Le péché de Noé

Publié le par G&S

Titre : L’aujourd’hui de la Création
Éditeur : Réveil Publications
19 €. 308 pages. 2001

Les commentaires ont remarqué que l’offrande de Noé est un holocauste. Dans la loi, cette catégorie de sacrifice correspond à l’expiation des péchés commis, non pas en actes mais en pensée.

Quel a été le péché de Noé ?

L-aujourd-hui-de-la-creation.jpgEn voyant la dévastation du monde ravagé par le déluge, il a pensé : Comment le Seigneur, appelé le miséricordieux et plein de grâce, a-t-il pu agir ainsi sans aucune pitié pour ses créatures ? C'est alors que Dieu lui a répondu : C'est maintenant que te vient cette idée ? Pourquoi ne m'as-tu pas imploré lorsque je t'ai ordonné de construire l'arche et que je t'ai annoncé le déluge ? J'ai attendu ta prière en faveur de tes contemporains, mais tu as gardé le silence. Quand tu as appris que tu allais être sauvé, il ne t'est plus venu à l'idée de prier pour les autres. C'est maintenant, alors que le monde est détruit, que la dévastation te chagrine et que tu deviens bavard 1  

Devant ses reproches, Noé a incliné la tête et a offert un sacrifice pour se faire pardonner son égoïsme et ses mauvaises pensées.

Noé est un juste, et sa justice a permis que l'humanité ne soit pas retranchée de la Création. Mais Noé est un juste plus petit qu'Abraham parce qu'il n'a pas prié pour le monde alors qu'Abraham a prié pour Sodome. Même si Sodome n'a pas été épargnée, Abraham est grand à cause de cette prière. Noé a offert un sacrifice après le déluge, mais c'est avant qu'il aurait dû le faire : le décret aurait peut-être été révoqué.

On raconte qu'avant de mourir, Moïse a eu le privilège de rencontrer les justes de toutes les générations qui l'avaient précédé pour discuter de leurs actes. Noé lui a dit : Je suis plus grand que toi car j'ai survécu au déluge. Et Moïse a répondu : Oui, tu as survécu, mais seul. Pourquoi n'as-tu pas sauvé tes contemporains ? Pourquoi n’as-tu pas offert ton âme, comme je l’ai fait pour Israël 2 ? Il faisait référence à son intercession pour le peuple après l'épisode du veau d'or 3.

Une autre lecture interprète différemment l'holocauste de Noé et le considère comme un sacrifice de reconnaissance. Pendant toute une année, Noé n'a pas dormi car il s'est consacré à un travail harassant pour nourrir les animaux de l'arche. Et dès qu'il met le nez dehors, la première chose qu'il fait est d'offrir en sacrifice les animaux purs dont il avait pris soin. Au commencement d'une nouvelle vie, d'une nouvelle terre et d'une nouvelle humanité, Noé inscrit l'offrande, la reconnaissance. Son geste de gratitude, qui inaugure une nouvelle étape de l'histoire de l'humanité, va... convertir l'auteur de déluge. Dieu respire le parfum du sacrifice, et se dit en lui-même : Je ne recommencerai plus 4 !

Dieu n'est pas dans l'imaginaire, il ne se fait aucune illusion sur le cœur de l'humain qu'il sait porté au mal dès sa jeunesse, mais le geste de reconnaissance de Noé le bouleverse. Il reconnaît que le déluge, la destruction, l'anéantissement ne sont pas la bonne réponse à apporter à la méchanceté de l'humain.

Cette promesse de ne plus frapper le vivant engage Dieu qui se prive de la possibilité d'avoir recours à cette solution ultime. Il renonce à certaines prérogatives de sa divinité pour que l'humanité puisse se développer dans une Création stabilisée. Sa promesse sera rappelée dans la suite de l'Écriture.

Dans le livre d'Ésaïe, Dieu dit par la bouche du prophète : Un bref instant, je t'avais abandonnée, mais sans relâche, avec tendresse, je vais te rassembler... C'est pour moi comme les eaux de Noé : à leur sujet, j'ai juré quelles ne déferleraient plus, ces eaux de Noé, jusque sur la terre ; de même, j'ai juré de ne plus m’irriter contre toi et de ne plus te menacer 5.

La réponse que désormais Dieu inscrit face à la rébellion est le rappel incessant de la loi et de la justice. Pour les chrétiens, la réponse ultime de Dieu face au mal n'est plus la destruction de la terre mais la mort de son Fils.

Ce n'est plus le sacrifice de l'humanité mais celui de Jésus le Christ.  

Antoine Nouis
pages 218 à 220

1 – D’après Elie Munk, La voix de la Thora, La Genèse, fondation Samuel et Odette Lévy, Paris 1992, p.90.
2 – Rabbi Yaacov Couli, Meam Loez, Genèse Tome 2, Moznaim Publishing, Jérusalem 1993, p.16.
3 – L’opposition entre Moïse et Noé recoupe la différence entre les religions prophétiques et les religions orientales. Dans les religions d’origine indienne, on présuppose une identité entre le brahman et l’atman, c’est-à-dire entre l’absolu et l’âme humaine. À l’inverse les religions abrahamiques reposent sur la confrontation entre Dieu et l’homme. Cette confrontation peut aller jusqu’à faire appel à la justice de Dieu contre Dieu lui-même :c’est vers Dieu que pleurent mes yeux. Lui, qu’il défende l’homme contre Dieu comme un humain intervient pour un autre (Job 16,20-21).
4 – Genèse 8,21
5 – Ésaïe 54,7-9

Publié dans Réflexions en chemin

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