux moraux des grands débats de société tout en respectant le principe de laïcité ? Jouit-elle du même droit d’expression que n’importe quelle autre institution ? À quelles conditions peut-elle intervenir dans un débat initié par l’État, sans mettre à mal la loi de 1905 ?

À entendre le P. Jacques Turck, curé à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) et ancien directeur du service Famille et Société à la Conférence des évêques de France, l’Église aurait toute légitimité pour intervenir. « Nous prenons la parole pour appeler la société à se ressaisir au nom de la doctrine sociale de l’Église, laquelle se fonde sur le second commandement, “Aime ton prochain”. L’Église peut intervenir sur tout ce qui met en cause l’homme dans sa destinée. »

 

Une parole peu relayée par les médias

Selon le sociologue des religions Jean Baubérot, « l’Église de France se considère comme une composante de la société civile. À ce titre, elle a toute sa place dans les débats du moment. » Et l’universitaire de préciser : « Les évêques français ont, en effet, bien su adapter leur discours aux réalités de notre pays. Jamais, contrairement à ce qui se passe parfois à l’étranger, ils ne menaceraient d’excommunication ceux qui ne partagent pas leurs convictions. »

Une position partagée par le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Michel Guillardet : « Nous devons bien évidemment respecter la liberté d’expression de l’Église. Elle ne fait qu’exprimer un point de vue parmi d’autres. On aurait tort de voir là une violation de la loi de 1905. En effet, en affirmant ses opinions, l’Église ne s’immisce pas dans les affaires de l’État en vue d’obtenir des subventions ou de devenir une religion officielle. »

Certains sont toutefois plus critiques. C’est le cas de Laurent Escure, président du Comité national d’action laïque : « Que l’Église s’exprime, c’est une chose. Qu’elle tente de peser pour faire adopter certains textes de loi, c’est autre chose. Or, la frontière peut être ténue. »

Au final, c’est moins le fait que l’Église intervienne dans le débat qui peut heurter que le contenu même de ses positions. Les évêques ne l’ignorent sans doute pas. S’ils prennent très régulièrement position sur les thèmes de société les plus variés, leur parole ne suscite un écho médiatique que sur de rares sujets : bioéthique, immigration, justice sociale…

 

Une critique à « géométrie variable »

Sur le travail du dimanche, la hiérarchie catholique a par exemple mis en garde le législateur sur « les dommages humains et sociaux sans commune mesure avec le profit économique » qui résulteraient de la généralisation du travail dominical. À l’occasion de la crise du lait, elle a appelé les gouvernants à entendre « le cri de désespoir des producteurs ». Autant de prises de parole n’ayant pas donné lieu à des oppositions. En matière de bioéthique 1, les évêques ont exprimé des idées potentiellement plus polémiques, sur des sujets qui divisent les Français eux-mêmes, comme par exemple la recherche sur l’embryon, les mères porteuses ou encore l’euthanasie. Les évêques semblent, en revanche, plus en retrait en matière de mœurs, comme l’usage du préservatif ou les droits des homosexuels.

« Sur ce dernier sujet, il y a des lobbys en France et des lois qui les défendent… Nous sommes vite taxés d’homophobie, précise Jacques Turck.Il ne sert à rien d’envoyer des pavés dans la mare, puis de faire machine arrière. C’est contre-productif. Les évêques français ont toujours prôné le respect de la vie, mais ils ont choisi la collaboration avec les hommes politiques. La démarche du cardinal Vingt-Trois va dans ce sens. »
Jean Baubérot semble, lui, percevoir un paradoxe dans les critiques qui sont adressées à l’Église. « Les responsables politiques ou associatifs estiment ses prises de position fondées dès lors qu’elles vont dans leur sens, et illégitimes lorsqu’elles vont à contre-courant de leur opinion. C’est une critique à géométrie variable. »

Marie BOËTON et Céline HOYEAU
Publié par la-Croix.com sous le titre « Pourquoi l'Église intervient dans les débats publics »

1 -  En novembre 2009, Mgr Pierre d’Ornellas et un collectif d’évêques ont publié Bioéthique, questions pour un discernement (Éditions Lethielleux, 141 p., 13,30 €).

Publié dans Signes des temps

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Hieronymos 29/08/2010 22:03



Bonjour,


Je suppose que le message qui a été édité après le mien est une réponse à celui-ci.


Je voudrais alors dire que si le Pape est dans son rôle lorsqu'il rappelle à la France et à son gouvernement que les Roms doivent être traités avec respect, cela ne signifie pas que la France
soit dans l'obligation de les accueillir indéfiniment. Faut-il dire que les conditions dans lesquelles ils ont été renvoyé dans leur pays d'origine n'ont rien d'inhumain. On peut même les
qualifier de confortable. On pourrait par ailleurs se demander pourquoi la Bulgarie et la Roumanie n'ont pas encore amélioré les conditions de vie de cette communauté, alors qu'ils ont reçu
beaucoup d'argent de la part de l'Europe. Rappelons aussi que si ces deux pays ont tant tardé à être intégrés dans l'Union Européenne, c'est aussi parce que les autres pays d'Europe connaissaient
le problème qu'allait soulever cette communauté nomade, faiblement qualifiée et très peu scolarisée, sans parler d'un certain taux de criminalité qui s'est malheureusement illustré aux abords des
camps illégaux installés en France. Dire cela n'est pas être raciste, comme je crois en avoir été soupçonné par la simple évoation du racisme qui a été faite dans le dernier message auquel je
m'efforce de répondre avec autant de clarté que possible pour éviter tout malentendu, mais sera-ce possible? C'est aussi pourquoi ce serait faire preuve de réalisme de la part de toutes les
parties intéressées que les Roms commencent à se sédentariser. Peut-être que mes propos choquent les belles âmes drapées de vertus qui n'ont que faire de l'exaspération du peuple français qui
connaît soit par les médias, soit par leur quotidien dans quelle situation morale, sociale et politique, et même culturelle se trouve leur pays. La crise est profonde car la modernité n'en finit
pas de balayer les vraies valeurs, celles qui élèvent et qui exaltent. La tolérance a ses limites, et c'est pourquoi, je le redis, l'enfer est pavé de bonnes intentions...Aussi les textes
qui ont été cités sont excellents dans leur forme et leur intention, mais ils ne permettent guère de prendre en considération la réalité politique et culutrelle dans leur concrétude, du fait même
de leur formalisme abstrait. Par ailleurs, quand on pense aux obligations qu'on les immigrés qui viennent en France, je crains de devoir qu'elles sont nulles car aujourd'hui que ce soient les
français ou les immigrés tout le monde n'a plus que des droits, et veut le moins d'obligation. Les droits de l'homme et du citoyen, ce citoyen que tant de bien -pensants ont si tendance à
négliger et donc à mépriser, ont certes leur légitimité, mais lorsqu'ils deviennent le socle du nouvelle idéologie, ou d'une nouvelle religion, on peut dire que le droitdel'hommisme et
l'humanitarisme n'ont pas fini de faire des ravages, et de nous préparer des lendemains douloureux.


Enfin, si l'on me suspecte de racisme parce que je critique l'islam, n'est-ce pas alors procéder comme faisaient les communistes quand ils répondaient à leurs détracteurs que ces derniers étaient
des fascistes. L'anticommunisme aurait été un fascisme, comme toute critique de l'islam serait un racisme? Le prétendu anti-fascisme d'hier ne serait-il pas transmuer en un anti-racisme qui voit
du racisme partout où il croit pouvoir en voir?


Je voudrais renvoyer au témoignage de Joseph Fadelle qui dans "Le prix à payer" raconte le prix qu'il dut, de musulman au placé dans la société irakienne chiite qu'il était, payer pour s'être
converti au christianisme. Cet homme fait figure d'un dissident de l'islam comme Alexandre Soljenitsine en a été un pour l'empire soviétique. Mais bien sûr on me dira que tout va bien et qu'il
n'y a pas lieu de s'inquiéter de l'expansion de l'islam dans une Europe qui se déchristianise engluée qu'elle est dans son  mépris de soi et de ses origines, comme aussi obnubilée par
l'hédonisme indiviualiste qui trouve dans le consumérisme ambiant toutes les conditions de son développement. J'ai l'impression que tant les politiques, ou la plupart que les médias sont dans le
déni de ce qui se passe dans notre culture, parce que comme le dirait Philippe Muray, l'idéologie du Bien n'a pas finit de nuire joyeusement...


Cependant n'allez pas croire que je pense que tout soit perdu. Si l'optimisme est une bêtise, l'espérance est une vertu. Toute ma foi est dans le Christ. Pour le reste, le chemin sera étroit et
difficile!



Scripta manent 28/08/2010 23:41



Deux points qu’on ignore ou oublie, y compris dans l’Église :
Catéchisme de l’Église catholique (n° 2241) : Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des
ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l’hôte sous la protection de ceux qui le
reçoivent.
Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont elles ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect
des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de
contribuer à ses charges.


Cardinal Etchégaray, alors président de la Commission Justice et paix (février 1989) dans un document sur "L’Église face au racisme" : Il appartient aux
pouvoirs publics, qui ont la charge du bien commun, de déterminer la proportion de réfugiés ou d’immigrés que leur pays peut accueillir.



Hieronymos 28/08/2010 21:40



Bonsoir,


Je vous prie de bien vouloir m'excuser si je vous ai donné l'impression de davantage me répéter que de repréciser mes propos et mes pensées. C'est qu'il y a des fois où je suis assez stupéfait
par ce que je peux entendre de la part de chrétiens, ou prétendus tels.


C'est que le christianisme se porte assez mal en Europe occidentale. Même chez ceux qui sont de confession catholique, puisque c'est aussi la mienne, je remarque un vide culturel et un manque de
réflexion sur la réalité politique et historique de notre civilisation judéo-chrétienne. Je m'inclus dans ce lot de personnes qui prennent conscience de leurs lacunes et qui par leurs lectures
découvrent à quel point nous nous sommes éloignés du Christ et des Evangiles. Il y a tant de falsifications et de mensonges qui entourent le christianisme qu'il faudra du temps et des épreuves,
mais surtout une grande foi priante pour ne pas désarmer devant la tâche.


Je vais donc essayer d'apporter de vraies précisions en posant des questions et en proposant des documents si possible.


A propos des roms, voici un article qui permet d'en apprendre un peu plus:


http://www.valeursactuelles.com/dossier-d039actualit%C3%A9/dossier-d039actualit%C3%A9/roms-une-histoire-mouvement%C3%A9e20100826.html


Prenons des faits historiques où des chrétiens ont été amenés à se battre pour leur convictions. Commençons par les croisades dont le Pape Urbain II avait eu l'initiative. Avait-il eu raison ou
tort en sa qualité de Pape? Pour apporter des éléments de réponses et de réflexion, je propose un lien qui donne accès à une émission de l'Académie des sciences morales et politiques. Lors de
cette émission on écouter Jacques Heers reprendre les faits et les intentions des acteurs de l'époque.


http://www.canalacademie.com/ida352-27-novembre-1095.html


Un autre exemple, le Cardinal de Richelieu, en sa qualité de chef d'Etat avait-il eu tort ou raison d'écraser La Rochelle et sa volonté de sédition par la formation d'une petite république
protestante, sur le modèle hollandais?


L'état de déchristianisation de la France est tel qu'il permet le développement et l'installation d'une autre religion qui lui fut toujours rivale, et ce dès son apparition. je veux parler de
l'islam qui n'est rien moins qu'une hérésie judéo-nazoréenne comme l'a montré Edouard-Marie Gallez dans "Le Messie et son prophète",(éd. de paris) Pour vous donner une idée de l'expansion de
cette religion en France voici un site fort instructif:


http://www.islamisation.fr/


Encore une fois, attention à l'angélisme et à l'irénisme...Souvent être chrétien c'est savoir se montrer ferme et lucide! Le christianisme n'est ni un libéralisme, ni un socialisme (ou un
communisme), ni leur mixte...par ailleurs


Une interview d'Alexandre Soljenitsine, avec Bernard Pivot


http://www.youtube.com/watch?v=ot281lb91_8


Merci de votre attention, et encore excusez-moi sir je me suis montré trop lapidaire dans mes déclarations. Il faudrait développer des analyses que l'actuel moyen de communication ne permet pas
d'exposer.



Marc DELÎLE 28/08/2010 09:02



Hieronymos, vous répétez plus que vous ne précisez vos "pensées". Mais vous ne lisez pas ou mal celles des autres, n'y piochant que ce qui peut faire rebondir votre dscours étayé sur des
certitudes intouchables. Il est donc inutile de poursuivre ce pseudo-échange qui ne serait que la suite de votre monologue. Portez-vous bien …



Hieronymos 27/08/2010 13:33



Soit!


Je vois que mes idées ne laissent guère indifférent. Mais je remarque que je dois à nouveau préciser ma pensée, en vrac à mon tour.


Tout d'abord, je trouve de très mauvais goût que l'on puisse comparer, même implicitement le renvoi des roms dans leur pays d'origine, dans les conditions sanitaires et financières que l'on sait,
avec la politique de l'Etat nazi à l'égard des juifs et d'autres, y compris des roms d'ailleurs...Je trouve ce genre de lien pour le moins indécent eu égard aux victimes des camps de
concentration...


Par ailleurs, je maintiens la distinction entre la petite morale qui regarde les relation interpersonnelles et la grande morale qui regarde les relations interétatiques, ou l'attitude de l'Etat
dans la défense de ses intérêts.


Par ailleurs en ce qui concerne la situation des gens du voyage comme on aime à dire aujourd'hui, je pense qu'à terme ils devront se sédentariser car leur situation va devenir ingérable tant pour
les Etats et leurs citoyens, que pour les localités qui devront aménager des aires de stationnement toujours plus vastes et coûteuses.


En ce qui concerne la charité ou l'amour du prochain, je redis qu'elle se distingue de l'amour de l'humanité en général ou philanthropie, parce que l'amour du prochain signifie l'amour de celui
ou celle qui m'est proche ou dont je me rends proche, comme le font par exemple les missionnaires qui vont prêcher auprès des païens tout en les aidant à développer leur culture chez eux.


J'ai peut-être tort de croire à la notion de frontière et de territoire aux yeux de ceux qui développent une conception internationaliste voire mondialiste de l'humanité. Il n'empêche que
l'humanité en soi n'existe pas autrement que par l'existence des peuples, des nations et des Etats, mais aussi des individus il va sans dire. Il me semble que ces différents niveaux permettent
une bonne répartition des pouvoirs et des responsabilités morales et politiques. Nier ces différents niveaux d'organisation de l'humanité dans sa répartition sur la Terre, c'est peut-être vouloir
l'édification d'une nouvelle Tour de Babel dont on sait comment un tel projet a fini, et ce que Dieu en a fait...


Enfin, je veux dire mon effarement à lire ce qui a été écrit sur l'avortement. L'avortement est un crime qui ne peut ête autorisé que lorsque le diagnostic vital de la mère est en jeu. Cependant
il existe quelques rares cas de mères qui ont choisi de donner la vie à leur enfant au risque de mourir. Je suggèrerais la lecture de "Une femme blessée, le traumatisme de l'avortement", de
Suzanne M. Stanford, une psychologue catholique qui a connu la douloureuse épreuve de l'avortement mais qui a pu retrouver, grâce à Dieu, le chemin de la vie et témoigner et aider d'autres femmes
à s'en sortir.


Enfin, je veux dire qu'à vouloir projeter l'amour du prochain sur tous les êtres humains de la Terre, si tant est qu'une telle projection soit possible, on finit par n'aimer qu'une idée et à
perdre de vue la réalité. La philanthropie n'est pas une idée chrétienne mais maçonnique. Elle en est le retournement et la subversion. Par ailleurs, la parabole du bon samaritain est tout à fait
intéressante car elle met en scène un homme qui sensible à la détresse d'une victime veille à son rétablissement. Or, projeter cette démarche au plan politique devrait signifier que nous devrions
héberger et accueillir tous les étrangers du monde qui en feraient la demande...Mais quel Etat est-il prêt à se prendre pour la Sécurité sociale de tous les pays pauvres du monde? Quel Etat
pourrait supporter un tel poids, une telle submersion?


Je fais confiance au retour et au rappel du principe de réalité que l'histoire ne manquera pas de nous signifier!



Marc Delîle 27/08/2010 11:35



(suite du commenatire précédent, y compris la note en bas de page...)


Un grave problème moral tel celui de l’avortement, soulevé par H. est un sujet en soi. Je ne suis pas sûr qu’il soit du même ordre que la réception ou
l’expulsion d’un peuple “nomade”. En tout cas, les anciens pénitentiels du Moyen-Age, pourtant sévères, faisaient une distinction entre la femme qui avortait par simple commodité personnelle et
celle qui y avait été contrainte par la misère. Était-ce de l”’humanitarisme” ou une intelligence du cœur ?


Sur la question, si souvent débattue, de la délinquance chez les nomades ou les gens d’origine étrangère, qui n’est pas directement évoquée par H., la vérité
oblige à dire que, statistiquement, c’est un simple constat, ils sont proportionnellement plus nombreux en prison que les “Gaulois”. Deux précisions cependant : 1° Ils sont plus nombreux pour la
petite délinquance (le célèbre vol de poule ?) et moins dans les grosses affaires : détournement de fond, abus de biens sociaux, fraude fiscale, etc. 2° Leur niveau de vie est généralement
faible. Il se trouve que les gens d’origine étrangère, nomades ou non, compétents ou non, ont plus de difficultés à trouver du travail que les autres. C’est donc en partie d’une délinquance de la
misère qu’il s’agit. L’historien Louis Chevalier a bien montré comment, dans la première moitié du XIXe siècle, les “classes laborieuses” étaient considérées comme “classes
dangereuses”, et que le taux de délits et de crimes croissait quand le chômage ou le prix du pain augmentait, engendrant “indigence, suicide, prostitution, concubinage, naissances illégitimes,
infanticide” … Ce parallélisme —qui n’est pas une justification de la délinquance, qui doit être normalement réprimée selon les lois— est-il totalement gratuit ?


                                                                                                                     
Marc DELÎLE


1 : Ne reprenez pas illico le débat à propos des aspects positifs de la colonisation ; il y en a eu, je l’ai écrit dans le dossier “Mémoire” de Garrigues
et Sentiers, janvier 2010.




Marc Delîle 27/08/2010 10:11



Quelques remarques en vrac à propos des affirmations de Hieronymos


A notre “frère internaute” Hieronymos ne chipotons pas la fraternité même s’il ne la concède qu’aux plus proches ; il pose une question fondamentale et trop
souvent éludée par les bonnes âmes de part et d’autre. Chaque être humain, théologiquement créature de Dieu, est-il un individu indistinct de son groupe d’appartenance (familial,
partisan, national[iste], religieux), et qui n’a d’existence que par rapport à ce groupe ? Dans ce cas, ses devoirs l’emportent jusqu’au sacrifice : il doit prioritairement être utile.au groupe.
Avant l”’infâme XIXe siècle”, on mariait les filles selon les besoins de relations inter-familiales, ou on les mettait au couvent pour dépenser moins en dot. Ou bien cet “individu”
est-il-une personne, ayant une valeur infinie en elle-même, comme fils ou fille de Dieu précisément, ou, horribile dictu, simplement en tant que citoyen protégé par les
Droits de l’homme, ces “droits” (liberté, égalité, fraternité …) honnis par les purs croyants (bien-pensants ou mieux “contre-révolutionnaires”) ?


Le raisonnement de notre “frère” a sa logique. ; je ne suis pas convaincu qu’elle soit très évangélique malgré la prétention de l’auteur de se situer in
Christe. Le mot “prochain”, qu’il utilise en faisant presque un jeu de mots, n’est pas sans faire résonner en nous la parabole du “Bon Samaritain”. Or, voilà un homme qu’on pourrait
à juste titre accuser d’”humanitarisme”. Il aurait dû n’avoir rien à faire de ce Juif blessé, appartenant à une entité sociale non seulement très différente, mais méprisante, voire
hostile, à l’égard des siens, considérés un peu comme de vulgaires “roms” de l’époque et, pire encore, comme des hérétiques. Or cet “humain”, Jésus nous le donne en exemple à suivre. Allez
comprendre…


Et puis, en rejetant la “philanthropie”, dont le Vatican nous persuade sans cesse qu’elle est d’essence chrétienne, (ce dont, en tant qu’historien, je suis
absolument persuadé), il se détourne de l’effort fait par l’Église, depuis quelques décennies, pour considérer les “plus pauvres”, non plus seulement comme une occasion pour les riches d’acquérir
des mérites en donnant un peu de leur superflu (ce que Bossuet —puisqu’on a des références littéraires— a courageusement condamné à plusieurs reprises devant la cour de Louis XIV), mais comme des
gens envers lesquels Jésus a toujours marqué une attention particulière. Il est vrai que l’”amour de l’humanité” peut rester une abstraction permettant à Don Juan de se faire une bonne conscience
à peu de frais.


Il est vrai que la presse et l’opinion publique ne s’intéressent aux positions de l’Église que quand ça peut avoir quelque chose de négatif, voire de
scandaleux.  Ce n’est pas récent. De l’encyclique Rerum Novarum (1891), les commentateurs (surtout de droite, mais de gauche aussi) ont souvent évoqué sa condamnation
du socialisme ; ils ont généralement omis que le libéralisme “effréné” était dénoncé avec autant de vigueur. Mais aussi pourquoi les prélats parlant au nom de l’Église n’arrivent-ils pas, trop
souvent, à appeler un chat un chat, mais tournent autour du pot ou bottent en touche. Lorsque Benoît XVI a fait, dimanche 22 août 2010, un appel, en français, en faveur de l'accueil des
"légitimes diversités humaines", était-ce une idée générale comme Rome les aime tant, ou une condamnation expresse de la politique gouvernementale ? La polémique qui en est sortie ne parvient pas
à trancher et il demeure une large marge d’interprétation que chacun essaye d’exploiter selon ses besoins, ce qui est dommage pour le poids de ces paroles pontificales.


La morale a, depuis quelque temps, mauvaise réputation dans notre société faussement “libérée”. Confondue avec le “moralisme”, elle est devenue une notion
oppressive, presque obscène. Je m’étonne d’autant plus que Hieronymos, qui semble avoir des exigences, fasse une distinction si nette entre une “petite” et une “grande morale”. Il y a ce qui est
moral, mettons le en lien avec les Dix commandements si vous voulez, et ce qui ne l’est pas. Une morale d’État qui ne respecterait pas la “petite” morale (“Tu ne tueras point”, etc.) ouvrirait la
porte à tous les abus. “L'intérêt supérieur de la nation” allemande entre 1933 et 1945 : lebensraum, pureté de la race, etc. a coûté la vie à des millions de personnes dans le monde.
L’intérêt des nations colonisatrices les a amenées à faire fi moralement, et pas seulement politiquement, des “droits” des peuples envahis qui n’avaient rien demandé à
personne 1.




Hieronymos 26/08/2010 17:30



Contrairement à ce que vous dites, nous ne sommes pas du tout hors sujet car il en va de la façon dont il convient de vivre sa foi dans ce monde, mais une foi sentimentaliste et dénuée de raison,
surtout en matière de politique, ne conduit qu'à des écueils...Est-ce que si votre pays était agressé vous refuseriez de prendre les armes en prétextant que le Christ avait dit qu'il fallait
tendre l'autre joue? Il est plus facile de prétendre aimer l'humanité en général plutôt que ses proches, voire soi-même...La charité ne nous commande pas d'être aveugle à la réalité. Un homme
politique ne doit pas faire preuve de compassion, mais de responsabilité devant ses concitoyens, et veiller à la défense des intérêts de sa nation ou de sa patrie.


Par ailleurs, confondre fascisme et patriotisme est la marque d'une faiblesse intellectuelle et morale qui se manifeste dans un terrorisme intellectuel que les gens de gauche et même de droite
nous ont servi pendant tout l'après-guerre...Quant à l'extrême droite à laquelle vous faites référence sachez qu'elle  est soeur jumelle de l'extrême gauche, deux idéologies
révolutionnaires...Pourrais-je vous suggérer de regarder cette vidéo où l'on voit François Furet, éminent historien, en montrer l'accointance
idéologique....http://www.youtube.com/watch?v=XSUpwL122Ho


Faudra-til donc accueillir toute la misère du monde, et si non, pourquoi quelquesuns et pas tous les autres?



Pierre Locher 26/08/2010 15:13



Dernière réponse à Hieronymus car on est largement hors sujet ("Rendons à César...") :


 


"charité bien ordonnée ...etc. :" jamais vu ni chez les Pères de l'Eglise, ni chez Thomas d'Aquin, ni chez Luther...et j'en passe...par contre, "tu aimeras ton prochain comme toi-même" OK, à
condition de ne pas faire une lecture littérale du mot prochain comme certains hommes politiques proches (sic) d'une certaine droite ...extrême le font : "le prochain, c'est ma famille, mes
voisins , mon village, etc."...justification de toutes les haines, à commencer par celle de l'étranger. "Souviens-toi que tu étais étranger au pays d'Egypte" dit l'ancien testament et agis en
conséquence ...

si l'église catholique continue à affirmer sa préoccupation devant la situation faite aux migrants et aux étrangers en situation précaire, je me demande bien qui va bientôt vouloir la quitter
...




Hieronymos 26/08/2010 10:57



Cher M. Locher,


S'il fallait ne citer que ce qui est écrit dans la Bible pour tenir des propos conformes à l'exigeance de vérité, alors il ne faudrait plus lire les grands lecteurs de la Bible qui nous ont
précédés, et en l'occurrence Chesterton ne devrait être ni lu ni cité. Autant jeter au piloris toute la tradition des penseurs chrétiens, voilà donc une belle manifestation du nihilisme auquel
conduit la sacralisation du coeur par l'idéalisation des bons sentiments et des bonnes intentions...


En ce qui concerne le proverbe "Charité bien ordonnée commence par soi-même", loin de justifier un égoïsme abject, il dit dans quel ordre l'amour chrétien doit s'exprimer, à savoir que c'est en
s'aimant soi-même que l'on pourra aimer les autres. Mais je me méfie du sens qui est donné aujourd'hui au verbe aimer...quant à l'amour de soi, je me demande si les français en sont encore
capables quand je vois à quel point notre culture est dégradée et à quel point tout ce qui est étranger est adulé...


A ceux qui souhaitent quitter l'Eglise catholique, je leur dis qu'aucune institution n'est sans défaut parce qu'elle est portée par des hommes, et que la prétention à réaliser le bien absolu
ici-bas relève de l'orgueil!



Pierre QUIROULE 25/08/2010 19:47



Comme le pape deviendrait crédible lorsqu'il parle des Droits de l'Homme s'il les appliquait dans l'Eglise !



Pierre QUIROULE 25/08/2010 19:44



A l'attention de Sophianne


"Charité bien ordonnée commence par soi-même"


Cette formule qui justifie tous les égoïsmes et beaucoup de làchetés n'est elle pas l'antithèse
de l'Evangile ?


Pour précisions voir Mathieu chapitre 25 versets 31 à 46



Pierre Locher 25/08/2010 18:54



Pardonnez-moi Hieronymos, mais où avez- vous trouvé ces citations ? Je ne les ai pas lues dans les Evangiles ...



Pierre Locher 24/08/2010 17:00



Il s'agit tout simplement de savoir si l'Eglise doit  avoir un rôle prophétique ou non. Qu'on ne nous mette pas la laïcité entre les pieds ...est-ce que les évêques et les prêtres
(maifestations visibles de l'Eglise aux hommes) qui ont dit et incarné une parole forte contre l'idéologie vichyste (sans vouloir faire de comparaison avec la période actuelle) se sont préoccupés
de la laïcité ?


Il ne s'agit pas de politique au sens étroit du mot, il s'agit d'hommes et de femmes en chair et en os, que l'on traite comme des boucs émissaires : souvenons-nous d'un certain Jésus de Nazareth
déjà traité de cette façon il y a plus de 2000 ans et ne laissons pas les idolatres  de la laïcité essayer de faire taire une parole d'Eglise pour des prétextes ...pas très catholiques
.


 


Cordialement.


Pierre Locher



Hieronymos 24/08/2010 16:50



Enfin, je voudrais ajouter que si certains souhaitent que la France devienne progressivement un immense camp de réfugiés ou d'étrangers croyant que la France est une terre d'accueil, alors il
faudra en payer le prix...


Si on accepte les roms il faudra accepter tous les autres, car il serait injuste de refuser le droit d'asile aux autres.


Deux phrases à méditer selon moi:


"Charité bien ordonnée commence par soi-même"


"Le monde moderne est plein d'anciennes vertus chrétiennes devenues folles", de Chesterton



Sophianne 24/08/2010 14:46



Il me semble, sauf erreur de ma part, que hors l'édit de la loi de 1905 séparant l'église de l'état, l'église n'en reste pas moins citoyenne et contribuable de France, apportant par le vote de
ses adeptes, son avis comme tout bon citoyen français. Donc comme tel pourquoi l'église ou tout au moins ses membres représentants ne pourraient-ils pas donner leur avis sur les faits politiques
de France et pourquoi dans ce contexte ne seraient-ils pas entendus comme tout citoyen français est en droit de l'être !



Hieronymos 24/08/2010 13:56



Bonjour,


L'affaire des Roms aussi émouvante soit-elle ne doit pas nous emprêcher de la mettre en perspective avec l'histoire de l'Europe et de l'idéologie humanitariste qui travaille notre continent
depuis le XIX ème siècle, mais dans le cadre idéologique contemporain. Tout il est nécessaire de rappeler que cette idéologie humanitariste est née au XIXème siècle dans l'esprit de progressistes
tels que Lamennais qui ont procédé à un retournement de l'idée chrétienne. Chateaubriand, témoin de l’émergence de cette idéologie
progressiste et humanitariste, déclare dans ses Mémoires d’outre-tombe, en 1848, « tout
acte de philanthropie auquel nous nous livrons, tout système que nous rêvons dans l’intérêt de l’humanité n’est que l’idée chrétienne retournée » (cité dans Histoire de l’humanitaire, de Philippe Ryfman, éditions de La Découverte) Le christianisme n'est pas un humanitarisme parce qu'il ne prône pas l'amour de
l'humanité qui n'est qu'une abstraction, mais parce qu'il prône l'amour du prochain, c'est-à-dire un amour qui s'adresse à l'autre en tant que personne singulière incarnée et qui se propage de
proche en proche. L'humanitarisme s'oppose au patriotisme! Certes, vouloir accueillir aujourd'hui tous ces Roms procède d'une bonne intention, mais demain ce sera une autre communauté, et qui ne
voit qu'à long terme c'est l'équilibre culturel et social de notre pays qui est mis en danger, sans parler de l'exaspération des français qui ont l'impression, non sans raison, que l'on veut
leur enlever leur souveraineté. N'oublions pas que l'enfer est pavé de bonnes intentions, comme le disait La Rochefoucauld. Il faudrait donc saluer le courage politique de M. Sarkozy qui n'a pas
le tort de confondre la petite morale qui regarde les relations interpersonnelles avec la grande morale qui regarde l'intérêt supérieur de la nation. J'emprunte cette distinction à Balzac. Que le
Pape rappelle que les roms doivent être traités avec respect ne signifie pas que la France doive accueillir toute la misère du monde sous prétexte que la France serait une grande puissance
économique, car la capacité d'accueil d'un pays ne se mesure pas à tel ou tel indice économique. Mais faut-il rappeler, ne serait-ce que du point de vue économique dans quelle situation
calamiteuse se trouve la France en matière de déficits et de chômage? Faut-il aussi rappeler que c'est au peuple français de pouvoir choisir qui il veut ou non accueillir dans sa patrie? Tel est
le sens de la souveraineté nationale.


De
même je voudrais dire mon étonnement d'apprendre que l'on s'intéresse soudainement à l'opinion de l'électorat de confession catholique quand il s'agit d'accueillir toujours plus d'étrangers sur
notre sol, alors que personne ne s'interroge sur l'opinion que les catholiques ont ou devraient avoir et faire prévaloir dans leurs choix politiques quand il est question de l'avortement. Peu de
gens, même parmi les catholiques ne s'émeuvent de ce qu'il convient d'appeler un génocide déguisé en entreprise humanitaire, au nom de la prétendue liberté de la femme. Mais le fait que 220 000
petits français soient exterminés chaque année en France n'émeut personne alors que le renvoi de roms dans leur pays d'origine avec une somme d'argent soulève une réprobation inouïe!!!


Chers
compatriotes, je vous mets en garde contre l'angélisme et l'humanitarisme qui mine notre conscience de la réalité...L'humanitarisme est le cheval de Troie idéologique du mondialisme qui broye les
Nations...L'humanitarisme est une falsification subtile du christianisme aussi séduisante que le fut le communisme en son temps aux yeux de beaucoup de chrétiens en tant qu'il est une hérésie qui
reprend les valeurs chrétiennes en les détournant de leur signification véritable. La charité chrétienne c'est l'amour du prochain, et non pas du lointain, contrairement à une exégèse
humanitarisme le laisserait entendre. Aimons d'abord nos proches, nos familles, notre pays et n'ayons pas peur de nous interroger sur notre identité et sur notre culture. Nul ne peut aimer
vraiment l'autre s'il ne s'aime déjà lui-même. Je vous laisse réfléchir sur la honte qu'éprouvent beaucoup de français à affirmer leur identité culturelle et à aduler l'étranger. Avez-vous
remarquer combien il est facile de prétendre aimer tous les êtres humains ou l'humanité que d'aimer vraiment et concrètement ceux qui sont nos proches, y compris nos ennemis?


Pour plus
d'éléments, voici un lien  qui donne accès à un article de L'encyclopédie de l'Agora sur la question de l'humanitarisme: http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Humanitarisme


Fraternellement
dans le Christ!