Nicolas Berdiaev : extase de la révolte et recherche de la vérité

Publié le par G&S

Les 13 et 14 avril 2013 s’est tenu dans l’Aude, à Castelnaudary, un colloque consacré à Nicolas Berdiaev. Organisé par l’Association culturelle du Razès 1, cette manifestation intitulée Nicolas Berdiaev aujourd’hui. La personne, la liberté, la créativité, l’avenir de la condition humaine témoignait de l’actualité de la pensée d’un philosophe et d’un penseur chrétien ayant vécu les grandes ruptures du XXe siècle.

Berdiaev.jpgNé à Kiev en 1874, dans une famille noble, il rompt assez rapidement avec son milieu aristocratique. Marxiste convaincu en 1900, il s'en détourne assez rapidement. Professeur à l'université de Moscou, il fonde l'Académie libre de Culture spirituelle (1919-1922) dont le succès conduit à sa fermeture, et il est expulsé de Russie en 1922. En 1924, il transfère à Paris l'Académie de philosophie et de religion qu'il avait fondée à Berlin. Penseur de la liberté il fonde une véritable philosophie de la personne qui influencera Emmanuel Mounier et le personnalisme. Il meurt à Clamart, en 1948.

Cet homme de convictions chrétienne et socialiste profondes a été amené à critiquer vivement les institutions qui, à ses yeux, dénaturaient très gravement les valeurs qu’elles prétendaient incarner, à savoir la hiérarchie de l’Église orthodoxe et le Parti communiste. Il sera d’ailleurs condamné par ces deux instances dont il analyse la proximité systémique : « Tout l’athéisme des milieux révolutionnaires et anarchistes ne sera au fond que, retournée, inversée, la vieille religiosité russe et son sens apocalyptique. Il est très important de répéter encore une fois que les idées libérales ont toujours été faibles, qu’il n’y eut jamais en Russie d’idéologie libérale capable de recevoir une autorité morale et de l’exercer » 2. On comprend dès lors que la vie de Berdiaev, sa pensée, son œuvre, s’affirment comme une lutte contre le Grand Inquisiteur, personnage mis en scène par Dostoïevski dans son roman Les Frères Karamazov 3.

Dans un de ses livres majeurs intitulé Essai d’autobiographie spirituelle, Berdiaev nous fait partager ses ruptures, ses doutes, ses déchirements. Il écrit ceci : « Jamais je n’éprouvai l’extase de l’union religieuse, nationale, sociale, érotique, par contre je connus souvent l’extase de la révolte et de la rupture » 4. Bien loin de le conduire à une attitude de repli distant vis-à-vis de la société des hommes, ce refus de l’abandon aux dogmatismes fusionnels et institutionnels, le conduit à rester ouvert à toute forme de naissance : « Je voudrais pouvoir recommencer ma vie de manière à rechercher encore et toujours la vérité, le sens de la vie. La vérité possède une éternelle nouveauté, une jeunesse infinie. Pour moi, un développement ne se passe pas comme une ligne montant tout droit. La vérité se présente à moi éternellement neuve, comme fraîche et éclose et révélée » 5. Au terme de son autobiographie il écrit ceci : « À mon heure dernière je me rappellerai sans doute mes nombreux péchés, mes faiblesses et mes chutes, mais il se peut que j’aie la grâce de me souvenir aussi que j’ai été de ceux qui ont faim et soif de la justice. C’est le seul précepte du Sermon sur la Montagne qui saurait m'être appliqué » 6.

Bernard Ginisty

1 – Association culturelle du Razès, 8, rue des fleurs, 11290 Montréal d’Aude <jeanclaude.guerre@neuf.fr>. L’association doit publier les actes du Colloque où sont intervenus entre autres Antoine Arjakovsky, directeur de recherche au Collège des Bernardins à Paris, le Pasteur genevois Pierre Aubert, auteur de « Nicolas Berdiaev. Une approche autobiographique et anthropologique  », Michel Fromaget, anthropologue, auteur de nombreux ouvrages sur la spiritualité et l’anthropologie ternaire, Jean-Marie Gourvil, secrétaire de rédaction de la revue Le Messager orthodoxe, Anne-Marie Sibireff auteur de « Nicolas Berdiaev. La dialectique du tragique et du sens », Cyrille Sollogoub, Universitaire au CNAM, Président de l’ACER-MJO (Action Chrétienne des Étudiants Russes – Mouvement de Jeunesse Orthodoxe) cofondée par Nicolas Berdiaev, Jean-Claude Guerre, Président de l’Association Culturelle du Razès et Bernard Ginisty de l’association Démocratie et Spiritualité.
2 – Nicolas Berdiaev : Les sources et le sens du communisme russe, Éditions Gallimard, 1951, page 48.
3 – Cf. Marie-Madeleine Davy : Nicolas Berdiaev, l’homme du huitième jour, Éditions du Félin, 1991, pages 58-61.
4 – Nicolas Berdiaev : Essai d’autobiographie spirituelle, Éditions Buchet-Chastel 1979, page 54.
5 – Id. page 108.
6 – Id. page 408.

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