« La vérité vous rendra libres »

Publié le par G&S

Jean 8,32

Voilà peut-être la parole la plus révolutionnaire du Nouveau Testament.

Loin de s'adresser aux foules, elle n'est comprise que par les rares révolutionnaires authentiques. C'est une parole exclusive...

... Dans la vie humaine, la vérité est un élément étranger, exceptionnel. C'est comme si quelque chose d'inattendu faisait brusquement et violemment irruption dans notre vie...

... Il est très difficile de parler de la liberté comme le fait la Bible. La vérité vous rendra libres, voilà qui est inactuel en tout temps.

Nous avons peur de la vérité, et cette peur est notre peur de Dieu.

La Vérité, c'est Dieu et nul autre, et nous avons peur qu'il ne nous expose brusquement à la lumière de la Vérité, nous ôtant notre masque mensonger.

Loin d'être le ciel serein des concepts et des idées, la rité est l'épée de Dieu, l'éclair menaçant qui déchire notre nuit, la détruisant et l’illuminant.

… La Vérité, c'est le Dieu vivant lui-même et sa Parole, là où elle frappe...

Dietrich Bonhoeffer
Sermon - juillet 1932

Publié dans Fioretti

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Vulliet 21/06/2019 12:32

Lors de la parution du Traité d’athéologie de Michel Onfray, j’ai assisté à la librairie des PUF à Paris à un débat avec l’auteur. Un intervenant lui a demandé ce qu’il pensait de la phrase «La vérité vous rendra libres» et vu sa réponse j’ai tout de suite compris qu’Onfray ignorait tout de sa signification car il n’en connaissait pas le contexte. Comme Bonhoeffer et tous ceux qui commentent ici ce sermon si j’ai bien compris ce que j’ai lu. Je suis toujours dépassé par l’infinie capacité des croyants à ne pas voir ce qu’ils ont sous les yeux dans leurs textes sacrés et à parler de tout sauf de qui y est dit de manière lumineuse. Cette vérité dont parle Jésus ici n’est pas la vérité en général, mais une vérité très précise, une vérité sinistre dont tout le monde a vu les effets. Jésus s’adresse à des juifs dans un passage de l’Évangile de Jean qui est certainement celui qui a le plus contribué à l’antijudaïsme chrétien et par là à l’antisémitisme tout court dans l’histoire. Cette vérité est une vérité religieuse, c’est celle qui consiste à croire en lui. Les juifs, qui renâclent, sont purement et simplement des fils du diable, des menteurs et des meurtriers congénitaux dès les origines. Ce passage de Jean (8,31-59), qui donne un exemple concret de l’amour pour ses ennemis prôné paraît-il par Jésus, d’une violence incroyable, soulève le cœur, en tout cas devrait le faire pour tout être humain normalement constitué, c’est-à-dire pourvu de ce qu’on appelle justement un sentiment d’humanité. C’est ce que les exégètes chrétiens appellent dans leur langue académique un passage «problématique». Aussi la meilleure manière d’évacuer un problème est-elle de n’en pas parler et de parler d’autre chose. On se lancera dans des envolées lyriques, philosophiques, spirituelles, mystiques, peu importe le mot qu’on choisira, et le tour est joué. Les médias connaissent à la perfection cet art d’extraire une phrase de son contexte pour lui faire signifier monts et merveilles. Exemples : «Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme» de Paul ; «Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu» de Jean ; «Aime, et fais ce que tu veux» d’Augustin ; «Celui qui tue un homme tue toute l’humanité» et «Pas de contrainte en religion» dans le Coran. Ce passage de Jean sur la vérité qui rend libre et qui n’a qu’un seul sens: la conversion au christianisme ou la mort devient ainsi un message révolutionnaire et permet à Bonhoeffer de traiter allégrement les athées et les faux chrétiens de trouillards («Nous avons peur de la vérité, et cette peur est notre peur de Dieu») et d’impliquer sans le dire que le vrai chrétien, lui, incarne le courage et, mieux, l’héroïsme. Que l’immense majorité des croyants réels sue la peur (pas de Dieu: de la mort) et soient aussi courageux ou aussi lâches que n'importe qui ne l’a jamais gêné: ce ne sont pas de vrais croyants, ceux que l’Apocalypse traite de «tièdes» je suppose. Et ce sera toujours ainsi: le vrai christianisme est toujours à venir, c’est la seule antienne des théologiens «progressistes» (pro-Vatican II) d’aujourd’hui. Cette posture est de tout repos: elle permet de ne jamais mettre en question sa croyance.

Hommage à Bonhoeffer pour sa résistance jusqu’à la mort au nazisme, mais cela ne rajoute ni n’enlève rien à la vérité ou à la fausseté de ses paroles, encore moins à la Vérité avec un grand V qu’il nous assène: la Vérité, c’est Dieu. La seule vérité aveuglante de son sermon est qu’il n’exprime que l’opinion de l’humain Bonhoeffer, de celui que Stirner appelle un Unique, et certainement pas l’opinion d’un chrétien en tant que tel, et encore moins de l’Église catholique. Invoquer le passage le plus anti-juif du Nouveau Testament pour exhorter à la lutte contre l’antisémitisme fasciste et nazi ressemble à un sinistre canular. «Niccolò Giani, professeur d’histoire fasciste à l’université de Padoue, avait […] recours aux textes de l’Église, comme d’autres fascistes partisans des lois raciales, dans sa brochure de 1939 qu’il avait intitulée Pourquoi nous sommes antisémites. […] il citait un fait récent. Au début de l’année, lors d’une célébration de l’Épiphanie, l’évêque de Crémone s’était dit clairement partisan des lois raciales lors d’un sermon en sa cathédrale. Quelques semaines après/l’annonce de la deuxième vague de lois raciales italiennes, l’évêque de Crémone avait déclaré à ses fidèles: “L’Église n’a jamais dénié à l’État le droit de circonscrire ou d’empêcher l’influence économique, sociale et morale des juifs, quand elle est néfaste à la tranquillité et au bien-être de la nation. L’Église n’a jamais dit ou fait quoi que ce soit pour défendre les juifs, les pratiques judaïques ou le judaïsme.” Le sermon fit date et fut cité dans l’Osservatore romano. […] Un mois après ledit sermon, un des plus prestigieux cardinaux italiens, l’archevêque de Florence, donnait dans le bulletin archidiocésain des conseils à ses prêtres et fidèles sur la manière de réagir aux dernières mesures: “L’Église, écrivait-il, enseigne le respect absolu et l’obéissance complète à la loi et aux autorités civiles, quand elles n’ordonnent rien qui aille contre les commandements divins. […] Quant aux juifs, poursuivait-il, personne ne peut oublier l’œuvre de démolition qu’ils ont entreprise non seulement contre l’esprit de l’Église, mais au détriment de la coexistence civile. […]” Mais il y avait plus, poursuivait l’archevêque: “L’Église, de tout temps, a jugé que vivre avec les juifs était dangereux pour la Foi et la tranquillité des chrétiens. C’est la raison pour laquelle elle a depuis des siècles promulgué des lois visant à isoler les juifs.” […] Ce n’était pas une question de race, ajoutait-il, c’est une question de religion.»[1] Civiltà cattolica, l’organe officieux du Vatican comme chacun sait, avait été cité par les fascistes comme approuvant les lois raciales. Le journal se «démarqua» immédiatement en précisant que la discrimination contre les juifs ne reposait pas dans l’Église catholique sur une base raciale: «la bataille des caholiques contre les juifs “doit être comprise comme une légitime défense du peuple chrétien contre une nation ÉTRANGÈRE aux nations qui l’hébergent, contre l’ENNEMI juré de leur bien-être. Ce qui incite à prendre des mesures visant à rendre ces gens inoffensifs.”»[2]

Armand Vulliet

[1] David I. KERTZER, Le Vatican contre les Juifs. Le rôle de la papauté dans l’émergence de l’antisémitisme moderne, 2003, p. 327-328.
[2] Ibid., p. 330.

Le Voyageur 13/09/2013 23:19


"Nous avons peur de la vérité, et cette peur est notre peur de Dieu."


Ah làlà !


Toutes ces théologies du trouillomètre sont agaçantes...


Je n'ai pas peur de Dieu, il m'aime...


Je n'ai pas peur de la vrité, elle me précède...

Pierre Locher 12/09/2013 18:28


Comme disait un théologien jésuite (comme le pape François) :


"les dons de Dieu sont des taches humaines".


Pierre Locher

Robert Kaufmann 11/09/2013 18:22


Je suis tenté d'extraire cette phrase de Jorge Bergoglio (Pape François) tirée de l'ouvrage SUR LA TERRE COMME AU CIEL, dialogue avec le Rabbin Abraham Skorka=


....L'Homme reçoit la création entre ses mains comme un don. Dieu la lui donne, mais il lui impose en même temps un devoir : celui de soumettre la Terre. Ce que reçoit l'homme, cette matière
première est en friche et il lui appartient de peu à peu la soumettre pour la cultiver : la souche deviendra table. Mais il y a un moment où l'homme va trop loin dans ce devoir.: transporté par
l'enthousiasme, il cesse de respecter la nature. Surgissent alors les problèmes écologiques, le réchauffement climatique.Ce sont les nouvelles formes de l'inculture. Le travail de l'homme face à
Dieu et à lui-même implique une tension constante entre le don et le devoir. Lorsque l'homme ne retient que le don et délaisse le devoir, il ne remplit pas sa mission et demeure primitif; quand
l'homme se laisse emporter par l'enthousisme du devoir, il oublie le don et crée une ethique constructiviste : il croit que tout est fruit de ses mains et qu'il n'y a pas de don. C'est ce que
j'appelle le syndrome de Babel.....


RK

Francine Bouichou-Orsini 08/09/2013 16:07


Oui, nous avons du mal à cerner le terme de vérité et nous tendons à glisser vers des dérives qui nous éloignent du sens que lui attribue Jean, tel que repris par D. Bonhoeffer.
Ici, il ne s’agit  pas d’une vérité abstraite, mais de la vérité de notre être. Il s’agit de notre propre personne, telle que Dieu la créa, dans un geste d’amour et de partage, sous la forme
d’un projet, conçu à son image, et cependant spécifique, propre à chacun de nous. Il ne s’agit donc pas d’une réalité donnée, mais d’une réalité virtuelle, telle que proposée.
Il nous appartient, librement,  d’accepter ou de  refuser ce cadeau  divin. Si nous l’acceptons, nous pouvons coopérer avec son Auteur,  durant tout  notre parcours
terrestre, pour réaliser laborieusement  ce projet et l’épanouir pleinement, en vue de rejoindre Dieu, dans son Royaume éternel. Mais, nous pouvons, tout aussi librement, choisir de ne pas
écouter cette parole d’amour, pour imaginer un projet différent et concurrent. Nous entrerions alors en rivalité avec Dieu pour choisir de fabriquer nous-mêmes notre propre image…
Comment serait-il possible de refuser ce geste d’amour, librement et en toute connaissance ?  Ce serait choisir  d’affirmer notre propre puissance, érigée en concurrence face à un Dieu
d’amour … ?
Nous butons ici sur le mystère insondable du mal…
    Francine Bouichou-Orsini

Robert Kaufmann 08/09/2013 16:00


La lecture d'Eglise de ce dimanche matin m'a refait penser au présent échange sur la vérité de Dieu : ".....Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu?  Qui peut comprenfre les
volontés du Seigneur ? Les réfléxions des mortels sont mesquines et nos pensées chancelantes; car un corps périssable appesantit notre âme et cette enveloppe d'argile alourdit notre esprit aux
mille pensées...." (Sagesse IX-13-18 )


Si nous devons considérer que les Dix Commandements sont une expression, une traduction, de la vérité de Dieu et si l'un de ces commandements, majeur, devait être transgressé par un homme ou une
nation, QUELLE DOIT ÈTRE NOTRE VÉRITÉ face à cet événement ??


Au cours des cent dernières années, notre société a été affrontée à diverses reprises à ce type de choix.


En Octobre 17, le petit peuple de St.Peterbourg a mis fin à l'autoritarisme du régime tsariste.                            
                                                       
                              Dans les années 30, nous n'avons voulu déclancher un nouveau conflit  préventif, 15
ans après la boucherie de 14-18.                                              
                                        Pie XII, en conscience, n'a pas voulu prendre de
positions plus tranchées, craignant des conséquences aggravantes.                                    
                                                  Plus récemment, nous
avons voulu élargir la démocratie en soutenant des mouvements révolutionnaires dont le fer de lance est une  doctrine qui est tout sauf démocratique.   En ce moment même, notre bon Pape
François s'élève contre toute réaction violente de l'Occident au Proche Orient, craignant sans doute pour l'avenir des quelques millions d'Arabes chrétiens restant dans cette région.


Sur ce même blog se déroule actuellement un échange sur la recherche de ce qui est JUSTE, cher à notre ami Bernard Ginesty; ou bien sur la "théologie de la libération", commenté par Aymeric
Christensen.


L'Histoire juge déjà et jugera encore ces initiatives ...ou absence d'initiative...


Pour revenir à la vérité de Dieu, je regrette qu'on ne puisse, comme Don Camillio, établir un dialogue direct avec l'Eternel. Peut être nous dirait-il :

Pierre Locher 07/09/2013 12:09


 


Mais, comme dirait Ponce-Pilate s'adressant à Jésus : « qu'est-ce que la vérité ? » . Comme
nous, il ne comprend pas de quelle vérité Jésus parle quand il dit : « je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ».


 


Nous avons beaucoup de mal à rentrer dans cette vérité-là, cette vérité-liberté, parce que nous sommes envahis par un
monde technique et scientifique qui ne connait que la vérité objective, la vérité d'une théorie, la vérité d'un dogme, une vérité qui concerne des objets. Bien entendu, la vérité de nos relations
avec les autres ne peut pas être scientifique et Jésus ne parle pas de cette vérité là, mais de la vérité de la relation à son Père, de la vérité de nos relations humaines, d'une vérité de
relation entre sujets, une vérité établie dans l’amour, une vérité qui nous est intime et qui ne peut pas tomber du ciel (c'est, je pense, la raison de la difficulté évoquée par Robert
Kaufmann).


 


Si on relit le contexte de cette parole de saint-Jean : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes
vraiment mes disciples, vous connaitrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres ». La vérité dont parle Jésus se découvre dans une relation de confiance, de foi, et Jésus
insiste un peu plus loin en disant aux juifs qui l'interpellent : « Vous n'êtes pas capable d'écouter mes paroles, vous êtes bien de votre père le diable […] menteur et père du
mensonge», ajoute Jésus. C'est le mensonge (Bonhoeffer le mentionne) qui s'oppose à la vérité dont parle Jésus, et non l'erreur : il n'a que faire des vérités dogmatiques, théologiques
ou religieuses, seule lui importe la vérité de sa relation au Père, celle qui rend libre et on pourrait tout aussi bien dire que la liberté donnée par le Père nous appelle à devenir vrais. Quand
on dit d'une personne que sa parole est libre, ne comprenons-nous pas que sa parole est également vraie, que toute la personne est à la fois libre et vraie ? De la même façon, vérité et
liberté ne sont pas séparables dans la révélation judéo-chrétienne, parce que la relation à Dieu est une relation entre sujets, entre personnes.


 


Pierre Locher


 

Francine Bouichou-Orsini 06/09/2013 11:15


Oui, la vérité nous rendra libre. Comme l’affirme
Dietrich Bonhoeffer, elle « nous expose brusquement à la lumière de la Vérité, nous ôtant notre
masque mensonger. » Oui, ce masque mensonger nous emprisonne dans un personnage contraignant qui nous éloigne de la Source de vie.


Or, créés à l’image de Dieu, nous  sommes avides de vérité et de lumière. Le masque artificiel, fabriqué par
notre volonté de puissance personnelle, voudrait nous rassurer, sous l’illusion du désir subjectif de posséder nous-même  tout le présent. Mais, la
vérité, elle, doit être accueillie, accueillie et partagée, comme l’offre l’Esprit promis par Jésus.


Francine
Bouichou-Orsini


 

Robert Kaufmann 05/09/2013 13:54


Il nous faut honnorer la mémoire de ce Juste qui est allé au bout de sa conviction en renonçant à sa sécurité et, finalement, à sa vie, en considérant que la vérité de Dieu ne peut être celle de
l'environnement de la période politique dans lequel il vivait.


En outre, il est sans doute bien vrai que la plupart de nos jugements et de  nos agissements sont davantage dictés par nos mises en condition psychologique, nos fantasmes, nos idéologies,
nos théologies,nos intérêts personnels, nos obsessions (l'Homme est un animal paranoïaque disait, je crois, Arthur Koestler ) que par LA VÉRITÉ. Il suffit d'observer les hommes politiques et nos
voisins immédiats, dans la vie professionnelle et familiale.


"La vérité est à facettes" rétorque notre interlocuteur lorsqu'on le met devant des faits indiscutables.


Là où je suis plus réservé envers l'affirmation de D.Bonhoeffer, c'est cette vérité de Dieu qui, obligatoirement se trouve en conflit avec LA LIBERTÉ, le libre arbitre, que Dieu a accordé à
l'Homme. Les deux ne peuvent coexister dans la mesure où, si Dieu nous impose sa vérité, il nous prive de notre liberté de choix. Il nous faut accepter cette dualité.        
                                                       
                                                Quant à moi, je place la
liberté au 1er rang, car c'est l'élément qui différencie l'homme de l'animal.


Robert Kaufmann