Lettre des évêques de France au Pape Benoît XVI

Publié le par G&S

Très Saint Père,

Conference-eveques-France.jpgRéunis à Lourdes pour notre Assemblée plénière de printemps, nous vous adressons un cordial message de soutien dans la période difficile que traverse notre Église. Nous avons pris connaissance de votre lettre aux catholiques irlandais et nous comprenons qu’elle est aussi porteuse d’un appel aux autres pays. Nous avons confirmé les dispositions prises par notre Conférence, il y a maintenant dix ans et nous continuons d’exercer notre vigilance.

Nous éprouvons tous honte et regrets devant les actes abominables perpétrés par certains prêtres et religieux. Nous nous associons à vos paroles fortes destinées aux victimes de ces crimes. Ceux qui ont commis ces actes défigurent notre Église, blessent les communautés chrétiennes et étendent la suspicion sur tous les membres du clergé. Même si ces actes ne sont le fait que d’un très petit nombre de prêtres - et c’est déjà trop - ceux qui vivent avec joie et fidélité leur engagement au service de l’Église sont aussi atteints dans la communion du presbyterium.

Nous constatons aussi que ces faits inadmissibles sont utilisés dans une campagne pour s’attaquer à votre personne et à votre mission au service du corps ecclésial. Nous souffrons tous de ces procédés indignes et nous tenons à vous dire que nous portons avec vous la peine que provoquent les calomnies qui vous visent et nous vous renouvelons l’expression de notre communion et de notre soutien.

En cette année du Sacerdoce et au moment où nous allons entrer dans la Semaine Sainte et célébrer la messe chrismale, nous voulons renouveler notre confiance à nos prêtres. Nous les encourageons dans leur fidélité au don qu’ils ont reçu et à la mission que leur a confiée le Christ dans son Église.

Fidèles à l’engagement de notre consécration épiscopale, nous vous disons encore notre respectueux et fraternel attachement ainsi que notre prière constante pour vous et nous demandons pour nous, les prêtres, les diacres et les fidèles, votre bénédiction.

Les évêques de France
Lourdes, vendredi 26 mars 2010

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OLIVIER 28/03/2010 23:29




La lettre des évêques de France au pape est “normale”, c’est à dire conforme aux modes de fonctionnement actuels de l’Église
romaine totalement pyramidale. Les évêques ne sont plus, comme au temps de saint Ambroise et de saint Augustin, l’émanation de la communauté des fidèles (ce “peuple de Dieu”,
proclamé par le premier pape (1P 2,9)  : «… sacerdoce royal, nation sainte, peuple acquis à Dieu en vue d’annoncer les puissances de Celui qui (nous) a appelés …» ; ils sont nommés
comme des courroies de transmission du pouvoir central. Il est donc “normal” qu’ils défendent leur “patron”, qui a, reconnaissons-le, une mission difficile dans notre monde chaotique, et qui
n'est toujours attaqué de façon juste et équitable. Les problèmes présents de l’Église ne dépendent d’ailleurs pas de la seule personnalité d’un seul homme qui —quels que soient ses mérites,
reste faillible (saint Pierre, premier dans la fonction, l’a été face à Jésus et à Paul)— c’est un système de gouvernance qui est principalement en cause.


 


Rien à redire donc, ou presque, dans ce soutien appuyé à Benoît XVI : si ce n’est que, tant qu’à être courroies de transmission, on aimerait que les
évêques le soient aussi dans l’autre sens, c’est à dire qu’ils sachent et osent faire remonter clairement à l’autorité les troubles, les doutes, les souffrances des fidèles tels qu’ils sont
largement apparus dans la crise (les crises ?) récentes, et que le monde ecclésiastique attribue un peu trop facilement aux seuls méfaits de la “sécularisation”. Celle-ci devient un prétexte à
rejeter le monde tel qu’il est et à s'autosatisfaire. Le risque pour l’annonce de l’Évangile, c’est que ces affaires douloureuses, et parfois scandaleuses, survenues depuis 15 mois, passent à la
trappe de l’oubli, comme s’il ne s’était rien passé, comme si cela n’avait aucune importance pour l’avénement du Royaume. Pourtant, nous n’en finissons pas de payer des erreurs de jugement
passées : compromissions avec des pouvoirs injustes depuis l’Ancien Régime jusqu’au Chili des années Pinochet, ratage de la classe ouvrière au XIXe siècle, crise moderniste pas résolue au fond et
qui pèse lourd sur la vie intellectuelle catholique, etc. Qui a dit que l’Église restait toujours “reformanda” ? N'est-ce pas un vœux pieux ?


 


Albert OLIVIER