La chasse aux chrétiens

Publié le par G&S

Le christianisme est devenu, de loin, la religion la plus persécutée.
Mais l'Occident fait l'autruche

Ce n'est rien. Rien que des chrétiens qu'on égorge. Des communautés religieuses que l'on persécute. Mais où cela ? - Un peu partout. En Inde, au Bangladesh, en Chine, au Vietnam, en Indonésie, en Corée du Nord. Là où ils sont minoritaires. Et surtout en pays musulman. Et pas seulement en Arabie Saoudite où le culte chrétien est puni de mort. Mais en Égypte, en Turquie, en Algérie. Dans le monde actuel, le christianisme est de loin la religion la plus persécutée.

Mais c'est au Proche-Orient, là même où le christianisme a pris naissance, que la situation est la plus grave. En Turquie, les communautés chrétiennes qui sont les plus anciennes, antérieures à l'islam, sont menacées de disparition. En Égypte (coptes), au Liban (maronites en particulier), elles se replient sur elles-mêmes ou émigrent en Occident. En Irak, la guerre a précipité les chrétiens dans le malheur. Près de 2 000 morts, des populations déplacées par centaines de mille, notamment vers le Kurdistan turc, plus accueillant. On ne compte plus, à travers le Proche-Orient, les communautés attaquées, les dignitaires religieux assassinés, les églises brûlées, les interdictions professionnelles, de droit ou de fait, dont sont victimes les chrétiens. Un génocide religieux à la petite semaine.

Ajoutez à cela que les divisions internes sont innombrables et donnent le vertige, rapportées à la faiblesse des effectifs. Sur environ 14 millions de chrétiens d'Orient, environ 5 millions sont catholiques. Les autres, orthodoxes, monophysites, nestoriens, portent la trace de l'immense débat christologique des IVe et Ve siècles de notre ère. Les nestoriens affirment la dualité des personnes dans le Christ : une personne divine, le logos, une personne humaine, Jésus.

En sens inverse, les monophysites affirment que l'humain et le divin constituent dans le Christ une seule nature. C'est le cas des coptes orthodoxes.

Pendant des siècles, les musulmans, venus ensuite mais devenus majoritaires, et les chrétiens ont fait bon ménage. Que se passe-t-il donc depuis cinquante ans ? D'abord, le réveil de l'islam sous une forme agressive et identitaire, comme si le Proche-Orient appartenait exclusivement aux musulmans. Ce sont les Frères musulmans qui mènent les attaques contre les coptes égyptiens : à Nag Hammadi, à 60 kilomètres de Louxor, en Haute-Égypte, une voiture a mitraillé les fidèles qui sortaient de la messe de Noël (6 janvier 2010). Bilan : sept morts.

Par un paradoxe qui n'est qu'apparent, la démocratisation des régimes renforce l'intolérance et l'exclusivisme musulmans : les chrétiens d'Irak étaient moins menacés sous la dictature de Saddam Hussein qu'ils ne le sont aujourd'hui. Les despotes étaient le plus souvent héritiers du pluralisme traditionnel. Dans la quasi totalité de ces pays, l'islam est désormais la religion d'État. Et le djihad anti-occidental ainsi que l'agression américaine en Irak ont transformé les chrétiens en représentants de l'Occident maudit.

C'est à la lumière d'une disparition prévisible à court terme, si rien n'est fait, que le pape a convoqué un synode des évêques d'Orient (10 au 24 octobre 2010) pour tenter d'attirer l'attention sur ces persécutions et de passer un nouveau pacte pacifique avec les populations musulmanes.

Pendant ce temps, l'Occident fait l'autruche. Pour ma part, ayant passé la plus grande partie de ma vie militante à défendre des populations musulmanes (Tunisie, Algérie, Bosnie, Darfour), j'ai pu constater que, chaque fois qu'il fallait le faire pour des chrétiens (Liban, Sud-Soudan), on voyait, à quelques exceptions près (Bernard-Henri Lévy, Bernard Kouchner), les professionnels des droits de l'homme se défiler.

Une sorte de Yalta culturel d'un type nouveau est en train de s'instaurer de fait : en Orient, le monopole d'une religion unique de plus en plus intolérante, l'islam. En Occident, le pluralisme, la tolérance et la laïcité. Ce Yalta est, comme l'autre, générateur de guerre froide, pour ne pas dire davantage. Il faut donc, sans arrière-pensée ni faiblesse complaisante, défendre le droit des chrétiens d'Orient à l'existence.

Jacques Julliard
in Le Nouvel Observateur du 14 au 20.10.10

Publié dans Signes des temps

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Marc DELÎLE 25/10/2010 21:53



« Ce n'est rien. Rien que des chrétiens qu'on égorge ». Voilà une interpellation aujourd’hui peu “politiquement Korrecte”, et conjointement très courageuse.
Merci Jacques Julliard. Qu’un intellectuel [à quelques exceptions près, tel Régis Debray] ose s’inquiéter du sort de gens qui, dans les pays musulmans ou sous des régimes de dictature, se font
massacrer, leurs lieux de cultes incendier, leur statut social diminuer, voilà qui est assez rare.


Plusieurs facteurs se conjuguent peut-être pour tirer un rideau sur ce drame. Il y a d’abord un certain anti-christianisme latent ou agressif qui se porte
bien, entre autres, dans une partie de l’opinion néo-philosophique. Il y a l’indifférence envers tout ce qui peut déranger le confort des “vautrés”, comme les appelle le prophète Amos : ce qui se
passe loin ne les concerne pas. Il y a aussi un irénisme non sans danger chez certains “amis [à tout prix] de l’Islam”, et de la naïveté chez quelques clercs. Au nom de la charité qui doit
effectivement être généreuse, il ne serait pas envisageable, par exemple, d’exiger des pays pratiquant la charya une réciprocité de la tolérance. Ils réclament des mosquées pour leurs frères (et
sœurs) des pays européens afin qu’ils puissent pratiquer leur culte ; c’est justice qu’ils en aient puisqu’ils résident là et que la liberté religieuse est une des gloires de la démocratie. Mais
au nom de quoi empêchent-ils leurs ressortissants chrétiens de pratiquer leur religion, comme peuvent le faire les musulmans des pays occidentaux, et, pourquoi pas —comme ceux-ci— de la
manifester. 


Cette “charité” envers d’autres croyants nous ferait-elle oublier nos frères dans la foi, dont il faut rappeler qu’ils habitaient souvent “ces” pays avant
l’expansion de l’Islam (Coptes en Égypte ou Maronites au Liban cités par J.-J.). Certes, il n’est pas question, comme le désireraient quelques intégristes extrêmes, de promouvoir de nouvelles
croisades pour “libérer” les lieux saints : l’ennui c’est qu’ils le sont pour trois religions concurrentes dans la région du Proche-Orient. “Nos” croisades du Moyen-Age, si peu évangéliques,
maintenant vilipendées sans être resituées dans leur contexte culturel, ont été au fond l’équivalent du Djihad, proclamé aujourd’hui par d’autres intégristes radicaux ; et ni les unes ni les
autres ne sont légitimes. 


Les divisions historiques entre chrétiens, dénoncées par Julliard, ne sont pas pour rien dans le succès de l’Islam à ses débuts, dans l’enthousiasme d’une foi
nouvelle et “conquérante”. En arrivant dans les pays du Proche Orient et du Maghreb, les envahisseurs ne trouvaient personne devant eux autre qu’une mosaïque de groupuscules chrétiens souvent
antagonistes.


Oui, « l'Occident fait l'autruche ». Devant les exactions répétées contre les chrétiens à travers le monde, il ne faudrait pas en rester à de simples
protestations de principes (ah ! la bonne conscience des pétitions !) et sans effets positifs pour les victimes. La solution pour qu’une coexistence pacifique — qui a pu exister autrefois
(pensons à la réputation de tolérance qu’avait le Liban)— puisse émerger entre musulmans sincères et chrétiens non moins sincères, n’est pas facile à trouver. Les valeurs des deux cultures ne
sont pas forcément immédiatement compatibles. Raison de plus pour ne pas attendre et y travailler avec ouverture et esprit de compromis, mais sans faiblesse ni compromission.


Marc DELÎLE



Enfin ! 21/10/2010 13:10



Pas de mosquée saoudienne en Norvège, tant qu'il n'y a pas de liberté religieuse en Arabie Saoudite


Voilà un acte courageux dans une Europe qui se couche de plus en plus devant l'Islam (mot signifiant "soumission") :


"Le gouvernement saoudien et de riches donateurs privés d'Arabie Saoudite veulent financer des mosquées en Norvège à
hauteur de dizaines de millions [d'Euros]. Légalement, ils en ont le droit. Conformément à la loi norvégienne il est permis aux pays étrangers de soutenir financièrement les communautés
religieuses, mais vu l' importance de ces sommes, le gouvernement doit approuver le financement.


Or, le ministère des Affaires étrangères vient non seulement de refuser d'approuver ce financement, mais il a également
répondu au Centre islamique Tawfiiq, qu'il serait paradoxal et contre nature d'accepter le financement venant d'un pays qui n'accepte pas la liberté religieuse.


Le ministre norvégien des Affaires étrangères Jonas Gahr Støre a déclaré au journal VG:  nous
aurions pu simplement dire non, le ministère n'approuve pas, mais nous avons profité de l'occasion pour ajouter que l'approbation serait paradoxale tant que vouloir établir une communauté
chrétienne en Arabie saoudite sera considéré comme un crime".