L’éthique en question

Publié le par G&S

L’éthique est à l’ordre du jour. Devant l’échec des promesses non tenues ou des crises qui n’en finissent pas, beaucoup d’hommes politiques changent de registre et passent de l’analyse des questions à une homilétique qui exhorte les citoyens à la vertu. Les comités d’éthique sont désormais institutionnalisés dans quantité de domaines : hôpitaux, entreprises, collectivités diverses. Peut-être conviendrait-il de réfléchir pour savoir si cet appel à l’éthique n’est que l’aveu indirect d’une impuissance à traiter les problèmes ou bien un réel changement de paradigme pour la compréhension de la vie des hommes en société.

Emmanuel Levinas, un des plus importants philosophes du 20e siècle, a placé l’éthique au cœur de ses réflexions. Pour lui, elle n’est pas la science d’ une catégorisations des personnes pour les classer et les gérer au nom d’une science supérieure du bien et du mal dont la Bible nous dit que sa volonté de la maîtriser fut le « péché d’origine » de l’humanité. Il la définit ainsi : « L’éthique, c’est lorsque non seulement je ne thématise pas autrui ; c'est lorsque autrui m’obsède ou me met en question. Mettre en question, ce n’est pas attendre que je réponde ; il ne s’agit pas de faire réponse, mais de se retrouver responsable » 1.

L’éthique n’est donc pas la réponse à tous les problèmes ou le petit manuel du principe de précaution adapté aux différents secteurs de la vie sociale. Elle n’est pas un jugement porté sur les personnes, mais un appel à la responsabilité. Ceci signifie que toutes les attitudes privées et publiques que je déplore font d’abord appel en moi à ma responsabilité.

Si jugement il y a, c’est celui de « la fin de temps » que l’évangéliste Matthieu met en scène 2. Ce jugement ne porte pas sur le nombre d’adhérents aux Églises, les subtils états d’âme atteints ou la fraternité abstraite des grandes idéologies. Mais sur ces gestes fondateurs de tout commencement d’humanité : nourrir l’affamé, vêtir celui qui est nu, accueillir l’étranger, visiter le malade et le prisonnier. C’est dans l’humus de cette quotidienneté, qui déconcerte les « scribes et les pharisiens » de tous les temps, que se trouve le chemin d’humanité. L’éthique qui ne se dévoie pas en moralisme au service des pouvoirs consiste à ratifier ce qui est naissant en autrui, l’humble désir d’exister et à partager le pain.  Au rebours du scepticisme ricanant de beaucoup de gens de savoir et de pouvoir, elle se retrouve dans cet appel de l’écrivain Christian Bobin à : « l’esprit d’enfance toujours neuf. Repars toujours aux débuts du monde, aux premiers pas de l’amour » 3.

Une authentique attitude éthique consiste à lutter pour que les différentes institutions ne se transforment pas en fin en soi, c’est-à-dire en idoles, mais restent en permanence au service de l’humanisation de chacun, et d’abord des plus exclus.

Bernard Ginisty

1 – Emmanuel Lévinas : De Dieu qui vient à l’idée Éditions Vrin, 1986, page 156.

2 – Évangile de Matthieu : 18, 1 à 5

3 – Christian Bobin : Le Très-bas. Éditions Gallimard, 1992, page 112

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Robert Kaufmann 17/09/2011 10:51



Certes,lorsque les églises étaient remplies,on ne peut pas dire que notre monde se portait tellement mieux.Il suffit de tourner la tête vers l'Histoire.


Néanmoins,si l'Ego l'emportait souvent,la culture judéo-chrétienne dans laquelle on baignait laissait un sentiment de culpâbilité,une possibilité de rédemption.L'affaiblissement du sentiment
religieux,l'énorme pression culturelle en direction de la psychanalise et la neutralisation du"sentiment de culpabilité" a fait son chemin= comme disait Raymond Cartier dans les années 50