Manifeste de théologiens germanophones

Publié le par G&S

Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a publié le 3 février 2011
un manifeste signé par près de la moitié des 400 professeurs de théologie catholique
enseignant dans les universités allemandes 1.

Le texte, dont nous publions de larges extraits
(les coupures sont indiquées par […])
car il nous paraît important,
commence par analyser le scandale des prêtres pédophiles
– point sur lequel nous ne revenons pas –
qui a bouleversé l’Allemagne et est à l’origine
d’une grave crise de confiance envers l’Église romaine.

Cet appel à un dialogue ouvert sur les structures de pouvoir et de communication, sur la forme des ministères et la participation des fidèles à la responsabilité ecclésiale, ainsi que sur la morale et la sexualité, a suscité des attentes, mais aussi des inquiétudes. Va-t-on, par attentisme et minimisation de la crise, laisser passer ce qui est peut-être la dernière chance de s’arracher à la paralysie et à la résignation ? Le tumulte que peut susciter un dialogue ouvert et sans tabous peut inquiéter certains, surtout à quelques mois d’une visite papale [qui aura lieu en septembre 2011]. Mais l’autre solution, un silence de mort qui serait la conséquence d’un anéantissement de tous les espoirs, n’est pas acceptable.

La crise profonde que traverse notre Église exige de traiter aussi les problèmes qui ne paraissent pas au premier abord directement liés au scandale des abus sexuels et à leur étouffement durant des décennies. […] 2011 doit être l’année du renouveau pour l'Église. Il n'y a jamais eu autant de chrétiens qui sont sortis de l'Église catholique que l'année dernière 2 ; ils refusent de suivre la hiérarchie de l’Église ou bien entendent vivre leur foi dans la sphère privée afin de la protéger de l'institution. L'Église doit comprendre ces signes et s’extraire elle-même de certaines structures sclérosées afin de regagner sa crédibilité et une nouvelle vitalité.

La rénovation de structures ecclésiales n’aboutira pas si l’Église s’isole et a peur la société. La rénovation ne pourra se faire que si l’Église a le courage de l’autocritique et si elle accepte d’être critiquée, même de l'extérieur. […] L'Église ne peut regagner la confiance qu’elle a perdue que par une communication ouverte. L’Église ne sera crédible que si l’image qu’on a d’elle à l’extérieur ne diverge pas trop de celle qu'elle a d’elle-même. Nous nous adressons à tous ceux qui n'ont pas encore abandonné l'espoir d'un nouveau départ pour l'Église et qui s'engagent dans ce but. Nous voulons saisir les signes de renouveau et de dialogue qui ont été émis ces derniers mois par quelques évêques dans des discours, des homélies ou des interviews.

L'Église n'est pas en elle-même un but. Elle a pour mission d'annoncer Jésus-Christ, le Dieu libérateur et aimant, à tous les êtres humains. Elle ne peut remplir cette mission que si elle est elle-même un lieu et un témoin crédible du message libérateur de l'Évangile. Ses paroles et ses actions, ses règles et ses structures – toute sa relation avec les hommes à l'intérieur et à l'extérieur de l'Église – sont soumises à l'exigence de reconnaissance et de promotion de la liberté de l'homme comme créature de Dieu. Le respect inconditionnel de toute personne, l’égard pour la liberté de conscience, l'engagement pour le droit et la justice, la solidarité avec les pauvres et les opprimés : ce sont là des principes théologiques essentiels qui découlent de l’Évangile et que l’Église doit s’obliger à suivre. C’est à travers eux que l'amour de Dieu et du prochain deviennent concrets.

Le rapport différencié à la société moderne découle du message libérateur de la Bible : sous de nombreux aspects, la société est en avance sur l'Église, lorsqu'il s'agit de la reconnaissance des libertés. L'Église peut en tirer des leçons, comme l'a souligné le concile Vatican II. Sous d’autres aspects, la critique de cette société selon l'esprit de l'Évangile est incontournable, par exemple lorsque les êtres humains sont jugés selon leurs performances, lorsque la solidarité mutuelle se délite ou lorsque la dignité de l'homme est méprisée.

[…] Les défis concrets que doit relever l'Église ne sont pas nouveaux. Pourtant, on a du mal à voir advenir les réformes préparant l’avenir. Le dialogue ouvert à propos de ces réformes doit être mené dans les domaines d’action suivants :

1. Structures participatives

Dans tous les champs de la vie ecclésiale, la participation des fidèles est une pierre de touche de la crédibilité du message libérateur de l'Évangile. Selon un vieux principe juridique, « ce qui concerne tout le monde doit être décidé par tout le monde » : il faut donc plus de structures synodales à tous les niveaux de l'Église. Les fidèles doivent participer aux nominations des principaux ministres (évêque, curé). Ce qui peut être décidé localement doit être décidé localement. Et les décisions doivent être transparentes.

2. Paroisse

Les paroisses chrétiennes doivent être des lieux dans lesquels l’on partage des biens matériels et spirituels. Mais la vie paroissiale est en train de s’éroder. Sous la pression du manque de prêtres, on met en place des unités administratives de plus en plus grandes – des paroisses XXL – dans lesquels la proximité et l'appartenance peuvent à peine être ressenties. Les identités historiques et les réseaux de sociabilité construits au cours du temps sont abandonnés. Les prêtres […] s’épuisent. Si on ne leur fait pas confiance, les fidèles ne se décident pas à participer aux responsabilités et à prendre leur place au sein de structures plus démocratiques de direction de leur communauté. Le ministère ecclésial doit servir la vie de la paroisse, et pas l'inverse. L'Église a aussi besoin d’hommes mariés et de femmes aux ministères ecclésiaux.

3. Culture du droit

La reconnaissance de la dignité et de la liberté de chacun se manifeste particulièrement lorsque des conflits sont gérés de manière juste et dans le respect réciproque. Le droit de l’Église ne mérite d’être appelé « droit » que si les fidèles peuvent effectivement faire valoir les leurs. […]

4. Liberté de conscience

Respecter la conscience individuelle, cela veut dire croire à la capacité de l’homme à être responsable et à décider lui-même. Soutenir cette faculté est un des devoirs de l'Église ; mais ce soutien ne doit pas se transformer en paternalisme. Cette question devient très concrète lorsqu’on aborde les grands choix de vie des personnes et leurs modes de vie […]

5. Réconciliation

La solidarité avec les pécheurs suppose de prendre au sérieux le péché qui existe aussi dans nos propres rangs. Le rigorisme moral péremptoire ne sied pas à l'Église. L'Église ne peut pas prêcher la réconciliation avec Dieu si elle ne fait pas elle-même en sorte de créer les conditions d'une réconciliation avec ceux envers qui elle s'est rendue coupable par la violence, par le refus du droit, et par le renversement du message libérateur de la Bible en une morale rigoriste et impitoyable.

6. Le culte

La liturgie vit de la participation active de tous les fidèles. Les expériences et les formes d'expression contemporaines doivent y trouver leur place. Le culte ne doit pas se figer en traditionalisme. La diversité culturelle enrichit la vie cultuelle et cette diversité n’est pas compatible avec la tendance au centralisme unificateur. Le message porté par l’Église ne touchera les gens que si la fête de la foi prend en compte la vie concrète des fidèles.

Le processus de dialogue qui s’ouvre aujourd’hui dans l’Église peut conduire à la libération et au renouveau si tous les participants sont prêts à traiter ces questions pressantes. Il s'agit, par l'échange libre et honnête d'arguments, de rechercher des solutions qui tirent l'Église de cette obsession d’elle-même qui la paralyse.

Il n’est pas question que le calme suive la tempête de l’année dernière ! Dans la situation actuelle, ce calme pourrait être mortel. La peur n'a jamais été bonne conseillère en temps de crise. L'Évangile invite les chrétien(ne)s à affronter l'avenir avec courage en gardant à l’esprit les paroles de Jésus lorsque Pierre a été invité à marcher sur l’eau : « Homme de peu de foi, pourquoi doutes-tu ? » […]

Mise en forme d’Albert Olivier

1 – La traduction de ce texte a été effectuée par Jérôme Anciberro pour le service Religion du journal Témoignage Chrétien : elle n'a rien d'officiel.

2 – D’après les affiliations fiscales spécifiques aux religions : 121.155 en 2008 pour une “population catholique” de 25 millions (soit 0,5 %), mais s’ajoutant aux 84.389 de 2006 et 93.667 de 2007…

Publié dans Signes des temps

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Sophianne 06/03/2011 18:16



5. Réconciliation


La solidarité avec les pécheurs suppose de prendre au sérieux le péché qui existe aussi dans nos propres rangs. Le rigorisme moral péremptoire ne sied pas à l'Église. L'Église ne peut pas prêcher
la réconciliation avec Dieu si elle ne fait pas elle-même en sorte de créer les conditions d'une réconciliation avec ceux envers qui elle s'est rendue coupable par la violence, par le refus du
droit, et par le renversement du message libérateur de la Bible en une morale rigoriste et impitoyable.


6. Le culte


R : Tout d'abord le croyant ne se sent pas responsable des débordements outrageants du clergé. Au contraire il se sent offensé dans sa foi, trahis même, et plutôt que de courir le risque d'être
embrigadé dans une secte romaine qui n'a plus rien à voir avec ce que le Christ a annoncé, il préfère aller de son pas dans les pas du Christ en toute confiance alors.


Quand le Vatican fera amende honorable de toutes ses erreurs et ses "péchés" on verra (peut-être) revenir les croyants à l'église, mais rien n'est plus improbable.


I l ne suffit pas de demander verbalement pardon devant la foule, ce serait une formalité sans valeur, il importe que l'église répare ses fautes, qu'elle se fasse pardonner par des actes en
accord avec le contexte de la société actuelle. La confiance est un sentiment qui met longtemps à germer, mais qui se brise définitivement en très peu de temps; ensuite la barrière du doute
empêche la confiance de renaître.


Il ne faut pas se voiler la face, ce n'est pas avec des discours mielleux et une rhétorique impopulaire et incompréhensible aux oreilles des populations que l'église redeviendra crédible.


Jésus a prêché la pauvreté et l'a pratiqué lui-même. Comment le clergé pourrait être respecté alors qu'il se comporte tout à fait à l'opposé de la vie du christ, il ne prêche pas par l'exemple,
et l'exemple vient d'en haut dit-on!
.... etc...

Quant à ses discours, ils étaient prononcés dans la forme populaire de l'époque et non dans un phrasé qui ne peut appartenir qu'aux énarques ou aux diplômés de hautes
études


Amitiés, Sophianne