Le refus

Publié le par G&S

Mais que se serait-il passé si le blessé avait refusé de monter sur la monture du Bon Samaritain ?

Étrange questionnement, me direz-vous. Je m’en explique.

Vivant dernièrement la démarche ignacienne qui invite l’orant à visualiser la scène de l’Écriture, je contemplais dans ma prière notre frère dépouillé par les brigands, mis à nu sans doute, à la merci de ceux qui voudraient bien s’en occuper. J’imaginais cet homme, devenu dépendant d’autrui se laisser hisser sur l’âne de notre ami de Samarie qui s’était arrêté au bord de la route menant de Jérusalem à Jéricho. J’entendais presque le murmure fatigué et soulagé de son merci.

Bon-samaritain.jpgQuel brave homme que ce samaritain ! Il part en voyage, il est peut être attendu par de la famille, des amis ou par son travail (le texte ne le précise pas) toute affaire cessante, et Dieu sait qu’il en a, mais il arrête son périple parce qu’il vient de croiser du regard un malmené de la vie.

Il est pris de pitié et il décide de prendre soin de celui dont il s’est fait proche.

Nous connaissons tous la fin de l’histoire et notre désir est immense, à l’invite de Jésus lui-même, « d’aller et de faire de même »

Par je ne sais quel tour de passe-passe du Malin, je vis tout à coup le blessé s’agiter, refuser de monter, se débattre et se mettre carrément en colère. Bon gré mal gré notre samaritain le ceintura et l’amena avec difficulté à l’hôtellerie. J’entendais presque ses cris rageurs réclamant l’autre auberge, celle située de l’autre côté de la rive, réputée pour le sourire accort de la femme de l’aubergiste !

Je tentais de me ressaisir, invoquant l’aide du Seigneur pour revenir sur le droit chemin du texte. C’est avec difficulté que j’y parvins mais je restais quelque peu mal à l’aise, perplexe et interrogative.

En effet, sans dénigrer, voire diminuer, le mérite de notre ami de la parabole, je songeais qu’il est tellement plus facile d’avancer et d’être fidèle à ses engagements lorsqu’un sourire, un mot gentil, un tendre regard vous redonne courage.

« Faire de même » est un bel appel mais la condition sine qua non du prendre soin ne serait-elle pas le consentement de celui dont on désire se faire proche ?

S’obstiner au nom même de l’attitude évangélique du Samaritain ne risque-t-il pas de faire courir le danger de l’impasse, avec son lot de fatigue, de lassitude voire de l’explosion de la violence jusqu’alors inconnue car tapie au fond de soi.

Alors que je pensais m’être vraiment ressaisie, je vis tout à coup le blessé se redresser et désigner le lévite qui s’éloignait. Le Samaritain se mit à courir derrière lui et je les vis discuter avec de grands gestes. Je fus tout à coup saisie par le sourire radieux du blessé : le lévite rebroussait chemin !

Le Samaritain ne le vit même pas car il avait rejoint le prêtre et lui demandai de prier pour la guérison intérieure de cet homme, ce même homme qui l’avait rejeté et qui aurait sans doute besoin de longs soins.

Au terme de ma prière, bien sinueuse, je demandais pardon à Dieu d’avoir cédé à la Tentation de tricoter à l’envers son Écriture, mais je l’entendis me murmurer : « Toi aussi fais de même ».

Nathalie Gadea

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Guès 08/04/2013 14:54


Commentaire : le Refus


Jésus lui-même a connu l’ingratitude.
Sur les dix lépreux guéris, un seul est revenu rendre Gloire à Dieu et remercier Jésus en se jetant à ses pieds et de plus c’était un Samaritain.


Je vais supposer que les neuf autres ont réagi différemment, le
chiffre neuf étant divisible par trois.



Voulant des preuves, trois d’entre eux sont « revenus » beaucoup plus tard après avoir constaté que, sans s’être montrés aux prêtres, ils avaient quand même été guéris et avaient apprécié la
durée de cette guérison. Ils sont allés rendre gloire à Dieu dans le Temple mais ne sont pas allés se jeter aux pieds de Jésus pour le remercier ne reconnaissant pas son action dans leur
guérison.


Trois autres ont trouvé normal leur guérison bien que celle-ci ait eu lieu en
cours de route sans avoir eu le rite de purification des prêtres. Ils ont alors complètement oublié avoir été lépreux et ne sont donc jamais revenus vers Jésus pour le remercier et n’ont pas non
plus rendu gloire à Dieu.


Les trois derniers n’ont rien compris. Non seulement ils ne sont pas revenus ni n’ont pas rendu gloire à Dieu mais de plus, ils se
trouvaient dans et avec la foule réclamant la mise à mort de Jésus.


Dans l’ensemble de l’humanité en état de précarité, il n’y en a qu’un dixième touché par l’Amour qui vient reconnaître Jésus et se jeter
à ses pieds. Mais Jésus ne condamne personne. Il ne leur inflige pas à nouveau la lèpre. Il demande seulement à celui qui est revenu où sont les autres. 


On ne peut rien prévoir des réactions futures d’un être humain. On ne sait pas si la femme adultère ne pèchera plus. Mais Jésus lui dit
« Va » et ce « Va » ouvre tous les futurs possibles.


Cette question : « Luc ch. 17 V17 Où sont-ils » et ce seul mot
« Va » sont  laissés et remis entre nos mains. Nous savons que la lettre tue mais que l’esprit vivifie. La « lettre »
c’est suivre le processus exact de la parabole mais « l’Esprit » c’est une ouverture sur un au-delà de la lettre et c’est l’œuvre de
l’Esprit-Saint dont nous sommes les dépositaires.


Christiane Guès


 



 

Robert Kaufmann 07/04/2013 14:35


Ceci nous ramène judicieusement à 2 souvenirs.
Le 1er est celui des tournées de nuit du SAMU Social ou du Secours Catholique, avec le refus du SDF, même agressé et blesé, de monter dans le fourgon en direction de l'Accueil de Nuit proposé; et
la fin de nuit de l'accueillant , éventuellement en prière pour ce qu'il n'a su faire. 


Le second est l'épitre de Paul (dont le regard un peu sec et doctrinal ne m'inspire pas toujours ) mais qui, cette fois, me parait particulièrement inspiré (Génial !! dirait-on aujourd'hui)
...."Quand j'aurais même toute la foi à transporter les montagnes, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien...."


Autrement dit, nos divers trainings sur les" techniques de l'Accueil "...est-ce bien utile si nous ne sommes prêts à ouvrir notre coeur ?...


Robert Kaufmann