Le Pape ouvre très grand la porte aux Anglicans

Publié le par G&S

VATICAN. C'est un coup de tonnerre dans le ciel de l'œcuménisme : Benoît XVI crée une structure canonique ad hoc pour accueillir les Anglicans d'inclination catholique qui veulent rejoindre le giron de Rome sans perdre les spécificités liturgiques auxquelles ils sont très attachés.

La nouvelle est tombée ce mardi 20 octobre, au cours d'une conférence de presse tenue au Vatican par le cardinal William Joseph Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et le secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Mgr Joseph Augustine Di Noia. Ils ont expliqué que le pape a décidé de répondre « aux nombreuses demandes » en provenance de laïcs ou de prêtres anglicans qui veulent entrer « dans la pleine et visible » communion avec le Saint Siège, en élaborant une « constitution apostolique ». Celle-ci introduit une structure « d'ordinariats personnels » - sortes de diocèses qui permettront à ces futurs catholiques de conserver des éléments propres. 

Jusqu'à maintenant, à quelques exceptions près (quand des paroisses étaient passées en bloc au catholicisme et avaient gardé leurs rites), les anglicans qui souhaitaient devenir catholiques devaient renoncer à leurs chants et rejoindre des paroisses catholiques. Ce déchirement ne sera désormais plus nécessaire. La tradition chorale anglicane est en effet l'une des plus belles de l'Occident. Il leur suffira d'adhérer aux dogmes propres à l'Église catholique (Immaculée Conception, infaillibilité pontificale, Assomption).

Cette disposition encouragera certainement de nombreux passages à Rome. D'autant plus que le document romain précise que les prêtres, bien que mariés, seront réordonnés prêtres par l'Église catholique, et que les « ordinariats » fonctionneront avec une certaine autonomie. Ils seront sous la houlette d'ex-anglicans ordonnés évêques, avec la réserve que ceux ci devront être célibataires, qui pourront établir leur propre séminaire.

Ce schéma renoue avec le système de l'uniatisme, pratiqué par Rome à partir du XIIe siècle en Orient pour attirer en son giron des Églises orientales (melkite, etc.), tout en permettant aux fidèles et aux prêtres de garder leurs rites et coutumes propres (ex. prêtres mariés). Cela se fit au détriment des Églises orthodoxes. Ce modèle avait conduit à de fortes tensions avec celles-ci, qui assimilèrent l'uniatisme à de la concurrence déloyale. En 1993, à Balamand (Liban), l'Église catholique avait fait son mea culpa et promis qu'elle ne procéderait plus ainsi.

Dans le cas présent, c'est la première fois que l'Église catholique recourt à ce type de solution dans le cadre d'une Église de tradition latine, et, qui plus est, issue de la Réforme. Néanmoins, un communiqué conjoint de l'archevêque de Canterbury et du cardinal-archevêque de Westminster tente de prouver que l'amitié entre catholiques et anglicans n'est pas en cause. De son côté, le Vatican affirme que le dialogue entre les chrétiens reste sa priorité.

Difficile pourtant de ne pas voir que cette décision fragilise encore la Communion anglicane, qui traverse sa plus grave crise depuis 476 ans. L'Église anglicane (à la foi protestante et catholique) est en état de schisme sur la question de l'homosexualité et de l'épiscopat des femmes. L'aile ultra-protestante est en train de faire sécession pour refonder une Communion non libérale en matière de mœurs. L'aile ultra-catholique, pour les même raisons et aussi pour son opposition à l'épiscopat féminin, est tentée de rejoindre Rome. C'était en tous cas le souhait d'une organisation déjà séparée de Canterbury et qui frappait depuis des années à la porte du Vatican, la Traditional Anglican Communion, qui revendique 400.000 fidèles, un chiffre vraissemblablement gonflé. Et qui est maintenant exaucée.

Il existe déjà environ 300 ex-prêtres anglicans devenus catholiques et réordonnés prêtres catholiques. La plupart ont fait ce choix dans les années 1990, en suite à l'accession des femmes à la prêtrise chez les Anglicans. Mais outre-Manche ces prêtres mariés créaient une forme de malaise au sein de l'Église catholique, en raison de leur forte concentration dans le sud de l'Angleterre. La nouvelle donne permettra à Rome de ne plus devoir intégrer de nouveaux prêtres mariés dans ses diocèses classiques en cas de « conversion », puisqu'ils auront désormais leur structure propre.

Cette nouveauté est en parfaite cohérence avec l'idéal de Benoît XVI, celui de l'unité (dogmatique et disciplinaire) dans la diversité des rites. C'est le sens de sa main tendue depuis 2006 aux traditionalistes (par ex. le Motu proprio de 2007 réhabilitant la messe ancienne). Le 20 octobre par Jean Mercier, les prélats du Vatican ont expliqué que « l'unité de l'Eglise ne requiert pas l'uniformité ignorant la diversité culturelle, comme le montre l'histoire de l'Église. »

D’après Jean Mercier
Hebdomadaire La Vie 20.10.09

Publié dans Signes des temps

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

J'en suis baba 22/10/2009 17:43


Si je comprends bien, pour être prêtre marié de l'Eglise Catholique Romaine, il suffit d'avoir été schismatique !
Bravo Benoît, bravo l'artiste !


Francine Bouichou 21/10/2009 16:42


Je me réjouirais pleinement de la bonne nouvelle, l’accueil des anglicans demandeurs d’intégrer l’Eglise catholique, si le  commentaire officiel du Vatican, n’avait projeté, sur cette annonce,
une ombre ambiguë. Certes, le début de la  déclaration citée,  «L’unité de l’Eglise ne requiert pas l’uniformité ignorant la diversité culturelle», ne peut que nous réjouir. Notre Eglise
pratique, de fait, l’universalité, enfin !

Mais la fin de cette même déclaration,  « COMME LE MONTRE L’HISTOIRE DE L’EGLISE », témoigne du peu de considération de cette exigence, si souvent bafouée dans le passé et que le prélat romain
semble totalement ignorer !…N’évoquons que la querelle des rites en 
Chine, qui a conduit, par deux fois, à condamner une activité jésuite très féconde (1645 et 1742)  pour ce que nous appellerions aujourd’hui « inculturation ».
Plusieurs amis m’ont cité de nombreux faits, en Afrique et en Inde qui, comme en Chine, continuent  aujourd'hui d’exercer  une action paralysante sur l’expression culturelle de la foi
nouvelle chez les convertis récents, non modelés par cadres romains.