L’invocation de la transparence

Publié le par G&S

Jamais, autant que de nos jours, l’appel à une éthique de la transparence n’a été aussi fort. Dans l’Encyclopédie de l’Agora 1, au mot transparence, on peut lire ceci : « Si l’on avait à choisir le mot le plus important et le plus fréquemment utilisé dans les codes et les traités d’éthique contemporains, c’est le mot transparence qui ferait consensus, chose étonnante puisque ce mot n’était autrefois employé que dans son espace propre. Le Littré ne fait même pas mention du sens figuré, fondé sur l’analogie entre la transparence des objets et celle des personnes ».

Cette exigence croissante de transparence est devenue aujourd’hui très prégnante et se traduit de plusieurs façons.

Au niveau populaire, c’est la paranoïa du complot que l’humoriste Anne Roumanoff met en scène dans ses sketches qui commencent par « on ne nous dit pas tout !  ». Il y a une vingtaine d’années, l’écroulement de l’empire soviétique a commencé par l’exigence de la Glasnost, terme russe désignant la transparence. Aujourd’hui, l’information par Internet ne semble pas avoir de limites. Ainsi, le déballage par le site WikiLeaks de milliers de courriers et de documents qui auraient dû rester secrets jusqu’à l’ouverture des archives aux historiens dévoile les motivations les plus discutables de responsables politiques de premier plan.

Dans la crise financière et économique que nous traversons, les mensonges des grands décideurs financiers, dont le spéculateur américain Bernard Madoff constitue une figure emblématique, font que le manque de transparence est devenu dans l’opinion une des causes majeures des dysfonctionnements sociétaux.

Avec les émissions dites de téléréalité le mythe de la transparence a pris des proportions grotesques. Dans un tel contexte exhibitionniste la transparence est un mensonge insidieux qui consiste à ramener des actes complexes et profonds à la banalité et à la superficialité du spectacle. Ainsi la mise en scène médiatique enlève toute complexité au réel au profit d’un simplisme manichéen ou d’un conte de fées pour grandes personnes.

Transparence.jpgDans le domaine de la physique, un matériau est qualifié de transparent s’il laisse passer la lumière. Cela dit, il n’existe pas de matériau totalement transparent car il absorbe plus ou moins de lumière en fonction de la longueur d’onde de l’émission lumineuse. La transparence totale n’est possible que pour un matériau inexistant. Croire que nous pourrions accéder, dans la vie professionnelle et sociale, à une transparence totale relève de l’illusion, car l’expérience nous apprend que cette volonté de transparence doit aller de pair avec la prudence et la responsabilité.

L’exigence de transparence ne consiste pas à abandonner son point de vue au nom de je ne sais quelle « vérité totalement objective » mais de le questionner en permanence, ce qui suppose un travail personnel de supervision et de formation permanente et un travail collectif de confrontation des points de vue.

Finalement, être transparent, c’est rester ouvert à de nouvelles lumières en refusant de s’enfermer dans celles que nous considèrerions, à tort, comme exhaustives et définitives.

Bernard Ginisty

1 – http://agora.qc.ca/dossiers/Transparence

 

Publié dans Signes des temps

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