Pauvreté et injustice, armes de destruction massive

Publié le par G&S

  par un cardinal défenseur des pauvres au Honduras

Oscar-Rodriguez-Maradiaga.jpg« Les vraies armes de destruction massive que George Bush et son état-major ont feint de chercher partout ne sont pas des gaz toxiques ou des virus mortels, mais la pauvreté et l’injustice sociale. L’économie mondialisée au profit d’un nombre réduit de nations exclut de facto la majorité et conduit le monde dans une impasse.

Le Nord opulent n’aura jamais assez de murs d’acier pour contenir l’avalanche d’émigrés illégaux. Seule une volonté politique d’aide au développement des régions les plus pauvres est susceptible d’apporter les changements. Un immigré n’est jamais heureux. Il ne quitte pas sa terre par plaisir. Il fuit la misère et la guerre. L’injustice sociale mine la paix de façon silencieuse […].

La mondialisation est un processus complexe qui touche tous les domaines de la construction du social : économique, sociopolitique et culturel.

Il ne s’agit pas de domaines autonomes ou indépendants, mais d’une interconnexion autour d’une force centrifuge qui serait le capitalisme néolibéral. Cette globalisation n’est pas récente ; son idée même remonte à l’expansion de l’Europe coloniale du XVe siècle.

Pour la définir en peu de mots, elle repose sur deux piliers qui sont le développement technologique et le système économique libéral considéré comme seul et unique projet mondial viable, et en ce sens porteur d’une pensée unique […].

Les richesses se trouvent concentrées dans moins de mains. En fait, il est en train de créer un système où la cupidité de quelques-uns laisse le plus grand nombre sur le bord de la route […].

Nous sommes dans un monde divisé entre ceux qui peuvent jouir des opportunités de la mondialisation et tous les autres maintenus à l’écart.

Avec un paradoxe inouï : ce monde ouvre ses frontières aux marchandises mais interdit la libre circulation des personnes du Sud vers le Nord […].

Aujourd’hui le monde est dirigé par des communicants qui nous font croire que nous ne sommes pas si mal lotis, et que l’avenir dépend des efforts individuels, voire des sacrifices financiers que nous voulons bien consentir […].

Le monde se globalise au rythme et de la façon voulus par les pouvoirs économiques. Dans le même temps on nous impose insidieusement l’idée que ce modèle est le seul qui vaille […].

C’est le rôle de l’Église d’éveiller les consciences. Inculquer la solidarité comme une règle de vie et non comme une belle idée abstraite […]. Dieu est avant tout le défenseur de celui qui est sans valeur aux yeux des hommes.

La solidarité avec les pauvres est une façon de témoigner de l’existence de Dieu… » (Cf. Matthieu 25,31-35)

Propos du cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga
recueillis par Éric Valmir dans un livre d’entretiens
De la difficulté d’évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas en avoir besoin
(R. Laffont, 2008), p. 97-100 et 106.

Publié dans Fioretti

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