Le temps de la Pâque du Christ

Publié le par G&S

La liturgie chrétienne nous fait entrer dans le temps de la Pâque du Christ. Cette commémoration constitue le cœur de la foi chrétienne. Nous ne fêtons pas à Pâques le couronnement triomphal de la carrière d’un chef religieux. Nous nous remémorons un passage, c’est-à-dire une précarité, un mouvement, une itinérance. La Pâque juive devait être célébrée debout, le bâton à la main, pour rappeler que l’identité humaine fondamentale réside dans l’Exode.

Le philosophe Emmanuel Levinas faisait remarquer qu’il y a deux grandes conceptions du temps de l’existence humaine : la “païenne” symbolisée par l’Odyssée d’Homère où Ulysse, après bien des pérégrinations revient au point de départ. Le voyage aura été une aventure après laquelle on revient chez soi, à son “corps d’origine”. L’autre pensée de l’existence est celle d’Abraham qui partit définitivement de chez lui pour un pays qu’il ne connaissait pas. Et l’Exode illustrera cette pérégrination où il faut sans cesse se libérer de la fascination des idoles qui fait de nous des sédentaires pour entrer dans la vérité nomade de l’épreuve du désert.

Le temps du Passant invite à l’arrachement hors des sécurités premières symbolisées par l’esclavage des Hébreux en Égypte et l’appel à “avancer en eau profonde ”, celle de ces Mers Rouges d’où l’on rejaillit vivant. Itinéraire jamais achevé, toujours à reprendre, où ne cessent d’apparaître les “Veaux d’or”. Itinéraire où la “manne” nourrissante est un étonnement de chaque matin (de l’hébreu mannou qui signifie qu’est-ce que c’est ?) et ne sauraBaudiquey.gifit être capitalisée sous peine de pourrir.

L’événement fondateur de Pâques consiste à vivre la sortie des contrées étouffantes où l’on passe sa vie à construire des sécurités pour que finalement il ne se “passe” rien. La lumière des matins de Pâques luit désormais par-delà nos ruines, nos échecs, nos déceptions. Non comme une pieuse et vaine consolation, mais comme l’éclatement fécond de ce qui paraissait l’évidence du monde. Elle éclaire cette histoire mystérieuse de la vie, qui, en dépit de tout, sait perpétuellement rebondir. Cette lumière ne cesse de surgir au cœur de nos désarrois, comme Rembrandt a su le peindre, avec ferveur, dans son tableau Les pèlerins d’Emmaüs qui inspire à Paul Baudiquey l’écriture de ces lignes :

« Le lieu précis de la blessure devient celui de la présence : Dieu s’y offre à nous à travers des présences aussi réelles, aussi fragiles, aussi incontournables que vous et moi. Nous nous offrons à lui, à condition d’être là, simplement, offert nu à toute rencontre. Alors il y aura, RÉSURRECTION » 1.

Bernard Ginisty

1 – Paul Baudiquey : Pleins signes, Éditions du Cerf, 1986, page 256.

Publié dans Réflexions en chemin

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