Nos ancêtres les wisigoths, les ostrogoths, les arabes...

Publié le par G&S

  Y a-t-il dans notre région (et d'une façon plus générale, en France)
des familles qui puissent se flatter
d'être de souche
« pure » de tout apport étranger ?
La réflexion de l'historien montre combien cette prétention est dénuée de fondement...

PROUVENÇAU E CATOULI... Un chant que l'on n'entend plus guère aujourd'hui, mais qui a eu son heure de gloire aux beaux temps du félibrige. Il serait injuste de sourire des rides que lui vaut son âge. Pour l'historien, ce cantique incarne bien les espoirs – et le combat – d'une génération de croyants inquiète du développement d'une société moderne, plus mêlée que jadis et qui pensait mal. Chant de provençaux de souche, qui se distinguaient ainsi (sans toujours en prendre conscience) non seulement – déjà – du débardeur algérien, mais aussi du maçon italien ou du manouvrier espagnol que le déracinement avait déchristianisés.

Et pourtant, y a-t-il des provençaux de souche ? S'ils réfléchissent quelques secondes, même les élèves de l'école primaire vous répondront que non : le mythe fondateur de Marseille est fait de l'union du grec Protis avec Gyptis, la fille du roi des Ségobriges, et tant de villes de Provence naissent à l'histoire avec l'installation des colons romains. Mais pour cette greffe initiale reconnue et hautement revendiquée (elle est source de fierté... et de revenus touristiques !) combien d'autres apports oubliés, voire refoulés dans l'inconscient de la mémoire collective?

  o O o

 Déjà, avant l'arrivée des Grecs et des Romains, les provençaux semblent avoir été une population si mêlée qu'on les désigne d'un nom qui aurait sans doute fait sourire nos lointains ancêtres, les « celtoligures » : la juxtaposition des deux termes traduit bien l'embarras des historiens à définir les origines d'une civilisation qui les frappe cependant par son unité et son originalité.

Et un millénaire après Protis, que de peuples à leur tour traversent ces terres convoitées ou s'y installent en maîtres ! Les Burgondes tiennent d'abord le nord de la Durance et les Wisigoths le sud ; puis les Ostrogoths soumettent les uns, repoussent les autres ; les Francs enfin, accueillis comme des libérateurs (au moins par l'opinion catholique), partagent pourtant le pays au gré des successions... Deux siècles plus tard, les Arabes viennent disputer à l'empire carolingien les franges côtières, tenant solidement, en dépit des combats, ce massif des Maures qui a gardé leur nom. Que de sang répandu et que de sangs mêlés pour que naisse cette Provence dont le nom, précisément, n'apparaît dans l'histoire qu'à l'issue de ces incessants brassages de population !

Que l'on ne croie pas surtout que le phénomène ne touche que les grandes villes ou la côte, ouvertes à toutes les influences : sur le plateau reculé de Chardavon, au-dessus de Sisteron, un haut personnage du début du Ve siècle, Dardanus (dont le nom traduit peut-être qu'il est originaire de la Yougoslavie actuelle) fortifie sa ville et lui donne un nom à la fois grec et chrétien, Théopolis, la « Cité de Dieu », véritable symbole de tous les apports, de toutes les greffes qui ont fécondé ce pays jusque dans les coins les plus retirés.

l'étranger parmi nous!

Et précisément, à propos de la greffe chrétienne... Dans ce cas aussi, pour un apport initial, d'ailleurs mythique et fièrement revendiqué – Maximin, la Madeleine, Lazare et les autres « saints provençaux » que d'influences étrangères oubliées ou peu connues ! Trophime, le fondateur plausible de l'église d'Arles est un grec ; Cassien et Honorat qui inaugurent, à Marseille et Lérins, une vie monastique si féconde sont des étrangers : celui-ci vient de la Gaule Belgique, celui-là des bouches du Danube ; Salvien, que les manuscrits du Moyen-Âge appellent « Salvien de Marseille » est né à Trêves ou à Cologne ; le grand Césaire d'Arles est un bourguignon, ce qui lui valut d'ailleurs des ennuis dans sa bonne ville... De tous ces hommes qui ont fait l'originalité du christianisme provençal dans l'Antiquité et au-delà (car leur influence est grande pendant tout le Moyen-Âge), aucun n'est provençal de souche.

Alors, Prouvençau e catouli ? Pourquoi pas, à condition de se souvenir qu'être provençal, c'est être, sinon obligatoirement un sang-mêlé, du moins le dépositaire d'une culture faite d'apports multiples et que catholique (encore un mot étranger !) veut dire universel...

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Benoît Lambert
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Publié dans DOSSIER L'ETRANGER

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