La fidélité à Jésus exclut-elle toute critique à l’autorité ?

Publié le par G&S

 

Merci Gérard Bessière.
Une fois encore, vous dites très bien tout haut
ce que beaucoup pensent tout bas et, en outre
,
vous consonnez avec l’avis de plusieurs qui se sont exprimés sur G&S.
C'est ce qui m'a amené à proposer le texte suivant
que j'avais écrit avant de vous avoir lu.

A.O.

Des historiens ou des clercs, généralement septuagénaires 1 – ce qui signifie qu’ils ont connu et partagé les espérances de Vatican II – osent des analyses sévères mais pertinentes du marasme triomphaliste qui s’est emparé de notre Église, et ils manifestent des inquiétudes pour l’avenir que provoque son passéisme ; ils osent aussi poser des questions essentielles à l’autorité. Ils proposent parfois des voies nouvelles pour que l’évangélisation ne paraisse pas une simple opération de “propagande” et se préoccupe davantage d’annoncer Jésus-Christ que du bon fonctionnement de l’institution romaine (strict respect des dogmes, participation “active” aux dévotions, magnificence des rites, …). Il faut célébrer leur courage, car la délation haineuse a toujours été un sport à la mode dans l’Église, et il faut entourer et soutenir ces pasteurs et ces théologiens : ils ne sont pas si nombreux.

Logiquement, le problème ne devrait pas être de savoir si ce qu’ils disent est totalement conforme à ce qu’on a dit et répété avant, mais de savoir si ce qu’ils disent est vrai et authentiquement évangélique. La “Tradition” a bon dos pour entretenir des “vérités” d’un moment, parfois liées à un état des connaissances ou à une situation historique particulière, et les faire perdurer en dépit de leur caducité. Dans le domaine des sciences, par exemple, combien de temps a-t-il fallu pour que la terre tourne autour du soleil, ou que l’évolution soit admise 2 ? Combien de dogmes ont été proclamés dans un contexte politique pas forcément très “catholique”. Plus grave pour la “religion”, combien de siècles ont été nécessaires pour qu’on se rende compte et qu’on reconnaisse que le Dieu-Père annoncé par Jésus était un Dieu de tendresse et de pitié (ce que d’ailleurs affirmait déjà l’Ancien Testament) au lieu d’un père fouettard attendant le pécheur au tournant. Remarquons en passant que cette idole était bien utile pour garder les fidèles, et même les “sujets”, dans une obéissance passive aux différents pouvoirs qui s’exerçaient sur eux. Une Tradition vivante doit non pas “s’adapter” aux variations des civilisations, mais écouter les changements vitaux et, en tenant compte de ce qui doit rester intangible (Dieu seul est saint et il est l’Unique, par ex.), discerner ce qui est transitoire, lié à une culture donnée. Les mitres d’évêques rappellent furieusement les coiffures des prêtres juifs de l’antiquité ; elles ne sont peut-être pas indispensables pour annoncer Jésus-Christ.

Depuis quelques années, un certain nombre de catholiques souffrent de voir leur Église demeurée coupée du monde comme elle le fut effectivement longtemps, et plus encore de constater qu’elle a amorcé une restauration autoritaire sous prétexte de revenir aux “valeurs fondamentales”. Ces catholiques, pas forcément “progressistes” 3, ont des choses à dire sur la vie qu’ils tentent de mener au nom de l’Évangile. Toutes ne sont sans doute pas “valables”, certaines peuvent être même trop proches de certains modes de penser contemporains qui ne sont pas a priori évangéliques. Mais comment se fait-il que le “Saint-Père” puisse rester sourd aux prières d’une partie du peuple de Dieu, refusant tout débat autre que formel avec ce monde où l’on vit, lui et nous ? Cette partie “non-traditionaliste de l’Église appartient pourtant à la “famille” et, dans une famille digne de ce nom, on s’écoute, on échange pour parvenir à un accord plus profond, pour converger “en avant” des certitudes des uns et des autres. Le temps du pater familias, dont les pouvoirs étaient eux aussi sacralisés (parmi lesquels : le droit de vie et de mort) et s’exerçaient sans partage sur sa “domus ”, serviteurs, enfants et femme compris, a été dépassé, au profit d’un père aimant et prêt à accueillir tous ses enfants, fussent-ils “prodigues”. Et les régimes de gouvernements totalitaires ne maintiennent une unité de façade que pour un temps, laissant après eux malheurs et déliquescence (pensons, par ex. à l’ex-Yougoslavie ou à certains pays africains).

Car les “catholiques-critiques”, comme il arrive qu’on les appelle, sont (encore) des “fidèles”. D’autres sont partis et l’on doit regretter la perte de ces frères et sœurs qui étaient parfois des forces vives de l’Église. Le “Bon Pasteur” ne laissent-ils pas ses 99 brebis pour se porter au secours de la “brebis perdue” ; il ne fait pas une encyclique pour condamner ses errances, il va directement la chercher par monts et par vaux, et se réjouit lorsqu’il l’a retrouvée. S’il vous plait, “Pères”, sachez percevoir, sous des critiques qui peuvent vous paraître injustes, qui peuvent l’être à la rigueur, une réaction d’amour déçu, amour de l’Église – non d’une organisation humaine pyramidale, mais celui du “peuple de Dieu” – et amour de Dieu-même, dont ils refusent les caricatures dessinées à l’aide de dogmes figés (que sait-on et que peut-on exprimer de la vérité de Dieu ?), de croyances et de rites parfois proches de superstitions, 

Albert OLIVIER

1 - Tels J. Moingt, G. Bessière, M. Rondet, H. Küng… pour ne citer que quelques-uns des auteurs dont Garrigues et Sentiers a publié des textes.

2 - Dans son principe, car dans les détails la discussion scientifique reste ouverte.

3 – Terme qui se voulait péjoratif, dont on marquait des personnes touchées par les analyses marxistes comme on affublait jadis les hérétiques d’un chapeau pointu.

Publié dans Réflexions en chemin

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