Le saint et le sacré

Publié le par G&S

Les quelques lignes que je vous propose sont essentiellement
inspirées de Joseph Moingt 1, et de Marc-Alain Ouaknin 2,
dans leur livre commun 3 La plus belle histoire de Dieu. 4

(Les phrases empruntées aux livres – hors celles de la Bible – sont indiquées en italique).

Dans le langage courant actuel, et en particulier dans la tradition chrétienne qui nous intéresse ici, on confond couramment le saint et le sacré, l’Homme et le Temple ; on parlera indistinctement des textes saints ou sacrés ; on dira la sainte Bible, la sainte Église, le saint Office, mais on dira le Sacré Cœur de Jésus, la consécration, et même – en cumulant les notions ! – le Saint Sacrement.

D’aucuns affirment volontiers que les notions de sainteté et de sacralité recouvrent le même concept. Après d’autres, je conteste cette confusion ; les deux termes s’appliquent à des réalités différentes et pas aux mêmes catégories, ni aux mêmes circonstances. C’est à mon sens, une facilité regrettable 5 qui nous éloigne de la profondeur et de la raison d’être du message de Jésus.

 

Le sacré

La plus belle histoire de DieuLe sacré est une notion qui vient du fond des temps : là où il y a trace d’homme, il y a trace d’un culte, d’abord des morts, puis de quelque chose de supérieur, d’éloigné, de structurant, à quoi on donne la qualification de sacré. Pour simplifier, on l’appellera Dieu.

Le sacré se rattache à un mythe 6 fondateur du groupe. Le mythe est une parole fondatrice d’identité. Celui qui y adhère est emporté dans une dynamique qui le structure. Le sacré implique la notion d’allégeance : il faut  se ménager les bonnes grâces de Dieu, avec qui en quelque sorte on (soi-même ou la Cité) passe un contrat. Ce contrat contient des règles à appliquer pour le satisfaire. Au plan social, ce Dieu et ces règles constituent un mode du « vivre ensemble». Le sacré est en quelque sorte le support du lien social, lequel lien social est la religion. Lorsque cette religion s’institutionnalise, elle fait émerger soit une caste de prêtres, soit une Église avec des prêtres ; l’institution est alors garante de la mise en œuvre de ces règles, en assure le contrôle et donc éventuellement la sanction. 7

De l’allégeance, on est passé à l’alliance, qui donne aux hommes ou au peuple un statut plus élevé (en quelque sorte, les hommes et le peuple ont la possibilité de s’inscrire dans l’alliance ou de la refuser ; ils acquièrent ainsi une responsabilité dans leur destin. Cette responsabilité de soi fait agir dans le sens escompté).

Le judaïsme est une religion de l’acte, non de la foi. C’est l’action qui relie l’homme à Dieu, et chaque action, si insignifiante soit-elle, est orientée vers le divin. Pour les juifs, de l’attitude religieuse tournée vers l’acte émerge la Loi rituelle.

On voit parfaitement comment la religion juive est une religion du sacré.

Le sacré fige ; il instaure des pratiques définies par un rituel dont le propre de l’alliance sera de ne pas les changer. Tout ce qui peut modifier les pratiques est suspect et attentatoire à Dieu. Pour beaucoup, on trouve Dieu dans le culte et les cérémonies religieuses et nulle part ailleurs.

Ainsi le Temple est sacré, les rituels et les objets du culte sont sacrés. Rien ne saurait apporter une modification dans ce qui est, qui était et donc sera.

 

Jésus nous appelle au dépassement du sacré

Puis Dieu envoie son fils Jésus, lequel par sa vie et son enseignement, apporte un éclairage nouveau : Jésus montre la voie du dépassement du sacré.

Certes, la religion est l’expression publique et sociale de la foi. Elle donne des repères et des assurances. Elle résulte aussi, bien souvent, de la peur. Jésus nous enseigne le dépassement toujours nécessaire des religions. Lorsqu’il dit qu’il est venu non pour abolir la Loi mais pour l’accomplir 8, il ne signifie pas qu’il veut être encore plus légaliste ; sans doute n’évoque–t-il pas les 613 préceptes énumérés dans le Lévitique et le Deutéronome, mais il demande à ses interlocuteurs : « que votre justice dépasse celle des scribes et des pharisiens » 9 ; c’est la mise en œuvre de l’amour du prochain, déjà contenu dans la Loi mosaïque mais embourbé justement dans ces principes légalistes. Il en fera la source, le centre, l’objectif de ceux qui se lèvent, le suivent, et le suivront.

Lors de son procès, les motifs mis en avant par les évangélistes relèvent bien du sacrilège, c'est-à-dire de la rupture avec le sacré :

Quelques exemples parmi les positions les plus éclatantes de Jésus :

Jésus se substitue au Temple qui n’est plus le lieu attitré de la prière… rôle essentiel au moment du procès, véritable blasphème… « Je démolirai ce temple et je le rebâtirai en 3 jours »

De la même façon, les quatre 10tentations de Jésus sont les récits au cours desquels Jésus doit solliciter Dieu en réclamant du pouvoir – si tu es fils de Dieu, tu peux… – ou en trahissant de façon frontale la Loi judaïque sur l’adultère : on attend de voir quel positionnement il va adopter, et s’il sera ou non, fidèle à la Loi.

Encore, lors des nombreuses interventions de Jésus le jour du shabbat, Jésus doit poser la question qui fera rupture : « le shabbat est-il fait pour l’homme ou l’homme pour le shabbat ? » Le souci de l’homme est plus fort que la Loi du shabbat. Et les préceptes de pureté, la cacherout, (nourriture, repas pris avec des païens…) sont laissés de côté par Jésus.

Autre controverse : qui peut parler au nom de Dieu ? « on vous a dit… moi, je vous dis… » Jésus provoque les docteurs de la Loi. Des exemples du retournement réalisé par Jésus, il y en a tout au long des Évangiles. En particulier, celui de Matthieu (dont l’exégèse dit qu’il a été écrit pour convaincre les juifs) ne cesse de mettre les juifs en face de leurs contradictions : ainsi le chapitre 22 : « malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites… » ; et face à leur aveuglement (chapitre. 25) : « j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger. »

Dans le procès et la mort de Jésus, je vois une sortie de Dieu hors de la religion, et une entrée de Dieu dans le monde profane des hommes. La bonne nouvelle : Dieu sort de l’enceinte du sacré où Il était enfermé… On ne se met plus en relation avec lui uniquement par des sacrifices ou l’obéissance à ses lois, dans des lieux prévus à cet effet 11. Dieu nous libère du poids de la religion et du sacré, avec toutes les terreurs  qui y sont liées, et les servitudes qui en découlent.

 

Jésus nous appelle à la sainteté

Ainsi, Jésus nous appelle à ne pas tomber dans le piège du sacré. Jésus nous appelle à la sainteté, c'est-à-dire à la Vérité de l’amour. La sainteté est une qualité intérieure et personnelle : personne ne peut être saint à la place de l’autre. Chacun a des comptes à rendre sur sa propre sainteté. La quête du Dieu de Jésus, ou du Dieu-Jésus  est intime et unique.

La nouveauté chrétienne, c’est que le salut se fait dans la vie profane. Il ne dépend pas du respect des innombrables préceptes mais du service rendu à son prochain…. Ce message de salut est universel puisqu’il n’est lié à aucun culte  et qu’il ne rejette personne du salut.

C’est la réponse de Jésus à la question : quel est le plus grand commandement ? 

Matthieu22,36-40 : « Tu aimeras le Seigneur… Tu aimeras ton prochain comme toi-même : de ces deux commandements dépendent la Loi et les prophètes. » L’amour du prochain est déclaré le même que l’amour de Dieu, et il n’y a rien au dessus de ce commandement, et il n’y a pas de précepte concernant un culte spécifique à rendre à Dieu.

 (Les Églises) ne sauvent pas les hommes avec leurs cultes et leurs rites : elles les sauvent dans la mesure où elles apprennent aux hommes à chercher Dieu et à aimer leur prochain. C’est cette voie qui est salvatrice et elle implique donc... une désacralisation .Ce ne sont pas les religions qui sauvent, mais l’amour et la justice qu’elles mettent en œuvre, et qu’elles incitent à mettre en œuvre (et parfois elles ne le font pas, ou elles détournent le sens du message).

La désacralisation du monde des religions et l’amour du prochain sont donc les 2 faces indivisibles du message de Jésus…

La sainteté, selon Jésus, c’est l’inverse du sacré qui délimite, et qui éloigne ce et ceux qui sont « hors normes » dans tous les domaines de la vie ; c’est un projet également possible pour chacun, car « il n’y a plus ni grec ni juif, ni homme ni femme, ni maître ni esclave. »

Dans la Genèse, Dieu cherche Adam « où es-tu ? ». De même, Jésus lance un appel ; et chacun, en vivant  le message, peut s’affranchir du poids de son péché, pour acquérir plus d’ouverture aux autres, plus d’esprit de paix et inaugurer une vie nouvelle ; en fin de compte, celui que Jésus trouve et qui trouve Jésus y gagne plus de liberté et de bonté. C’est un saint. Certes, il ne fait pas forcément des miracles, il n’est pas forcément un exemple de vertu, mais il prend le risque de s’inscrire dans les pas de Jésus (cf. la parabole des talents ou l’éloge du risque) et à ce titre, il est accueilli dans le Royaume. Ici-bas et dans le Ciel. Le voici dans la communion des saints.
 

Deux évocations pour conclure

Le sage du Temple de Pharaon avait initié le jeune Her-Bak pour qu’il lui succède. Il lui a enseigné les secrets des astres, des lettres, du cœur de l’homme et des signes des Dieux. Ceci étant fait, « Le sage posa les mains sur la tête de son disciple : Ô Her-Bak, tu es le temple dans lequel repose toute la vie. Éveille cette vie. Ensuite laisse s’écrouler le Temple. 12 » 13

Pas très loin… sur la terre des hébreux :

« 613 commandements furent révélés à Moïse sur le Sinaï ; vint David qui les réduisit à 11 (Psaume 15). Puis Isaïe les réduisit à 6 (Isaïe 22, 15-16) puis Michée à 3 (Michée 6,8) et quand vint Amos il les ramena à un seul :« Ainsi parle le Seigneur : cherchez moi et vivez » 14

Le Temple de Dieu, c’est l’Homme. Depuis Jésus, L’Homme est le lieu sacré où Dieu s’invite, où il est accueilli ; l’Homme en est le signe vivant.

o O o

P.S. 1 : il serait intéressant de se pencher sur ce qui fait que les Églises ont si souvent écarté l’homme de ce lien direct avec Dieu qui fait éclore la Liberté, et qui met l’accent sur la relation entre les hommes-frères. La théologie, au lieu de garder ce Dieu très lié au monde et à l’histoire humaine, n’a pas évité de l’en abstraire et de le projeter dans des hauteurs célestes inatteignables.

P.S. 2 : pourquoi parle-t-on de consécration eucharistique ? Certes, il s’agit de la reconnaissance publique que le pain fait mémoire du corps du Christ et le vin du sang du Christ. Et il s’agit précisément de passer (à l’inverse du Christ lui-même fils de Dieu fait homme) du profane au sacré. Au pain et vin bien « ordinaires », il s’agit de donner un sens, une réalité au-dessus du commun. Attention ! ce ne sont pas des paroles exactement et justement prononcées qui nous re-conduisent à La Cène ; c’est la foi qui est dans nos cœurs et qui ne s’exprime pas (comme le ferait un magicien au cirque : abracadabra…) par un rituel de mots, mais par une conversion, chaque fois renouvelée, du prêtre et des fidèles, qui les re-suscite dans le message du Christ.

Danielle Nizieux

1 – Jésuite, théologien.

2 – Rabbin et philosophe.

3 – Avec Jean Bottéro, assyriologue.

4 – Éditions du Seuil, collection Points.

5 – Entretenue par les Institutions ecclésiales.

6 – Mythique ne signifie pas dépourvu de toute véracité. Un mythe n’est pas forcément une pure invention  sans fondement historique.

7 – Rappelons-nous qu’au début des temps historiques, il y avait confusion entre le roi et le grand prêtre (ex : les pharaons) et que le système dit du césaro-papisme, encore en vigueur jusqu’à récemment dans les pays orthodoxes, n’est pas si loin de ce système.

8 – Matthieu 5, 17

9 – Matthieu 5, 20

10 – La 4e tentation est celle du récit de la femme adultère, où le problème de la lapidation relève non d’une posture par rapport au sexe, mais bien du positionnement de Jésus par rapport à la Loi sur l’adultère.

11 – « Bientôt viendra le temps où on n’adorera plus au Temple où sur la Montagne (sacrée de Samarie, le mont Garizim) mais en esprit et en vérité » : c’est le déterminant récit de la samaritaine

12 – J’ai traduit par la vie, l’expression de l’ancienne Égypte le neter des neter : le neter est le principe agissant en propre, d’une loi, d’une fonction, d’un homme, d’une ville etc.

13 – Isha Schwaller de Lubicz, Her-Bak disciple, éditions Flammarion, coll. Champs

14 – Extraits du Talmud (transcription des commentaires oraux de la Torah) sur la Loi.

Publié dans Réflexions en chemin

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Jean-Pierre 05/03/2014 19:12

Bonjour Danielle,
Sacré et saint ressortent me semble-t-il de catégories mentales distinctes, sacré une notion anthropologique qui pour simplifier opère une dichotomie du monde entre sacré et profane, une notion qui implique respect et crainte, marque du divin, alors que saint relève de l'éthique ou du spirituel. Jésus a de fait fort peu parlé du sacré, sinon pour dire au lépreux guéri d'aller offrir une offrande au Temple. Mais quand vous estimez qu'il faut désacraliser le monde des religions, que pensez-vous du statut de la Bible: faut-il le considérer comme un livre sacré, c'est à dire marqué par Dieu (j'emploie marqué pour éviter les discussions entre inspiré, dicté, parole de Dieu,etc.) , un livre à part dans le monde des livres, ou comme un livre comme un autre, un livre écrit par des humaines, rapportant leurs témoignages et leur compréhension, mais tout aussi faillible que tout livre humain?
Cette question n'est pas pour moi théorique, elle est à mon avis au coeur de la "violence monothéiste", à laquelle une vraie désacralisation des Livres sacrés, publique et officielle, au sens la reconnaissance qu'ils ne sont que des livres humains, à respecter comme tout livre et tout auteur qui nous paraît respectable suivant notre propre grille de valeurs, et qui peut nous inspirer comme tout livre et tout auteur, est peut-être une voie de remède.
Connaissez-vous une autorité chrétienne, ou juive ou musulmane, qui serait d'accord pour désacraliser la Bible au sens ci-dessus, officiellement et publiquement?
Merci d'avance

maria 14/05/2011 21:56



Je crois avec vous absoulument nécessaire la distinction entre Sacré et Saint, René Girard a beaucoup écrit à ce propos et je trouve que ses analyses soient éxaustives: depuis longtemps j'ai
choisi de ne prononcer le terme "sacrifice" qu'en Italie la communauté intière doit prononcer pendant la "consécration". Il ne s'agit plus de separer sacré et profane, car dès la
Resurrection cette dicotomie a définitivement disparue, substituée par celle entre Saint et Sacré. Toutefois cette disparition, affirme Girard, derive directement de l'Ancien
Testament: l'histoire de Joseph opposé à celle d'Oedipe ouvre le parcours de radicale désacralisation que les Juifs répresentent parmi les peuples, jadis comme toujours. Les Pharisiens ne sont
pas tous le Juifs, et le Messie a été au contraire parfaitement Juif! Je regrette de découvrir dans vostre texte un antisémitisme subtil et dangereux, j'éspere que vous voudriez le
rétracter... 



Pierre Locher 04/05/2011 16:22



 


"Du sacré au saint" : tel est le titre d'un ouvrage d'Emmanuel LEVINAS, penseur juif comme chacun sait. Et le paradoxe, c'est qu'en Hébreu (René GUYON me corrigera si je me trompe), les deux mots
sont la traduction d'un seul et même terme hébreu qdsh . Si Emmanuel LEVINAS fait la différence, c'est que le contexte le permet.


Un autre penseur juif André NEHER répond à la question de « galliot » à propos du code de sainteté : " […] code de sainteté. On ne pouvait choisir terme plus impropre. C'est un
code de pureté rituelle, tel qu'on en retrouve dans la plupart des sociétés religieuses antiques."


Mais je suis assez d'accord avec lui pour trouver un peu abrupte l'affirmation de Danielle Nizieux selon laquelle « la religion juive est une religion du sacré », pour preuve, les deux penseurs que je viens de citer et qui sont tous les deux juifs. Autre preuve,la lecture, par exemple, des prophètes Esaïe ou Ezechiel nous montre ce
chemin «  du sacré au saint » et l'on est quelques centaines d'années avant Jésus de Nazareth.


Pour compléter le texte de Francine BOUICHOU-ORSINI, je suis tenté de dire que le sacré, c'est la tendance naturelle – et même « originelle » – de
l'homme à s'amadouer les dieux ( y compris celui de la Bible) , pour en obtenir des avantages, des faveurs dans une sorte de commerce : c'est un mouvement de bas en haut, de l'homme vers un
dieu qu'il veut « mettre dans sa poche », d'où la construction jamais terminée d'idoles. La sainteté, c'est accueillir un mouvement de haut en bas, le mouvement d'un Dieu qui propose
une alliance, un Dieu qui ne veut que le bonheur de l'homme.


Là où le sacré est dans une demande de service rétribué, la sainteté est dans une réponse gratuite.


Du sacré au saint : c'est le chemin qu'il nous est proposé de suivre, mais Dieu, en nous créant libres, prend le risque que nous refusions : là se
révèle la gratuité de son amour.


Cordialement.


Pierre Locher



G&S 04/05/2011 17:20



Cher Pierre,
Je suis confus de tant de confiance envers moi, qui ne suis pas du tout un hébraïsant "haut de gamme " !
Vous avez entièrement raison : le mot qadosh signifie saint. Les seules occurrences de la bible hébraïque où la Bible de Jérusalem emploie le mot sacré sont
celles où il est question de ce qu'elle traduit par "pieu sacré" (des divinités païennes). En hébreu c'est 'asherah, mot curieux construit sur 'asher, le nom que se donne le
Dieu de Moïse au Buisson ardent (Exode 3,14) : 'éhiéh 'asher 'éhiéh !L'hébreu est vraiment une langue pas comme les autres...



Francine Bouichou-Orsini 04/05/2011 07:27



Maintenir la distinction entre les deux termes, sacré-saint, comme le demande Danielle,  me paraît souhaitable afin de ne pas
édulcorer les exigences évangéliques.  La distinction  demeure nécessaire,  même si dans le langage courant il arrive, dans
un certains nombre de cas, que l’on utilise indifféremment  l‘un ou l’autre, (notamment à  propos de lieux  ou d’objets ou même à propos de
Dieu).


La note dominante que je retiens du sacré correspond au constat  d’une frontière qui sépare ce qui est nommé « sacré »  de
tout le reste environnant ;  frontière qui s’impose sans discussion possible et suscite le respect. La note dominante que je retiens pour la sainteté c’est une
qualité de vie susceptible de provoquer admiration et  sympathie.


Cette distinction nous rappelle que Jésus invite chacun de nous (sermon sur la montagne) à un dépassement vers la sainteté ; laquelle n’est jamais donnée mais
construite au quotidien de notre vie,  devenue plus pleinement humaine. Merci, Marie-Eve, pour cette belle citation de F.
Varillon : « Dieu divinise ce que l’homme a humanisé ». Oui, un animal ne sera jamais reconnu saint…! Et l’humanité de chaque homme (conçu à l’image de Dieu), ne peut se développer
sans son propre engagement, libre et intime, en relation avec Jésus, ce Dieu qui vient à l’homme1.


Francine Bouichou-Orsini


1 Dieu qui vient à l’homme, Joseph  Moingt, 2005 & 2008, Ed. du Cerf.



galliot 02/05/2011 14:17



Je suis étonnée de lire "on voir parfaitement comment la religion juive est une religion du sacré" alors le ch 19 du livre du Lévitique est souvent appelé "code de sainteté" car il dit "soyez
saint car je suis saint, moi le SEIGNEUR!"


Les prophètes ont refusé une religion du sacré "qui fige" mais au contraire appelé à la vérité des actes.



MArie Eve 02/05/2011 13:54



Merci à Danielle qui nous donne à penser.


Aussi quelques réflexions partagées afin d'ouvrir au dialogue en vue d'un enrichissement mutuel .


la distinction certes nécessaire entre le sacré et la sainteté effectuée, comment envisager le lien à établir ensuite entre les deux? distinguer sans séparer !


peut-on conclure de cette réflexion que le sacré renverrait au culte  et la sainteté au quotidien? Cependant  pour le chrétien , souhaitant mettre ses pas dans ceux du
Christ,  il me semble que le croyant  célèbre dans l'enceinte du sacré,  la dimension sacrée qu'il a pu découvrir en vivant le profane sous le regard de DIeu?


de plus, si le lavement des pieds (service des frères)   et l'institution  de l'eucharistie  sont un seul et même évènement (dont nous sommes appelés à faire mémoire en le
vivant)  comment maintenir le distingo sacré / profane (plus que sacré/ sainteté) puisqu'alors tout devient sacré et plus rien n'est profane.  


toute action opéréé sous le Souffle de l'Esprit (dans la vie quotidienne) est-elle sainte ou sacrée? et lorsque cette même action  est déposée sur la patène , et que sous le
Souffle des paroles de la consécration, "Dieu  divinise ce que l'homme a humanisé" (Varillon) , deviendrait-elle alors  plus sacrée? Peut-on toujours
distinguer ? où commence et où s'arrête la sainteté et où commence et s'arrête le sacré? Peut-on vraiment distinguer ? D'autant que  nous parlons  des saintes
espèces, et si elles sont profanées (sorties de la reconnaisance de leurs statut sacré)  s'opère un  "sacrilège" .


la "sainteté" reconnue du profane (béatification du pape Jean Paul II)  hisse-t-il au rang du "sacré", un homme déjà appelé du temps de sa vie terrestre , le Saint Père !!!


Ce qui ne facilite pas les essais de clarification de notre vocabulaire c'est  que nous croyons que "tout homme est une histoire sacrée" et que "Dieu seul est Saint" ....