Le Grand Rabbin de France parle de Benoît XVI

Publié le par G&S

« Benoît XVI a repris à son compte les gestes de Jean Paul II à l’égard du peuple juif ».

Stéphanie Le Bars : Quelle a été votre réaction à l’annonce de la renonciation de Benoît XVI à sa charge ?

Gilles Bernheim : Cette décision est digne et courageuse. Comme l’a dit l’ancien directeur de La Croix, Bruno Frappat, nous sommes dans un monde où prévaut le désir d’écraser ses semblables de sa suffisance et de ses pouvoirs. Y renoncer est impossible tant on s’est battu pour y accéder. S’écarter soi-même du « trône », comme Benoît XVI vient de le faire, est une leçon de portée universelle. Ce geste nous interpelle tous dans nos choix et dans nos vies.

SLB : Le pontificat de Benoît XVI a connu des périodes de tensions entre l’Église et les communautés juives, notamment lors de la levée de l’excommunication de Mgr Williamson, un évêque intégriste ouvertement négationniste ou lors de la remise au goût du jour de la prière du vendredi saint, demandant que « Dieu illumine le cœur » des juifs. Qu’en retenez-vous en matière de relations judéo-chrétiennes ?

GB : J’ai été frappé par la volonté de Benoît XVI de reprendre à son compte les gestes exceptionnels de Jean Paul II à l’égard du peuple juif afin de faire d’une exception une tradition qui sera, désormais, celle de l’Église. Jean Paul II était l’homme de la première fois : visite à la synagogue de Rome, voyage d’une grande hauteur symbolique à Jérusalem.

Benoît XVI aurait pu ne pas remettre ses pas dans ceux de son prédécesseur. En pleine polémique sur la levée d’excommunication de l’évêque intégriste et la béatification de Pie XII [contesté pour son attitude lors de la Shoah], il se rend à la synagogue de Rome, mais aussi à celles de Cologne, de New York, ainsi qu’à Jérusalem. Les actes fondateurs de Jean Paul II, loin d’être une spectaculaire exception, deviennent avec Benoît XVI une tradition d’Eglise et font désormais partie de ce qui doit se faire.

Je n’oublie pas que Benoît XVI n’a pas seulement parlé du judaïsme. Il a rencontré beaucoup de juifs. Car écouter les juifs d’aujourd’hui, ces descendants d’un passé que tant de chrétiens avaient rendu bien sombre, c’est pour l’Église être conBenoit-XVI.jpgfrontée à des pages de son histoire écrites avec du sang, du sang juif, des pages qui avaient tout simplement été omises dans ses livres d’histoire. Ecouter les juifs d’aujourd’hui n’en apprend pas seulement aux chrétiens sur les juifs, mais sur eux-mêmes.

SLB : En dépit de l’insistance de Jean Paul II et de Benoît XVI à promouvoir le texte Nostra aetate qui, après le concile Vatican IRabbin-Bernheim.jpgI, a profondément modifié la relation de l’Église catholique au judaïsme, le risque existe-t-il toujours d’un antisémitisme chrétien ? Ou le risque est-il ailleurs ?

GB : La relation du catholicisme au judaïsme a changé de façon très positive, c’est une évidence. Mais d’autres changements s’opèrent dans le même temps. En Europe, nombreux sont ceux qui aiment dans le juif l’image du faible, du persécuté, de la souffrance.

Dès lors que le juif est présenté comme l’oppresseur d’individus encore plus faibles, il cesse d’être le « vrai » juif. On lui substitue celui qui est perçu comme la victime et on l’affuble des qualificatifs de raciste ou nazi, jadis dévolus à ses oppresseurs. Cette mécanique à l’œuvre en Europe est dangereuse, car elle conduit à retirer sa légitimité à l’État d’Israël et à se tenir en retrait du nécessaire combat contre l’antisémitisme de certains courants radicaux de l’islam.

SLB : Dans le cadre des relations judéo-chrétiennes, comment jugez-vous l’état de la formation et de la réflexion des responsables – voire des fidèles – juifs sur l’Église catholique ?

GB : Après l’enseignement du mépris des juifs, nous voici à celui de l’estime. Mais ce travail de rapprochement n’a mobilisé qu’une petite minorité de chrétiens et de juifs, habitée par l’importance de l’enjeu : à savoir que Jésus est né, a vécu et est mort en juif. Et que, si l’on reconnaît sa totale judéité, comment un chrétien pourrait-il mépriser ou simplement ignorer les juifs, ses frères ? Nous tenons là le plus important résultat de la révolution de l’Église envers les juifs, dans ces dernières décennies.

Sans aucun doute, le souvenir de la souffrance des juifs aux mains de l’Église rend difficile aux juifs d’admettre la valeur religieuse du christianisme. Puis, minorité exposée à la conversion, les juifs se sont fait pendant des siècles une discipline de n’admirer rien ni personne dans les autres cultes.

Sur des bases assainies, ils constateront qu’ils ne compromettent pas leur intégrité religieuse – surtout si leur pratique religieuse est rigoureuse – en reconnaissant que des chrétiens peuvent être exemplaires, non en dépit de leur foi chrétienne mais grâce à celle-ci.

SLB : Quels gestes et quelles paroles les communautés juives peuvent-elles espérer du prochain pape ?

GB : D’abord l’ouverture totale des archives de Pie XII qui couvrent la seconde guerre mondiale, afin de permettre aux historiens de mieux comprendre l’attitude de ce pape envers les juifs.

Mais l’avenir du dialogue entre chrétiens et juifs s’inscrit dans l’espoir que le prochain pape aille encore plus loin en paroles et en actes pour dissiper l’enseignement du mépris. Comment ? En enseignant de manière positive le respect et la pleine légitimité d’une religion et d’une foi dans laquelle s’enracine l’Église : le judaïsme. Et en témoignant de la valeur et de la singularité de la mission du peuple juif qui, certes, n’a pas reconnu Jésus, mais dont la sagesse et la vocation restent pérennes.

Mieux comprendre le non des juifs à Jésus pour mieux les respecter. Quel défi ! Mais ce n’est qu’à ce prix que l’antijudaïsme chrétien pourra être dépassé.

SLB : Le pape Benoît XVI a publiquement salué votre réflexion sur les relations homme-femme, que vous avez publiée lors du débat en France sur le mariage ouvert aux couples homosexuels. Les religions doivent-elles prendre part, ensemble, aux débats de société ?

GB : Non, car les religions ne sont pas solubles les unes dans les autres. Elles ne le sont pas davantage dans la constitution de fronts unitaires.

Concernant le mariage homosexuel et l’homoparentalité, chaque religion a contribué au débat avec ses arguments, ses références et sa sensibilité. Et elle l’a fait pour ce qu’elle considère comme l’intérêt général de la nation – et non pas en opposition à l’État, au président ou à la majorité parlementaire.

Si la démarche de Benoît XVI que vous citez a été, pour moi, une surprise, elle relève, à ce stade, de l’exception. Certains auraient aimé une coalition des religions qu’ils auraient ainsi pu caricaturer comme un bloc réactionnaire, par nature opposé à tout changement. La réalité est plurielle, plus fine et plus subtile.

Propos recueillis par Stéphanie Le Bars, entretien paru dans Le Monde 27-2-2013
source blog du Grand Rabbin de France

Publié dans Signes des temps

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Robert Kaufmann 10/03/2013 22:09


Cher Marc,  qui ne souhaiterait voir les peuples vivre en paix et notamment ceux de cette zone névralgique du monde ? et comment éviter de penser que nulle solution politique ne puisse être
élaborée si les principaux protagonistes n'acceptent de s'asseoir autour d'une table avec la volonté d'aboutir ?  Ceci dit, on n'a rien réglé car si ce conflit s'achemine vers une guerre de
100 ans, contrairement à d'autres frontières délicates évoquées, c'est qu'il s'appuie sur des passions bibliques et sur le fait de se situer près du coeur des plus importantes ressources
pétrolières mondiales, touchant des intérets politiques et économiques majeurs.


Certes il existe une minorité religieuse israélienne qui milite pour le "Grand Israel".Mais tout le monde entend aussi quotidiennement les déclarations des extrêmistes musulmans qui, d'ailleurs,
ne s'appuient que sur une tradition post-coranique, car on me dit que dans le Coran, il n'est pas fait mention de Jérusalem.


Si je reviens sur ces points c'est que les statuts de ma Fédération  nationale insistent notamment, sur:

Marc Delîle 09/03/2013 19:04


- 1) Dans votre commentaire n° 4, Cher Robert, en écrivant : « LA PALESTINE EST UN CAS UNIQUE.NOUS NE TRAITONS NON POINT AVEC LES SOUHAITS DE LA COMMUNAUTÉ
EXISTANTE MAIS RECHERCHONS CONSCIEMMENT A RECONSTITUER EN PALESTINE UNE NOUVELLE COMMUNAUTÉ ET A Y ÉDIFIER DÉFINITIVEMENT UNE AUTRE MAJORITÉ NUMÉRIQUE DANS L'AVENIR.»   (Lord
Balfour Juin 1919), vous résumez vous-même un élément majeur du drame actuel de ce conflit interminable et humainement insoluble : on n'a — effectivement — tenu aucun compte des habitants
antérieurs de ce pays, qu'ils aient constitué ou non un " peuple ". 


[NB. 2 remarques historiques : 1° En 52 av. JC, nos "ancêtres" les Gaulois ne constituaient pas non plus un peuple, encore moins une Nation ! Cela autorisait-il César à s'emparer
de leurs terres ? 2° Les colonisateurs du XIXe siècle, ont justifié leur installation dans de grandes régions d'Afrique sous le prétexte qu'il n'y avait personne, alors qu'il y avait des
occupations alternatives, liées par exemple à la culture sur brulis].


- 2) D'accord avec votre commentaire N° 7, à propos de Jérusalem, mais vous risquez de vous faire trucider par les partisans du " Grand Israël ".


NB. Je ne suis ni de près ni de loin " pro-palestinien ", pas plus que "pro- ou anti-israélien". J'aimerais simplement que tous les habitants de cette contrée
puissent vivre en paix, et les politiques menées depuis des décennies par les deux antagonistes ne me semblent pas aller sincèrement dans ce sens !

Robert Kaufmann 07/03/2013 18:42


Oui, Fanfan,  ce que je retiens surtout c'est que la grande majorité des petits peuples, musulman, chrétien et juif qui soufrent et meurent de la situation présente, n'ont aucune
responsabilité passée dans celle-ci.


Non pas au nom de l'association que je préside mais à titre personnel, j'avancerais un jugement politique =


Pourquoi diable les parties en présence, compte tenu de l'enjeu politique, religieux emblèmatique, passionnel que représente Jérusalem, n'arrivent pas à un accord pour rendre la ville sainte
territoire international, sous protection internationale???...


...comme ce fut pensé en 47 par les Nations Unies !


RK

fanfan 07/03/2013 14:26


Bonjour Robert Kaufmann  et encore MERCI pour la suite de vos écrits...


A vous lire on comprend que vous avez analysé sérieusement  une situation qui est loin d'être de tout repos...Mais ce que vous écrivez,, est bien la réalité de cette situation très
"spéciale" et pour cause...


Mais n'est-on pas là dans la lutte du pot de TERRE contre le pot de FER??


Par bonheur pour lui ce pot de TERRE a su se construire une résistance en béton...et le pot de FER qui essaie encore et encore de le détruire appelant même à la rescousse des tas de "GALLONS
d'essence plus riches les uns que les autres..." ne désespère pas de le réduire à néant...


Il y a des tas de pots un peu partout dans le monde, qui ne sachant à quel matériau se vouer , pensent qu'il serait normal que ce pot de TERRE(de Palestine? d'Israël, de???) se fende(au
moins)avant de rendre l'âme et laisse toute la place au gigantesque POT de FER qui n'attend que ça...


Et par malheur pour le petit Peuple Palestien surgi là et mis en avant par ce gigantesque POT de FER, lui aussi il est en TERRE..une terre  pas vraiment bétonnée elle...Ne pourrait-on pas
espérer qu'un jour sur cette Terre que tant de prophètes ont arpentée dans le passé et où souffle l'Esprit de Dieu, sur cette Terre dis-je que les deux pots de TERRE se réunissent pour faire
tomber le gigantesque POT de FER? un nouvel affrontement entre David et Goliath en quelque sorte...


fanfan


 


 

Robert Kaufmann 07/03/2013 03:10


Cher Marc Delile,


Tout d'abord, je cherche à terminer brièvemen ma réponse précédante, coupée selon les règles du Blog au nombre maximum de caractères tolérés :....donc,je quitte ostensiblement la salle...  
 J'ai une opinion personnelle, comme chacun, sur l'actualité de ce conflit. Mais, comme indiqué, mes fonctions au sein de mon association m'interdisent de porter un jugement politique sur la
responsabilité de l'une ou l'autre  partie dans la recherche de bonne foi d'une solution négociée. Je dis simplement qu'on ne peut prendre les événements en l'an 2 000 et, si on veut
comprendre et porter un jugement objectif ,il faut revenir aux phénomènes générateurs historiques, qui sont délibérement ignorés ou occultés par les partis  et les médias qui cherchent à
manipuler l'opinion pour des raisons qui sont les leurs. On ne doit pas permettre à certains de surfer sur ces événements dramatiques pour développer une résurgence de l'anti-sémitisme. 


Les pouvoirs publics sont particulièrement discrets sur la montée statistique inquiètante des agressions anti-sémites ces dernières années. A t-on beaucoup parlé il y a quelques années de la
façade du Mémorial de la Shoah, en face de l'Ile St.Louis, criblée de balles par une voiture de passage ? ou,plus récement, de la petite synaguogue incendiée à Marseille?...


Je repars de la dernière phrase de Marc sur "la polémique qui n' a pas lieu d'être entre nous" et que j'approuve.   Il s'agit simplement de chercher à se comprendre entre personnes de bonne
foi.


Si j'ai réagi,c'est que certains détails m'ont piqué au vif. Notamment les guillemets pour "éventuellement la légitimité de sa proclamation"; comme si vous doutiez de celle-ci.


Je suis obligé d'insister à nouveau sur le fait qu'il n'y a jamais eu historiquement de "peuple palestinien". A l'époque de Jésus, il n'y avait pratiquement pas d'Arabes dans la région. Vers
1700, j'ai renvoyé le lecteur à l'ouvrage du géographe hollandais de l'époque.  En 1918, l'empire Ottoman s'effondre et ces provices du Peroche Orient sont confiées au protectorat des
Français et des Anglais. En reconnaissance  des services rendus par les Juifs à la cause alliée, déclaration solennelle des Britaniques; je cite=LA PALESTINE EST UN CAS UNIQUE.NOUS NE
TRAITONS NON POINT AVEC LES SOUHAITS DE LA COMMUNAUTÉ EXISTANTE MAIS RECHERCHONS CONSCIEMMENT A RECONSTITUER EN PALESTINE UNE NOUVELLE COMMUNAUTÉ ET A Y ÉDIFIER DÉFINITIVEMENT UNE AUTRE MAJORITÉ
NUMÉRIQUE DANS L'AVENIR.  Lord Balfour Juin 1919.  On voit que les choses étaient engagées bien avant la compassion face à la Shoah


Cette promesse d'un Foyer Juif n'a jamais été tenue face aux pressions des pays arabes au sein desquelles surgissaient de plus en plus de promesses pétrolières (British Petroleum en Iraq/Iran;
Aramco américain en Arabie Saoudite)


Dans les années 1920-30, retour d'un certain nombre de Juifs des USA ou d'Europe de l'Est, achetant des terres arabes sans grande valeur et créant les 1ers kibboutz (seules communautés vraiment
"communistes" au monde que je connaisse) Premières jalousies; premières escarmouches avec les Arabes.Voir le roman historique d'Arthur Koestler,"La tour d'Ezra".


La décision du Bloc Ouest et du Bloc de l'Est de demander après la guerre à la France d'évacuer Syrie /Liban et aux Anglais la Palestine n'était pas vraiment un scoop et les Nations Unies, dans
leur résolution 181 de 1947 de partager ce territoire en 2 Etats, l'un juif, l'auttre arabe. Jérusalem sous contrôle international. A l'époque, la population était 1/3 juive, 2/3 arabe. Les juifs
ont accepté le partage et les frontières, les Arabes ont refusé. En 48,l'ensemble des pays arabes environants entrent en guerre contre le nouvel Etat d'Israel.


Pour essayer de comprendre la suite des  événements et les suivre, il faut partir de là et notamment la résistance d'Israel aux décisions de l' ONU actuelle,(composée majoritairement de
nations non-démocratiques) la 1ère de celle-ci, définissant les frontières ,n'ayant jamais été tenue.


Les transferts de population= il y en a eu après toutes les guerres. En 18 en Alsace, en Pologne; aux pays baltes;en Bessarabie...au début des années 20, après la guerre gréco-turque, 2 millions
de grecs (de mémoire..) expulsés de Turquie; 500 0000 Turcs de Grèce. En 45, grand changement de frontières entre URSS/Pologne/les 2 Allemagne. Trieste...plus récemment dans les Balkans.


Pour les frontières "israéliennes", elles ont souvent varié en fonction des lignes de cesser- le- feu. Je ne prendrais qu'un exemple=le plateau du Golan. Durant 20 ans les Syriens ont tiré des
Katiouchas soviètiques sur les kibboutz de la plaine de Galilée. A l'occasion de l'attaque de la Syrie sur Israel, Tsahal a pris d'assaut ce plateau au prix de lourdes pertes. La Syrie réclame la
restitution de cette postion stratégique. Que ferions-nous en l'absence de traité de paix ??


Les choses seraient peut-être plus simples s'il n'y avait tant de pétrole dans cette région hautement stratégique ?


Vous me dites : Je renvoie "aux nombreuses persécutions".....Franchement, comment comprendre le sionnisme, l'attrait de beaucoup de juifs pour le Retour s'il n'y avait le passé biblique et les
siècles de persécutions ?


Je vous sais gré d'avoir des sympathies pour AJCF. Ses statuts interdisent les prises de position politiques car les objectifs sont de rechercher la compréhension et l'amitié.  Pour l'hymne
 national israelien, je n'ai pas connu le cas en dehors des réunions du CRIF. Mais, à y réfléchir, si nous y voyons une provocation, n'est ce pas que nous n'avons pas encore bien intégré
qu'Israel est une Nation comme les autres car les Israéliens songeraient-ils à se  formaliser de chanter la Marseillaise lors d'une commémoration de déportés ?


Cordialement,       RK

Marc Delîle 06/03/2013 11:15


Cher Robert Kaufman, je suis souvent d'accord avec vos commentaires sur ce blog et ne veux laisser s'installer aucun malentendu. Merci pour le cours sur les origines de l'État
d'Israël (je connaissais un peu, mais on ne perd jamais à apprendre). Je crois que vous m'avez mal lu.


Vous citez une de mes phrases en coupant — "en toute bonne foi, j'en suis sûr" — la partie qui lui donne sens (que je restitue en gras)  : « En dehors
d'excités locaux et d'états arabo-musulmans tenus par des principes " intangibles " de défense — à courte vue —  des intérêts palestiniens, personne aujourd'hui ne
discuterait de l'existence de l'État d'Israël ». Puis vous réintroduisez, comme si je n'en avais pas parlé, la position intenable de la plupart des états arabo-musulmans (oui, l'Iran n'est pas
"arabe") prônant l'éradication d'Israël.


De même reprenant une autre phrase : « ...cet Etat existe quelles qu'ait été, éventuellement la "légitimité" de sa proclamation… les frontières de 67.…» et par une ellipse
rapide, vous renvoyez aux trop nombreuses persécutions subies par les Juifs à travers l'histoire et qui sont une honte collective. Qu'Israël soit le " refuge ", au moins rêvé par ceux qui ne
peuvent s'y rendre, des Juifs persécutés, en particulier des victimes de l'holocauste, est la justification même de son existence ; qu'il soit contraint à une défensive permanente, c'est une des
causes du drame actuel. Cependant, que cet état ait été installé par un accord de nations ayant mauvaise conscience, comme vous le suggérez, n'empêche pas que ça se soit réalisé dans une zone qui
n'était pas vide de populations et où vivaient des gens qui ont subi des dommages. Les frontières de 1967 ne sont elles pas celles reconnues par l'ONU ?


Était-il possible de construire quelque chose de nouveau qui ne lésât personne ? je n'en sais rien.  Mais on garde l'impression que tout n'a pas été fait ni par Israël
ni par les pays arabo-musulmans (dont les Palestiniens) pour trouver cette solution, et ceux qui s'y sont essayés (Sadate et Rabin) ont été éliminés. C'est ce que je voulais
rappeler.


Puisque vous terminez par une anecdote personnelle, permettez m'en une aussi. Dans les années 50, je participais, dans ma ville d'alors, à une des premières réunions des amitiés
judéo-chrétiennes (preuve que j'en suis partisan). C'était avant les grands conflits avec les pays arabes. A la fin d'une séance sympathique, ouverte, confiante, on nous a invités à chanter
l'hymne Israélien. Je me suis senti piégé et j'ai trouvé que c'était une confusion inquiétante entre le philosémitisme (que je professais) et le philosionisme (qui me laisse plus " réservé").
Apparemment, cette ambiguïté existe toujours.


Peut-être n'était-il pas opportun de ma part d'ausculter le seul sujet "politique" abordé par Bernheim. En tous cas, je ne soutiendrai pas une polémique qui n'a pas lieu d'être
entre nous.

fanfan 05/03/2013 11:31


MERCI Robert Kaufmann de TOUT CE QUE vous avez écrit d'une façon si dense  et si claire  à la fois, sur ce" problème sans fin et sans issue[jusqu'à???]" de la Paix au
Moyen-Orient...
Oui ce petit peuple n' a demandé dès le début qu'une seule choses: ENFIN VIVRE...sur cette terre d'Israël(puisque exclu de partout depuis des siècles ....avec quelques rémissions... mais dans le
fond!!! l'image du Juif à éliminer radicalement existe encore dans beaucoup d'esprits "éclairés" ou non...)...avec celles et ceux qui y étaient...Hélas..des " intérêts" internationaux , une
"folie raciste" venue du fond des temps  transmise de génération en génération, essaient depuis 1948 de réduire ce petit peuple à néant...encore et toujours...Et Il a l'audace de se
DEFENDRE...d'être en GUERRE contre ceux qui veulent le réduire à néant et qui se servent," comme alibi" honteusement d'un autre petit peuple pour cette odieuse et machiavélique machination...


Fort heureusement des voix se lèvent, comme la vôtre pour essayer de "remettre les pendules à l'heure"..L'heure de Dieu peut-être?


Mais ON veut souvent les faire taire encore et toujours...Pourquoi???


fanfan

Robert Kaufmann 05/03/2013 01:56


Je ne partage pas les réserves de Marc Delile. Au contraire, je trouve que le Gd Rabbin fait preuve de beaucoup de retenue dans ses propos concernant le regard actuel de beaucoup d'Européens sur
Israel et les Juifs en général.  Et cela en fonction de ce que je vis, d'une part comme citoyen obsevateur des médias, d'autre part à travers mes responsabilités au sein de mon association,
passerelle entre Chrétiens et communautés juives.


Si l'on se réfère à Freud (encore un Juif ! ) la moitié environ de nos actes sont dictés par notre conscient et le reste par notre inconscient. Or, dans ce dernier, subsiste un sentimnt de
culpabilité envers ce peuple réputé longtemps déïcide, méprisé, persécuté durant des siècles. Alors, après le crime absolu de la Shoah, la vague de compassion qui s'ensuivit en a fait
effectivement On se souvient encore de Marseille/La Cayolle, de Port de Bouc , de la fin des années 40; l'accueil et l'embarquement des recapés miraculés des camps
nazis.


Je suis de la génération de la confiscation du canal de Suez, construit à partir d'ingénieurs  et de capitaux français, par le colonel Nasser. L'opération franco-britannique de Suez;
peut-être pas très habile politiquement. Mais, quoiqu'il en soit, avec nos plus fidèles et appréciés alliés de l'époque : les Israéliens.


Notre sympathie pour ce tout petit peuple courageux cerné sur un territoire représentant 2 départements français par des dizaines de millions d'Arabes ayant juré de le jeter à la mer. 


Alors pourquoi ce basculement d'opinion ?


On peut penser à l'importance stratégique majeure qu'a pris le pétole brut dans les années 70 , entrainant le formidable enrichissement des émirats arabes et l'importance de s'assurer les
retombées financières de leurs investissements.   Opinion publique par ailleurs rassurée de savoir que Tsahal est l'une des armées la mieux entrainée au monde; que ses pilotes sont les
meilleurs ; que ce minuscule peuple, après avoir aidé l'Occident à faire avancer la science nucléaire, s'est lui-même doté de l'arme absolue.  Alors, comment songer encore à ces" pauvres
Juifs", le souvenir de la Shoah s'éloigant ?


Le décor économico-politico-financier posé, avec la puissance des médias qu'il implique, voyons l'environnement culturel dans lequel elle plonge.


Les partis de Gauche et d'Extrême-Gauche, hostiles aux USA, prncipal protecteur d'Israel, ont tendance à appliquer la régle algébrique ,oubliant
que l'Union Soviètique et ses satellites ont voté la constitution de l'Etat d'Israel comme un seul homme en 48.  Les partis d'Extrême Droite sont restés majoritairement anti-sémites depuis
l'avant-guerre.


L'Eglise Catholique, assez embarrassée, a voulu changer son regard sur les juifs à travers Nostra Aetate, pour respecter l'impulsion de départ donnée par Jean XXIII mais,comme le rappelle le Père
Jean Marc Aveline , Dr. de l'Institut, elle s'est sentie obligée d'y mêler d'autres religions pour ne pas mécontenter les Musulmans dans les pays desquels vivaient beaucoup de Chrétiens. Pour les
mêmes raisons, elle a mis quelques années à reconnaitre le nouvel Etat.


Il est vrai aussi que la société judéo-chrétienne et plus encore chrétienne a tendance à défendre le Faible Vs le Fort. Alors, on en vient ?


Voila donc un certain nombre de raisons réunies pour un changement de regard sur les événements du Proche Orient. 


Maintenant, les arguments ?


Le rédacteur précédent me les fournit, en toute bonne foi, je suis sûr. Il y a d'une part l'occultation à peu près complète des événements historiques générateurs de la situation présente et
d'autre part le grossissement des faits actuels d'un côté et la minoration de l'autre.   Exemples=


"...en dehors de....personne aujourd'hui ne discuterait de l'existence de l'Etat d'Israel..." C'est le petit refrain des médias majoritaires mais si l'on se porte sur des sites plus favorables à
Israel, on sait bien que le jour même du vote très largement majoritaire de l'ONU pour le partage en 2 Etats de cette ex province ottomane confiée au mandat britanique durant 25 ans, l'ensemble
des pays arabes de la région ont déclaré la guerre et envahi l'Etat hébreux . Guerre qui dure depuis 65 ans sauf pour la Jordanie et l'Egypte de Sadate qui ont signé un traité de paix depuis.
 Aujourd'hui encore,quasi qutidiennement, le Président Iranien et les dirigeants du Hamas(majoritaire) déclarent que
 Y a-t-il un autre exemple au monde ?


Autres faits cités =...cet Etat existe quelles qu'ait été, éventuellement la "légitimité" de sa proclamation.........les frontières de 67....


C'est passer sous silence, une fois de plus, les événements historiques=ceux d'Europe, fin XIXe, notamment en France avec l'affaire Dreyfus; le faux "Protocole de Sion" monté par l'Okrana en
Russie; les pogroms en Europe de l'Est...tout cela engendrant le Sionisme, le" Demain à Jérusalem", psalmodié depuis des siècles tous les matins par les Juifs du monde. La déclaration de Lord
Balfour en 14_18, lors de la reconquête du Proche Orient, non respectée....


Que faut-il penser du ???  Mon association s'interdit toute prise de position politique. Aussi, je me contente de recommander aux lecteurs de se faire une opinion
par eux-mêmes en allant chercher sur les sites de Google. Par exemple l'ouvrage de 1695 de Hadrian Roland, philosophe géographe hollandais. Vous serez étonnés.
 Maladresse ou manipulation ? on entend des théologiens conférenciers catholiques oser ........ce qui fait frémir les Juifs présents et les chrétiens ayant un
verni de culture. Car on sait bien que la 1ère fois que le terme Palestina a été prononcé, c'est en 135 par l'Empereur Hadrien voulant se venger des Hébreux lors de la révolte de Bar Okba,en
débaptisant la judée pour lui donner le nom de ses ennemis mortels : les Philistins, instalés sur cette bande côtière appelée aujourd'hui Gazza.  Cela répond aussi à une autre question posée
par mon interlocuteur=pourquoi un  Etat coupé en 2  ?? Le gouvernement israélien n'a jamais révendiqué ce territoire car il ne lui appartenait pas historiquement.


Les frontières de 67, qui ne sont déjà pas les frontières initiales de l'Etat mais la ligne de cesser-le feu,  après plusieurs nouvelles guerres d'agression et qui ne sont pas non plus les
frontières d'aujourd'ui, après de nouveaux affrontements.


Quel que soit l'opinion que chacun est en droit de porter, on n'a pas le droit d'occulter des faits historiques=l'Etat d'Israel mène une guerre défensive depuis 65 ans.


Alors, les dégats colatéraux= je ne connais pas de guerre propre. Il n'y en a jamais eu et après l'Indochine, l'Algérie, nous ferons bientôt le bilan humain du Mali. Tout est une question de
proportion et il faut considérer, par exemple, que l'armée régulière syrienne a provoqué beaucoup plus de morts civils en un an que Tsahal en 65 ans de guerre. On frémit à l'idée de ce que
feraient les armées arabes si elles possédaient la puissance de feu des Israeliens.   Pour approcher et connaitre les Juifs, ma conviction est que leur culture et leur religion les incitent
à un grand respect de la vie. Tsahal est sans doute l'une des armées du monde qui prend le plus de précautions pour préserver les civils. L'échange récent d'un soldat franco-israélien contre plus
d'un millier de prisonniers palestiniens est un signe.


Alors, chez nous, en France ? J'ai personnellement vécu au cours des derniers mois un spectacle, une fois dans une salle protestante, l'autre au Mistral, sous couvert d'une conférence sur le sort
des  Chrétiens du Moyen Orient, l'autre sur un voyage projeté en Israel. Triste spectacle de propagande pro-palestinienne et férocement anti-israélienne frisant de très près
l'anti-sémitisme.  Lorsque j'ai essayé de prendre la parole pour inviter les gens à aller sur place juger par eux-mêmes, on ne m'a pas permis de parler longtemps devant une salle acquise
d'avance à la cause palestinienne et nous nous sommes vus infliger une interminable lecture sur un texte anti-sioniste de 1907...J'ai quitté ostensibleme

Marc Delîle 04/03/2013 15:54


Une fois de plus, le rabbin Bernheim donne un texte important et à méditer. Une petite réserve cependant, sa brève incursion dans le domaine politique, qu'est la relation
Israélo-palestinienne, demanderait, à tout le moins, une explicitation. Il écrit  :


«… En Europe, nombreux sont ceux qui aiment dans le juif l’image du faible, du persécuté, de la souffrance. Dès lors que le juif est présenté comme l’oppresseur d’individus
encore plus faibles, il cesse d’être le « vrai » juif. On lui substitue celui qui est perçu comme la victime et on l’affuble des qualificatifs de raciste ou nazi, jadis dévolus à ses
oppresseurs. Cette mécanique à l’œuvre en Europe est dangereuse, car elle conduit à retirer sa légitimité à l’État d’Israël et à se tenir en retrait du nécessaire combat contre l’antisémitisme de
certains courants radicaux de l’islam ».


Il y a là, mêlés, des problèmes différents. En dehors d'excités locaux et d'états arabo-musulmans tenus par des principes " intangibles " de défense — à courte vue —  des
intérêts palestiniens, personne aujourd'hui ne discuterait de l'existence de l'État d'Israël , ne serait-ce que par principe de réalité. Cet État existe, quelle qu'ait été, éventuellement, la "
légitimité " de sa proclamation. En revanche, pour les modalités de sa stratégie de défense, on a le droit d'être plus réservé. Bien sûr, ses adversaires ne font guère preuve d'un sens
diplomatique ouvert et positif. Mais les destructions de maisons, de plantations, le mépris manifesté sans cesse contre les Palestiniens ne favorisent pas un esprit de compromis. Mais surtout la
colonisation, dans des zones relevant du futur État palestinien, ne facilite pas l'apaisement entre les peuples voisins et condamnés à vivre autrement que dans une situation de guerre
permanente.  Le tracé des frontières avait été dressé dès 1967, après la Guerre des 6 jours, peut-être de façon irréaliste (Cf. l'histoire du Pakistan et du Bangladesh) : car comment se
satisfaire d'un État en deux morceaux séparés !  Mais on n'a pas progressé depuis un demi-siècle dans le sens d'un accord indispensable pour un retour à la Paix. J'aimerais connaître la
position raisonnée de Gilles Bernheim sur la question.