Le Pape critique l’« arrogance » des évêques italiens

Publié le par G&S

Comme jamais, François a osé attaquer directement la « paresse », l'esprit de « carrière » et le goût de « l'argent » de l'épiscopat italien.

Le-Pape-Francois.jpgLa cérémonie, jeudi soir dans la basilique Saint-Pierre, devait se dérouler comme un long fleuve tranquille. Les membres de l'un des plus puissants épiscopats du monde (près de 300 évêques pour 221 diocèses, soit deux fois plus qu'en France) étaient venus clôturer leur 65e assemblée générale en présence du pape François. Ils devaient repartir sereins, la plupart dans de solides limousines, surtout très préoccupés par la situation politique italienne et l'implication de l'Église, à l'image de leur président, le cardinal Angelo Bagnasco.

C'était sans compter sur la « bomba », comme l'on dit à Rome pour un discours choc et d'une franchise unique, que leur avait préparé le pape François. Texte intégralement écrit de sa main et délivré sans tenir compte des corrections suggérées par la Secrétairerie d'État, qui avait pourtant cherché à amortir le coup. La cérémonie prévue dans le cadre de l'année de la foi consistait en une « profession de foi » solennelle de tous les évêques.

Sans s'embarrasser d'aucune précaution de langage, le pape François leur a tout d'abord demandé de répondre « sans superficialité » à la question posée par le Christ à Saint-Pierre : « M'aimes-tu ? » C'est la « seule question vraiment essentielle », a justifié François. Un pasteur doit se la poser car « tout ministère » se fonde sur « l'intimité avec le Seigneur. Vivre avec Lui est la mesure de notre service ecclésial qui exprime notre disponibilité à l'obéissance, à l'abaissement et à la donation totale. Vivre avec le Seigneur est la mesure de notre service ecclésial qui exprime notre disponibilité à l'obéissance, à l'abaissement et à la donation totale ! »

Puis le Pape, en regardant les évêques, s'est lancé dans un réquisitoire d'une vigueur jamais entendue à l'époque moderne dans la basilique Saint-Pierre, tant les propos du Saint-Père sont toujours sous contrôle, en particulier quand il s'agit de se livrer à une autocritique de l'Église : « Nous ne sommes pas l'expression d'une structure ou d'une nécessité organisationnelle », a clamé François, mais « le signe de la présence et de l'action du Seigneur ressuscité ». Ce qui requiert « une vigilance » spirituelle sans laquelle le pasteur, donc l'évêque en premier lieu, « tiédit, est distrait, oublie et devient insensible, se laisse séduire par les perspectives de carrière, la flatterie de l'argent, les compromis avec l'esprit du monde. Ce qui le rend paresseux, le transforme en un fonctionnaire, un clergé d'État plus préoccupé par lui-même, l'organisation et les structures, que par le vrai bien du peuple de Dieu. Il court alors le risque, comme l'apôtre Pierre, de renier le Seigneur, même si, formellement, il se présente et parle en Son nom. Ils offensent la sainteté de la Mère Église hiérarchique en la rendant moins féconde. »

Revenant à la question de départ « M'aimes-tu ? », le Pape a alors noté que : « cette question insistante du Christ » pourrait susciter « amertume, frustration et même perte de la foi ». Ce ne sont pas « les sentiments que le Seigneur entend susciter par sa question », mais ceux-ci « profitent à l'Ennemi, au Diable, pour isoler dans l'amertume, les lamentations et le découragement ». Au contraire « Jésus n'humilie pas », il « redonne courage ».

Le Pape a conclu cet examen de conscience ecclésial par deux exigences précises pour les évêques : « mettre de côté toute forme d'arrogance » et « toujours tenir leur porte ouverte en toutes circonstances » à leurs prêtres. Et par cette prière à la Vierge – alors qu'a été confirmé son voyage à Assise le 4 octobre prochain – « pour une Église priante et pénitente » qui soit « libérée de l'idolâtrie du présent » avec des pasteurs « détachés de la torpeur de la paresse, de l'esprit mesquin, du défaitisme », libérés de « la tristesse, de l'impatience, de la rigidité » mais « intègres » et revêtus de « compassion ».

« Alors », dit le Pape, « nous découvrirons la joie d'une Église servante, humble et fraternelle ».

Jean-Marie Guénois
Crédit photo : Gregorio Borgia (ça ne s'invente pas!)
pour lefigaro.fr

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Francine Bouichou-Orsini 28/05/2013 12:38


Oui, le pape François nous donne confiance dans la voie qu'il ouvre, et montre publiquement... C'est
 l'intensité  de son
désir et de sa foi  qui lui permet de secouer une institution aussi lourde, aussi vieille et rigide.


A sa suite, il nous appartient d'accueillir l'intensité de ce désir, afin de mobiliser notre petite personne pour la rendre capable de devenir, enfin et véritablement, enfant de Dieu (ce Dieu qui
n'impose rien, mais qui attend notre réponse libre...).


Francine Bouichou-Orsini

fanfan 28/05/2013 12:32


Bonjour Robert ,


Votre réponse bien développée et argumentée montre que ce n'est pas facile de se situer...je répondrai  court car je n'ai pas aujourd'hui le temps...Mais j'y reviendrai.
Lorsque que j'écris:"respect total de l'être humain"...je ne crois pas (à mes yeux) que les pervers, les tortionnaires,ceux qui prêchent la haine, la mort , si elles-ils le font de par leur
propre et seule volonté et en conscience , soient "en vérité des êtres humains" mais plutôt des" créatures terrestres" avec un cerveau et des sentiments archaïques...cependant Jésus en croix a
dit:"Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font"!


Voilà cher Robert, pour le reste comme je l'ai écrit plus haut...j'y reviendrai...restez en attente avec votre lampe allumée car "vous ne savez ni le jour, ni l'heure"


fanfan


ps: Robert, je tiens à vous signaler que" je suis au clair avec les clercs"...enfin presque tous..on a ses sensibilités, tout de même!!!!!!!!

Robert Kaufmann 27/05/2013 23:14


Ma chère Fanfan, moi ça ne me fait pas   car,blessures bien ou mal cicatr!sées, comme nous l'avons dit
déjà, nos expériences vécues doivent nous mener à être constructifs et non l'inverse.


Les idolatries du présent,nous en avons un grand choix : l'argent, la consommation, le carrièrisme, les plaisirs immédiats et faciles.....toutes sortes de faux dieux que notre société se plaît à
bâtir.


Le "pape François est loin de vouloir changer un iota"......Qu' en savez-vous et qu'est-ce qui vous permet de dire cela alors qu'il manifeste, dès les 1ères semaines de son pontificat, la volonté
de changer beaucoup de choses, à commencer par le regard de l'Eglise sur la fidélité à l'Evangile ?   N'oublions pas que le Vatican ne porte pas seulement un message spirituel mais qu'il est
un Etat, avec son gouvernement, sa diplomatie, ses finances. Je crois avoir lu qu'il a décidé de réunir une commission à l'automne pour reformuler la Curie. Quel pape l'a fait depuis des siècles
?  


Les" idées nouvelles"? Les "courants nouveaux"?  Nous n'allons pas tomber dans le piège grossier de la Pub qui se gargarise avec ce mot magique: NOUVEAU !  et cherche à nous gogotiser
avec ça !


 Cette Nature, cadeau gratuit, nous avons toujours à la façonner, l'améliorer, la compléter. Ça ne signifie pas tirer un trait de plume rageur dessus pour la remplacer par des idéologies
fumeuses et contradictoires que l'avenir jugera sévèrement je pense.  D'aiileurs, je constate un relatif retour en arrière devant certaines dérives de notre Société. La fameuse mode "Retro".
 Bien qu'il y a un siècle on ne savait pas soigner la tuberculose ni la siphylis; que l'on travaillait 60 à 70 h par semaine sans retraite et avec peu de protection sociale, une certaine
nostalgie du romantisme et de la BELLE EPOQUE gagne notre Société. A tort sans doute; mais c'est là un signe d'une conscience collective qui se raidit par instinct de conservation.


Il faut savoir faire évoluer les choses sans trop bousculer les sensibilités. Noublions pas que la révolution de 89 a abouti à la Terreur puis à l'Empire; celle de 17 au Goulag; le National
Socialisme à la Shoah; le Maoïsme aux Gardes Rouges puis au Capitalisme débridé; les talibans......


Et ces Clercs, que vous ont-ils fait ? Comme il faut des ingénieurs pour construires des ponts, des médecins pour soigner; des gestionnaires pour administrer les structures, il faut des prêtres,
qui doivent souvent être en même temps théologiens, philosophes, gestionnaires et parfois même guérissurs d'âme.


Et pour finir...."le respect total de l'être humain"....       Ça veut dire quoi ? que je dois respecter tout le monde, y compris les tortionaires, les pervers, ceux qui prêchent
la haine et la mort ?...


Il faut respecter ce qui est respectable et ceux qui sont respectables  .


Robert Kaufmann                                                  
                                                       
                                                       
                                                       
  

fanfan 24/05/2013 21:12


-"pour une Église"...." libérée de l'idolâtrie du
présent "


Excusez-moi mais je ne comprends pas ce que ces mots veulent dire.
Quelle est donc cette "idolâtrie du présent" dont parle ce pape présent?


Sont-ce les idées"nouvelles" et les courants"nouveaux" qui agitent actuellement nos sociétés et pour lesquelles et
lesquels, le pape François est loin de vouloir changer un iota à ses positions d'un autre âge(en tout cas pour moi!)...
Il ne suffit pas, pour être novateur , de fustiger des évêques "engoncés" dans des choix de vie très étonnants pour des hommes qui se sont mis au service de Dieu et de leurs frères et soeurs en
Christ , donc  normalement prônant  et vivant une pauvreté évangélique!


Mais encore faudrait-il appliquer un discours et des actes qui changent  le cours  immuables " du
ressenti  clérical et des positions  cléricales " concernant les  événements de notre monde
actuel et tout ceci dans le respect total de l'être humain , et de son Créateur, en vérité!!!


fanfan

Robert Kaufmann 24/05/2013 18:00


En forme de plaidoyer de "l'Avocat du Diable" :


Sans doute un certain nombre de ces Evêques ne sont pas troublés par cette apostrophe car ils en partagent la teneur depuis longtemps.


Pour la grande majorité des autres, quelque peu éclabousés et remis en cause, je pense que plutôt que se raidir, ils en ressentiront le grand souffle sur la braise languisante de leur foi,
quelque peu ensevelie sous les cendres accumulées au cours de longues années de renoncements, de soumission, sous le poids des structures et des pseudo-traditions empilées.


Une renaissance de l'Espérance en sommeil ? Une grande flamme ressurgie des braises?


RK

Robert Kaufmann 24/05/2013 15:34


PRIÈRE 


Puisse le Seigneur accorder courage, persévérance et longue vie à notre Pape François !


RK

Francine Bouichou-Orsini 24/05/2013 11:17


Quand je vous disait réjouissons nous d'entendre le pape François...


Aujourd'hui, avec lui, nous attendons l'arrivée prochaine  : "d'une Église priante et pénitente » qui soit « libérée de l'idolâtrie du présent » avec des pasteurs « détachés de la torpeur de
la paresse, de l'esprit mesquin, du défaitisme », libérés de « la tristesse, de l'impatience, de la rigidité » mais « intègres » et revêtus de « compassion
».                   Et alors : « nous nous découvrirons la joie d'une Église servante, humble et
fraternelle ». Oui, joie partagée, ô combien...


Francine Bouoichou-Orsini