La retraite : une vieillesse du chacun pour soi ?

Publié le par G&S

Le grand débat qui va s’ouvrir sur la réforme des retraites sera un test sur la façon dont les dirigeants de ce pays conçoivent la solidarité. Les déséquilibres financiers des différents régimes causés à la fois par la prolongation de la durée moyenne de vie, un chômage persistant et la non-taxation des profits financiers nécessitent des réformes courageuses. Cela dit, ces initiatives ne prendront sens que si elles s’insèrent dans notre pacte social qui repose sur la solidarité entre les différents âges de la vie et la prise en compte de l’usure professionnelle spécifique selon les différents métiers.

En effet, la solidarité ne se réduit pas à des initiatives privées charitables plus ou moins facultatives ; elle est le ciment sans lequel aucune société n’est possible. Le dictionnaire Robert  définit ainsi le mot solidaire : « Commun à plusieurs personnes de manière que chacun répond de tout (...) ; se dit des personnes qui répondent en commun l'une pour l'autre d'une même chose, qui se sentent liées par une responsabilité et des intérêts communs ». La solidarité traduit en acte cette responsabilité mutuelle qui dépasse la simple addition des besoins individuels. Elle est le « sol » sur lequel peut s'édifier une société. Or de plus en plus de fractures apparaissent dans ce qui devrait assurer cette solidité, au point que le précédent président de la République avait fait de la fracture sociale le thème central d’une de ses campagnes présidentielles.

De ce point de vue, les arbitrages entre retraite par répartition et retraite par capitalisation révèlent des conceptions plus ou moins tacites sur la nature du lien entre les citoyens. Prendre acte de l’individualisme induit par la société de consommation pour en faire le fondement non seulement du rapport de l’homme actif avec le retraité mais de celui de tout être humain avec son besoin de sécurité, c’est remettre en cause les constructions collectives qui, depuis des décennies, structurent notre vie sociale.

Un certain libéralisme de type anglo-saxon voudrait que la vie politique se réduise à la gestion de la libre concurrence des marchés accompagnée de considérations apitoyées sur le sort des exclus ou des personnes à faibles ressources dont l’essentiel de la prise en charge est renvoyé à l’initiative privée. La résignation paresseuse devant un individualisme sans autre horizon qu’une vieillesse du chacun pour soi conduit à l’obsession d’une sécurité sans solidarité. À cette abdication, nous devons substituer une volonté et une pratique politiques qui fassent le choix de la vie contre la rente.

La bourse ou la vie ? La rente ou le risque ? La répétition ou la création ? L’accumulation individuelle ou le partage ? La bataille rangée individualiste de tous contre tous ou la création d'espaces de solidarité ? C'est aussi cela, le débat sur les retraites.

Bernard Ginisty
Chronique diffusée sur RCF Saône-et-Loire le 12.06.10

Publié dans Signes des temps

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Hieronymos 14/06/2010 22:09



Bonjour,


  Votre article est fort intéressant et il faut dire que le sujet est pour le moins crucial. Certes vous avez raison d'évoquer la prolongation de la durée moyenne de vie, le chômage et la
non péréquation des efforts de cotisation au sein de la société ("la non-taxation des profits financiers" entre autres)? mais il me semble que vous n'analysez pas suffisamment en profondeur la
signification de cette crise intergénérationnelle. En effet, je voudrais attirer votre attention sur le fait que le corrélat de la rpolongation de la durée de vie moyenne des individus consiste
en une baisse importante de la natalité dans les moeurs aux moeurs occidentales actuelles qui sont motivées par ce que j'appellerais avec d'autres sociologues, l'idéologie individualiste de type
libertaire et hédoniste. Un éminent historien, Pierre Chaunu -qui fonda l'histoire sérielle ou quantitative à partir des données statistiques- avait écrit dans les années 70 deux livres
prophétiques("La peste blanche" et "Le refus de la vie") sur le déclin démographique de l'Europe suite à l'adoption de la loi sur l'avortement et sur l'adoption de moeurs profondément
individualistes qui puisent à la fois dans l'hédonisme et un certain féminisme anti-maternité, et ce dans le cadre d'une société structurellement consumériste et productiviste. Il n'est que de
voir la priorité que donnent aujourd'hui nos contemporains à la quête de plaisir et à la réalisation de leur carrière professionnelle.


En somme notre société souffre d'une quête égoïste d'un bonheur purement individuel. Le vieillissement de notre société procède d'un refus aberrant de donner la vie. Or quel avenir une
civilisation peut-elle espérer avoir quand elle vieillit? Si ce qui n'est pas donné est perdu, alors que devient la vie quand celle-ci est refusée dans ce qu'elle a de tragique et de gratuit,
comme un don de Dieu?