La flamme d’une chandelle

Publié le par G&S

Gaston Bachelard né en 1884, professeur de philosophie à la Sorbonne,
hérita de son parcours intellectuel atypique
le goût de lier les plus hauts concepts à la poésie
et à l’expérience journalière.
Il a écrit un petit livre : « La flamme d’une chandelle ».
En voici quelques lignes.

… Parmi les rêveries qui nous allègent, bien efficaces et simples sont les rêveries de la hauteur.

La flamme d 'une chandelle BachelardTous les objets droits désignent un zénith. Une forme droite s’élance et nous emporte en sa verticalité. Conquérir un sommet réel reste une prouesse sportive. Le rêve va plus haut, le rêve nous emporte en un au-delà de la verticalité. Bien des rêves de vol naissent dans une émulation de la verticalité devant les êtres droits et verticaux.

Près des tours, près des arbres, un rêveur de hauteur rêve au ciel. Les rêveries de la hauteur nourrissent notre instinct de verticalité, instinct refoulé par les obligations de la vie commune, de la vie platement horizontale.

La rêverie verticalisante est la plus libératrice des rêveries.

Pas de plus sûr moyen de bien rêver que de rêver en un ailleurs. Mais le plus décisif des ailleurs n’est-ce pas l’ailleurs qui est « au-dessus » ?

… Les images de la verticalité nous font entrer dans le règne des valeurs…

Plus simple est leur objet, plus grande sont les rêveries. La flamme de la chandelle sur la table du solitaire prépare toutes les rêveries de la verticalité. La flamme est une verticale vaillante et fragile. Un souffle dérange la flamme, mais la flamme se redresse. Une force ascensionnelle rétablit ses prestiges.

La bougie brûle haut et sa pourpre se cabre, dit un vers de Trakl.

La flamme est une verticalité habitée. Tout rêveur de flamme sait que la flamme est vivante…

C’est au sommet que sont les plus grands rêves.

La flamme est si essentiellement verticale qu’elle apparaît, pour un rêveur de l’être, tendue vers un au-delà, vers un non-être éthéréen.

Dans un poème qui a pour titre Flamme on lit : Pont de feu jeté entre réel et irréel, co-existence à tout instant de l’être et du non-être.

Jouer de l’être et du non-être avec un rien, avec une flamme, avec une flamme peut-être seulement imaginée, c’est là, pour un philosophe, un bel instant de métaphysique illustrée.

Mais toute âme profonde a son au-delà personnel.

La flamme illustre toutes les transcendances.

Devant une flamme, Claudel se demande : « D’où la matière prend-elle l’essor pour se transporter dans la catégorie du divin ? »

Gaston Bachelard

Publié dans Fioretti

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