La subversion du Christianisme

Publié le par G&S

Tous les Chrétiens s’accordent pour reconnaître dans l’événement de Pâques le cœur de leur foi. Dès les premières décennies du Christianisme, Saint Paul affirmait : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi. (…) Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est illusoire » 1. La Résurrection ne relève ni d’une déduction logique, ni d’une construction théologique, mais de l’expérience profonde que la mort n’est pas le dernier mot de l’histoire de l’humanité. Le Christianisme n‘est pas fondé d’abord sur une sagesse, une théorie, une théologie, mais sur un événement qui provoque une expérience intérieure. Les textes évangéliques ne racontent pas la réapparition triomphale du Christ terrassant ceux qui venaient de l’humilier, de le torturer et de le tuer. Ses disciples ne le reconnaissent pas immédiatement : la Résurrection n’est pas un spectacle, la « happy end » d’un feuilleton, mais un retournement de la conscience.

Jacques-Ellul.jpgDans un ouvrage intitulé La subversion du Christianisme, le philosophe et théologien protestant Jacques Ellul, analyse comment beaucoup d’errements du Christianisme trouvent leur source dans l’oubli de ce rôle fondamental de l’événement pour succomber à la tentation permanente de « passer de l’histoire à la philosophie ». Et il montre comment cette dérive a commencé dès le début du Christianisme : « Très tôt, on a oublié l’essentiel : le Dieu biblique ne révèle pas une sorte de système philosophique, ni une morale, ni une construction métaphysique. Il entre dans l’histoire des hommes, accompagne son peuple. La Bible hébraïque n’est nulle part une construction philosophique. (…) Pour parachever son œuvre, Dieu ne nous envoie pas un livre de métaphysique, ni un livre sacré de révélations gnostiques, ni un système épistémologique complet, ni une sagesse achevée, il nous envoie un homme » 2.

L’Évangile invite à subordonner toute pensée à une expérience de la révélation de l’amour, et de l’amour de Dieu plus fort que la mort. Or, remarque Jacques Ellul, « Cela va à l’encontre de toute démarche philosophique objective et cohérente ! Rien de plus incohérent que l’amour et la vie ! Cela eût dû alerter profondément nos théologiens… » 3. Je viens d’avoir le bonheur de vivre le jour de Pâques à l’Abbaye de Sylvanès au rythme de la liturgie et de la musique du Père André Gouzes. Cet homme qui a redonné beauté et passion à nos liturgies écrit ceci : « Vous ne pouvez pas être célébrant si vous n’êtes pas d’abord amant », car pour lui : « le Dieu de Jésus-Christ est toujours dans l’urgence du temps des hommes. L’Église est responsable de son avènement dans leur cœur » 4.

L’événement de Pâques constitue le huitième jour, celui qui s’ajoute aux sept premiers de la création. Ce nouveau jour brise les enfermements de la nature et du destin. Les sept premiers sont un donné qui tantôt nous plonge dans l’exubérance de la beauté du monde, tantôt nous enferme dans la révolte contre un destin aveugle. Au cœur de nos vies, Pâques annonce qu’aucun désastre n’est ultime et qu’aucun homme n’est prisonnier de ses pires forfaitures. Dépassant la crainte de la mort, source de nos égocentrismes éperdus, la liturgie de Pâques invite à la liberté de vivre le monde non plus dans les catégories de la nécessité et du destin, mais dans celles de la grâce, du don et de la légèreté de l’être retrouvant le goût créateur de l’enfance.

Bernard Ginisty
Chronique diffusée sur RCF Saône & Loire le 10.04.10

1e Épître aux Corinthiens, 15,14-16

2 - Jacques ELLUL : La subversion du christianisme Éditions La Table Ronde, 2001, pages 40-42

3 - Id. page 45

4 - André GOUZES : Le chant du cœur. Conversations sur la foi. Éditions du Cerf 2003, pages 129, 133

Publié dans Réflexions en chemin

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jf sadys 13/04/2010 15:23



Svp soyez subversif et aidez-nous à les aider:


http://journaldeclasse.over-blog.com/article-il-se-trouve-48543435.html



Bouichou-Orsini Francine 12/04/2010 12:53



Oui, Jacques Ellul : "le Dieu biblique ne révèle pas une sorte de système philosophique, ni une morale, ni une construction métaphysique
(…) Pour parachever son œuvre, Dieu ne nous envoie pas un livre de métaphysique, ni un livre sacré de révélations gnostiques, ni un système épistémologique complet, ni une sagesse achevée, il
nous envoie un homme (...)   Cela va à l’encontre de toute démarche philosophique objective et
cohérente ! Rien de plus incohérent que l’amour et la vie ! Cela eût dû alerter profondément nos théologiens… »


Et cependant, l'Institution recommence toujours à majorer excessivement les aspects rituels, les pratiques, les règles, parce que toutes ces
précautions (nécessaires) nouq rasssurent; mais aussi nous éloignent du risque de la vie, elle,  axée sur l'essentiel. Francine Bouichou-Orsini-Bouichou