Nous faisons du Christ un Harijan

Publié le par G&S

En Inde, les Intouchables  peuvent être appelés Harijan (« enfant de Dieu », forme utilisée par Gandhi), mais préfèrent le terme de dalit qui signifie « opprimé ». À l’encontre de l’idée commune, il faut savoir que ce groupe, qui représente un cinquième de la population indienne, est en réalité exclu du système des quatre castes lui-même. Il s’agit d’une « non-caste » de personnes considérées comme impures.

L'hémorroïsse irrémédiablement souillée de sang,

l'impure par excellence aux yeux des scribes, des légistes, des chefs des prêtres et des anciens,

cette femme, avec la liberté que lui donne sa pauvreté,

vient s’emparer – violente du Royaume – d’un pan du manteau du Christ.

Loin de la rejeter,

Jésus s'arrête, l'appelle ma fille, bénit sa foi, et prend soin d'elle.

Le Christ se laissait toucher par les pécheurs, manger par les pécheurs,

jusque par celui qui aussitôt après allait le vendre.

Il se laissait inviter à leur table,

il s'est laissé couvrir de baisers par la femme de Béthanie et l'a laissée lui baigner les pieds de ses cheveux, de ses larmes et de ses parfums.

Le Christ s'est fait le pain des pauvres, des déviants, des hérétiques, des criminels, des lépreux, des impurs.

Mais nous, qu'avons-nous fait de lui ?

Nous en avons fait un mets délicat délivré comme récompense aux purs.

Un mets de choix réservé aux irréprochables.

Nous en avons fait un intouchable. Nous faisons du Dieu de chair un intouchable !

Nous l'enfermons dans nos petits placards dorés et nous fermons à clef :

nous fermons à clef le Royaume de Dieu pour les hommes et nous-mêmes n'y entrons pas.

Et le Christ nous dit : « C'est mon corps : prenez, et mangez-en

tous. »

Karim de Broucker

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Christiane Guès 23/12/2010 18:34



Karim a trouvé le lien qui unit Jésus et Judas, ce lien qui crée le pardon sans que celui-ci soit donné explicitement. C’est un pardon par anticipation.


« Jésus se laisse manger par celui qui va le vendre » car il sait très bien ce que Judas va faire mais il se donne quand même à lui comme il se donne aux
autres apôtres, comme il se donnera à toute l’humanité pour la sauver : « C’est mon corps, prenez et mangez en tous ». Il ne s’agit pas seulement
d’un acte pour désigner Judas, c’est aussi et surtout un acte pour se donner à manger à lui.


Luc 22,21 « Voici que la main de celui qui me livre est avec moi sur la table » Jésus vient juste d’instituer l’Eucharistie. Le moment est volontairement choisi.


Dans Matthieu, par deux fois on dit que Judas est à table avec les autres apôtres.


Dans Marc 14,18 c’est « un qui mange avec moi »


Dans Jean, c’est encore plus flagrant 13,26 « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper ». On précise même le détail et le geste « la bouchée
trempée ».


Ainsi Judas, malgré lui, partage ce don de Jésus avec tous, et en partageant cela, il partage aussi le pardon donné et proclamé.


Christiane Guès



Albert OLIVIER 23/12/2010 14:35



Texte profond, à méditer pour en tirer tout le suc et le sens. Il fait écho à une chanson que nous chantions —il y a une soixantaine d'années— : "Qu'avez-vous fait de lui ?». L'interpellation
vaut pour tous les chrétiens, séparés en chapelles qui tentent de s'approprier celui qui s'était donné tout entier à tous. Qui vaut aussi pour les hiérarques auto-habilités, qui
prétendent parler seuls en son nom. Pourtant, l'Esprit de Jésus, Esprit de Dieu,  souffle où il veut.