Les herbes folles

Publié le par G&S

d’Alain Resnais

Film étonnant, déroutant, que ce film d’Alain Resnais, qui mérite bien son titre : « Les herbes folles ». Alain Resnais a toujours été attentif à la destinée de chaque être dans ce qu’elle a de curieux, d’inattendu, souvent de bizarre. Il est ainsi amené à faire grande place au hasard, aux destins singuliers, à la solitude de beaucoup, au jeu entre le réel et l’imaginaire. C’était déjà le cas de son film précédent « Cœurs », en 2006. Ce n’est pas par hasard qu’un de ses films s’appelait : « La vie est un roman » (1983). On reste dans la tradition surréaliste.

Il adapte cette année un roman de Christian Gailly qui s’appelle justement « L’incident », et qu’il suit fidèlement. À partir d’un incident banal, le vol d’un sac dans une rue de Paris, va se déclencher toute une histoire rocambolesque, et aussi une histoire d’amour. Et le tout est enlevé comme une comédie, mais dont la légèreté et le brio cachent une gravité certaine : chacun est aux prises avec la difficulté d’être soi-même, d’entrer en relation vraie avec les autres. Les nombreuses pirouettes, y compris à la fin celles d’un planeur, survolent sans l’endiguer le caractère tragique et douloureux de la vie.

Le charme du film réside dans le talent extrême que garde un magicien de 87 ans. Alain Resnais est plus que jamais un prodigieux directeur d’acteurs, qui fait réaliser des prouesses à André Dussolier, Sabine Azéma et Matthieu Amalric. Les images (dues au grand chef opérateur Éric Gautier), les couleurs, la mise en scène sont très souvent d’une grande beauté. Un film qui commence en douceur, de manière presque banale, mais qui entraîne loin, et qu’on n’oublie pas.

Jacques Lefur

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