Mariage civil – Mariage religieux

Publié le par G&S

Jusqu'à la Révolution française et à la loi de 1792 créant le mariage civil, codifié par le Code Civil en 1804, seul existait en France le mariage religieux célébré dans les paroisses (imposé par l'Ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 et formalisé par le Concile de Trente en 1562).

Avec le Concordat de 1801, l'Église Catholique a accepté non seulement le mariage civil mais aussi qu'il soit célébré, en Mairie, avant le mariage religieux, estimant probablement que l'importance apportée par la quasi unanimité des familles à la cérémonie religieuse permettait l'ambiguïté de l'appellation unique.

Malgré l'instauration du divorce par la loi Naquet de 1884, et surtout la loi de 1975 autorisant le divorce par consentement mutuel, malgré les multiples accrocs apportés par les diverses lois sur la filiation et surtout l'ordonnance du 4/07/2005 donnant l'égalité à tous les enfants quel que soit le statut de leurs parents, et tant que le mariage concernait l'union d'un homme et d'une femme, qu'il soit uniquement civil ou également religieux, la très grande majorité des français n'était guère troublée par l'évolution et l'ambiguïté des statuts du mariage.

La Loi Taubira du 23/4/2013, ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de personnes de même sexe, a provoqué un véritable séisme en France, qui n'est pas encore retombé, surtout chez les chrétiens, les plus nombreux bien sûr, mais aussi chez les français de confession juive (et probablement musulmane).

Et pourtant, on peut s'étonner que toutes ces personnes, et particulièrement leurs leaders, qu'ils soient religieux (chrétiens ou juifs) ou représentants d'associations diverses, n'aient pas compris que cette loi mettait peut-être fin à la fameuse ambiguïté née en 1792 entre mariage religieux (chrétien) et mariage civil, redonnant toute son importance au mariage religieux. Des trois façons de voir le mariage selon le droit, l'anthropologie (pour ne pas dire la "loi naturelle") ou la théologie, on a vu les religieux (chrétiens et juifs) s'engouffrer dans l'anthropologie ou des supposés ridicules (que ce soit G. Bernheim, l'ex-Gd Rabbin ou plusieurs évêques) et pratiquement négliger la théologie (sauf par le bout de la lorgnette de lois antiques et bien datées) alors que l'apport du mariage chrétien fut fondamental pour notre civilisation. Quelle erreur regrettable !

La loi Taubira, surtout dans sa version définitive (après le fameux "article balai" modifiant profondément l'article 4 du projet de loi) n'enlève rien au mariage civil traditionnel, notamment dans sa composante essentielle du consentement mutuel (qui doit tout au mariage chrétien) ; elle se contente d'ouvrir aux personnes du même sexe qui veulent se marier les mêmes droits qu'aux personnes hétérosexuelles.

Regardons ces trois points, droit, anthropologie et théologie, et voyons ce qui pose réellement problème ou en quoi le mariage chrétien, profondément novateur, reste essentiel.

Le Droit

Dans notre société démocratique, représentative, le législateur, à l'issue d'un long débat, a voté la loi, le Président l'a promulguée le 17 mai 2013, après que le Conseil constitutionnel a reconnu que cette loi n'était contraire à aucun principe constitutionnel. Les premiers décrets d'application sortent. La messe est dite, si je peux m'exprimer ainsi. Il est intéressant de constater, concernant l'adoption, partie la plus contestée par les divers opposants, que le Conseil constitutionnel est très net : « …en ouvrant le mariage aux couples de même sexe, la loi a pour conséquence de permettre l'adoption par des couples de personnes de même sexe ainsi que l'adoption au sein de tels couples. Le Conseil constitutionnel a jugé que la loi contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de reconnaître aux couples de personnes de même sexe un droit à l'enfant. D'autre part, il a jugé que le dixième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946 implique le respect de l'exigence de conformité de l'adoption à l'intérêt de l'enfant. Le Conseil a vérifié le respect de cette exigence par les dispositions applicables tant aux couples de personnes de même sexe qu'à ceux formés d'un homme et d'une femme. Ces couples sont soumis, en vue de l'adoption, à une procédure d'agrément. Le Conseil constitutionnel a jugé que, pour tous les couples, les dispositions relatives à cet agrément ne sauraient conduire à ce que celui-ci soit délivré sans que l'autorité administrative ait vérifié, dans chaque cas, le respect de l'exigence de conformité de l'adoption à l'intérêt de l'enfant. Par ailleurs la loi déférée ne déroge pas à l'article 353 du code civil qui impose au tribunal de grande instance de ne prononcer l'adoption que si elle est conforme à l'intérêt de l'enfant. Cette disposition met en œuvre, l'exigence constitutionnelle selon laquelle l'adoption ne peut être prononcée que si elle est conforme à l'intérêt de l'enfant » (Je soulignerai qu'en ces quelques lignes figurent quatre fois l'intérêt de l'enfant. Dans ce temple du droit où chaque mot est largement soupesé, ce ne peut être neutre).

On peut remarquer que le Conseil constitutionnel était, à l'occasion, composé de dix personnes, un des membres de droit, V. Giscard d'Estaing s'étant adjoint aux neuf "sages", que la plupart d'entre eux avaient été désigné par la droite et qu'il suffit de consulter leur C.V. pour constater qu'une majorité est sûrement proche du christianisme.

Je me permets de rappeler, à cette occasion, la déclaration de Napoléon Bonaparte (encore 1er Consul) devant le Conseil d'État, lorsqu'on lui présente le Code Civil, début 1804 : « Les lois sont faites pour les mœurs et les mœurs varient. Le mariage peut donc être soumis au perfectionnement graduel auquel toutes les choses humaines paraissent soumises ».

La sociologue Irène Théry remarquait en 2012, commentant l'évolution actuelle du droit de la famille, après les multiples lois qui en ont bouleversé l'organisation et notamment l'ordonnance du 4/07/2005 : « Le mariage n’est plus le socle de la famille. Depuis que l’on a aboli toute distinction entre la filiation légitime et la filiation naturelle, la présomption de paternité n’est plus le cœur du lien matrimonial. Le mariage, c’est désormais l’union d’un couple ».

L'anthropologie

Malgré la beauté du logo figurant à tous les moments des défilés qui ont arpenté les rues de Paris et des principales villes (drapeaux, tee-shirts, panneaux divers), il est évident pour tous que cette famille idéale composée d'une maman en jupe et d'un papa donnant chacun la main à un petit garçon et à une petite fille, est de moins ne moins réaliste, si elle a jamais existé. Près de la moitié des familles françaises sont divisées, recomposées, voire monoparentales. Leurs enfants ont, depuis des années, pris l'habitude de composer avec des doubles ou triples parents. Certains en sont fortement troublés avec les conséquences que nous connaissons malheureusement bien, d'autres font avec et s'y sont habitués. Se trouver adoptés par un ou deux parents de même sexe, ils finiront aussi par s'y habituer.

Vouloir considérer comme immuable, et créé de tous temps, un modèle de famille que l'Occident connaît depuis quelques deux ou trois siècles seulement est quelque peu abusif. Il n'y a guère de modèle familial unique type ; il est divers, plus ou moins patriarcal aux quatre coins du monde. E. Todd en a dressé une liste, diversement répandus selon les pays ou les régions. Certes la base en est toujours le couple homme/femme, mais que de variantes ! D'autre part, sans tomber dans les excès de la théorie du genre (je n'ai pas lu Trouble dans le genre, de Judith Butler, de toute façon c'est, dit-on, très difficile à lire…) les progrès des sciences de l'homme nous montrent à quel point, chez beaucoup, la fixation du sexe n'est pas parfaitement claire, d'autant que médecine et chirurgie s'en sont mêlées.

Quant à l'homosexualité, elle a toujours existé dans tous les pays et civilisations, plus ou moins acceptée, valorisée (dans la Grèce classique, elle faisait partie intégrante de la formation des jeunes garçons). Seule la tradition juive, puis celles qui en sont issues (chrétienne et musulmane) l'ont condamnée sans discussion avec souvent une stigmatisation, voire une persécution des personnes homosexuelles.

Et ne parlons pas de loi naturelle ; il suffit de se balader dans la campagne, ou même dans nos villes, pour constater que les animaux ne s'embarrassent guère d'interdits en l'espèce.

La théologie

J'insisterai surtout la théologie (c'est plus facile pour le béotien que je suis en l'espèce).

Pour nous, occidentaux, formés par la tradition chrétienne, je devrais dire judéo-chrétienne, cette loi permet, et on peut regretter que nos responsables religieux ne l'aient pas assez souligné – l'ont-ils remarqué seulement – de redonner tout son sens au mariage religieux en le rattachant aux textes fondateurs de la Genèse et du nouveau Testament.

Et si ce n'était que le mariage religieux ! C'est le cœur même de notre civilisation, les principes qui sont les plus chers à notre sensibilité qui ont été modelés par la vision biblique puis évangélique, du couple humain, homme/femme.

Durant le long débat lancé par le projet de loi Taubira, ont été multipliées les citations de la Bible, souvent à partir de récits très mythiques (Sodome) ou très datés (lois du Lévitique).

Je préfère me contenter de la simple, mais fondamentale, déclaration de Jésus dans sa controverse avec les pharisiens, racontée dans l'Évangile de Marc au ch. 10 et souvent lue aux cérémonies de mariage : Au commencement, quand Dieu a tout créé, « il les fit homme et femme », dit l'Écriture. « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme et les deux deviendront une seule chair. » Ainsi, ils ne sont plus deux mais un seul être. Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni (cet épisode est raconté seulement dans les Évangiles de Marc et de Matthieu). Jésus mixe les deux récits de la création, c'est loin d'être neutre. Et il donne une grande solennité à sa déclaration l'initiant par un mot chargé de résonnance pour les juifs « Au commencement », beréchit. C'est le premier mot de la Genèse qui ouvre toute la Bible, c'est aussi celui par lequel, bien plus tard, Jean commencera son Évangile.

Je ne me souviens pas avoir trouvé, dans les commentaires ecclésiaux, que ce Au commencement annulait tout simplement les conséquences, pour la femme, de la faute originelle rappelées dans la Genèse quelques versets plus loin : À la femme, il dit : « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi. » Une fois de plus, Jésus fait abstraction du passé et comme en de multiples occasions (avec la femme samaritaine en Jean 4, avec la femme adultère, Jean 8…), il remet en route, pousse en avant, ayant pardonné au passage.

Et le mot hébreux traduit par une seule est ehad, celui-là même qui caractérise Dieu, ainsi dans la première prière juive, le shema Israël : Adonaï ehad, le Seigneur un. Pour Jésus, l'important c'est l'identité humaine de l'homme et de la femme, leur complémentarité, à l'image et à la ressemblance de Dieu. Cette union de l'homme et de la femme qui forme l'humain (l'Adam dit la Genèse) réalise l'unité qui existe en Dieu. Elle ne vient pas de l'humain, elle est proprement sacrée. Pour Jésus, la finalité du couple c'est de réaliser sur terre cet amour sacré qui vient de Dieu même : le couple est proprement le corps de Dieu en ce monde (Paul, dans son épître aux Corinthiens suit bien cette idée). La réduction de la femme à une esclave, un objet sexuel, à sa fonction de procréation, est proprement idolâtre (et Jésus le manifestera à de nombreuses occasions). Et pourtant à peine quelques années plus tard, Paul dans sa 1e Épître aux Corinthiens (ch. 11 et ch. 14…) ou encore plus dans la 1e à Timothée 2,12 – je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de faire la loi à l'homme, qu'elle garde le silence !  – manifestera son ignorance complète de cette parole si importante de Jésus. Il n'avait pas pu lire les Évangiles et on ne lui a pas tout raconté…

Déjà les sages d'Israël avaient amélioré considérablement le statut de la femme par rapport aux peuples voisins, mais Jésus par ses paroles, sa pratique calme et délibérée, en faisant abstraction de l'impureté rituelle des femmes, en leur parlant librement, en se laissant accompagner par elles, en les enseignant (Marie de Béthanie aux pieds de Jésus…), a entamé une révolution proprement anthropologique. Et quand on constate qu'il a fallu encore près de deux millénaires pour arriver à la "parité", on peut mesurer l'ampleur de cette révolution.

Le point de vue de Jésus sera enfin reconnu par l'Église, au cœur du Moyen Âge, au 4e concile du Latran en 1215, quand elle décida qu'il ne pouvait y avoir de mariage que dans la mesure où l'homme et la femme signifiaient leur consentement mutuel. Cette décision sera codifiée 6 siècles plus tard au Concile de Trente. Et cette tradition qui remonte à Jésus lui-même, si ce n'est aux auteurs de la Genèse, souvent mal suivie et parfois même bafouée, est à la racine de notre culture occidentale chrétienne. Elle imprègne notre littérature, notre droit, nos coutumes, notre manière de vivre, jusqu'à notre conception des Droits de l'Homme et… de la Femme.

Incidemment, on peut se demander pourquoi malgré ces paroles aussi limpides de Jésus concernant l'union physique, "charnelle", amoureuse, la tradition de l'Église a pu si longtemps (jusqu'à Jean-Paul II, en fait) privilégier presque uniquement la procréation comme fin du mariage, allant jusqu'à interdire toute contraception, au nom d'une prétendue loi naturelle.

Ce couple homme/femme qui forme l'humain nous semble une évidence aujourd'hui dans nos pays occidentaux de tradition chrétienne, la femme n'y est pas un sous-homme ou tirée de l'homme comme l'écrit St Paul. Mais cette évidence ne l'était surement pas au 1er siècle dans tout le monde méditerranéen, y compris en Judée et surtout pas à Rome ou à Athènes et, encore aujourd'hui, qu'en est-il dans bien des pays ?...

Cette communauté homme/femme va, par la suite, "contaminer" toute la conception des rapports sociaux en Occident. Elle n'est, en aucun cas "naturelle", il n'est que de voir la condition de la femme dans la plupart des autres civilisations de la planète.

Cette croyance révolutionnaire, totalement nouvelle, rompt la "condition" de la femme destinée à procréer, à servir ou à satisfaire la pulsion violente de l'homme, femme dont il faut alors bien cacher le corps.

Et c'est bien au nom de cette croyance que les chrétiens (avec leur hiérarchie ecclésiale) doivent s'opposer à toute marchandisation du vivant, à commencer par le corps de la femme qu'entraîneraient des pratiques comme la GPA.

Cette conception dynamite en fait toute cette tradition patriarcale qui maintient encore nombre de pays dans une dépendance qui bloque tout progrès moderne et dont l'Occident chrétien s'est libéré, source de son dynamisme culturel, intellectuel, économique…

(Ce paragraphe doit beaucoup à trois beaux livres qui m'ont marqué : Histoire des Chrétiennes, d'Élisabeth Dufourcq, Jésus le rabbin qui aimait les femmes, de Didier Long, Dieu aime-t-il les femmes ?, d'Anne Soupa).

Malgré les rodomontades, la Loi Taubira rentrera dans les mœurs, comme l'avait déjà prévu N. Bonaparte en 1804. Elle ne sera pas la dernière à modifier cette institution fondamentale qu'est la famille. En fait, cette loi permettant le mariage entre personnes homosexuelles, y compris l'adoption conséquente, fruit d'une évolution inéluctable et déjà dans les faits dans bon nombre de pays, ne serait-elle pas un leurre pour détourner les foules crédules des vraies questions (en "jouant" sur leur homophobie plus ou moins inconsciente) ? Le problème majeur auquel nous sommes déjà confrontés (en laboratoire seulement pour l'instant) c'est la manipulation du vivant, ce sont toutes les recherches sur l'embryon ou la modification du génome humain. Il est autrement plus grave, et chargé de conséquences, que les modifications de la loi sur le mariage. Ce n'est plus de civilisation qu'il est question, c'est de l'avenir de la personne.

Nous avons la chance d'avoir, en France, une institution respectée, le Comité Consultatif National d'Éthique (CCNE) qui, en dehors de toute pression, peut, et parfois doit, donner des avis. Profitons-en.

Cela dit, on peut comprendre que mettre sous le même mot de mariage l'union originelle de l'homme et de la femme et celle de deux couples du même sexe comporte un risque grave, humaniste et même civilisationnel. Mais le sens des mots évolue…

On ne peut que souhaiter, sans risque grave de se tromper, que l'Église conservera le mariage religieux comme l'union d'un homme et d'une femme, gardant la lettre et l'esprit de la Bible et de Jésus et garante d'une évolution civilisationnelle et d'un humanisme dont nous sommes, à juste titre, fiers.

Pierre Rastoin
31 Mai 2013

Publié dans Réflexions en chemin

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Flora 12/06/2013 15:29


Suite à votre réponse, commentaire n° 7, concernant l’affaire Bernheim, je suis très étonnée de votre tolérance et de votre mansuétude
quant au plagiat.


Avez-vous consulté l’article de L. de Kerimel sur la CCBF ?


Il me semble que le terme de « valeur » ait été maintes fois utilisé sur ce blog.


La probité intellectuelle ne serait-elle plus une valeur essentielle ?


Je remarque également que les pages plagiées sont extraites d’un livre contesté «Le livre ouvert 2012) » par le P.
Verlinde.


Flora


 


 


 


 


 

Robert Kaufmann 09/06/2013 00:58


Flora me surprend quelque peu en parlant d'amalgames, car les articles et commentaires entrainés étaient bien ciblés sur la loi sur le mariage et, en second lieu, sur "Mariage civil-Mariage
religieux".


Par contre, nous entrainer sur le "plagiat" du document de Benheim, en partie inspiré de documents précédents, et, quoi qu'il en soit, reconnu à peu près unanimement comme l'une des meilleures
analyse de la question, ainsi que sur les difficultés des couples et de la famille actuelles , me semblent sortir du sujet et pourraient justifier d'autres  séries d'échanges sur le
 Blog.


Concernant Bernheim, n'oublions pas que la plupart des oeuvres, littéraires, philosophiques, musicales, cinématographiques et surtout scientifiques, s'inspirent de celles qui précèdent. La
mémoire est le propre du progrès humain. On peut sans doute lui reprocher de n'avoir pas cité ses sources mais cela n'enlève rien à l'intérêt des textes.  Pour ce qui est des difficultés de
la société actuelle, nous l'avons dit : cherchons des modes d'éducation, des pédagogies, des structures, qui rendent les individus plus responsables plutôt qu'ajouter des facteurs aggravants .


Quant au soufflet qui retombe, ma chère Flora, cela se voit que vous n'étiez pas aux Invalides le 26 Mai, au milieu de cette  foule inombrable, jeune, joyeuse ,mais extrêmement déterminée.
Rassurez vous. Le soufflet est au feu et il monte.


Sans vouloir vous blesser, je ne pense pas que la plupart d'entre nous "émettent avec certitude des positions personnelles" mais, à vous lire, je crains que votre position s'est figée au départ
et que, quels que soient les arguments et la qualité de ceux qui les avancent, leurs chances de vous amener à infléchir vos positions est faible.


Robert Kaufmann

Flora 08/06/2013 19:12


J’avais décidé de ne plus réagir face à tant d’amalgames étrangers à un vrai
débat.


Cela ressemblait à un melting- pot  politico-psycho-théologo et autres expertises, en
invoquant avec certitude des positions très personnelles.  De quoi perdre son latin et ne plus savoir à quel saint se vouer…pour les causes perdues et
désespérées, St-Jude ou Ste-Rita dans le respect de la parité.


 


Je ne souhaite pas mettre de l’huile sur le feu mais cela ressemble « à l’affaire
Berheim » où les propos avancés ( Ce qu’on oublie souvent de dire )sont passés d’une surenchère catholique et médiatique pour retomber comme un vulgaire soufflé raté en
provoquant indignation,  déception et colère.


Le texte de G.Berheim sur le mariage homosexuel était un plagiat du livre du père Verlinde.
(Source www. CCBF.fr  A propos de l’affaire Berheim par Loïc de Kérimel)


Je précise pour éviter le procès d’intention: cela n’altère nullement mon attachement
au judaïsme, qu’on ne s’y méprenne pas.


 


J’aurais aimé des échanges à propos de l’évolution de la famille
d’aujourd’hui : 


-          60% des enfants naissent
hors mariage où la parentalité ne fait plus suite au mariage 


-          1 couple sur 3 divorce et
le passage fréquent pour l’enfant à une famille  re-composée


-          les abus sexuels sévissent
en majorité dans l’environnement familial


-          sens de l’adoption par le
célibataire


-          que penser de Humanae
Vitae


-          etc…


 


Flora

Le blogmestre de G&S 05/06/2013 22:03


Pierre Locher, vous avez écrit : « Pour conclure le débat »...écrit la rédactionde G&S, j'espère
que c'est un trait d'humour, car si la loi Tobira « a provoqué un véritable séisme en France », je crains que l'article de Pierre Rastoin ne provoque des répliques géologiques
...au sein de G&S. « Pour conclure le débat » ? Cela veut-il dire qu'il s'agit du point de vue de la rédaction de G&S sur le
sujet ? Pas du tout ! En tant que blogmestre, je ne prends pas partie (ce que je me réserve le droit de faire en tant que "simple" lecteur de G&S) et il n'y a
pas de pensée officielle "du parti". Si j'ai écrit cela (que j'ai d'ailleurs retiré avant que vous écriviez votre commentaire, quand j'ai vu que "ça" rebondissait) c'était parce que je pensais
qu'il était temps de " passer à autre chose ".
Je vois que ce n'est pas le cas et je suivrai le débat qui pourra renaître.
Essayons quand même de ne pas trop user de l'agressivité : les idées fortes n'en ont pas besoin pour faire leur chemin.
Bien cordialement.
Le blogmestre de G&S

Pierre Locher 05/06/2013 19:12


 


 


« Pour conclure le débat »...écrit la rédactionde G&S, j'espère que c'est un trait d'humour, car si
la loi Tobira « a provoqué un véritable séisme en France », je crains que l'article de Pierre Rastoin ne provoque des répliques géologiques ...au sein de G&S.


 


« Pour conclure le débat » ? Cela veut-il dire qu'il s'agit du
point de vue de la rédaction de G&S sur le sujet ? Si tel est le cas, il aurait été plus judicieux de le faire paraître avantle vote de la loi. Et puis, pardonnez-moi, vous donnez l'impression de tirer sur une ambulance ! Je vais y
répondre, mais sans revenir sur les arguments (dont certains sont éculés et tiennent plus des « éléments de langage gouvernementaux ») : après tout, selon la formule de Pierre
Rastoin, « la messe est dite »...


 


Ce texte me met très mal à l'aise ( je passe sur les approximations et les
contradictions), non parce qu'il défend une loi que je n'ai jamais approuvée, mais parce qu'il me semble d'une part flirter avec une conception laïciste assez répandue dans la gauche française,
d'autre part et paradoxalement sous-entendre une vision ecclésiale proche de l'aile la plus conservatrice de l'institution catholique : je m'explique.


 


Une remarque préalable (qui différencie Pierre RASTOIN des plus conservateurs de
l'institution) : je trouve assez fatigante cette propension de certains chrétiens à s'en prendre sans cesse à leur hiérarchie, le procédé est pour le moins facile pour ne pas dire infantile.
Que n'a-t-il cité des gens comme Jérôme VIGNON (Semaines Sociales), René POUJOL (Le Pélerin), Guy AURENCHE (CCFD), Jean-Pierre DENIS (La Vie), qu'il connait certainement, au moins de nom...mais
cet anticléricalisme rampant nous dit peut-être quelque chose sur une certaine complicité de fait avec une pensée assez répandue à gauche  !


La structure du texte même suggère ce résumé à peine caricatural : « le
mariage civil aux laïcs, le mariage religieux aux cathos, chacun chez soi, et les vaches seront bien gardées ! le droit et l’anthropologie donnant tort aux chrétiens qui ont lutté contre
cette loi, il leur reste ...la théologie ». Si on le comprend bien, les chrétiens n'ont pas à s'inquiéter, le mariage n'a plus le même sens ? Peu importe il leur reste le mariage
« religieux », çà devrait suffire à leur bonheur. Cette idée rejoint ce qu'écrivait au début du « conflit » une philosophe agnostique et plutôt laïciste :
« le mariage civil se révèle – à travers le mariage gay – non seulement
profondément différent, mais encore contraire à la conception religieuse du mariage soutenue par les trois grands religions monothéistes ». Et l'auteur d'ajouter que le mariage civil « nouvelle version » se montre dorénavant dans
son irréligiosité. « Depuis 1792, c'est la conception civile du mariage qui a
progressivement triomphé, qui a fait plier les conceptions religieuses : une République laïque ne va pas chercher le fondement de sa législation dans la Bible ».
On comprend un peu mieux pourquoi Pierre Rastoin sépare d'un coté le droit et
l'anthropologie, de l'autre la théologie. « Défenseurs de l'institution religieuse,
occupez-vous de vos oignons, laissez-nous faire du mariage civil un fer de lance contre les débordements religieux ».


 


Cette vision dichotomiste et refusant l'histoire entraine sur le plan
« théologique » un point de vue que je qualifie de passéiste. « Les
chrétiens n'ont pas à dicter leur loi à la société civile », a-t-on entendu répéter maintes fois lorsque cette loi était encore en projet. Repris par des personnes intérieures à l'institution, cela conduit à l'attitude d'une partie
de l'aile conservatrice de l'église catholique (qui n'a pas forcément manifesté dans les rues) : le repli sur la défensive, la constitution d'une église bastion, citadelle des
« valeurs » et le refus d'aller vers un monde jugé perverti. C'est la négation de la notion de mission et la consécration de la séparation de deux mondes qui s'ignorent. Je ne dis pas
que Pierre Rastoin appartient à cette tendance, mais qu'en privilégiant l'exclusivité du mariage religieux pour les chrétiens, en prenant pour quantité négligeable les évolutions du mariage
civil, il dénie aux chrétiens le droit d'avoir une parole sur les évolutions de la société, position conservatrice s'il en est, qui rejoint le conservatisme d'un certain
laïcisme...


 


Dieu s'intéresse aux hommes, à l'homme dans sa totalité, à tous les hommes, et pas
seulement à ceux qui fréquentent les lieux de culte ou qui se marient à l'église. Et l’évolution des lois qui régissent le « vivre ensemble » L'intéresse au plus haut point, car c'est
de l'avenir humain qu'il s'agit.


 


Pierre Locher

Guès 05/06/2013 18:39


La famille divisée, recomposée, monoparentale, faire prendre
l’habitude aux enfants de composer avec des doubles ou des triples parents sont les signes d’une société malade, d’une lente dégradation des mœurs et non d’une évolution.


Nous en sommes au mariage homosexuel. Je ne crois pas que la loi
revienne en arrière. Le mal est fait et il continuera à faire son œuvre.


La polygamie déjà reconnue par l’assistanat aux enfants, finira
par être officiellement légalisée. Rien ne s’opposait déjà au mariage entre cousins germains alors que nous savons les conséquences malheureuses que de telles unions peuvent engendrer sur les
enfants mais l’inceste sera reconnu. Pourquoi pas un mariage entre frère et sœur, entre mère et fils, entre père et fille ? De là, la pédophilie sera-t-elle toujours réprouvée et de même le
viol ? Assouvir ses pulsions sera peut-être reconnu comme un droit.


Mais, bien sûr, nous en viendrons à faire comme les animaux qui
ne s’embarrassent pas d’interdits. Si nous allons dans ce sens, les animaux tuent aussi et pas seulement pour se nourrir. Alors pourquoi ne pas légaliser le meurtre ? Nous pouvons ne plus
avoir aucun respect les uns envers les autres. Et nous laisserons l’animal prendre le dessus sur la personne humaine.


On voudrait me faire accepter une telle société déjà en
marche ! Sachez que jamais je ne l’accepterai même si je dois rester seule avec mes idées.


D’une Civilisation, je ne peux retenir que ses valeurs nouvelles
ou un perfectionnement des valeurs déjà existantes mais jamais cette dégradation qui conduit l’être humain à rétrograder en animal.


Mais un animal, ça se dresse. Alors s’il faut un fouet pour
redresser l’homme, hé bien vive le fouet !


Christiane Guès

Francine Bouichou-Orsini 05/06/2013 09:11


Je tiens à présenter une réaction rapide à l'article de Pierre Rastoin qui prétend justifier sur différents plans (juridique, anthropologique, théologique...)  le MPT avec
droit à l'enfant, sous prétexte que cette loi Taubira  "se contente d'ouvrir aux personnes du même sexe qui veulent se marier les mêmes droits qu'aux
personnes hétérosexuelles."


- Effectivement, ce serait le cas si le mariage contracté se limitait à l'union de deux adultes, libres et responsables de leur propre existence.


- Mais, s'il s'agit d'adopter un enfant très jeune (ou grâce au recours à la PMA ou la GPA), les choses sont différentes. Ici, les deux partenaires adultes outrepassent leurs
droits pour léser une autre personne. Il n'existe pas de droit à l'enfant, car l'enfant n'est pas l'objet d'un droit, alors qu'il faut reconnaître
que l'enfant est lui-même porteur de droits.


- En effet, si P. Rastoin avait daigné écouter les professionnels concernés (pédopsychiatres, psychologues et divers scientifiques),  il aurait découvert que le développement du très
jeune enfant exige, pour construire sa propre personne : la référence quotidienne à deux adultes proches hétéro-sexuels. C'est ainsi que cet enfant peut construire l'image de lui-même, accusant
alternativement sa ressemblance et sa différence avec chacun de ces deux proches. Et c'est ainsi qu'il pourra aussi  aussi construire la relation
d'altérité, fondamentale dans l'espèce humaine. Evidemment, les aléas de l'existence imposent parfois des contextes défavorables... Mais ce n'est pas une raison suffisante pour
multiplier arbitrairement ces cas !

Robert Kaufmann 05/06/2013 01:46


Quels que soient les sentiments soulevés par le long commentaire de l'auteur, celui-ci a pour le moins le mérite de resituer l'événement dans le contexte de son déroulement historique, en
rappelant quelques étapes clés depuis la Révolution.


Ceci étant, je pense que le séïsme évoqué n'est pas près de retomber pour plusieurs raisons. La première est qu'il ne marque pas une secousse portée par un complément, une adaptation, une
amélioration, dans la nature des choses mais par la remise en cause de celle-ci à partir d'une idéologie, contestée par la grande majorité des professionnels en charge de la psychologie et de la
construction de l'identité de l'enfant. Voir ce qu'en dit Francine Bouichou.  


S'il a provoqué le plus grand rassemblement populaire depuis 30 ans au cours de ces 3 dimanches "historiques", ce n'est pas à cause de l"ambiguité née en 1792 entre mariages religieux et civils",
dont la plupart se contre-fichent; ni par fondalisme religieux ou homophobie, comme les tenants de la loi voudraient le faire croire.  J'y vois plutôt un sursaut d'instinct de survie d'une
civilisation malade, notamment à travers le très grand nombre de participants jeunes. 


Les Chefs religieux s"engoufrent dans l'anthropologie, en négligeant la théologie ?  Pierre est bien trop intelligent pour ne pas comprendre que s'ils s'étaient placés sur un plan
théologique, cela aurait été contre-productif car uniquement orienté vers les croyants pratiquants et en donnant des arguments supplémentaires à ceux qui s'empressent d'assimiler les manifestants
à des "Catholiques ou des Juifs traditionnalistes"....


LE DROIT :  Les parents; les enfants, la famille. Cellule de base de la plupart des Sociétés, comme on a coutume de le dire. Voilà donc bien un sujet de SOCIÉTÉ et non un débat politicien.
Puisque c'était une promesse éléctorale du candidat, (qui est opposé au mariage pour ce qui le concerne personnellement. Que ne promet-on pas pour ratisser large?..) c'était l'occasion rêvée pour
un reférandum. Pour le moins l'avis du Conseil Economique et Social ? Balayés d'un revers de main. On aurait pu également prévoir de donner liberté de vote aux parlementaires sur un sujet comme
celui-là. On a voulu passer en force en l'instrumentalisant en question politique Gauche/Droite et en appelant à la discipline de vote des partis.              
                                                       
"Cela n'enlève rien au mariage civil"?...La question ne se situe pas là.  Il s'git des enfants.    "La procédure d'agréement dans l'intérêt de l'enfant" ?.. Mais qui va arbitrer?un
fonctionnaire Lambda en fonction de son idéologie ou des consignes politiques ? Le Syndicat de la Magistrature nous a montré l'objectivité qu'on peut en attendre. 


Contrairement à l'auteur qui voit les choses "entrer dans les moeurs"; "évolution inéluctable", j'oserais une prophétie : la loi Taubira mourra de sa belle mort sur l'autel de la politique sur
lequel elle a été créée. Car il n'est pas douteux que ce sujet va devenir un enjeu politique important lors des prochaines échéances électorales où la Gauche aura tout à y perdre car nombreux
seront les électeurs de Gauche qui s'abstiendront de leur vôte traditionnel et, malheureusement, ce nouveau clivage créé introduit une nouvelle valeur commune entre l'Extrême Droite et la Droite
modérée, qui s'en serait bien passée.                                            
                                                 Je pense que la loi
sur le mariage et la famille sera rétablie et que l'on adoptera, comme dans la plupart des pays voisins, un texte sur une UNION CIVILE entre 2 hommes ou 2 femmes. Ce qui, d'ailleurs, a été
proposé par certains partis d'opposition et rejeté par l'Exécutif. Ce qui démontre bien que la finalité recherchée n'est pas le mariage homosexuel mais le droit à l'enfant.


L'ANTHROPOLOGIE :  Le Logo "peu réaliste" des manifestants, compte tenu de la situation actuelle : familles divisées, recomposées, monoparentales....          
                La remarque est juste, du moins concernant notre société, malade de son individualisme, de sa recherche de plaisir immédiat,d'une certaine
fuite des responsabilités personnelles. Mais à qui fera t-on croire que les enfants-futurs-adultes élevés par 2 hommes ou 2 femmes (inter-changeables ?) seront mieux armés pour la vie, plus
équilibrés, plus épanouis ?...


Pour ce qui est de la THÉOLOGIE, bien que l'auteur se dit à tort béotien en la matière, nous pourrions plus facilement trouver des points d'accord. Notamment que ça ne change rien aux mariage
religieux; sinon, comme il est dit, de revenir aux textes fondateurs...N'a t-on pas parlé de Fondamentalisme quelque part ?.......


Robert Kaufmann