Le péché originel selon Hans Urs von Balthasar

Publié le par G&S

La dramatique divine, tome III, (1980) p. 162-169

1. La liberté est une donnée fondamentale de l’existence humaine. Elle comporte deux pôles :

-          L’autonomie de ses choix

-          La conscience de ne pas être absolue, d’être dépendante dans son existence : elle ne s’est pas créée elle-même, elle se reçoit (des parents, de l’hérédité, de l’existence sociale, finalement de Dieu, liberté infinie)

2. Dans son histoire réelle, l’humanité telle qu’elle est est marquée par une difficulté dans sa relation avec Dieu : elle ne reconnaît pas spontanément Dieu comme sa source et son bien :

-          État de privation (S. Thomas d’Aquin)

-          Privation de la grâce

3. Pourquoi ? Existe une solidarité entre tous les hommes, situation globale dans laquelle les hommes ne sont pas spontanément orientés vers ce qui serait pour eux le bien (et le bonheur)

On le voit bien aujourd’hui, par exemple :

-          Exploitation et destruction de la nature (cri d’alarme des écologistes et de Fred Vargas)

-          Règne du pouvoir financier, faisant dominer les intérêts à court terme

-          Choix de l’énergie nucléaire avant d’en avoir maîtrisé les conséquences

4. Pourquoi cette solidarité ? Les hommes sont dépendants les uns des autres :

-          Enfants dépendants des parents, du milieu social et éducatif

-          Dans le passé, le chef du clan agit au nom de tout le clan et son action retentit sur tout le clan (personnalité corporative)

-          Aujourd’hui, les fortes personnalités jouent un rôle majeur dans l’histoire :

-          Positivement : de Gaulle le 18 juin personnifie la France de la Résistance

-          Négativement : Hitler engage le peuple allemand dans le drame de la Guerre mondiale et de l’Holocauste

5. Cette dépendance entre tous les hommes existe depuis l’origine de l’humanité quelle qu’elle soit.

6. Mais cette « donnée préalable négative », qui pèse sur la liberté et la paralyse partiellement dans ses choix, n’est rien en comparaison du salut proposé par Dieu en Jésus-Christ Saint Paul oppose (I Cor 15, Rm 5) :

-          Le premier Adam (symbole de l’humanité qui se choisit soi-même)

-          Le second Adam, « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20)

7. Le « péché originel », présent déjà dans l’AT, ne trouve donc sa vraie lumière que dans la Révélation suprême de Dieu et de son Amour : en créant, Dieu s’engage dans un « drame divin » qui le conduira jusqu’à la Croix. « Quand Dieu a créé la première nébuleuse, il avait déjà sous les yeux la crucifixion » (CS Lewis, Le problème de la souffrance, 1950). Le monde et l’homme sont créés dans le Fils (cf Jn 1,3-10 ; Col 1,16)

8. Considérée à partir de ce somment, la solidarité entre les hommes, leur difficulté à s’orienter vers Dieu « nous révèle une forme encore plus profonde et plus émouvante de son amour ». Elle rend possible « la révélation de l’engagement suprême de Dieu en faveur de l’humanité » (p. 169)

Jacques Lefur
Mercredi Saint, 20 avril 2011

Publié dans Fioretti

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