La vérité dans la foi chrétienne à la lumière de l’Évangile de Jean

Publié le par G&S

« La grâce et la vérité nous sont venues par Jésus Christ » (Jean 1,17). Il existe un lien indissoluble, pour le IVe Évangile, entre la vérité et Jésus Christ. La vérité n’est pas une donnée abstraite, accessible seulement à la raison. Elle est une Personne. Jésus selon saint Jean a pu dire : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (14,6). Une personne n’est pas un objet, pas davantage un objet de connaissance, qu’on pourrait maîtriser. On accède à la vérité dans une relation personnelle, dans une adhésion à celui qui vient à nous, finalement dans la foi. C’est pour conduire à cette foi que l’Évangile est écrit, il l’exprime clairement dans sa conclusion : « [Ces signes] ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom » (20,31).

 Révélation et vérité

« Qu’est-ce que la vérité ? » (18,38). La question de Pilate à Jésus parcourt l’histoire entière de l’humanité. Les sages, les philosophes, même les esprits simples marqués par le bon sens sont conscients d’avoir à chercher la vérité. Seuls les idéologues et les dogmatiques sont persuadés de détenir la vérité. C’est vrai, l’Église a souvent succombé à la tentation dogmatique en affirmant détenir des vérités. Mais le rapport de l’Église à Jésus n’est pas de cette nature. Les chrétiens n’ont pas prise sur Jésus, ils ne le détiennent pas : ils le confessent, ils croient en lui, ils reçoivent de lui sa vie. Avant la question de Pilate, Jésus avait dit : « Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (18,37). À la suite de Jésus, ce que l’Église peut faire, c’est rendre témoignage à la vérité qu’elle a reçue.

Pour saint Jean, c’est à son époque une évidente culturelle, la vérité ne peut venir que de Dieu. Mais comment connaître Dieu ? Comment connaître le secret du monde, comment connaître le sens de la vie humaine ? Les artistes, depuis les origines, s’y emploient de leur mieux. Saint Jean veut répondre à ces questions : « Dieu, personne ne l’a jamais vu. Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a révélé » (1,18). On accède à la vérité par une révélation. Le message du IVe Évangile, exprimé de multiples manières, est très simple : Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils (3,17). Le Fils est depuis toujours auprès de Dieu, il est Dieu comme son Père, il vit dans son intimité : « Le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait » (5,20). Mais le Fils est envoyé dans le monde, lui « par qui le monde a été fait » (1,10) commence une existence humaine, « le Logos s’est fait chair et il a habité parmi nous » (1,14). Il devient ainsi « la Lumière du monde » (8,12 et 9,5), « la Lumière véritable qui éclaire tout homme » (1,9) Le croyant trouve en Jésus, dans cet homme qui a vécu il y a vingt siècles une vérité définitive. Saint Jean n’a pas peur d’un paradoxe extrême : toute vérité se concentre dans la vie, les paroles et le comportement de Jésus. C’est qu’il est Parole venue de Dieu, Fils venu d’auprès de Dieu et maintenant retourné auprès de lui, glorifié par lui. La Révélation, la Lumière qui vient de lui, sont inséparables de l’histoire de Dieu avec les  hommes depuis les origines, racontée dans la Bible, le livre saint d’Israël, « car le salut vient des Juifs » (4,22) et inséparable de l’Église, car les disciples de Jésus continuent à porter son témoignage : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (20,21).

 La vérité de Jésus et l’Amour

Mais quelle est donc la vérité que Jésus apprend aux hommes ? En quoi donc apporte-t-il aujourd’hui encore une « lumière qui éclaire tout homme » ? Oui, Saint Jean est persuadé que son message peut être éclairant pour tous les hommes, car il est très simple, il peut se résumer en deux mots : Amour, et Amour jusqu’à l’extrême. Il y reviendra dans sa première lettre : « Aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et connaissent Dieu… Voici à quoi se reconnaît l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimés Dieu, c’est lui qui nous a aimés et a envoyé son Fils, qui a donné sa vie pour nous » (1Jean 4,7 et 10).

La vérité pour saint Jean, c’est que l’amour est la clef du monde. L’amour vient de Dieu, car « Dieu est Amour » (1Jean 4, 8 et16). C’est ce que Jésus vit au milieu des siens, un amour qui consiste à se mettre au service les uns des autres. Dans un geste symbolique, que d’abord ils rejettent, Jésus lave les pieds de ses disciples : « C’est un exemple que je vous ai donné… Le serviteur n’est pas plus grand que le maître. Vous serez heureux, si vous faites cela » (13,15-17). L’amour n’est donc nullement pour Jésus quelque chose de facile, qui relève uniquement du sentiment ou de la bonne volonté. Jésus s’est constamment heurté à la résistance ou à l’incompréhension de ses contemporains : « Il est venu chez les siens et les siens ne l‘ont pas reçu » (1,11). Les gens, et même ses disciples,  attendaient de lui du spectaculaire, des exploits, ils auraient bien voulu un Roi. Jésus ne se situe pas sur ce plan : « mon Royaume n’est pas de ce monde » (18,36).

Retable d'Issenheim avec fondL’Évangile selon saint Jean, qui peut paraître énigmatique et déroutant au premier abord, converge en effet vers un centre et un sommet : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (12,32). Ce sommet, c’est la mort de Jésus sur la Croix. Dans les autres Évangiles, tout converge vers la Résurrection et l’Exaltation de Jésus auprès de Dieu. Cette exaltation est pour saint Jean déjà réalisée à la Croix. Elle est la glorification du Fils par le Père. Elle est la manifestation suprême de l’amour de Dieu pour les hommes, elle est donc la vraie Révélation de Dieu : l’amour de Dieu va jusqu’à se donner totalement : « Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême » (13, 1). Saint Jean souligne sans cesse l’importance capitale de ce moment : « Tout est accompli », c’est la dernière parole de Jésus (19,30). Et lorsque de son côté sort du sang et de l’eau, l’auteur insiste avec une grande solennité : « Celui qui a vu a rendu témoignage, et son témoignage est vrai, et Celui-là sait qu’il dit vrai, afin que vous aussi vous croyiez » (19,35). La vérité du monde est liée à cet événement unique, accompli « une fois pour toutes », qu’un artiste comme Matthias Grünewald a si bien perçu dans son tableau du Musée Unterlinden à Colmar. « Personne n’a d’amour plus grand que celui qui donne sa vie pour ceux qu’il aime » (15,13).

 Vérité et vie

Découvrir la vérité est donc découvrir ce vrai secret de la vie humaine, qui a été pleinement manifesté, pleinement « révélé », dans la vie humaine et dans la mort de Jésus. Mais découvrir cette vérité appelle à en vivre. Vérité et vie sont inséparables. Il faut accepter de se laisser éblouir par cette lumière, et de vivre en conséquence : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas reçue » (1,4-5). Les hommes en effet préfèrent souvent vivre dans le clair-obscur, sans chercher vraiment la lumière sur leur propre vie. Mais « celui qui fait la vérité vient à la lumière » (3,21). Adhérer à la vérité, en perspective chrétienne, ne se limite pas à une adhésion intellectuelle : c’est être et agir en conformité avec le message découvert, c’est à son tour vivre dans la perspective ouverte par Jésus, c’est se laisser animer par son Esprit : « Lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous conduira à la vérité tout entière » (16,13).

Amour et vérité, Esprit et vie sont inséparables.

Jacques Lefur
16 septembre 2011

Publié dans DOSSIER LA VERITE

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Royen Paul 17/02/2014 10:19


Bonjour ,


Simplment je voudrais ajouter que l'Evangile de Jean est l'Evangile du 21ème siècle ...


Paul


 

Pierre Locher 26/10/2011 16:53



 


Merci à Jacques Lefur de nous replonger dans l'évangile de saint-Jean, ce grand théologien qui nous fait entrer dans le mystère de l'incarnation et, du même coup, dans la vérité du Dieu de Jésus.


 


Je suis particulièrement sensible à ce qu'il dit sur la mort de Jésus : son exaltation, son élévation par le Père est déjà réalisée sur la croix. Ceci nous
invite à ne jamais séparer la résurrection de la mort de Jésus : on devrait parler de sa mort-résurrection, tant la révélation du Dieu chrétien s'accomplit déjà sur le Golgotha. Le
signe de la résurrection du Christ est un tombeau vide (« Il n'est pas ici »), le signe de sa mort, de l'accomplissement du commandement d'amour est une croix : c'est bien ce
dernier symbole qui a été retenu par les chrétiens. Pendu au bois d'infamie, Jésus nous révèle un Père qui n'est qu'Amour, qui nous laisse libre, qui n'impose aucune contrainte à le suivre :
aucune manifestation de puissance selon la conception païenne (« si tu es Dieu, sauve toi toi même ! »), Jésus meurt et descend aux enfers, comme tout homme en ce monde. En prononçant
le fameux Eloï, Eloï, lema sabaqthani Jésus s'avère pleinement homme, et lorsque le centurion romain, lui l'étranger à la religion juive,
prononce ces quelques mots en voyant Jésus mourir :


« Cet homme était vraiment Fils de Dieu » Mc 15,39.


Jésus est potentiellement reconnu Fils de Dieu par l’humanité entière. Il est en même temps « élevé » sur la croix et exalté par le Père (N.B. petite demande aux spécialistes :
quels mots hébreux et grecs sont traduits par« résurrection » et quels autres sens ont-ils ?).


 


Je suis tenté d'ajouter un autre aspect de la vérité révélé par l'évangile de Jean : celle de la relation du Fils à son Père, et par conséquent de notre propre relation au Père. Jésus est
l'envoyé de Dieu (« le Père, celui qui m'a envoyé »), envoyé pour une mission : le salut des hommes (Jean 3,17). Le salut est assuré par le don de la vie
éternelle ainsi définie par saint-Jean :


« la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » Jn 17,3


Connaître le seul vrai Dieu, en connaissant le Fils son envoyé, en découvrant la nature de leur connaissance mutuelle, voilà la vie éternelle. En nous révélant qui est le Fils, Saint
Jean nous révèle qui est le Père et la nature de leur relation : une relation d'amour, bien sûr, mais aussi une relation de totale vérité, la vérité. C'est à cette relation de
vérité avec Dieu et avec les hommes que nous sommes appelés. L'évangéliste nous ouvre à une dimension relationnelle de la vérité, qui ne peut plus être considérée comme un objet à posséder, pas
plus qu'un dogme ou un catéchisme à conserver jalousement, car la vérité de la relation est d'un autre ordre.


 


Pierre Locher